Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "France Culture" le 30 janvier 2015, sur le remboursement demandé par la Commission européenne d'aides versées aux agriculteurs, sur l'agro-écologie et sur l'unité nationale.

Texte intégral

MARC VOINCHET
Bonjour Stéphane LE FOLL.
STEPHANE LE FOLL
Bonjour.
MARC VOINCHET
Les Matins politiques avec Stéphane ROBERT ce matin. Stéphane LE FOLL, faut-il le préciser, ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt et également porte-parole du gouvernement. De très nombreux sujets dans l'actualité vous concernant aujourd'hui, notamment aussi le regard de Louison, eh oui ! Nous avons inauguré depuis 3 semaines, c'est le 3ème vendredi Louison ?
LOUISON
Oui.
MARC VOINCHET
Alors on a amélioré quelque chose, c'est que pour me signaler le dessin que vous ferez et qu'on diffuse, vous avez le choix entre deux clochettes, celle-ci ; ou comme il y a le ministre de la Culture aujourd'hui, celle-ci. Vous avez une préférence pour laquelle ? Ecoutez !
LOUISON
…Pour la bichette.
MARC VOINCHET
Choisir et donc on tentera bichette. L'agriculture française s'est fait épingler en début de semaine par la Commission européenne, et l'Etat devra rembourser des aides versées de façon non justifiée par Bruxelles pour un montant total de 1,078 milliard d'euros. En cause notamment, les défaillances du système d'identification de parcelles agricoles éligibles, une pénalité qui ne sera pas remboursée par les agriculteurs mais par l'Etat d'ici 2017. Faut-il parler de fraude ou d'erreurs à répétition commises par les agriculteurs français connaissant mal leurs droits et leurs devoirs, eux qui se plaignent souvent du caractère kafkaïen des normes administratives qu'on leur impose. Bref ! Par ailleurs Stéphane LE FOLL, vous inaugurerez en début d'après-midi aujourd'hui, au ministère de l'Agriculture, l'an 1 de l'agro-écologie. Après l'échec du plan Ecofito décidé en 2008 et visant entre autres à réduire le recours aux pesticides dans l'agriculture française, vous voulez faire de la France le leader de l'agro-écologie. Nous verrons avec vous ce qui se cache derrière ce terme et, surtout, quelle est votre stratégie pour rendre l'agriculture française plus propre sans lui faire perdre toutefois sa rentabilité. Est-ce qu'on n'en demande pas trop aux agriculteurs français, en exigeant d'eux plus de rentabilité ou plus d'efficacité dans l'exportation, alors même que les accords de libre-échange sont signés avec l'Ukraine et le Canada et que vous souhaitez voir, vous, le cycle court privilégié dans le domaine de l'agroalimentaire. Bref ! Comment mener une politique agricole qui ne soient pas truffées souvent de paradoxes ? Mais tout d'abord, je m'adresse aussi au porte-parole influent et puissant du gouvernement que vous êtes Stéphane LE FOLL…
STEPHANE LE FOLL
Merci.
MARC VOINCHET
On dit toujours « il a l'oreille du président Stéphane LE FOLL », deux sondages, un sondages IFOP pour MARIANNE publié hier et un sondage CSA pour nos amis de RTL publié aujourd'hui donnent dans tous les cas Marine LE PEN qui arriverait en tête du premier tour de l'élection présidentielle de 2017 ; et celui de RTL d'aujourd'hui dirait que de toute façon elle serait battue au second tour quelle que soit la configuration du principal candidat présent face à elle. Elle monte de 5 points, on la donnerait à 30 % à peu près d'opinions favorables de ce résultat de premier tour, ça fait 5 points de plus que le dernier sondage. Un commentaire Stéphane LE FOLL ?
STEPHANE LE FOLL
Un commentaire, c'est tout simplement que je mesure très bien sur le terrain que je connais le fait que le Front national est extrêmement élevé aujourd'hui, que ce qui s'est passé au-delà de l'unité, de la force de mobilisation des Français laisse aussi un espace pour tous ceux qui vont contester à la fois cette diversité de la France, cette capacité qu'elle a à porter une part de l'universel. Donc ça…
MARC VOINCHET
Bref ! Le 11 janvier ne dit pas tout de la France de demain !
STEPHANE LE FOLL
La preuve, et donc il faut être plus que jamais avec les valeurs de la République et le sens de la responsabilité à la hauteur du défi qui nous est posé. Voilà moi ce que j'ai à dire, les sondages tels qu'ils sont faits, je vais me donner une règle ce matin à FRANCE CULTURE, c'est d'éviter de les commenter parce que comme il y en aura toutes les semaines, je risque de parler beaucoup pour ne pas dire grand-chose.
MARC VOINCHET
On va se donner une règle, c'est qu'on va tout de suite passer à autre chose, vous avez raison. En revanche…
STEPHANE LE FOLL
Je reconnais là votre sens…
MARC VOINCHET
En revanche, sur la question tout de même importante et grave de l'unité nationale, du pays qui se trouve parfois en mal d'identité, certains parlent d'identité malheureuse, je ne sais comment vous interprétez les choses, comment voyez-vous tout de même… alors justement ce que serait aujourd'hui une politique de gauche ? Il y a eu beaucoup de critiques de faites après les événements que l'on sait sur au fond le bilan d'une gauche… certains disent au fond qui n'a pas fait son travail sur ces questions-là, alors que c'était son… a priori coeur de métier, la question de l'intégration, politique sociale, de la laïcité Stéphane LE FOLL ?
STEPHANE LE FOLL
D'abord il y a une gauche qui a été absente de la responsabilité pendant plus de 10 ans, entre 2002 et 2012, donc il y a d'autres politiques qui ont été conduites, il faut quand même aussi qu'on se rappelle ça. Que deuxièmement, on est arrivés…
MARC VOINCHET
Oui mais la gauche, elle inventa « touche pas à mon pote » quand…
STEPHANE LE FOLL
Oui, bien sûr, elle inventa beaucoup de choses, faut-il avoir dans l'invention pas simplement l'esprit d'innovation mais l'esprit d'efficacité, c'est ça le sujet. Et dans ces sujets… sur ces sujets plutôt qui sont extrêmement complexes, c'est des choix qu'on doit faire à un moment mais qui doivent porter leurs fruits plus loin, plus longtemps après. C'était au fond le choix de l'éducation de la jeunesse qui avait été fait par François HOLLANDE dans sa campagne et avec les créations de postes dans l'Education, on ne va pas découvrir aujourd'hui le fait que déjà avait été perçu la nécessité de renforcer ce qu'est l'éducation avec deux sujets majeurs à l'époque, c'était le décrochage, 150.000 jeunes qui décrochent, qui sortent sans aucun diplôme, qu'est-ce qu'ils font après ? Et puis deuxième point, le fait que notre système – en termes de mobilité sociale et en termes de résultat par rapport à un certain nombre d'évaluations – avait régressé, donc on a un enjeu majeur bien sûr. Et puis après il s'est passé ce qui s'est passé, les grandes questions posées sur le rapport à la laïcité, et en particulier chez les jeunes. Pour moi, il y a un sujet spécifique, le rapport au sacré avec les caricatures, on a vu, ils n'ont pas caricaturé Mahomet, d'accord, quand on leur dit « mais ils caricaturaient tout le monde et le pape aussi », eux « ils n'ont pas à le faire ». Sujet que nous, une certaine génération, on n'a jamais… on ne s'est jamais posé ces questions-là. Donc on a une question sur l'éducation, la perception, l'analyse du rapport aujourd'hui différent à la question religieuse et au sacré, et ce qui est incroyable c'est que ça se passe dans la jeunesse…
MARC VOINCHET
Et peut-être qui sait au dessin, ce n'est pas le fait religieux qu'il faut enseigner davantage dans les classes, mais peut-être le dessin…
STEPHANE LE FOLL
Le dessin, la caricature, oui bien sûr. Alors après, je ne vais rentrer dans… et puis il y a un deuxième élément, j'écoutais ce que vous disiez tout à l'heure sur les questions de la musique, le screaming et tout ce qui va avec, le grand sujet que je connais, vous l'avez deviné parfaitement, l'internet. Qu'est-ce qui s'est passé ? On a un espace qui s'est créé, un lieu qui… hors institution. J'ai été frappé moi, juste après les événements, de voir les jeunes dont deux été tabassés, un autre puisqu'il y avait un débat sur Facebook qui avait échappé aux parents, qui avait échappé à l'école. Mais ça c'est une question aussi, comment on fait, l'éducation elle a aussi à prendre ce nouvel espace.
MARC VOINCHET
La réponse c'est le service civique que promeut François HOLLANDE, mais dont Le FIGARO dit que ce n'est pas une mauvaise idée a priori, mais qu'il n'y a quand même pas un rond pour le financer !
STEPHANE LE FOLL
Non, ce n'est pas une mauvaise idée…
MARC VOINCHET
Et que les Français y sont assez sensibles…
STEPHANE LE FOLL
Oui…
MARC VOINCHET
Les jeunes aussi dans les sondages…
STEPHANE LE FOLL
Oui, les jeunes aussi. Moi j'ai vu…
MARC VOINCHET
Oui mais enfin, il n'y a plus d'argent dans les caisses, qu'est-ce que vous voulez faire…
STEPHANE LE FOLL
Le service civique, il n'y a peut-être plus d'argent dans les caisses, il faut savoir aussi… on a été capable à la fois de réduire la dépense publique et d'être sérieux tout en finançant des grandes priorités. Je n'oublie jamais… liées à la politique de gauche, je n'oublie jamais aujourd'hui qu'on créé des postes dans l'enseignement, qu'on créé une formation pour les enseignants, des choses qui n'existaient pas qu'on va mettre en oeuvre ; que sur la santé on débat et on est critiqué sur le tiers-payant pour offrir un accès à la santé plus facile à tous les Français. Tout ça, ça se fait en même temps avec des questions budgétaires qui sont évidemment des questions sur lesquelles on est extrêmement sérieux pour éviter l'explosion et ce qui se passe ailleurs. Mais à partir de là, éducation, c'était sur le sujet du moyen et du long termes, je pense qu'il y a un processus à engager. Et il faut qu'on soit dans le discours des républicains, profondément républicain. Je pense qu'on l'est dans cet équilibre entre la liberté, entre l'égalité et la fraternité. Et ça, c'est le message aussi qu'on doit faire passer.
MARC VOINCHET
Aussi funèbre soit cette actualité, finalement elle profite au Premier ministre et au président de la République qui remontent dans les sondages ?
STEPHANE LE FOLL
Ecoutez ! Je ne vais pas parler que de ça, je considère simplement que les Français ont jugé l'action qui avait été conduite dans ces moments, ils l'ont jugée positivement.
RRR
On a l'impression quand même que vous avancez un peu à tâtons, comme si… vous disiez tout à l'heure « il y a eu 10 ans, d'autres gouvernements », comme si vous n'aviez pas vraiment préparé là, sur les questions de société, sur ce qui se passe dans les quartiers, on a l'impression qu'on revient sur un espèce d'angélisme de gauche, qu'on se rend compte qu'il y a des choses qui s'y passent qu'on ne voulait pas voir auparavant. Sur les questions économiques, il y a eu tout un programme de campagne de François HOLLANDE et puis un an et demi, deux ans après on met en place une autre politique que celle qui était prônée à l'époque, on a l'impression que vous avancez à tâtons, vous découvrez les choses petit à petit, que ça n'a pas vraiment été préparé pendant 10 ans que l'opposition était au pouvoir.
STEPHANE LE FOLL
D'abord sur la question économique, François HOLLANDE pendant la primaire a été assez claire. La compétitivité c'est un enjeu, il l'avait rappelé, la réduction des déficits il l'avait affirmée, ce qui faisait d'ailleurs que dans le débat au départ, tout le monde pouvait considérer que ça serait difficile et beaucoup pariaient sur l'échec. Mais ça a été dit parce qu'on avait bien pris conscience de la difficulté. Ensuite ce qui s'est passé et c'est vrai et c'est toujours la confrontation réelle qui fait qu'on doit s'adapter. Ni intelligence, ça serait de penser que quand on est confronté à la réalité, on n'est même pas en capacité de s'adapter. Sur la question de la crise, la zone euro était bien plus gravement touchée que ce qu'on avait pu nous-mêmes imaginer, que le fait que quand on soit arrivé la question qui était posée c'était de savoir si la Grèce quittait la zone euro, on voit qu'on en rediscute après, mais on a stabilisé une zone euro, ça a pris plus de 6 mois, mais ça c'était quelque chose… je m'en souviens dans tous ces débats qu'on avait sur les questions économiques entre nous, les brainstorming, réduction du déficit, jamais on ne prenait une dimension qui est directement liée à ce qu'on doit anticiper et de ce qu'on doit faire. Donc ça, ça a été plus important et donc on s'est adapté. Et puis la question de la compétitivité, après le rapport Gallois c'est vrai que le crédit d'impôt compétitivité, il n'était pas dans les propositions, mais il était sous-jacent à l'idée de la compétitivité qui était dans les 3 pactes qu'avait présentés François HOLLANDE – je le rappelle – en 2009 à Lorient : le pacte éducatif, le pacte productif et le pacte redistributif avec la fiscalité.
MARC VOINCHET
Et ça vous a donné du coeur à l'ouvrage et un peu d'espoir, la victoire de Syriza en Grèce Stéphane LE FOLL ?
STEPHANE LE FOLL
Ça donne du coeur à l'ouvrage, ça donne…
MARC VOINCHET
Tout le monde s'est retrouvé très Syriza tout d'un coup au lendemain…
STEPHANE LE FOLL
Oui, oui…
MARC VOINCHET
Même Michel BARNIER…
STEPHANE LE FOLL
Oui, j'ai bien vu qu'il y en a qui étaient très heureux et qui pensent que ça y est, tout va changer, bon, on va les laisser à leur enthousiasme. Non, ce qui a été indiqué par les Grecs et c'est d'une logique politique implacable, c'est qu'après ce qu'ils ont vécu et après ce qu'on leur a demandé comme effort, que ça soit sur cette baisse de salaire, ce n'est pas baisse de salaire…
MARC VOINCHET
Oui, vraie baisse…
STEPHANE LE FOLL
Baisse au niveau de la santé et des remboursements, baisse sur les retraites, ça c'est des choses qui ont été subies. Ils ont exprimé un besoin de souffler, de dire « écoutez, on ne peut pas faire autrement parce que nous, on n'en peut plus ». voilà le message de Syriza en Grèce et il faut l'entendre, c'est tout le débat qu'on a depuis le début, et moi je l'ai eu il y a déjà quelques années au Parlement européen, quand on a eu la crise ça a été « oh la la, il faut réduire, réduire, réduire les déficits », il n'y avait plus que ça, que ça, je m'en souviens, j'étais bien placé pour dire à chaque fois « mais arrêtez », il y a bien sûr la réduction des déficits, moi je suis quelqu'un de responsable, mais on doit ouvrir d'autres perspectives, sinon on va réduire tout ça « à combien de pourcentage de déficit budgétaire », ce n'est pas l'enjeu. L'enjeu c'est à la fois la réduction parce qu'il faut faire très attention, quand la Grèce est dans la situation où elle est, elle est dépendante des prêts qu'on lui fait, totalement dépendante…
MARC VOINCHET
Pour l'instant, elle annonce un programme économique et social dont elle n'a pas les moyens de le financer…
STEPHANE LE FOLL
Voilà, donc la discussion ça doit être de donner… de répondre aux Grecs et de leur dire « il faut qu'on prenne en compte ce qui a été exprimé, mais en même temps on sera et on est obligé de rappeler qu'il y a des contraintes qui vont faire aussi que ce qu'ils pouvaient espérer soit peut-être moins à la hauteur, mais on va être dans le dialogue. Et la France a un rôle à jouer, le président de la République aussi.
MARC VOINCHET
J'entends une brebis qui fait ding dong…
STEPHANE LE FOLL
Attention au loup…
MARC VOINCHET
N'abordez pas les sujets qui fâchent. Alors montrez-nous le et décrivez-le en même temps parce qu'à la radio, on n'a pas encore tout à fait réglé l'image mais ça va venir…
LOUISON
Alors je ne vous ai pas obéi monsieur le ministre, j'ai reparlé de ce dont on ne doit pas parler, c'est-à-dire les sondages, mais j'avais déjà commencé mon dessin, donc c'était…
STEPHANE LE FOLL
Vous êtes désobéissante Louison…
MARC VOINCHET
Vous n'êtes pas là pour obéir, je vous signale.
LOUISON
En plus. Donc je reprends cette information du sondage de Marine LE PEN créditée à 30 % d'intentions de vote. J'ai dessiné une vache, c'est ce que j'aime beaucoup faire le vendredi matin, et cette vache dit « il n'y a pas que moi qui deviens folle », voilà.
MARC VOINCHET
Voilà, le dessin va partir en tweet…
LOUISON
Aussi sec.
MARC VOINCHET
Aussi sec et sur le site FRANCECULTURE.FR. Ce n'est pas de vache qu'il est question mais c'est de bonnet d'âne pour la France, 1.078 milliards d'euros d'amende, l'agriculture française s'est fait rattraper par la patrouille européenne Stéphane LE FOLL. Alors on va préciser une chose, comme ça vous serez à l'aise, ce n'est pas votre gestion à vous qui est en cause…
STEPHANE LE FOLL
Ah ! Quand même…
MARC VOINCHET
Cette histoire-là…
STEPHANE LE FOLL
On commence déjà mieux, hein ?
MARC VOINCHET
Oui, mais sauf qu'après patatras…
STEPHANE LE FOLL
Qu'est-ce que j'ai entendu moi…
MARC VOINCHET
Patatras, 1.078 milliards d'euros…
STEPHANE LE FOLL
Mes amis qui m'ont envoyé des messages : qu'est-ce que tu as fait !
MARC VOINCHET
A rembourser à l'Europe, alors c'est l'Etat qui va faire le chèque et pas les agriculteurs. Et en plus, la majorité de ces milliards sont grecs… pardon ! Corses, parce qu'il n'y a pas de cadastre en Corse comme en Grèce, excusez-moi.
STEPHANE LE FOLL
Alors on va être assez… je vais essayer d'être assez clair. 2008-2012…
MARC VOINCHET
Vous avez 2 minutes.
STEPHANE LE FOLL
Les aides sont versées sur des surfaces en agriculture, donc les agriculteurs déclarent ces surfaces pour pouvoir toucher l'aide…
MARC VOINCHET
Quand il y a un cadastre, on est d'accord !
STEPHANE LE FOLL
Quand il y a un cadastre mais enfin, après il y a des satellites. Et eux…
MARC VOINCHET
Mais il n'y a toujours pas de cadastre.
STEPHANE LE FOLL
Voilà ! Ils surveillent, ok ? Et on prend des photos en satellite. Nous, on avait un système qui faisait que les photos étaient prises de manière assez étalée. La Commission a contesté, alors c'est étalé, vous vous rendez compte, par exemple vous déclarez une surface et puis il y a un hangar qui est construit, il y avait une mare, elle n'est pas déclarée, elle est déclarée. Ils font un test, ils prennent des photos sur la France et ils disent : en fait, il y a une erreur de 5 % sur ce que vous déclarez par rapport à ce qu'on voit, nous, en satellite. Et puis ils étendent tout ça à la surface de la France, plus grand pays européen, donc…
MARC VOINCHET
Alors si on étale le non-cadastre effectivement de la Corse…
STEPHANE LE FOLL
Mais la Corse ce n'est…
MARC VOINCHET
A toute la surface de la France…
STEPHANE LE FOLL
La Corse ce n'est rien, la Corse elle touche 50 millions…
MARC VOINCHET
Oui, il faut toujours être prudent avec la Corse, vous avez raison.
STEPHANE LE FOLL
Je vais y aller en Corse…
MARC VOINCHET
Je comprends, je comprends…
STEPHANE LE FOLL
Non mais c'est vrai. Deuxièmement, ce n'est pas des fraudes, il y a des erreurs, on les corrige. Le vrai problème de l'Europe aujourd'hui, c'est que la suspicion qui est faite sur la distribution des aides conduit à ce que l'amende, ce n'est pas corriger l'erreur et payer ce qu'on n'a pas bien versé, c'est carrément un forfait, on paie 2 % d'amende, c'est 1 milliard… ils nous demandaient d'ailleurs l'Europe 3,5 milliards, on a contesté parce que leur système d'échantillon était tout à fait contestable, on a travaillé pendant 6 mois – et je salue tous les services du ministère – pour contester ça, on a réduit à 1 milliard… mais c'est un forfait, on ne devrait pas payer autant. Les autres ont payé pareil, l'Allemagne ça a été 2 %...
MARC VOINCHET
Attendez…
STEPHANE LE FOLL
La Grande Bretagne et l'Espagne pareil.
MARC VOINCHET
Monsieur le ministre, si moi je touche trop d'argent de POLE EMPLOI ou de la CAF, je suis tenu de le rembourser…
STEPHANE LE FOLL
C'est exactement…
MARC VOINCHET
Pourquoi pas les agriculteurs ?
STEPHANE LE FOLL
Eh bien ! Vous touchez… nous remboursons au-delà de ce que nous avons… ce sur quoi on a été contesté. Au-delà c'est un forfait, c'est ça que je vous dis, et je pense d'ailleurs – et je vais le dire ce matin – que pour ce qui me concerne, j'enverrai un mot à monsieur JUNCKER pour qu'à l'avenir sur ces questions, une erreur doit être corrigée et on doit payer ce qui a été en trop versé, et pas avoir des amendes et des systèmes forfaitaires comme ceux qu'on a aujourd'hui.
(Brouhaha)
MARC VOINCHET
Vous parlez presque aujourd'hui monsieur le ministre comme un représentant de la FNSEA, écoutez Dominique BARRAU, secrétaire général de la FNSEA qui dit : oui, c'est la faute à personne sauf à l'administration.
DOMINIQUE BARRAU
Si un agriculteur a reçu trop d'aides, je vous rassure, il les rembourse. Mais là ce qu'on lui conteste, ce n'est pas le versement de l'aide, c'est sa surface, c'est-à-dire qu'à Bruxelles on trouve une surface, à Paris une autre et sur son cadastre il a la réalité. Un agriculteur, il a des m² et des hectares, l'administration nous demande de faire des déclarations numériques sur des traits autour des parcelles, et le contrôle est effectué à partir de photos. Donc trois instruments de mesure, trois erreurs possibles. Ce n'est pas les agriculteurs qui sont en cause pour le coup, c'est le système de contrôle des déclarations des agriculteurs, ou entre la France et l'Europe, ils se mélangent les pinceaux pour être clair entre leurs différents outils de mesure. C'est comme si vous alliez dans une boutique où on vous dit : allez ! On prend les euros, les dollars et puis le yen. Si vous payez en dollar et qu'on vous rend de la monnaie en euro, peut-être qu'on aura du mal à vous faire l'appoint. C'est exactement ça le problème qui est posé, donc simplifions, simplifions, simplifions.
MARC VOINCHET
Simplifions, simplifions, enfin peut-être faisons un cadastre encore, tout simplement.
STEPHANE LE FOLL
Mais je crois que vous avez un petit tropisme là du matin…
MARC VOINCHET
Non mais, on reproche… de ne pas en avoir…
(…) Brouhaha
STEPHANE LE FOLL
Non mais il ne faut pas se tromper je veux dire, ce qui concerne la Corse est un sujet spécifique, ce qui concerne cette pénalité c'est un sujet large. Et je redis qu'un agriculteur qui, par exemple, n'a pas déclaré correctement ne touche pas d'aide, il les rembourse, je le dis quand même. Mais là, c'est un système…
MARC VOINCHET
Mais demain, vous le trouvez où l'argent quand même à rembourser ?
STEPHANE LE FOLL
On va être obligé de le budgéter, on va être obligé de le budgéter sur 3 exercices budgétaires. De toute façon je vais vous dire une chose, moi je suis…
MARC VOINCHET
…La dette grecque, on va payer maintenant les agriculteurs de Corse.
STEPHANE LE FOLL
Je suis en train de préparer la prochaine PAC, la réforme de la PAC avec tous les systèmes avec le verdissement. Je ne vous dis pas techniquement ce que ça représente, parce que tout le monde croit que c'est facile. Moi je vais être très clair maintenant, je vais tout faire pour que le prochain ou les prochains ministres ne se retrouvent pas dans ma situation. Mais je peux vous dire aussi…
MARC VOINCHET
…Vous avez hérité…
STEPHANE LE FOLL
Oui, et je peux vous dire aussi qu'il faut qu'on ait un débat avec la Commission pour simplifier et avoir plus de subsidiarité. Tant que les enveloppes sont respectées, tant que les règles sont respectées, on doit avoir un système plus fluide et plus simplifié. Et ça, c'est un débat qu'on doit avoir avec la Commission et je l'aurai.
MARC VOINCHET
Stéphane LE FOLL, invité des Matins, on vous retrouve à 8 h 15 en deuxième partie, deuxième partie introduite comme chaque jour par Brice COUTURIER.
BRICE COUTURIER
Oui, bonjour monsieur le ministre, bonjour Marc. Je voudrais vous parler de la productivité de notre agriculture, nous sommes passés derrière les Allemands sur les marchés mondiaux, nos agriculteurs se disent écrasés par les taxes, bridés par une manière réglementaire sans limite, alors comment faire en sorte de rétablir nos positions, la position de nos productions agricoles sur les marchés mondiaux.
MARC VOINCHET
Ce sera la deuxième partie des Matins avec Stéphane LE FOLL.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 février 2015