Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à TF1 le 1er novembre 2014, sur les consignes données aux forces de l'ordre face aux manifestants à la suite du décès de Rémi Fraisse à Sivens.

Texte intégral

Claire Chazal :
Avec nous donc ce soir le ministre de l'Intérieur, bonsoir Bernard Cazeneuve.
Bernard Cazeneuve :
Bonsoir.
Claire Chazal :
Merci d'être avec nous. Alors hier soir, les manifestants ont appris la confirmation du fait que ce jeune militant écologiste avait bien reçu une grenade offensive de la police. C'est les dernières analyses qui l'ont confirmé. Est-ce que l'on pouvait selon vous prévoir ses débordements compte tenu de ce contexte ?
Bernard Cazeneuve :
D'abord, en ce qui concerne les débordements qui se sont passés la semaine dernière à Sivens et qui ont conduit à la mort tragique de Rémy Fraisse, et je m'incline devant sa mémoire ce soir à votre antenne, sont le résultat de violences du type de celles que l'on vient de voir à l'instant. Ces violences étaient présentes également à Sivens alors qu'il y avait une masse de militants pacifiques qui étaient contre ce barrage qui ne souhaitaient pas ces violences mais qui les ont subies et nous n'avons pas assisté là à des manifestations qui rendent hommage à la mémoire de Rémy Fraisse; nous avons assisté à des exactions, à des débordements inacceptables, aux comportements de casseurs qui s'en prennent au principe même de la République et de l'Etat de droit et qui, à ce titre, doivent être condamnés. Il y a eu des interpellations parce qu'il y avait ces violences dont les Français sont témoins en regardant votre journal ce soir. Et ces exactions, ces violences, ont pu être contenues même s'il reste encore des actes répréhensibles et des violences à Toulouse par l'action des forces de l'ordre que je veux saluer parce que les policiers, les gendarmes qui sont là pour défendre l'état de droit et ses principes s'exposent pour que la sécurité des Français soit assurée et que ces débordements soient maîtrisés.
Claire Chazal :
Et est-ce que ces policiers, ces gendarmes avaient reçu des consignes précises, j'allais dire, de calme ou de sang-froid face à certaines provocations ?
Bernard Cazeneuve :
Mais ils ont reçu les mêmes consignes que celles que je leur ai données le week-end dernier, c'est-à-dire de ne céder à aucune provocation, d'être dans l'usage proportionné de la force et d'utiliser la force que quand on ne pouvait pas faire autrement parce que c'est ainsi qu'agit la police et la gendarmerie dans la République française et tous ceux qui ont indiqué que nous avions donné des ordres de répression, qui ont stigmatisé des violences policières alors que les policiers, les gendarmes étaient victimes des exactions que l'on vient de voir à l'instant n'ont pas dit la vérité.
Claire Chazal :
Est-ce qu'à cet égard, on peut confirmer, on a parlé de jets de bouteilles d'acide, est-ce qu'on peut le confirmer ce soir ?
Bernard Cazeneuve :
Mais ce soir à Toulouse comme à Nantes, il y a eu des jets de boulons, il y a eu des jets de bouteilles d'acide, un policier a été brûlé aux mains, on a vu des poubelles qui ont été incendiées, on a vu des agences bancaires et des commerces cassés comme cela a été le cas à Rennes il y a de cela quelques jours, comme cela a failli être le cas à Paris et cela a été empêché parce que les forces de l'ordre ont réussi à faire en sorte que cela ne se produise pas. Donc ce soir, je veux appeler chacun au calme. Il y a eu des manifestations en nombre en France aujourd'hui ; elles ont été pacifiques. Ce à quoi nous assistons là, ce ne sont pas des manifestations pacifiques. Ce sont des exactions qui sont destinées à remettre en cause l'Etat de droit et la République dans ses principes et dans ses valeurs et face à cela, avec la plus grande fermeté, nous agissons pour que l'ordre soit rétabli, pour que l'Etat de droit l'emporte, pour que les valeurs de la République qui ne sont pas des valeurs de violence mais qui sont des valeurs de respect et de concorde l'emportent sur ces agissements qui doivent être condamnés avec la plus grande fermeté.
Claire Chazal :
De nouveaux cortèges, de nouvelles manifestations sont prévus demain, une marche blanche par exemple sur le site du barrage et un cortège également à Paris. Est-ce que ce cortège est maintenu selon vos informations dans la capitale ?
Bernard Cazeneuve :
Mais ces manifestations ne sont pas déclarées et si demain un rassemblement se produit à Paris …
Claire Chazal :
A Paris, il avait été annoncé.
Bernard Cazeneuve :
Non mais il y a un rassemblement pacifique qui est organisé par France Nature Environnement qui est un rassemblement qui se passera bien avec des organisateurs responsables qui sont dans la peine et dans le recueillement puisque Rémy Fraisse était membre de France Nature Environnement. Bien entendu, ce rassemblement est maîtrisé mais il peut y avoir d'autres rassemblements non déclarés comme celui de Nantes, comme celui de Toulouse et nous y ferons face avec des policiers, des unités de forces mobiles qui rempliront leurs devoirs en s'exposant pour que la sécurité soit préservée.
Claire Chazal :
Merci beaucoup Bernard Cazeneuve d'être venu sur ce plateau donc après les affrontements dans plusieurs villes notamment à Nantes et à Toulouse.
Source http://www.interieur.gouv.fr, le 14 novembre 2014