Interview de M. Christian Eckert, secrétaire d'etat au budget, à "BFM" le 1er septembre 2014, sur l'évolution de la politique budgétaire depuis deux ans, les aides au logement et la question de l'encadrement des loyers.

Prononcé le 1er septembre 2014

Intervenant(s) : 

Média : BFM

Texte intégral

STEPHANE SOUMIER
Vous n'avez pas eu la tentation de partir, vous, la semaine dernière, Christian ECKERT.
CHRISTIAN ECKERT
Ah non non, moi j'ai fait un choix au mois d'avril, ce choix est tout à fait cohérent, le choix c'est de dire que quand c'est difficile, l'équipe doit être soudée, et on doit mettre le maximum d'acteurs au service d'objectifs de redressement et de croissance.
STEPHANE SOUMIER
Alors, vous répétez assez régulièrement, hein, « pour peser, mieux vaut être à l'intérieur qu'à l'extérieur ». Ça veut dire quand même que vous n'en pensez pas moins, « j'ai fait le choix de rester dedans, mais enfin, je vais continuer à essayer de jouer une petite musique ».
CHRISTIAN ECKERT
Non, ça veut dire qu'il y a le fond et il y a la forme, et je crois que les Français ont besoin de confiance dans leur gouvernement et que toute image de division, pèse, y compris sur l'ambiance et y compris sur… a des conséquences économiques, donc je crois qu'il faut donner l'image d'unité, ça n'empêche pas qu'il peut y avoir, mais comme toujours, même dans des périodes où ça va bien, des discussions sur la méthode, sur les moyens, pour atteindre un objectif.
STEPHANE SOUMIER
Ceux qui sifflent le Premier ministre, ils sont irresponsables ?
CHRISTIAN ECKERT
Je pense que ce sont des choses que l'on ne doit pas faire. Parce qu'il y a eu des primaires au Parti socialiste, parce qu'il y a eu des élections dans ce pays et que tout cela est clair, moi je suis d'autant plus à l'aise que je n'avais pas fait forcément ce choix, je n'avais pas soutenu le président lorsqu'il était candidat aux primaires, mais il est parfaitement légitime, et puis pour le côtoyer régulièrement, je crois qu'il est complètement dans son rôle.
STEPHANE SOUMIER
Oui, mais enfin, il avait fait 5 %.
CHRISTIAN ECKERT
Il avait fait 5 %...
STEPHANE SOUMIER
Il avait fait 5 % aux primaires, c'est-à-dire que la politique est menée…
CHRISTIAN ECKERT
Ah, mais vous parlez de Manuel VALLS.
STEPHANE SOUMIER
Bien sûr.
CHRISTIAN ECKERT
Oui, pardon, moi je parle du président.
STEPHANE SOUMIER
Ah oui, c'est Manuel VALLS qui était sifflé.
CHRISTIAN ECKERT
C'est quand même François HOLLANDE qui est président de la République et Manuel VALLS est tout à fait en cohérence avec le président de la République, et son gouvernement doit être en cohérence avec tout ça.
STEPHANE SOUMIER
Vous souteniez Martine AUBRY, vous, Christian ECKERT…
CHRISTIAN ECKERT
Oui, tout à fait, oui.
STEPHANE SOUMIER
…au moment de la primaire. A quoi elle joue avec cette histoire d'encadrement des loyers, Christian ECKERT ? Comment est-ce que vous percevez le…
CHRISTIAN ECKERT
Je pense que Martine AUBRY a raison de dire que l'expérimentation sur l'encadrement des loyers doit être un peu à la main des maire, notamment dans les grandes villes, dans les grandes agglomérations. Vous savez, je crois que la difficulté en matière de logement, c'est la diversité des situations, la question du logement n'est pas la même à Paris, à Lille, ou dans des départements plus ruraux, et ça c'est une vraie difficulté pour les législateurs et pour les gouvernements, et je crois que s'appuyer sur les maires qui ont d'une part la bonne connaissance de la situation dans leur ville et leur donner l'option de l'expérimentation, me semble une très bonne décision.
STEPHANE SOUMIER
Vous vous rendez compte dans quelle situation, mais vous avez insisté vous même, là, en démarrant, Christian ECKERT sur la nécessaire clarté et le fait que les images de division et les déclarations à l'emporte-pièce peuvent avoir des effets économiques.
CHRISTIAN ECKERT
Non mais n'exagérons pas les choses, enfin, Stéphane.
STEPHANE SOUMIER
Non mais, attendez vendredi…
CHRISTIAN ECKERT
Le fait que sur un point très technique on puisse avoir, pendant deux ou trois jours, une discussion, alors, certes un peu publique, sur la méthode, c'est-à-dire faut-il cantonner ça à Paris, faut-il faire une expérimentation un peu plus large ? Ce n'est pas de nature à changer le fond des choses.
STEPHANE SOUMIER
Ce n'est pas un point technique, l'encadrement des loyers, Christian ECKERT.
CHRISTIAN ECKERT
Non, je dis que…
STEPHANE SOUMIER
Ce n'est pas un point technique.
CHRISTIAN ECKERT
Le point de dire que c'est une expérimentation qui doit avoir lieu uniquement à Paris ou alors dans d'autres grandes agglomérations, ce n'est pas un point majeur de la politique économique nationale.
STEPHANE SOUMIER
Même si les investisseurs, eux, le vivent comme ça ?
CHRISTIAN ECKERT
Vous savez, les investisseurs ils sont devant une certaine difficulté, qui n'est pas seulement liée à la politique de l'Etat. La question du logement en France est une question très complexe. D'abord, sur la diversité des situations, je l'ai dit tout à l'heure, ensuite sur l'effet des mesures par rapport à leur ampleur. En France, on est un des pays qui aidons le plus le logement. On l'aide à la construction, souvent par des mesures fiscales, on l'aide à la location, avec des prestations, allocations logement, qui sont extrêmement lourdes, et puis on a une situation, un marché, qui manifestement n'est pas satisfaisant, donc certaines de nos mesures, probablement, quand je dis « nos mesures », je parle du pays, pas forcément de la droite, la gauche, ont un effet inflationniste, c'est-à-dire ont eu pour effet, même si ça avait d'autres objectifs, de faire augmenter les prix ou de faire augmenter les loyers, donc il faut, à chaque fois, revisiter malheureusement et puis je pense que le gouvernement est décidé à le faire, parce qu'il faut construire pour deux objectifs, le premier c'est bien sûr la croissance et l'économie, l'activité économique, on sait que ça représente des emplois, et la deuxième c'est parce qu'il y a un déficit de logement, de certaines catégories de logements, mais de façon très inégale dans notre pays.
STEPHANE SOUMIER
Mais il y a dix jours vous aviez cité le chiffre de 42…
CHRISTIAN ECKERT
45, j'ai dit, mais enfin c'est de cet ordre de grandeur, oui.
STEPHANE SOUMIER
L'ensemble des aides au logement…
CHRISTIAN ECKERT
C'est énorme, oui.
STEPHANE SOUMIER
…l'ensemble des aides à la pierre, 45 milliards par an pour ce résultat. Alors, pour le coup, évidemment, vous n'en êtes pas responsable, hein, Christian ECKERT…
CHRISTIAN ECKERT
Je l'ai dit, oui.
STEPHANE SOUMIER
… et c'est sans doute une responsabilité sur plusieurs dizaines d'années…
CHRISTIAN ECKERT
Assez partagée, oui.
STEPHANE SOUMIER
Assez partagée, mais est-ce que ce n'est pas, j'en finis, là, est-ce que ce n'est pas une défaite idéologique en rase campagne, que de devoir appuyer sur l'héritage et les niches fiscales, pour relancer un secteur à l'arrêt ?
CHRISTIAN ECKERT
Non non mais il n'y a pas que la question de l'héritage, il y a une vraie difficulté structurelle de logements. Souvent on nous compare à l'Allemagne. En Allemagne on perd des habitants, l'Allemagne perd environ 200 000 habitants par an. Nous gagnons 200 000 habitants par an. On voit bien qu'au bout de 5 ou 6 ans il y a un effet ciseaux qui est extrêmement important, et la question du logement est fondamentale dans la question du pouvoir d'achat, puisque c'est une dépense contrainte et elle a un effet sur la compétitivité, parce que bien entendu, avoir des loyers ou des prix d'acquisitions, qui sont élevés, oblige à avoir des salaires qui tiennent compte de ce paramètre.
STEPHANE SOUMIER
On est d'accord, Christian ECKERT, mais ce constat c'est qu'on est dans un tel, dans une telle impasse, que l'on est obligé d'appuyer, et sur l'héritage, et sur les niches fiscales, d'ailleurs je vais vous poser la question de savoir si tout cela est financé, pour essayer de relancer le secteur, c'est le constat que l'on est obligé de faire aujourd'hui.
CHRISTIAN ECKERT
Parce qu'en France on a un peu l'habitude de considérer que les mesures fiscales sont le seul levier pour arriver à des résultats. Dans les deux sens, d'ailleurs, hein.
STEPHANE SOUMIER
Combien ça va vous couter ?
CHRISTIAN ECKERT
Eh bien écoutez, pour l'instant les mesures ont été annoncées dans leur principe. Alors, c'est toujours difficile de savoir combien ça va couter, parce que ce n'est pas finalement, si les mesures vont être utilisées, quand on dit par exemple, au niveau des donations ou des successions, on va créer un abattement fiscal pour ceux qui vont acquérir un logement neuf, on ne sait pas combien il va y en avoir, en plus le coût sera étalé dans le temps, puisque c'est au moment de la transmission du bien que la mesure va couter, si j'ose dire, à l'Etat, par manque de recettes, donc tout cela est toujours assez difficile. Si la mesure est utilisée à plein, ça risque de couter un peu, mais ça sera étalé dans le temps.
STEPHANE SOUMIER
Michel SAPIN était interrogé hier sur une éventuelle hausse de la TVA ou sur une éventuelle hausse de la CSG, et il a répondu, je le cite : « Nous n'avons pas ces idées-là », ce qui laisse entendre que vous en avez d'autres, Christian ECKERT.
CHRISTIAN ECKERT
Ecoutez, quand on est membre du gouvernement, on fait les annonces au moment où les choses sont décidées. Aujourd'hui nous travaillons sur plusieurs pistes, parce que nous avons des indicateurs macro-économiques que vous connaissez, avec une croissance atone, avec une inflation extrêmement faible, on l'oublie parfois, mais c'est un facteur qui pèse énormément sur nos questions budgétaires, avec plusieurs effets qu'il serait un peu long de détailler ici, et donc nous travaillons actuellement pour présenter un budget à la fin du mois et ça va se dérouler, encore ce matin, encore demain et durant toute la semaine, le 25 septembre ou le 26 vous aurez l'ensemble des mesures qui seront proposées par le gouvernement et à la fin de l'année, celles qui seront votées par le Parlement, il peut y avoir d'ailleurs des différences.
STEPHANE SOUMIER
On va en parler dans un instant, mais pour l'année 2015. Sur l'année 2014, est-ce que là vous êtes d'équerre, à combien vous en êtes ? Oui, excusez-moi, à combien vous en êtes sur le déficit, aujourd'hui, Christian ECKERT ?
CHRISTIAN ECKERT
Ecoutez, d'abord, on n'est qu'au mois de septembre, donc il reste trois mois…
STEPHANE SOUMIER
La machine de Bercy est une machine qui fait des prévisions. Quoi, quatre, trois ?
CHRISTIAN ECKERT
Oui, moi je suis toujours humble par rapport aux prévisions, on sera au-dessus de quatre, c'est évident, le ministre des Finances l'a dit, on verra avec les résultats du dernier semestre, du deuxième semestre, que l'on n'a évidemment pas encore, puisqu'il n'a pas eu lieu. Mais vous savez…
STEPHANE SOUMIER
Est-ce qu'il y a une ligne route infranchissable, c'est-à-dire par exemple le déficit, 2013, c'est-à-dire il ne faudrait pas repartir à la hausse, quand même, Christian ECKERT.
CHRISTIAN ECKERT
Ecoutez, les chiffres sont importants, ce n'est pas moi qui vais vous dire le contraire, au poste où je suis, ceci dit il y a aussi la prise en compte de ce qui est nécessaire pour l'économie, pour l'équilibre social dans le pays, de ce qui est, si j'ose dire, supportable, acceptable, et donc je ne sais pas s'il faut adapter les mesures aux chiffres ou les chiffres aux mesures, je crois qu'on est toujours sur cette espèce d'équilibre qui consiste à dire : on prend des mesures dans une ampleur qui nous permet de rester dans des fourchettes acceptables, mais tout ça c'est encore un peu prématuré, moi je suis de ceux qui disent que nous devons adapter la réduction de nos déficits à ce qui est acceptable et supportable, dans un contexte qui change. Aujourd'hui tout le monde en Europe reconnait que l'inflation est extrêmement faible, j'insiste sur ce point, et que c'est dommageable pour les questions budgétaires, à court terme ça peut paraitre séduisant, parce qu'on se dit « les prix n'augmentent pas », mais à moyen et à long terme c'est quelque chose qui ne serait pas profitable à l'ensemble des Français.
STEPHANE SOUMIER
Mais vous êtes en train de nous dire que finalement le chiffre du déficit à ce stade, n'a plus d'importance, qu'on peut même être au-dessus des 4,3 %.
CHRISTIAN ECKERT
Non mais Stéphane, mais je ne vous ai pas dit que ça n'avait aucune importance, je vous dis que c'est un encadrement, c'est un objectif, mais que cet objectif, au vu du contexte économique et social, eh bien il est en permanence nécessaire de le réadapter probablement.
STEPHANE SOUMIER
Où sont passés les milliards du Crédit d'impôt compétitivité emploi, Christian ECKERT ?
CHRISTIAN ECKERT
Merci de me poser cette question…
STEPHANE SOUMIER
Ah mais attendez, là, pour le coup…
CHRISTIAN ECKERT
Alors là, voyez, pour le coup, on va parler chiffres, peut-être.
STEPHANE SOUMIER
Je vous en prie.
CHRISTIAN ECKERT
Vous savez que le CICE, le Crédit d'impôt compétitivité emploi, est un crédit d'impôt, comme son nom l'indique, donc qui est perçu avec une année de décalage, sauf s'il est préfinancé, ce qui est possible. Les chiffrages que nous avons aujourd'hui, c'est que nous avons déjà accumulé autour de 8 milliards de crédit d'impôt pour l'année 2014, c'est-à-dire au titre de ce qui s'est passé en 2013, nous avions une prévision de l'ordre de 12, 13 milliards d'euros, c'est 20 milliards l'année suivante.
STEPHANE SOUMIER
Attendez, les chiffres…
CHRISTIAN ECKERT
Attendez, ce n'est pas terminé.
STEPHANE SOUMIER
Restons sur cette année.
CHRISTIAN ECKERT
Quand je dis « ce n'est pas terminé », ce n'est pas seulement une explication, c'est que seules les entreprises qui ont clôturé leur exercice au 31 décembre, ont pu faire cette déclaration, certaines d'ailleurs même si elles avaient clôturé avant le 31 décembre 2013, n'ont pas forcément fait la demande, donc nous serons autour des prévisions, c'est-à-dire entre 10 et 12 milliards d'euros, tous les indicateurs sont là. Les 4 milliards auxquels vous faites référence, c'est ce qui a été effectivement payé…
STEPHANE SOUMIER
Alors, je n'ai pas fait référence à ces 4 milliards, c'est-à-dire que c'est une espèce de mystère, on est effectivement…
CHRISTIAN ECKERT
Oui, mais ce n'est pas un mystère, mais vous savez très bien qu'un crédit d'impôt quand on doit payer des impôts, on l'impute sur son impôt, c'est-à-dire on diminue son impôt. Mais pour les entreprises qui n'avaient pas payé d'impôt, elles ont quand même droit au crédit d'impôt, et c'est pour celles là qu'on paie les 4 milliards, c'est ce qu'on a payé, et les 8 milliards, le total, c'est ce qu'on va imputer sur les impôts, 8 milliards aujourd'hui et toutes les prévisions montrent qu'on sera autour de, entre 10 et 12 milliards d'euros.
STEPHANE SOUMIER
Mais vous comprenez bien le décalage de perception, c'est-à-dire qu'on est sur un gouvernement qui ne parle que des 20 milliards du crédit d'impôt compétitivité emploi et qui d'ores et déjà demande des comptes aux entreprises…
CHRISTIAN ECKERT
En 2015 c'est 20 milliards…
STEPHANE SOUMIER
Oui mais en 2015, mais à la fin…
CHRISTIAN ECKERT
Stéphane ne nous faites pas l'injure de ne pas savoir qu'en 2014 le taux était de 4 %, en 2015 le taux est de 6 %.
STEPHANE SOUMIER
Ce n'est pas le sujet Christian ECKERT, le sujet c'est le décalage…
CHRISTIAN ECKERT
Si c'est ça qui donne les 20 milliards.
STEPHANE SOUMIER
Non…
CHRISTIAN ECKERT
Mais il n'y a pas de décalage en plus du point de vue comptable, vous le savez, les impôts comme les crédits d'impôts sont rattachés à l'année de l'exercice.
STEPHANE SOUMIER
C'est le décalage politique qui m'intéresse, c'est-à-dire c'est l'ensemble du gouvernement aujourd'hui et Manuel VALLS encore à la Rochelle qui dit maintenant c'est au chef d'entreprise de prendre leurs responsabilités, quand en réalité ils n'ont encore pas vu la couleur réellement du pacte de responsabilité, Christian ECKERT. C'est là où il peut y avoir un réel problème et une réelle défiance sur la longueur…
CHRISTIAN ECKERT
Ils ont vu le crédit d'impôt compétitivité emploi, moi je vais sur le terrain, je vais à la fois visiter les directions départementales, les finances publiques et à l'occasion je rencontre toujours des entreprises, ils ont vu le crédit d'impôt compétitivité emploi, ils en ont été parfois même surpris parce qu'il avait été tellement décrié, aujourd'hui ils disent surtout continuez comme ça, et ne le touchez pas. C'est ce qu'on entend sur le terrain. Et puis ils verront dès le 1er janvier 2015 la diminution des cotisations patronales sur les charges qu'ils auront payé en moins courant et ne faisons pas l'injure aux experts comptables et aux dirigeants des entreprises de ne pas faire la différence entre la comptabilité, la trésorerie et tout ça est mis effectivement dans une perspective sur laquelle nous avons voté dès le mois de juin d'ailleurs toutes les mesures de 2014 et de 2015 pour donner cette visibilité qu'on nous réclame.
STEPHANE SOUMIER
Puisqu'on est dans une relecture de ce qui s'est fait sur les deux dernières années, on aurait commencé par une bonne vieille baisse de charges, on n'en serait sans doute pas là.
CHRISTIAN ECKERT
Non Stéphane, là aussi merci de cette question, je vous rappelle que quand nous sommes arrivés nous étions dans une situation où on se demandait premièrement quel serait l'avenir de l'euro, il y a deux ans. Et deuxièmement est-ce que la France trouverait encore sur les marchés financiers des gens qui voudraient lui prêter de l'argent parce que nous avions un déficit, nous étions arrivés à des déficits l'année précédente qui dépassaient 7 %. Donc il fallait une réaction immédiate et la réaction immédiate ça a été effectivement d'augmenter les prélèvements à la fois sur les particuliers, et sur les entreprises. Et c'est ce qui nous a permis de diviser par deux le déficit public, le déficit de l'Etat a été divisé par deux, nous sommes passés de 148 millions, milliards d'euros pardon, c'était le pic de 2010 à autour de 75 milliards pour arrondir. C'est-à-dire que nous avons divisé par deux le déficit public et c'est vrai qu'on l'a fait par des mécaniques qui ont consisté à faire des hausses de prélèvements et nous avions toujours dit qu'après ces premières étapes qui nous permettaient premièrement de remettre l'euro dans une zone de stabilité et deuxièmement d'avoir la confiance des marchés financiers, vous savez tous que nous n'avons jamais emprunter aussi peu cher sur les marchés financiers alors, certains disent c'est parce qu'il y a beaucoup de liquidité, oui mais enfin c'est quand même parce que la situation de la France est crédible dans sa démarche aussi et que les entreprises en profitent aussi, parce que si les taux d'intérêts de l'Etat étaient plus forts, les taux d'intérêts pour les entreprises seraient également plus élevés, plus chers pour elles. Donc cette première étape est derrière nous, nous avons montré que nous étions capables de diminuer le déficit du budget de l'Etat, nous avons commencé à faire des économies importantes, nous continuons à faire des économies importantes dans la dépense publique et tout ça se fait à un rythme qui nécessite d'être adapté en fonction des paramètres européens, absence de croissance partout en Europe, baisse de croissance en Allemagne ou en Espagne, pardon, ça dépend quelle référence, donc nous nous adaptons à ce rythme de diminution des déficits et maintenant nous passons à l'étape baisse de prélèvement, et c'est ce que nous faisons très fortement. Certains disent qu'on en fait trop sur l'entreprise pas assez sur les particuliers, c'est un dosage que nous assumons.
STEPHANE SOUMIER
Il faut la fermer et redresser la France a dit Bernard CAZENEUVE au Journal du Dimanche ce week-end, c'est un adage qu'on vous pourriez faire votre Christian ECKERT, juste pour terminer ?
CHRISTIAN ECKERT
Je parle peu, je parle essentiellement quand on a des choses à dire ou alors quand des gens sympathiques m'invitent…
STEPHANE SOUMIER
Non, mais l'idée de mettre le boisseau sur d'éventuels désaccords…
CHRISTIAN ECKERT
Mais je crois que c'est nécessaire, si vous voulez. On a une crise économique qui se prolonge, on a une crise sociale qui est potentiellement possible. Est-ce qu'on va y rajouter une crise politique ? Alors qu'on a aussi une situation internationale qui est extrêmement dangereuse, on l'oublie parfois, vous avez vu des images terribles, le journaliste décapité, des images des évènements en Syrie, je crois que…
STEPHANE SOUMIER
Bien sûr, non non…
CHRISTIAN ECKERT
Sur BFM on a vu des images terribles, on a des foyers de fanatisme qui s'installe dans le paysage mondial, et aujourd'hui il faudrait rajouter une crise politique, parce qu'on a des états d'âme, des états d'âme souvent excessifs. Manuel VALLS a clairement dit et, le RSA augmente, on n'a pas supprimé les retraites, on n'a pas supprimé des salaires chez les fonctionnaires, on a tenu une politique rigoureuse, certes, on a continué à augmenter l'allocation de rentrée scolaire, enfin on n'est pas dans une situation où l'austérité serait ce qui a pu être connu dans certains pays. On a effectivement demandé un certain nombre d'efforts, mais il me semble qu'ils ont été parfaitement dosés pour concilier cette image de la France qui va vers une situation budgétaire meilleure. Bon, après, on peut dire, ça fait, c'est du aux dix dernières années, c'est du aux quarante dernières années, eh bien tout cela sera peut être un jour traité par les historiens qui seront l'archéologie administrative et financière, mais aujourd'hui nous sommes dans cette stratégie et c'est à cette stratégie que moi je me suis attelé, en me disant que ce qui était important aujourd'hui, c'est vraiment de nous mettre tous derrière cette démarche volontariste et que nos petits chiacayas au sein du PS, enfin, c'est la même chose ailleurs, mais, enfin, à n'en est pas là…
STEPHANE SOUMIER
Il faut finir, Christian ECKERT.
CHRISTIAN ECKERT
Ces petites différences, ces différences d'appréciations, elles doivent être respectueuses de difficultés devant lesquelles nous devons être soudés. C'est la démarche à laquelle je me suis employé.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2014