Texte intégral
Mesdames, Messieurs,
C'est avec beaucoup d'émotion que je suis aujourd'hui à Prague, capitale prestigieuse, légendaire et si chère au cur des Français. Cette capitale qui est un véritable poumon culturel de l'Europe. Cette capitale qui exerce une telle influence sur chacun de ses visiteurs.
C'est aussi un grand honneur pour moi que de pouvoir intervenir aujourd'hui dans votre très prestigieuse université.
Je le vis d'autant plus intensément que j'ai deux images très fortes en tête.
La première, c'est naturellement la venue à Prague en 1988 de François Mitterrand. J'avais alors 25 ans et un engagement politique déjà très affirmé. Et je me souviens très bien de la force symbolique du petit-déjeuner au Palais Buquoy entre le Président de la République française et des dissidents au régime, parmi lesquels bien sûr Vaclav Havel. J'ai en mémoire cette première reconnaissance officielle de la dissidence et la révolution de Velours qui changea totalement la donne dans votre pays. J'en ai tiré un enseignement sur la force du politique. Oui, il y a des gestes qui participent à la construction de l'histoire.
La deuxième image, c'est bien sûr le dixième anniversaire cette année de votre entrée dans l'Union européenne. Et, à moins de 100 jours des élections européennes, je n'ai de cesse de rappeler à mes concitoyens que cet élargissement représente une chance non seulement pour les Etats qui ont alors rejoint l'Union européenne, mais pour l'Union européenne dans son ensemble. Le 1er mai 2004, l'Europe s'est réunifiée.
D'une certaine manière, cela a été le dernier grand projet de l'Union européenne. Il nous appartient aujourd'hui d'inventer l'avenir de l'Europe, son nouveau grand projet politique unificateur, de redonner du souffle à la construction européenne, à un moment où beaucoup de nos concitoyens ont peur pour leur propre avenir et sont tentés par le repli sur soi.
Dans ce contexte, je crois que :
- Nous devons inlassablement rappeler ce que l'Europe fait, ce qu'elle nous apporte ;
- Nous devons aussi porter l'idée d'une relance de la construction européenne, d'une Europe qui doit changer pour mieux se projeter dans l'avenir et défendre sa place dans le monde, pour mieux protéger aussi les Européens contre les chocs économiques et sociaux.
1- L'Europe est notre patrimoine commun, valorisons ce qu'elle fait !
Aujourd'hui, et c'est un curieux paradoxe, ceux qui ne sont pas dans l'Union européenne aspirent à y entrer tandis que ceux qui en sont membres peinent à mesurer la chance qui est la leur. C'est un des constats que j'ai pu faire lorsque je me suis rendu au mois de décembre sur la place Maïdan à Kiev. Cette crise majeure qui se joue aux portes de l'Union européenne, nous devons en tirer tous les enseignements.
Pour l'Ukraine, bien sûr en apportant tout notre soutien à son intégrité territoriale, à son indépendance et à sa souveraineté. Pour cela, il nous faut actionner trois leviers : dénoncer le choix de la Russie d'une escalade dangereuse, jouer un rôle de médiation actif, soutenir les autorités ukrainiennes pour qu'elles engagent la transition qui doit conduire à l'élection présidentielle du 25 mai. Une véritable transition, à laquelle aspirent les Ukrainiens, passe nécessairement par la mise en uvre de réformes de modernisation, avec la mise en place d'un véritable Etat de droit, une réforme d'envergure de l'économie et une lutte sans faille contre la corruption.
Pour l'Europe aussi. Car l'ambition de l'Europe, ce n'est pas simplement de faire face aux crises qui surviennent et de gérer des politiques existantes.
L'ambition de l'Europe, ce doit être un projet politique unificateur. Et c'est sans doute là que le bât blesse. Pendant longtemps, chaque avancée de la construction européenne en appelait une autre. La dynamique était telle que la question du soutien des citoyens ne se posait même pas. L'adhésion au projet européen était naturelle.
Ce qui était alors une évidence ne l'est plus aujourd'hui. C'en est fini de ce fonctionnement mécanique qui nous permettait d'aller de l'avant. C'en est fini d'une Europe qui pouvait se construire d'une certaine manière en catimini.
Nous devons redonner du sens, c'est-à-dire un contenu et une direction, à notre action et à la construction européenne.
Nous devons expliquer à nos concitoyens pourquoi nous faisons l'Europe et ce qu'elle leur apporte.
Nous devons dessiner un projet politique, consistant à conforter et renforcer l'Europe en tant que puissance mondiale.
Ce projet doit permettre à chacun de nos concitoyens d'avoir un emploi, de s'épanouir et d'offrir à ses enfants un avenir meilleur. C'est cela aussi le « rêve européen » : retrouver l'assurance que chaque génération pourra faire mieux que la précédente. Seule une Europe forte et solidaire nous permettra d'être à la hauteur des défis qui nous attendent.
L'Union européenne doit donc être guidée par une exigence : remettre la croissance et l'emploi au cur de l'agenda européen. Cette réorientation a été amorcée :
- Avec la consolidation de la zone euro qui constitue le cur du réacteur de l'Union européenne et le lancement de l'union bancaire, dont le deuxième pilier le mécanisme de résolution unique fait actuellement l'objet d'intenses négociations avec le Parlement européen. N'oublions pas aussi qu'une part de notre croissance se joue, en 2014, sur le résultat des tests de résistance que vont subir les banques. Les conséquences de la crise économique sont encore bien présentes, nos concitoyens les subissent mais mesurons bien que nous avons collectivement écarté la menace d'une implosion de la zone euro ;
- Avec le cadre financier pluriannuel pour 2014-2020 qui, tout en préservant les fonds structurels, ô combien importants ici en République tchèque et la PAC, est marqué par une nouvelle orientation en faveur des infrastructures, de la recherche, de l'innovation, c'est-à-dire des emplois de demain ;
- Avec l'augmentation de 10 milliards d'euros du capital de la Banque européenne d'investissement qui permet à l'échelle de l'Europe de faire 60 milliards d'euros de prêts supplémentaires. Ce sont autant de crédits qui sont injectés dans nos économies.
Mais tout ceci n'a de sens que dans le cadre d'un projet humaniste et de progrès. Un projet où l'Europe des opportunités et l'Europe des solidarités seraient indissociables. Et sur ce terrain aussi, je crois qu'il est important de valoriser les avancées de la construction européenne.
Je pense en particulier à la jeunesse. L'emploi des jeunes a été au cur de la mobilisation des chefs d'Etat et de gouvernement lors des conférences de Berlin et de Paris l'année dernière et le sera à nouveau à Rome en juillet. Un fonds de 6 milliards d'euros mobilisables en 2014 et 2015 a été mis en place dans les régions où le taux de chômage des jeunes est supérieur à 25 %. Le programme Erasmus a vu son bénéfice étendu aux jeunes en apprentissage et en formation par alternance et son budget a été presque doublé.
Je pense aussi aux salariés qui voient trop souvent l'Europe comme une menace. L'accord trouvé sur le détachement des travailleurs est à cet égard un bon signal.
2- Relancer la construction européenne
Le renouvellement des institutions européennes va naturellement affecter la conduite des affaires européennes en 2014. Le risque est naturellement que l'Europe tourne un peu au ralenti dans cette période. Nous ne pouvons pas nous le permettre.
2014 doit être une année utile pour la construction européenne. Ce temps est précieux lors que les citoyens européens, pour beaucoup en difficulté, nous regardent et nous attendent.
Nous devons saisir cette opportunité pour penser l'Europe de demain et porter de nouvelles initiatives.
Penser l'Europe de demain, c'est d'abord admettre que les envies d'Europe ne sont pas toutes les mêmes dans l'Union, ce qui se traduit notamment par la mise à mal de notre méthode communautaire au profit d'un repli sur la méthode intergouvernementale.
Mais la conviction de la France est que ce n'est pas sur ce chemin que nous bâtirons une Europe plus forte et plus légitime, et que ces divergences ne doivent pas nous empêcher d'avancer !
Si nous respectons les choix de ceux qui veulent en rester là, nous entendons surtout le message de ceux qui veulent aller de l'avant. C'est notre projet d'intégration solidaire dans une « Europe différenciée », où les rythmes, les contenus et même les règles de décisions seraient distincts. Cette « Europe différenciée » doit reposer sur le socle de la zone euro qui est un formidable levier politique, tout en gardant l'union de tous comme espace de liberté, de démocratie et de solidarité. Car nous n'avons pas le choix, où nous sommes capables de redonner un élan au projet européen, ou l'érosion gagnera
Mais attention, l'Europe différenciée, ce ne peut pas être l'Europe à la carte, une Europe où certains viendraient puiser des avantages sans respecter les règles communes, sans partager les charges qui sont au cur de la solidarité qui nous lie.
Il est bien entendu évident, que sur l'ensemble de ces chantiers, nous ne pouvons avancer sans nos partenaires allemands. Je peux à cet égard vous rassurer sur le fait que le moteur franco-allemand fonctionne bien. Le dernier conseil des ministres franco-allemand l'a bien montré.
Mais cela n'est pas suffisant. Nous sommes 28 et devons avancer à 28. Nous devons donc avoir une approche inclusive avec l'ensemble de nos partenaires, respecter tous les pays et travailler avec eux en bonne intelligence. Je me réjouis à cet égard de la nouvelle approche résolument pro-européenne du gouvernement tchèque.
Nous devons aussi respecter les institutions européennes. Ce qui n'exclut pas naturellement de réfléchir à leur organisation pour améliorer le fonctionnement de l'Europe dans son ensemble. Ce sont naturellement des discussions que nous avons avec les candidats à la présidence de la Commission européenne, qui doit davantage assumer politiquement sa fonction de force de propositions au cur du système décisionnel européen.
Porter de nouvelles initiatives, c'est ce qu'a proposé le Président de la République française lors de sa conférence de presse du 14 janvier dernier :
- Sur la convergence économique et sociale entre la France et l'Allemagne l'instauration d'un salaire minimum en Allemagne est à cet égard une bonne nouvelle et la poursuite de l'intégration de la zone euro, avec une gouvernance renforcée et, le moment venu, une capacité financière ;
- Sur la transition énergétique, que nous devons appréhender à la fois comme une ardente obligation mais aussi comme une formidable opportunité de développement pour la croissance et la compétitivité de l'économie européenne, pour notre indépendance énergétique, comme pour la protection de notre environnement ; le prochain Conseil européen de mars sera très important à cet égard, ainsi d'ailleurs que sur la politique industrielle pour enrayer l'érosion de la part de l'industrie dans le PIB européen ;
- Sur la politique de défense et de sécurité commune enfin. On le voit bien au Mali ou en Centrafrique, l'Europe doit assumer ses responsabilités sur la scène internationale. Nous avons effectué de premiers pas lors du Conseil européen de décembre, avec une feuille de route précise et ambitieuse. Mais mesurons qu'il nous en reste encore tellement à franchir au service de la paix et de la sécurité en Europe et dans le monde.
Voilà quelques-uns des chantiers qui sont devant nous. La mission qui est la mienne est exaltante. Je me dois à la fois de porter les positions françaises sur la scène européenne et de faire vivre le débat européen en France.
Pour mener à bien cette mission, j'ai besoin de me nourrir d'échanges avec celles et ceux qui vivent l'Europe au quotidien. C'est pourquoi, j'ai souhaité avoir cet échange avec vous aujourd'hui. Je vous remercie.
Source http://www.france.cz, le 19 mars 2014
C'est avec beaucoup d'émotion que je suis aujourd'hui à Prague, capitale prestigieuse, légendaire et si chère au cur des Français. Cette capitale qui est un véritable poumon culturel de l'Europe. Cette capitale qui exerce une telle influence sur chacun de ses visiteurs.
C'est aussi un grand honneur pour moi que de pouvoir intervenir aujourd'hui dans votre très prestigieuse université.
Je le vis d'autant plus intensément que j'ai deux images très fortes en tête.
La première, c'est naturellement la venue à Prague en 1988 de François Mitterrand. J'avais alors 25 ans et un engagement politique déjà très affirmé. Et je me souviens très bien de la force symbolique du petit-déjeuner au Palais Buquoy entre le Président de la République française et des dissidents au régime, parmi lesquels bien sûr Vaclav Havel. J'ai en mémoire cette première reconnaissance officielle de la dissidence et la révolution de Velours qui changea totalement la donne dans votre pays. J'en ai tiré un enseignement sur la force du politique. Oui, il y a des gestes qui participent à la construction de l'histoire.
La deuxième image, c'est bien sûr le dixième anniversaire cette année de votre entrée dans l'Union européenne. Et, à moins de 100 jours des élections européennes, je n'ai de cesse de rappeler à mes concitoyens que cet élargissement représente une chance non seulement pour les Etats qui ont alors rejoint l'Union européenne, mais pour l'Union européenne dans son ensemble. Le 1er mai 2004, l'Europe s'est réunifiée.
D'une certaine manière, cela a été le dernier grand projet de l'Union européenne. Il nous appartient aujourd'hui d'inventer l'avenir de l'Europe, son nouveau grand projet politique unificateur, de redonner du souffle à la construction européenne, à un moment où beaucoup de nos concitoyens ont peur pour leur propre avenir et sont tentés par le repli sur soi.
Dans ce contexte, je crois que :
- Nous devons inlassablement rappeler ce que l'Europe fait, ce qu'elle nous apporte ;
- Nous devons aussi porter l'idée d'une relance de la construction européenne, d'une Europe qui doit changer pour mieux se projeter dans l'avenir et défendre sa place dans le monde, pour mieux protéger aussi les Européens contre les chocs économiques et sociaux.
1- L'Europe est notre patrimoine commun, valorisons ce qu'elle fait !
Aujourd'hui, et c'est un curieux paradoxe, ceux qui ne sont pas dans l'Union européenne aspirent à y entrer tandis que ceux qui en sont membres peinent à mesurer la chance qui est la leur. C'est un des constats que j'ai pu faire lorsque je me suis rendu au mois de décembre sur la place Maïdan à Kiev. Cette crise majeure qui se joue aux portes de l'Union européenne, nous devons en tirer tous les enseignements.
Pour l'Ukraine, bien sûr en apportant tout notre soutien à son intégrité territoriale, à son indépendance et à sa souveraineté. Pour cela, il nous faut actionner trois leviers : dénoncer le choix de la Russie d'une escalade dangereuse, jouer un rôle de médiation actif, soutenir les autorités ukrainiennes pour qu'elles engagent la transition qui doit conduire à l'élection présidentielle du 25 mai. Une véritable transition, à laquelle aspirent les Ukrainiens, passe nécessairement par la mise en uvre de réformes de modernisation, avec la mise en place d'un véritable Etat de droit, une réforme d'envergure de l'économie et une lutte sans faille contre la corruption.
Pour l'Europe aussi. Car l'ambition de l'Europe, ce n'est pas simplement de faire face aux crises qui surviennent et de gérer des politiques existantes.
L'ambition de l'Europe, ce doit être un projet politique unificateur. Et c'est sans doute là que le bât blesse. Pendant longtemps, chaque avancée de la construction européenne en appelait une autre. La dynamique était telle que la question du soutien des citoyens ne se posait même pas. L'adhésion au projet européen était naturelle.
Ce qui était alors une évidence ne l'est plus aujourd'hui. C'en est fini de ce fonctionnement mécanique qui nous permettait d'aller de l'avant. C'en est fini d'une Europe qui pouvait se construire d'une certaine manière en catimini.
Nous devons redonner du sens, c'est-à-dire un contenu et une direction, à notre action et à la construction européenne.
Nous devons expliquer à nos concitoyens pourquoi nous faisons l'Europe et ce qu'elle leur apporte.
Nous devons dessiner un projet politique, consistant à conforter et renforcer l'Europe en tant que puissance mondiale.
Ce projet doit permettre à chacun de nos concitoyens d'avoir un emploi, de s'épanouir et d'offrir à ses enfants un avenir meilleur. C'est cela aussi le « rêve européen » : retrouver l'assurance que chaque génération pourra faire mieux que la précédente. Seule une Europe forte et solidaire nous permettra d'être à la hauteur des défis qui nous attendent.
L'Union européenne doit donc être guidée par une exigence : remettre la croissance et l'emploi au cur de l'agenda européen. Cette réorientation a été amorcée :
- Avec la consolidation de la zone euro qui constitue le cur du réacteur de l'Union européenne et le lancement de l'union bancaire, dont le deuxième pilier le mécanisme de résolution unique fait actuellement l'objet d'intenses négociations avec le Parlement européen. N'oublions pas aussi qu'une part de notre croissance se joue, en 2014, sur le résultat des tests de résistance que vont subir les banques. Les conséquences de la crise économique sont encore bien présentes, nos concitoyens les subissent mais mesurons bien que nous avons collectivement écarté la menace d'une implosion de la zone euro ;
- Avec le cadre financier pluriannuel pour 2014-2020 qui, tout en préservant les fonds structurels, ô combien importants ici en République tchèque et la PAC, est marqué par une nouvelle orientation en faveur des infrastructures, de la recherche, de l'innovation, c'est-à-dire des emplois de demain ;
- Avec l'augmentation de 10 milliards d'euros du capital de la Banque européenne d'investissement qui permet à l'échelle de l'Europe de faire 60 milliards d'euros de prêts supplémentaires. Ce sont autant de crédits qui sont injectés dans nos économies.
Mais tout ceci n'a de sens que dans le cadre d'un projet humaniste et de progrès. Un projet où l'Europe des opportunités et l'Europe des solidarités seraient indissociables. Et sur ce terrain aussi, je crois qu'il est important de valoriser les avancées de la construction européenne.
Je pense en particulier à la jeunesse. L'emploi des jeunes a été au cur de la mobilisation des chefs d'Etat et de gouvernement lors des conférences de Berlin et de Paris l'année dernière et le sera à nouveau à Rome en juillet. Un fonds de 6 milliards d'euros mobilisables en 2014 et 2015 a été mis en place dans les régions où le taux de chômage des jeunes est supérieur à 25 %. Le programme Erasmus a vu son bénéfice étendu aux jeunes en apprentissage et en formation par alternance et son budget a été presque doublé.
Je pense aussi aux salariés qui voient trop souvent l'Europe comme une menace. L'accord trouvé sur le détachement des travailleurs est à cet égard un bon signal.
2- Relancer la construction européenne
Le renouvellement des institutions européennes va naturellement affecter la conduite des affaires européennes en 2014. Le risque est naturellement que l'Europe tourne un peu au ralenti dans cette période. Nous ne pouvons pas nous le permettre.
2014 doit être une année utile pour la construction européenne. Ce temps est précieux lors que les citoyens européens, pour beaucoup en difficulté, nous regardent et nous attendent.
Nous devons saisir cette opportunité pour penser l'Europe de demain et porter de nouvelles initiatives.
Penser l'Europe de demain, c'est d'abord admettre que les envies d'Europe ne sont pas toutes les mêmes dans l'Union, ce qui se traduit notamment par la mise à mal de notre méthode communautaire au profit d'un repli sur la méthode intergouvernementale.
Mais la conviction de la France est que ce n'est pas sur ce chemin que nous bâtirons une Europe plus forte et plus légitime, et que ces divergences ne doivent pas nous empêcher d'avancer !
Si nous respectons les choix de ceux qui veulent en rester là, nous entendons surtout le message de ceux qui veulent aller de l'avant. C'est notre projet d'intégration solidaire dans une « Europe différenciée », où les rythmes, les contenus et même les règles de décisions seraient distincts. Cette « Europe différenciée » doit reposer sur le socle de la zone euro qui est un formidable levier politique, tout en gardant l'union de tous comme espace de liberté, de démocratie et de solidarité. Car nous n'avons pas le choix, où nous sommes capables de redonner un élan au projet européen, ou l'érosion gagnera
Mais attention, l'Europe différenciée, ce ne peut pas être l'Europe à la carte, une Europe où certains viendraient puiser des avantages sans respecter les règles communes, sans partager les charges qui sont au cur de la solidarité qui nous lie.
Il est bien entendu évident, que sur l'ensemble de ces chantiers, nous ne pouvons avancer sans nos partenaires allemands. Je peux à cet égard vous rassurer sur le fait que le moteur franco-allemand fonctionne bien. Le dernier conseil des ministres franco-allemand l'a bien montré.
Mais cela n'est pas suffisant. Nous sommes 28 et devons avancer à 28. Nous devons donc avoir une approche inclusive avec l'ensemble de nos partenaires, respecter tous les pays et travailler avec eux en bonne intelligence. Je me réjouis à cet égard de la nouvelle approche résolument pro-européenne du gouvernement tchèque.
Nous devons aussi respecter les institutions européennes. Ce qui n'exclut pas naturellement de réfléchir à leur organisation pour améliorer le fonctionnement de l'Europe dans son ensemble. Ce sont naturellement des discussions que nous avons avec les candidats à la présidence de la Commission européenne, qui doit davantage assumer politiquement sa fonction de force de propositions au cur du système décisionnel européen.
Porter de nouvelles initiatives, c'est ce qu'a proposé le Président de la République française lors de sa conférence de presse du 14 janvier dernier :
- Sur la convergence économique et sociale entre la France et l'Allemagne l'instauration d'un salaire minimum en Allemagne est à cet égard une bonne nouvelle et la poursuite de l'intégration de la zone euro, avec une gouvernance renforcée et, le moment venu, une capacité financière ;
- Sur la transition énergétique, que nous devons appréhender à la fois comme une ardente obligation mais aussi comme une formidable opportunité de développement pour la croissance et la compétitivité de l'économie européenne, pour notre indépendance énergétique, comme pour la protection de notre environnement ; le prochain Conseil européen de mars sera très important à cet égard, ainsi d'ailleurs que sur la politique industrielle pour enrayer l'érosion de la part de l'industrie dans le PIB européen ;
- Sur la politique de défense et de sécurité commune enfin. On le voit bien au Mali ou en Centrafrique, l'Europe doit assumer ses responsabilités sur la scène internationale. Nous avons effectué de premiers pas lors du Conseil européen de décembre, avec une feuille de route précise et ambitieuse. Mais mesurons qu'il nous en reste encore tellement à franchir au service de la paix et de la sécurité en Europe et dans le monde.
Voilà quelques-uns des chantiers qui sont devant nous. La mission qui est la mienne est exaltante. Je me dois à la fois de porter les positions françaises sur la scène européenne et de faire vivre le débat européen en France.
Pour mener à bien cette mission, j'ai besoin de me nourrir d'échanges avec celles et ceux qui vivent l'Europe au quotidien. C'est pourquoi, j'ai souhaité avoir cet échange avec vous aujourd'hui. Je vous remercie.
Source http://www.france.cz, le 19 mars 2014