Entretien de M. Thierry Repentin, ministre des affaires européennes, avec BFM TV le 20 mars 2014, sur la situation en Ukraine.

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Q - Sur l'Ukraine et les sanctions envisagées par les dirigeants européens, allez-vous passer à la phase suivante celle des sanctions économiques ?
R - Non, car nous ne sommes pas dans un processus d'escalade sur ce dossier. Ce sera une confirmation par les chefs d'État et de gouvernement de sanctions ciblées sur des personnes qui jouent un rôle politique ou économique, et qui en tout cas ont une responsabilité sur ce qui s'est passé en Crimée au cours des derniers jours. Il y aura néanmoins une liste plus large que celle qui a été proposée par les ministres des affaires étrangères ces derniers jours.
Q - La seule nouveauté, c'est l'annulation d?un sommet prévu entre l'UE et la Russie en juin ?
R - Plusieurs sommets UE-Russie n'ont plus lieu de se tenir, compte tenu de la situation. Les rencontres du G8 sont suspendues. Évidemment il n'y aura pas de participation de la Russie qui se retrouve au ban des relations internationales
Ce qui compte - le président Hollande a eu deux réunions bilatérales avec Mme Angela Merkel et Donald Tusk à ce sujet - c'est de voir comment nous allons accompagner l'Ukraine sur la voie de la démocratie et d'un essor économique. Cela veut dire que l'Union européenne va sans doute confirmer un plan financier permettant à l'Ukraine de faire face à un certain nombre de bilans mais aussi de paiements à l'échelle internationale. C'est aussi demain la signature d'un accord politique par l'Union européenne, qui reconnaîtra sur la scène internationale le pouvoir transitoire ukrainien et, d'ici quelques semaines, un accord commercial favorisant les échanges économiques entre l'Ukraine et l'Union européenne.
Donc, nous parlons de sanctions fermes, unies, mais aussi d'une volonté d'accompagner l'Ukraine et de l'aider à préparer, aussi, l'échéance du 25 mai prochain qui est l'élection de la présidence de la République.
Q - L'Europe veut donc soutenir l'Ukraine, mais vous avez acté que la Crimée a quitté définitivement l'Ukraine pour rejoindre la Russie ?
R - Définitivement, personne ne peut le dire, évidemment. Simplement, nous sommes dans la phase II des sanctions, celle qui concernait le détachement de la Crimée de l'Ukraine et son rattachement à la Russie. D'autres mesures seront prises. Nous souhaitons par exemple qu'il y ait une force d'observation internationale qui soit déployée en Ukraine pour assurer qu'il n'y ait pas d'exaction à l'égard de telle ou telle minorité, car on voit qu'il y a beaucoup de désinformation. C'est pour cela que nous souhaitons qu'il y ait une mission, si possible de l'OSCE et, si nous n'arrivons pas à le faire avec l'OSCE, qu'il y ait une mission d'observation de plusieurs centaines d'observateurs en Ukraine, sous couvert de l'UE. De la même façon, le ministre de la défense Jean Yves Le Drian sera prochainement en Lituanie, en Estonie, en Pologne car ces pays demandent que la France soit à leurs côtés, notamment pour assurer la sécurité de la police du ciel et nous mettrons à disposition des avions pour ces pays.
Q - Tout cela ne fait pas peur à Poutine et Moscou publie aujourd'hui sa propre liste de sanctions contre des responsables américains dont le sénateur John McCain. Finalement Moscou continue d'avancer ?
R - Si Moscou veut prendre des sanctions à l'égard de responsables américains, c'est son problème, c'est sa décision. Cela n'interfère pas dans les décisions que devra prendre l'Union européenne et que les chefs d'État ont discutées au Conseil européen. Mais il ne faut pas sous-estimer le fait, pour un pays, d'être mis au ban des relations internationales, ce qui entraîne de nombreuses répercussions économiques. Il y a un prix à payer pour cette attitude ; vous avez vu que le rouble a été dévalué, on voit aussi qu'un certain nombre d'investisseurs dès aujourd'hui se détournent de la Russie. Vladimir Poutine devra prendre cette réalité en compte.
Q - La suspension des deux navires Mistral à la Russie fait partie des sanctions possibles ?
R - Il s'agirait d'une 3eme phase de sanctions. Nous pourrions, s'il y avait une escalade, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, mettre alors en place un bouquet de sanctions en matière d'armement, en matière économique. Ces sanctions devraient être discutées et faire l'objet d'un accord unanime de tous les pays de l'UE, de façon à ce que finalement les répercussions de ces sanctions soient partagées et amorties par tous les pays de l'UE et pas par un seul. C'est aussi cela l'unité de l'Union européenne, qui jouerait à plein si d'aventure nous devions passer dans une troisième phase de sanctions à l'égard de la Russie.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 mars 2014