Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 23 mars 2015, sur les résultats du premier tour des élections départementales et l'appel au rassemblement de la gauche au second tour.

Texte intégral

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Manuel VALLS.
MANUEL VALLS
Bonjour Jean-Michel APHATIE.
JEAN-MICHEL APHATIE
Convenez-vous ce matin d'une lourde défaite pour la gauche lors du premier tour des élections départementales ?
MANUEL VALLS
Vous savez, Jean-Michel APHATIE, rien n'est jamais écrit à l'avance.
JEAN-MICHEL APHATIE
Non, mais on parle du résultat du premier tour.
MANUEL VALLS
Eh bien, s'il y a un premier tour, il y a…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une défaite ?
MANUEL VALLS
S'il y a un premier tour, il y a un deuxième tour, et vous connaissez ma volonté de combattre, ma volonté de mobiliser…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes déçu par le premier tour ou pas ?
MANUEL VALLS
Le Parti socialiste a mieux résisté que ce qui était prévu, Parti socialiste et ses alliés, les radicaux de gauche, les divers gauche réalisent autour de 28%, c'est-à-dire plus que le Front national, ce n'était pas ça que promettaient les sondages. Il y a un deuxième tour, il faut mobiliser les abstentionnistes, et il faut rassembler la gauche qui était trop dispersée, trop divisée au premier tour, pour garder un maximum de cantons et pour garder un maximum de départements. Et c'est le soir du second tour qu'on fait les analyses et les additions.
JEAN-MICHEL APHATIE
Le Parti socialiste est éliminé dans combien de cantons ce matin, on dit à peu près 500, vous le confirmez ?
MANUEL VALLS
Oui, contrairement à ce qui était dit hier soir, où on parlait de 1.000 cantons, c'est malheureusement ce que nous avions, nous-mêmes, indiqué, autour de 500 cantons sur les 2.000 actuels, pourquoi ? C'est le cas dans le Nord, c'est le cas dans l'Isère, c'est le cas par exemple à Corbeil-Essonnes, parce qu'il n'y a pas eu de rassemblement de la gauche au premier tour, comme nous l'attendions, mais tournons cette page à ce stade, maintenant, ce qui compte, c'est le rassemblement de toute la gauche, des écologistes, des progressistes autour du candidat de gauche, présent au second tour pour garder un maximum de départements, et pour que ces départements puissent continuer à mener des politiques de vie quotidienne qui soient justes pour les citoyens.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et le Front national, dont vous aviez fait la cible principale pendant votre campagne des départementales, Manuel VALLS, totalise 25% des voix, sera présent dans plus de 1.100 cantons dimanche prochain, c'est un résultat historique pour le Front national, c'est une forme là aussi d'échec pour vous ?
MANUEL VALLS
Mais ça veut dire que le combat continue, moi, je ne voulais pas que le Front national soit la première formation de notre pays. Et je souhaitais que les électeurs, et pas seulement de gauche, se mobilisent. Et je me réjouis d'une certaine manière que les formations républicaines aient plutôt bien tenu, bien résisté, mais vous avez raison, ne nous cachons pas derrière ces chiffres, qui sont déjà importants, le Front national continue sa progression, et cette fois-ci, à l'occasion d'élections cantonales, donc il faut le contenir. Il faut le combattre, à la fois, au nom des valeurs républicaines, mais parce que ses solutions – sortir de l'euro, sortir de l'Europe, sortir de la politique agricole commune – ruineraient notre pays, ruineraient les ouvriers, les artisans, les salariés, les agriculteurs. Donc il faut le combattre. Et pour cela, il faut être efficace. Le rassemblement à gauche maintenant au second tour est appelé à voter pour le candidat républicain à droite ou à gauche…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous le ferez pour tous les candidats de l'UMP ?
MANUEL VALLS
Nous le ferons pour tous les candidats, et je regrette la position de Nicolas SARKOZY et de l'UMP, c'est une faute morale, et c'est une faute politique, quand on a à choisir entre un candidat républicain et le Front national, on n'hésite pas. La gauche, elle n'hésite pas. Le « ni-ni » proposé par Nicolas SARKOZY, est une faute et qui ne règle aucun des problèmes auxquels l'UMP est désormais confrontée.
JEAN-MICHEL APHATIE
La gauche dirigeait 61 départements, le Parti socialiste en avait 54, des projections de sondages, il y a notamment une étude OPINIONWAY dit que, au deuxième tour, en fonction des résultats du premier tour, la gauche pourrait plus ne diriger que 19 départements, donc sans doute un deuxième tour très difficile qui attend la gauche, Manuel VALLS ?
MANUEL VALLS
Et ne refaisons pas ou ne refaites pas…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est à partir de la projection des chiffres…
MANUEL VALLS
Ne refaisons pas la même erreur qu'au premier tour, ce deuxième tour se joue non seulement dans chaque département, mais dans chaque canton. Et moi, en parcourant le pays, en voyant les candidats, notamment les candidats soutenus par le Parti socialiste et les radicaux de gauche, j'ai vu des candidats évidemment pour beaucoup nouveaux, puisqu'il y a la parité, et je veux rappeler qu'il y aura désormais 2.000 femmes qui siègeront dans les conseils généraux contre 13% aujourd'hui, c'est-à-dire une poignée, des candidats combattifs, et je suis convaincu que pour tous ceux qui sont en lice, et ils sont bien nombreux, pour le second tour, ils vont être particulièrement engagés pour garder ces cantons et ces départements à gauche. Et moi, j'en appelle…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez un pronostic pour le deuxième tour ?
MANUEL VALLS
Non, j'en appelle…
JEAN-MICHEL APHATIE
Pas de pronostic ? Vous espérez conserver combien de départements ?
MANUEL VALLS
Je n'en avais pas pour le premier tour, et je n'en donne pas pour le deuxième. Moi, je suis pleinement engagé dans cette campagne. Si je ne m'étais pas engagé dans cette campagne avec plusieurs ministres, mais aussi avec le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe CAMBADELIS ou avec Jean-Michel BAYLET, qui a été réélu, contrairement à tous les pronostics au premier tour dans le Tarn et Garonne, s'il n'y avait pas eu cette mobilisation, alors, le score aurait été effectivement catastrophique. Continuons à nous mobiliser, à convaincre pour que ces départements restent à gauche, parce que, encore une fois, les conseils généraux jouent un rôle très important dans la vie quotidienne, et parce qu'il faut battre le Front national dans un maximum de cantons. Donc tant que les jeux ne sont pas terminés, il faut continuer à mobiliser.
JEAN-MICHEL APHATIE
Le résultat enregistré hier soir, Manuel VALLS, va-t-il vous amener à modifier quelque chose dans la politique que vous suivez ?
MANUEL VALLS
Mais il faut poursuivre une politique qui va donner des résultats, bien sûr, il faut être à l'écoute des citoyens, de leurs angoisses, de leur colère, dans bien des domaines, mais leur dire aussi…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est quoi le message, un message, qu'est-ce que vous avez compris de ce premier tour ?
MANUEL VALLS
Mais qu'il y a au fond un rejet assez profond de ce qu'est la représentation politique dans notre pays, et donc il faut continuer à parler vrai, à dire la vérité aux Français, sur les grands défis du pays, la menace terroriste, mais sur les grands défis aussi que nous devons relever, je pense à la transition écologique, mais aussi parce que nous sommes en train d'engager le pays sur la voie du redressement économique. Et puis, nous obtenons des résultats, regardez les résultats que nous obtenons avec Bernard CAZENEUVE, grâce à la politique que nous avons menée depuis trois ans en matière de lutte contre la délinquance, la délinquance baisse, les cambriolages sont pour la première fois depuis plusieurs années en baisse dans les territoires ruraux, comme dans les territoires urbains. Moi, je veux faire…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est l'économie, le chômage qui procurent beaucoup d'angoisses…
MANUEL VALLS
Bien sûr, mais je veux faire la démonstration à mes compatriotes qui, parfois, n'y croient plus que l'action politique, l'action gouvernementale en l'occurrence peut donner des résultats. Mais vous avez raison…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pouvez leur dire que le chômage va baisser dans l'année ?
MANUEL VALLS
Non, je ne peux pas leur dire cela, parce que tant que nous n'avons pas un niveau de croissance suffisant, c'est-à-dire au-dessus de 1,5%, c'est difficile de faire baisser le chômage, notamment avec la démographie qui est la nôtre. Mais les indicateurs que nous avons en matière de croissance, de moral des ménages, de moral des entreprises, les exportations, mais aussi les investissements en France montrent que sur ces points-là, nous sommes sur le bon chemin, même si beaucoup de nos concitoyens aujourd'hui, évidemment, ne le perçoivent pas, ça veut dire qu'il faut continuer, en étant à l'écoute, mais ça veut dire aussi, et c'est le message pour toute la gauche, qu'il faut que celle-ci se rassemble, privilégie l'unité, et soit capable de travailler pas seulement pour elle-même, mais pour l'intérêt général et pour le pays.
JEAN-MICHEL APHATIE
Marine LE PEN a demandé votre démission, hier soir, de Matignon, alors quelque chose de rituel sans doute dans la politique, mais qui dit aussi que votre autorité ne sortira pas renforcée de ce scrutin, et qu'elle vous affaiblit, que ce scrutin, bien sûr, vous affaiblit, Manuel VALLS.
MANUEL VALLS
C'est étrange que vous fassiez référence à Marine LE PEN pour faire cette analyse…
JEAN-MICHEL APHATIE
On n'a pas le droit ?
MANUEL VALLS
Bien sûr, c'est votre droit, à vous, à chacun ses références…
JEAN-MICHEL APHATIE
Je citais Marine LE PEN hier soir…
MANUEL VALLS
Très bien…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est assez factuel au fond…
MANUEL VALLS
Oui, mais ça, c'est la vieille politique. Chacun sait que je continuerai à la tête du gouvernement, et je pense le contraire. Je pense que mon engagement dans la campagne au nom des valeurs, pour mobiliser l'électorat, même s'il y a eu encore trop d'abstentions, mais bien plus que ce que tous les commentateurs avaient analysé, la résistance du Parti socialiste et de ses alliés dans cette élection, le fait que le Front national n'est ni la première ni la deuxième force de ce pays…
JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, il est plutôt la deuxième…
MANUEL VALLS
Non, non…
JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que les divers gauche, tout ça, on additionne peut-être des choses un peu…
MANUEL VALLS
Non, non, eh bien, additionnez les choses clairement, et vous verrez…
JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas le deuxième parti, le Front national ?
MANUEL VALLS
Non, vous verrez que le Parti socialiste et ses alliés dans cette élection sont au-dessus du Front national, il faut aussi dire les choses factuellement, pour bien mobiliser, pour le second tour. Et donc, je crois que mon autorité, mais je la dois évidemment au président de la République, mais aussi, bien sûr, à la majorité, je ne sais pas si elle est renforcée, en tout cas, tout cela me donne la force pour poursuivre et pour combattre des idées qui sont néfastes pour le pays, c'est pour ça que j'en appelle encore une fois à la plus grande mobilisation de tous les électeurs de gauche pour ce second tour.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez attaqué durement Nicolas SARKOZY durant cette campagne, il a pourtant réussi son premier tour à la tête de l'UMP, qui, là, est le premier parti de France, ce sera votre principal adversaire désormais, Manuel VALLS ?
MANUEL VALLS
Mais nous avons des adversaires, et c'est bien sûr la droite, mais en même temps, moi, je respecte les républicains, et je souhaiterais souvent qu'on puisse, sur un certain nombre de sujets, abandonner un certain nombre de caricatures, comme celles que j'ai entendues de la part de Nicolas SARKOZY hier, je respecte les républicains…
JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce qu'il y avait de caricatural chez Nicolas SARKOZY hier ?
MANUEL VALLS
Mais je respecte les républicains, mais alors je leur demande de choisir entre un candidat républicain et le Front national. En revanche, je combats…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous savez…
MANUEL VALLS
Eh bien, c'est une erreur, c'est une faute politique et morale, je viens de le dire, en revanche, je combats de toutes mes forces un parti, une formation, des candidats qui, par dizaines, Jean-Michel APHATIE, par dizaines, ont tenu des propos racistes, antisémites, homophobes et sexistes, et dont le programme représenterait, je l'ai dit il y a un instant la ruine pour mon pays. Il faut convaincre ; beaucoup d'électeurs pensent que c'est une manière de changer le système. Non, changer le système, ça nous ferait revenir en arrière. En revanche, il nous appartient à nous, et moi, le premier, évidemment, d'être à l'écoute de nos concitoyens, expliquer mieux notre politique, et plus la gauche est rassemblée, plus les socialistes sont unis, plus nous serons efficaces dans cette explication, et pour dire que le pays est sur la bonne voie.
JEAN-MICHEL APHATIE
C'était votre analyse de l'élection départementale, Manuel VALLS, mais il y a d'autres chiffres dans l'actualité.
YVES CALVI
Mais je vais y revenir dans un instant, mais une question, je vous écoute depuis cinq minutes, Monsieur le Premier ministre, vous parlez de la résistance du Parti socialiste et de ses alliés, on se demande si vous avez bien compris le message des électeurs, je le rappelle : le Nord, bastion socialiste, pourrait basculer à droite, comme la Corrèze, fief de François HOLLANDE, et comme l'Essonne, votre département. Ça n'a pas l'air de vous marquer plus que ça ?
MANUEL VALLS
Si…
YVES CALVI
Non, mais dites-le nous !
MANUEL VALLS
Ne soyez pas dans la caricature, vous-même, nous sommes dans l'entre deux tours, l'élection, elle n'est pas finie, Yves CALVI…
YVES CALVI
Je vous demande de commenter le premier tour…
MANUEL VALLS
Vous aviez déjà, pas vous, les uns et les autres, commenté l'avant premier tour, le désastre annoncé, et tout le monde s'est trompé, le Parti socialiste et ses alliés sont autour de 28%. Donc tout le monde s'est trompé. Ça ne veut pas dire pour autant que je ne constate pas les dégâts de la division, et dans les départements que vous venez d'évoquer, il y a eu de la division, dans le Nord, en Corrèze et dans l'Essonne. Il y a eu de la division. Quant à Corbeil-Essonnes, un candidat communiste se maintient et laisse au second tour monsieur BECHTER, qui est mis en examen, le maire de Corbeil, face au Front national, ça veut bien dire que la division a joué un rôle…
YVES CALVI
C'est la faute des autres !
MANUEL VALLS
Je ne dis pas cela, je ne dis pas cela…
YVES CALVI
Vous êtes chef de gouvernement…
MANUEL VALLS
Je dis que je me suis engagé dans un moment difficile, si le pays va sur la bonne voie, les résultats ne sont pas perceptibles par les Français. Mais je suis convaincu que l'année 2015 sera l'année du retour de la croissance et donc de l'emploi, et donc de la confiance, mais parce qu'il y a un second tour, je me bats, moi, contrairement à vous, chacun son métier, chacun sa mission, je ne suis pas dans le commentaire. Donc je me bats, comme je l'ai fait pour le premier tour, avec les résultats que vous connaissez. Une plus forte participation, et une meilleure résistance du Parti socialiste et de ses alliés. Donc continuons, mais je suis très lucide sur le message des Français, et sur la réalité que je connais dans les départements, parce que nous pouvons garder plusieurs dizaines de départements, je continue mon engagement tout au long de cette campagne avec Jean-Christophe CAMBADELIS, avec nos alliés, avec toute la gauche, je l'espère, avec les membres du gouvernement, nous allons battre campagne pour convaincre les abstentionnistes du premier tour d'aller voter, et la gauche de se rassembler autour des candidats, et là où c'est possible, faire battre l'extrême droite.
YVES CALVI
Jean-Michel y faisait allusion, il y a un instant, vous êtes satisfait de votre circulation alternée qui arrive trop tard ? Ça touche à la vie des Français.
MANUEL VALLS
Oui, bien sûr. Mais je pense que, elle a été mise en oeuvre dans de bonnes conditions, et c'est le choix qui a été fait par Ségolène ROYAL, dont je veux rappeler qu'elle est en train d'engager deux grandes lois qu'on n'a jamais vues à ce niveau-là, sur le plan écologique et la transition énergétique, la loi sur la transition énergétique, et la loi sur la biodiversité, qui sera votée demain à l'Assemblée nationale.
YVES CALVI
Merci à tous les deux. Entretien à réécouter et retrouver sur le site RTL.FR. Jean-Michel, on se retrouve à 08h20, nous accueillerons, à ce moment-là, François FILLON.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mars 2015