Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur l'avenir du musée de la Marine, à Paris le 15 octobre 2014.

Texte intégral


Monsieur le secrétaire général pour l'administration,
Monsieur le chef d'état-major de la marine,
Monsieur le président, cher Olivier,
Monsieur le directeur,
Monsieur le rapporteur, cher Benedict, – merci pour ce rapport, je vais bien sûr y revenir –
Mesdames et Messieurs, chers amis du musée de la Marine,
C'est toujours un grand plaisir pour moi de venir au musée. C'est un lieu qui invite au voyage. Parcourir ses collections, comme je viens de le faire à nouveau, c'est rencontrer des marins illustres, revivre leurs aventures, s'embarquer avec eux pour des mers lointaines. Venir ici, c'est – au cœur de Paris – une manière de prendre la mer.
La mer, pour moi qui suis Breton, est une passion qui vient de loin. Mais c'est également, pour le ministre de la Défense que je suis, un enjeu de premier ordre.
Il est clair qu'un milieu aussi immense, aussi vital, aussi fragile, ne saurait être laissé sans surveillance. Garantir la liberté des mers, empêcher que cette liberté soit détournée au profit du crime organisé, protéger toutes les richesses, marines et sous-marines : ce sont là quelques-unes des missions de la marine nationale.
Mais la mer, espace à protéger, est aussi un espace à exploiter d'un point de vue stratégique, notamment pour déployer nos capacités militaires. Les océans mettent en présence des nations éloignées. A travers eux, nous sommes connectés à toutes les zones de crise. Là encore, notre marine excelle pour tirer parti de la mobilité extrême permise par les mers, autant que de l'immensité secrète des océans.
Parce que les enjeux maritimes ont toute leur place au sein de la Défense, je suis fier d'exercer la tutelle du musée de la Marine. Dans cet esprit, je veux réaffirmer le lien symbolique entre notre marine et ce musée. Au moment où l'Hôtel de la Marine s'apprête à connaître un nouveau destin, je souhaite que nos marins réinvestissent le palais de Chaillot, où ils sont aussi chez eux. Je compte sur l'amiral Rogel pour relayer et faire vivre ce message.
Ce musée, en même temps, est une fenêtre ouverte sur d'autres horizons que ceux de la Défense. C'est justement pour explorer ces horizons que j'ai confié à Erik Orsenna et Benedict Donnelly une mission de réflexion. Depuis un an, avec l'aide d'Emmanuel de Fontanieu, ils ont parcouru la planète maritime. Ils reviennent aujourd'hui avec un rapport important. Benedict en a dit les grandes lignes et je veux l'en remercier. Ce rapport fait un constat lucide, que je partage. En réponse, il formule des propositions innovantes, que je partage aussi.
Ces derniers mois, nous avons donc beaucoup réfléchi à l'avenir du musée. Aujourd'hui, il est temps de passer à l'action.
Dans cette perspective, mon ambition pour le musée de la Marine repose sur trois piliers.
Le premier, c'est le choix d'une nouvelle équipe. Je remercie à nouveau Olivier Poivre d'Arvor d'avoir accepté la mission de président du conseil d'administration. Avec lui, le musée s'attache le concours d'une figure importante du monde de la culture et des médias, qui est en même temps, à travers ses activités d'écrivain, un amoureux de la mer et des marins. Avec le contre-amiral Loïc Finaz, c'est l'aptitude aux grandes navigations, mais aussi le talent de l'écrivain de marine, dont va bénéficier le musée. Aux côtés du secrétaire général pour l'administration, et des équipes de la direction du patrimoine, de la mémoire et des archives, j'ai toute confiance en eux pour conduire le musée dans ces nouveaux défis.
Le deuxième pilier, c'est l'engagement que je prends aujourd'hui de lancer – sans plus attendre – la rénovation du site de Chaillot. Cher Benedict, le message est passé. C'est un chantier crucial. Conscient des enjeux pour la pérennité même du musée, pour son développement, je souhaite rendre cette rénovation enfin possible, à travers un financement exceptionnel de 50 millions d'euros, échelonnés à partir de 2016 et sur toute la durée des travaux.
Le troisième pilier de mon ambition pour le musée, c'est bien sûr le projet que nous allons construire ensemble. Votre rapport trace un cap ambitieux, innovant, dans lequel je souhaite m'inscrire. À sa suite, je voudrais partager avec vous quelques convictions personnelles.
À mon sens, trois axes doivent inspirer le développement du musée :
- d'abord celui de ses collections permanentes ;
- ensuite celui d'expositions temporaires – à l'image de celle que nous inaugurons ce soir – ;
- enfin celui d'événements « grand public » autour des enjeux maritimes.
En premier lieu, la présentation des collections permanentes devra être renouvelée, dans l'esprit du rapport. La logique actuelle, qui est celle des cinq marines, est intéressante, mais elle n'est pas satisfaisante au regard de la diversité des problématiques maritimes contemporaines. Plus qu'aujourd'hui, les enjeux de la planète-mer, la mondialisation par les océans, ou encore les nouvelles technologies maritimes, doivent avoir leur place au musée. L'approche sera peut-être moins artistique et technique ; elle sera davantage historique et culturelle au sens large. La muséographie elle-même sera modernisée, en sachant être ludique, immersive et connectée. Surtout, la nouvelle présentation des collections offrira un récit global sur la maritimité, c'est-à-dire l'attachement – objectif et affectif – de nos sociétés aux grands espaces marins, et l'aventure de la France face au large.
En parallèle, les expositions temporaires seront placées au cœur de l'activité du musée. L'exposition que nous inaugurons ce soir est un superbe exemple du dynamisme des équipes du musée. Sur un sujet inattendu, elle propose un parcours passionnant, inventif, qui est aussi soucieux de tous les publics, notamment des plus jeunes.
Comme le fait déjà le musée de l'Armée, je souhaite que le musée de la Marine puisse accroître le rythme de ses expositions temporaires. Je sais que l'amiral Finaz a déjà quelques idées, notamment une grande exposition sur les sous-marins, qui constituera une préfiguration du musée rénové.
Enfin, des événements « grand public » pourront être organisés. L'enjeu est de faire du musée le lieu de la Mer à Paris. A côté d'une programmation de conférences et de projections, pour faire vivre le débat sur les grands enjeux maritimes actuels, je souhaite que le musée prenne toute sa part aux Journées de la Mer qui ont lieu chaque année au mois de juin. Une Nuit de la Mer pourra être organisée à cette occasion. Alors que le Vendée Globe 2016 se prépare déjà, je pense que la vocation du musée est aussi, à l'avenir, d'être la vigie parisienne des grandes courses de navigation.
Cette triple vocation du musée doit enfin s'accompagner d'une nouvelle articulation entre le site de Chaillot et les antennes portuaires – et Benedict en a également parlé. Dans l'ambition que je porte, les quatre ports – Brest, Port-Louis, Rochefort, Toulon – sont comme les « quais » du musée, ses portes de mer. Ils ont donc toute leur place au sein du futur musée de la Marine. Pour autant, chacun de ces « quais » s'inscrit dans une histoire et une géographie particulières, que nous devons mieux prendre en compte, dans un lien renforcé avec les collectivités territoriales, et c'est là aussi mon engagement.
Pour le dire en un mot, nous sommes au début d'une grande et belle aventure. Vous le voyez, le ministère dont j'ai la charge prend toutes ses responsabilités pour écrire l'avenir du musée. Mais nous aurons aussi besoin des idées et du soutien de tous ceux que la mer rapproche du Palais de Chaillot, comme le ressac d'une passion très profonde.
Ce musée est le nôtre, à nous de le réinventer.
Je compte donc sur chacun d'entre vous.
Source http://www.defense.gouv.fr, le 28 octobre 2014