Texte intégral
RAPHAËLLE DUCHEMIN
On va évidemment, bien sûr, parler dEducation nationale avec vous, mais lévénement politique du jour cest laudition de Christine LAGARDE par la Cour de justice de la République. Est-ce quil y a, pour vous, ou pas, une affaire LAGARDE ?
VINCENT PEILLON
Ecoutez, moi je considère que les responsabilités doivent être établies et assumées, mais quelles ne sont précisément pas du tout de mon ressort. Je ne suis pas juge, je nai pas à commenter chaque événement, et je ne considère pas, dailleurs, que ce soit lactualité la plus importante, cest la plus relayée, mais ça ne veut pas dire la plus importante, car je pense que ça ne changera pas. On vient davoir un Conseil européen sur des questions très lourdes, on a des discussions, actuellement, sur lécole, très importantes, qui concernent 12 millions délèves, donc voilà. Je pense que la transparence doit être faite, les responsabilités établies, les responsabilités assumées, mais que, en plus en loccurrence, ça ne relève pas du tout de mon champ de compétences.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous dites ça ne changera pas ça ou ça, mais ce que ça peut changer, en revanche, cest limage de la France à létranger. Elle est patronne du FMI, juste avant elle il y avait un certain Dominique STRAUSS-KAHN, qui était patron du FMI, alors les deux affaires nont rien à voir, mais cest quand même embêtant, non ?
VINCENT PEILLON
Moi je crois que le plus important pour nous, cest très important, la République a besoin de vertu, ça vient de Montesquieu, cest fondateur pour la France. Le président de la République et le Premier ministre, après lannée quon vient davoir, mais tant dannées, ont décidé quon irait très loin dans la transparence de la vie publique, jy suis absolument favorable, cest mon engagement depuis 15 ans. Et donc je considère que ce quil faut, plutôt de battre sa coulpe, plutôt de sattaquer à telle ou telle personne, je naime pas ça, cest que la France se modernise profondément, parce quil y a aussi une crise de confiance que je vois au jour le jour, avec nos concitoyens, qui doutent de leurs institutions, car nous avons besoin de croire, évidemment les uns et les autres, à lhonnêteté, à lintégrité, de ceux qui agissent au nom de lintérêt général. Donc, il faut conduire ces réformes, et je suis dailleurs heureux de savoir que cest le Premier ministre qui va les défendre lui-même à lAssemblée nationale.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Puisque vous évoquiez les sujets importants, Vincent PEILLON, vous avez parlé du sommet qui vient de se tenir sur lévasion fiscale, on sait que vous avez été un des premiers, avec Arnaud MONTEBOURG, à publier des rapports sur cette question-là, sur les paradis fiscaux. Vous êtes content de ce que vous avez vu hier à Bruxelles ?
VINCENT PEILLON
Les choses avancent, et surtout
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Je nai pas entendu le Luxembourg et lAutriche avancer bien loin.
VINCENT PEILLON
Pas autant quon le souhaiterait, mais les choses avancent. Léchange automatique, par exemple, dinformations avec un certain nombre de pays, cest une nouveauté absolue. Lobligation, où sont nos banques, de dire ce quelles font dans les paradis fiscaux, qui sont aussi des paradis bancaires et judiciaires, il ne faut jamais loublier, ce sont des avancées importantes. Donc oui, je crois quon va dans le bon sens, et je ne crois pas quon le fait là, dailleurs, par vertu. Je pense quil y a, par rapport à il y a 15 ans, finalement un engagement des Etats qui est lié précisément à la crise et à la dette, cest la nécessité. Vous savez, la moitié des transactions financières passe par les paradis fiscaux, bancaires et judicaires, cest un manque à gagner pour la France, au minimum pour la France, de 60 milliards deuros annuels, un minimum, et donc on voit bien que quand tous les Etats, même lAngleterre, sont confrontés à des crises de la dette, il y a un peu plus de bonnes volontés. Je crois que les peuples, les démocrates, on doit appuyer ce mouvement, de ce point de vue-là la France est à linitiative, il y a encore des résistances, vous avez raison, on les a vues, elles ne nous surprennent pas dailleurs beaucoup, mais il faut pousser.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Alors je suppose que vous avez lu avec grande attention le rapport de la Cour des comptes, est-ce que cest la confirmation de quelque chose quon entend depuis pas mal dannées déjà, à savoir quil faut dégraisser le mammouth ?
VINCENT PEILLON
Non, pas du tout. Dailleurs je crois que, ce quessaye de dire la Cour des comptes, et qui nest pas compris ce matin parce que les camps se réforment, cest il y a des questions qui sont quantitatives, les uns et les autres peuvent y penser, créations de postes ou suppressions de postes, mais lessentiel cest le qualitatif.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Moyens suffisants mal utilisés
VINCENT PEILLON
Cest ce que lon fait des moyens. Alors, cest pour ça quil faut que ce débat soit quand même approfondi. Moi je me réjouis du rapport de la Cour des comptes, et je voudrais que ce pays parle sérieusement décole, la Cour des comptes y contribue. Que dit la Cour des comptes ? Si nous mettons des moyens, il faut que ces moyens soient affectés de telle sorte quils servent à la transformation du système, pour la réussite des élèves. Ils ont 100 fois raison. On ne va pas arroser le désert. Lorsque nous mettons 60 000 emplois, cest pour quoi faire ? car la Cour des comptes ne juge pas laction que nous menons, son rapport sest terminé en 2012 cest dabord pour former les professeurs. La Cour des comptes dit et cest une évidence lessentiel cest cette richesse humaine des professeurs. LOCDE a organisé il y a 1 mois à Paris un colloque, où il disait « ce qui compte le plus pour la réussite des élèves cest la formation de leurs professeurs. » Cest précisément ce que nous faisons. Les 60 000 ce ne sont pas des professeurs
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Donc ce nest pas une critique sur les créations de postes engagées pour ce quinquennat ?
VINCENT PEILLON
Mais non. Mais, heureusement dailleurs, la Cour des comptes qui nest pas partisane, est au-delà de ce débat totalement réducteur, et elle dit quelque chose, qui pour moi est très important, parce que nous lEducation nationale, le président HOLLANDE la souhaité comme ça, nous avons une priorité, y compris budgétaire, cest une considérable responsabilité. Nous sommes le ministère qui a des créations de postes, nous sommes le ministère qui a des moyens, pour
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous êtes le ministère qui coûte cher, en fait.
VINCENT PEILLON
Aux Français, oui, heureusement pour leurs enfants, 12 millions délèves, il faut quils réussissent. Donc, largent qui vient au ministère de lEducation nationale, nous avons le devoir de lutiliser le mieux possible, et donc davoir le courage de faire des réformes de structure. Ça sappelle les temps scolaires - pourquoi nos élèves, ça coûterait cher, et pourtant ils auraient le moins de temps scolaire de tous les pays de lOCDE ? Mais vous avez vu la réaction de tout le monde à ce moment-là ; donc il faut du courage. La formation des enseignants, cest ce que nous sommes en train de faire, puisque tout le monde le dit, cest la formation des enseignants qui permettra la réussite. Plus de moyens dans les endroits où il y a le plus de difficultés, cest exactement ce que nous sommes en train de faire, avec laccueil des moins de 3 ans
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Donc vous allez avoir le courage de suivre toutes les recommandations qui sont dans ce rapport ?
VINCENT PEILLON
Toutes, pourquoi toutes ? On peut en discuter quelques-unes si vous permettez, nous sommes encore en démocratie, et je suis aujourdhui au Sénat où la souveraineté populaire a aussi son mot à dire, comme vous tous.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais sur la redéfinition du statut denseignant, parce que ça, pour le coup, cest quelque chose qui revient depuis pas mal dannées, tous les gouvernements sy sont attaqués, personne na réussi à le faire.
VINCENT PEILLON
Aucun gouvernement ne sy est attaqué, sauf moi, et cest déjà fait pour les professeurs du primaire.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Ah !
VINCENT PEILLON
Cest là que linformation devrait jouer son rôle, la Cour des comptes elle a écrit le rapport avant que nous le fassions, mais nous avons déjà changé les obligations de service des professeurs du primaire, à loccasion de cette réforme des rythmes, en leur donnant justement davantage de temps et de liberté, pour sorganiser en équipes, pour suivre les élèves et faire quelque chose quil fallait faire dans ce pays, organiser la liaison entre le CM2 et la 6ème. Ça veut dire des professeurs de collège vont parler à des professeurs des écoles primaires pour suivre les enfants dans ce moment très important pour eux. Et donc nous avons, dans une négociation saluée par tous les syndicats -mais comme ça a marché, ce nest pas relayé - déjà commencé à changer les obligations de service. Javais annoncé que, à lautomne nous allons mener cest lacte 2 comme disent certains ce matin une très grande discussion sur le métier denseignant, sur les évolutions de carrière. Mais vous aurez déjà noté, je tiens à vous le dire, que, lorsque je vous disais tout à lheure nous allons former les enseignants, cest une très grande réforme qui vient dêtre mise en place, former les enseignants, leur donner 1 an pour professionnaliser le métier, entrer progressivement dans le métier, remettre lannée de stage. Cest bien cet investissement sur la qualité des professeurs que nous sommes en train de mettre en place, les écoles supérieures du professorat et de léducation ouvriront à la rentrée.
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vincent PEILLON, dernière question. Vous avez évoqué le Sénat, le texte est en ce moment débattu devant cette Assemblée. On a vu quhier soir il y avait une décision qui avait été prise, linstauration du drapeau tricolore et de la devise républicaine au fronton des écoles, collèges et lycées. En quoi cest utile, est-ce que, allez, cest une sorte de retour « morale version gauche » ?
VINCENT PEILLON
Non, ce nest pas morale, nos valeurs ne sont pas là, ce sont les valeurs
RAPHAËLLE DUCHEMIN
La morale ça me semble important dans la définition de lécole
VINCENT PEILLON
Mais moi aussi, mais là cest
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Pour vous en tout cas.
VINCENT PEILLON
Non, mais là vous avez raison, mais là ce sont les valeurs de notre Constitution. Et vous savez, dans nos textes fondateurs, cest comme ça, lécole elle doit, bien entendu instruire, elle doit insérer professionnellement, mais elle doit aussi, évidemment, transmettre les valeurs qui nous réunissent. La liberté, légalité, la fraternité, ça nous réunit, les Droits de lhomme, ça nous réunit, cest même une petite fierté française depuis la Révolution française, et donc il est bon que tous nos enfants, et tous les élèves, les connaissent, et que nous défendions nos valeurs. Vous le voyez bien, nous lavons entendu ce matin, nous le voyons jour après jour, il y a des gens qui ne croient pas à ces valeurs, il y a des gens qui les combattent, nous nous devons les défendre, cest notre patrimoine commun, cest aussi le rôle de lécole, et je veux quil soit réaffirmé.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mai 2013