Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "Itélé" le 1er juillet 2014, sur les questions autour du financement de la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy, sur le projet de loi de financement rectificative de la sécurité sociale.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER
Stéphane LE FOLL, bonjour, bienvenu. La France et en quart de finale, face à l'Allemagne, vous allez en parler tout à l'heure avec tous nos consultants, mais un mot, quand même. Une soirée franco-allemande d'amitié est organisée à l'Elysée vendredi. Alors, ça c'est pour éviter les comparaisons oiseuses avec 82 ou avec 1914 ?
STEPHANE LE FOLL
C'est pour marquer l'attachement qui doit être le nôtre à cette amitié franco-allemande, qui est la base, la structure, de la construction européenne.
CHRISTOPHE BARBIER
Même au-dessus du foot ?
STEPHANE LE FOLL
Mais le foot sera ailleurs, à côté, il est un engagement sportif, dans une compétition mondiale. La France contre l'Allemagne, ça rappelle, vous en avez fait quelques... cités quelques exemples et des souvenirs, mais en même temps, voilà, c'est un match, et on joue pour gagner.
CHRISTOPHE BARBIER
Pas de drapeau ostentatoire à Nice, jusqu'à la fin de la Coupe du monde, entre 18h00 et la nuit, Christian ESTROSI l'a décidé, qu'en pensez-vous ?
STEPHANE LE FOLL
Ridicule et assez scandaleux.
CHRISTOPHE BARBIER
Pourquoi ?
STEPHANE LE FOLL
Parce qu'il a pris cette décision après, soi-disant, des débordements qui ont été constatés, qu'il faut condamner. Moi je n'accepte pas que ceux qui supportent une équipe puissent se permettre ensuite d'aller faire le coup dans les rues. Je pense que c'est une fête, c'est une fête qui doit être respectée pour tout le monde, mais en même temps, de là à en tirer un arrêter municipal à Nice, interdisant les drapeaux, les drapeaux ont toujours fait partie de toutes les manifestations sportives, d'ailleurs Nice recevra je crois le Championnat d'Europe, il y aura des matchs à Nice, dans le stade de Nice...
CHRISTOPHE BARBIER
En 2016.
STEPHANE LE FOLL
Quels drapeaux interdirons-nous à ce moment-là ? Donc je ne suis pas du tout d'accord et je trouve ça scandaleux, et en même temps je condamne de la manière la plus ferme, ceux qui ont pu se laisser aller à des débordements. D'ailleurs ils salissent à la fois l'image qu'ils veulent porter, en soutenant une équipe, et on ne peut pas accepter, alors qu'on est là pour supporter, aider, que ça se traduise par des actes.
CHRISTOPHE BARBIER
Alors, l'actualité reprend ses droits avec...
BRUCE TOUSSAINT
... puisque, images en direct sur I TELE, l'ancien président Nicolas SARKOZY arrive à Nanterre, à la Direction centrale de la Police judiciaire, puisque que comme son avocat maitre HERZOG hier, il va probablement être dans quelques instants placé en garde à vue. Alors, nous n'avons pas l'image, effectivement, puisqu'il s'est dirigé directement dans le parking, contrairement à son avocat hier, en tout cas Nicolas SARKOZY vient d'arriver à la PJ de Nanterre. Sophie NEUMAYER, vous êtes sur place.
(…)
BRUCE TOUSSAINT
Voilà, l'ancien président de la République, probablement puisque ce n'est pas encore annoncé, probablement placé en garde à vue, en tout cas, entendu, dans cette affaire qui concerne une enquête pour trafic d'influence. Nous y revenons évidemment dans quelques instants, mais Christophe, évidemment, avec Stéphane LE FOLL.
CHRISTOPHE BARBIER
Justement, commentaire en direct, « la gestion politique des dossiers pour mettre à terre Nicolas SARKOZY, est le seul programme gouvernemental suivi à la lettre », c'est l'entourage de l'ancien président qui dit cela, que répondez-vous ?
STEPHANE LE FOLL
Oui, mais là, encore une fois, moi j'ai même été accusé d'être à la tête d'un cabinet noir. Ceux qui font ça, pour essayer de donner l'impression que c'est ailleurs que ça se passe, oublient une chose simple : aujourd'hui il y a la justice qui est saisie, qui fait une enquête. Il y a suffisamment de problèmes sur le financement de la campagne de Nicolas SARKOZY, je fais référence, là, à l'UMP, donc on doit, aux Français, eux, doivent aux Français, d'abord, la transparence et la vérité. Et puis, deuxième point sur ce qui vient de se passer ce matin, eh bien je suis obligé de le dire, parce que c'est ça, la justice enquête elle doit aller jusqu'au bout. Nicolas SARKOZY aujourd'hui est un justiciable comme les autres.
CHRISTOPHE BARBIER
Comme les autres, vraiment ? On a l'impression que les écoutes dans l'affaire libyenne ont été prolongées, prolongées, prolongées, jusqu'au jour où on a trouvé autre chose, c'est-à-dire des contacts avec un magistrat.
STEPHANE LE FOLL
Non, il était président de la République, aujourd'hui il n'est plus président de la République, la justice enquête, il faut qu'elle puisse aller au bout de ses enquêtes. Ce feuilleton que vous laissez imaginer, comme étant avec des rebondissements continus, faits pour déstabiliser Nicolas SARKOZY, c'est d'abord des faits, et on doit y voir clair. Donc maintenant, moi je souhaite qu'une chose : d'abord la transparence sur le financement de cette campagne, au niveau de l'UMP, et le deuxième point, c'est que la justice fasse son travail et mène son enquête jusqu'au bout.
CHRISTOPHE BARBIER
Tout de même, un avocat qui parle à un magistrat pour savoir où en sont les dossiers de son client, en quoi cela peut-il constituer un trafic d'influence ?
STEPHANE LE FOLL
Mais moi je ne vais pas rentrer dans le détail de toutes ces questions qui sont évoquées, avec tous les commentaires qui peuvent être faits, et avec toutes les supputations qui vont avec. Moi, je reste simple et clair. Il y a une enquête judiciaire, elle doit aller au bout. Il y a besoin de savoir ce qui s'est passé sur le financement de la campagne de Nicolas SARKOZY, eh bien les Français, tout le monde a le droit à la transparence, c'est un financement public. Voilà. Une fois que ces deux principes là sont posés, moi je ne fais pas de commentaire sur ce qui peut se passer, sur ce qui s'est passé, comment ça s'est passé et pourquoi ça s'est passé.
CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce à dire que vous demandez au Parquet d'ouvrir de nouvelles enquêtes sur le financement et sur ce que l'on a pu apprendre ?
STEPHANE LE FOLL
Je ne demande...sûrement pas, sûrement pas, je ne demande rien au Parquet, la justice fait son travail, elle doit aller jusqu'au bout, voilà le principe, il est... le seul principe qui vaille, et avec un souci c'est que la vérité soit donnée et que dans toutes ces affaires qui tournent autour de beaucoup de choses, autour de la campagne présidentielle, on y voit clair et que ça soit transparent.
CHRISTOPHE BARBIER
Pourquoi vous récusez l'idée qu'il y ait un profit politique pour le pouvoir ? Ça vous profite, mécaniquement. L'UMP est dans un état déplorable, il y aura peut-être un second tour LE PEN – HOLLANDE, ça vous aide.
STEPHANE LE FOLL
Vous savez très bien, vous aussi, qui êtes un commentateur avisé, que dans tous ces débats où on laisse penser qu'à chaque fois c'est l'ensemble de la classe politique qui est touchée, ça ne profite à personne. Voilà, donc la volonté qui est la nôtre, la volonté que j'exprime ce matin, c'est que ça aille jusqu'au bout, et vite, pour qu'on y voit clair, que ça soit transparent, que les responsabilités soient identifiées, et que s'il y a de gens qui ont fauté, ils soient sanctionnés.
CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu'il faut changer les règles du financement de la campagne présidentielle, puisqu'on voit qu'elles ont pu être contournées ? Peut-être baisser le plafond des dépenses, alourdir le contrôle.
STEPHANE LE FOLL
Non, ça je crois pas. Moi, le plafond des dépenses, je m'en souviens très bien, j'ai été à la campagne présidentielle de François HOLLANDE, j'ai vu, j'ai su, à certains moments où il fallait serrer ce qui était les dépenses, pour faire en sorte qu'on rentre dans le plafond, l'objectif est fixé, il y a un plafond de remboursement par l'Etat, ne pas le dépasser ça doit être le cadre dans lequel on s'inscrit lorsqu'on rentre en campagne. Voilà. C'est...maintenant, c'est clair. Alors, à chaque fois qu'il y aurait un problème, parce que des gens contournent la réglementation, il faudrait changer la réglementation, je ne le crois pas, je le dis vraiment très clairement, au-delà même du porte-parole, c'est l'homme politique qui vous le dit, puisque moi j'ai participé à la campagne, donc je ne voudrais pas qu'on mélange, encore une fois.
CHRISTOPHE BARBIER
Nicolas SARKOZY veut faire son retour, va faire son retour, va peut-être reprendre l'UMP, oh, comme par hasard, il est convoqué à la PJ de Nanterre.
STEPHANE LE FOLL
Oui, mais alors là, ça, ça va être... Moi je ne sais pas ce que va faire Nicolas SARKOZY, je ne sais pas, et je me garderais d'aller faire quelques pronostics que ce soit. L'affaire de l'UMP, c'est l'affaire de l'UMP. Après, il y a les sujets que l'on a évoqués, et alors à chaque fois que l'on va faire ce mélange, on va rentrer dans des débats qui n'en sont pas. Nicolas SARKOZY fera ce qu'il voudra, l'UMP choisira le candidat qu'elle voudra. Pour l'instant, elle a à régler les problèmes que j'évoquais tout à l'heure.
CHRISTOPHE BARBIER
Un mot de deux autres affaires. 8,9 milliards de dollars d'amende pour la BNP. L'ennemi c'est la finance, avait dit François HOLLANDE, donc il se frotte les mains, là, les mauvais banquiers ont été attrapés.
STEPHANE LE FOLL
En tout cas, il y a eu une procédure judiciaire, elle est américaine, certes, elle a fait le constat, et je crois que la banque a plaidé coupable, donc la procédure a été jusqu'au bout. Maintenant, moi je ne ferai aucun commentaire.
CHRISTOPHE BARBIER
Mais il n'y aura pas d'autre interventions du gouvernement, il l'avait fait le 6 juin, François HOLLANDE.
STEPHANE LE FOLL
Non mais moi je ne ferai aucun commentaire. Maintenant on est au terme de cette procédure dont on parle depuis plusieurs mois, voilà, et la banque a jugé utile de plaider coupable.
CHRISTOPHE BARBIER
Et il va y avoir le traité transatlantique en négociations, on peu peut-être jouer là-dessus, non ?
STEPHANE LE FOLL
Oui mais ça ... le lien entre les deux.
CHRISTOPHE BARBIER
Oh ben Arnaud MONTEBOURG fait un lien, lui.
STEPHANE LE FOLL
Eh bien moi, je suis pour une négociation sur le traité transatlantique qui soit ferme, et claire, et qui fasse qu'on ne cède pas sur les lignes rouges qui sont les nôtres, en particulier dans la question agricole et agroalimentaire, mais je ne mélangerai pas les sujets.
CHRISTOPHE BARBIER
Le gouvernement a reporté hier le vote sur les amendements au budget de la Sécurité sociale. Est-ce à dire que vous allez faire du vote bloqué dans quelques jours ?
STEPHANE LE FOLL
Non, hier soir il y a eu une intervention du secrétaire d'Etat, l'objectif, et c'est un projet de loi rectificatif sur la Sécurité sociale, qui est très important, il faut le mener à bien, et jusqu'au bout, et donc il y a une procédure qui est liée au règlement de l'Assemblée nationale, qui a été utilisée hier soir, il ne faut en tirer aucune conclusion. Qu'une seule et un seul objectif : aller au bout d'un grand projet pour la Sécurité sociale.
CHRISTOPHE BARBIER
Il y a un débat que gouvernement : la taxe de séjour doit-elle augmenter ? Oui ont dit les députés, oui dit Bercy, non- dit Laurent FABIUS.
STEPHANE LE FOLL
Alors là, il y a un débat. D'abord c'est un plafond qui a été augmenté par les députés, chaque collectivité locale, ensuite, fait le choix qui lui semble juste, donc ce n'est pas un impôt...
CHRISTOPHE BARBIER
Vu leur état, elles vont augmenter.
STEPHANE LE FOLL
Ce n'est pas un impôt qui automatiquement s'impose, c'est un choix ensuite, et puis il y avait une partie sur une taxe régionale, sur l'Ile-de-France, qui était souhaitée par le Conseil régional, sur le financement de l'ensemble des transports. Donc, là-dessus, restons avec un débat à l'Assemblée nationale, et essayons de trouver la meilleure formule. Laurent FABIUS a raison, le tourisme c'est un enjeu majeur, et en même temps, il faut aussi qu'on soit capable de regarder si dans les grands hôtels parisiens, 2 € de plus ou 3 € sur une nuitée, ça ne doit pas remettre en cause l'attractivité de notre pays.
CHRISTOPHE BARBIER
Stéphane LE FOLL, merci, bonne journée.
STEPHANE LE FOLL
Merci.
BRUCE TOUSSAINT
Merci et je vous invite à nous rejoindre, d'ailleurs, pour quelques instants, il est 08h00, sur I TELE.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juillet 2014