Interview de M. Christian Eckert, secrétaire d'Etat au budget, à "RFI" le 17 avril 2015, sur le programme de stabilité budgétaire pour les années 2015 à 2017.

Texte intégral

FRÉDÉRIC RIVIERE
Bonjour Christian ECKERT.
CHRISTIAN ECKERT
Bonjour.
FRÉDÉRIC RIVIERE
Vous avez présenté mercredi le programme de stabilité budgétaire pour les trois prochaines années et vous avez dit non aux efforts supplémentaires demandés par la Commission européenne en matière de réduction des déficits publics, en particulier le déficit structurel. La mise en oeuvre de ces recommandations explique Michel SAPIN, le ministre des Finances, aurait fait chuter la croissance et nous aurait empêché de faire reculer le chômage. Nous avons considéré dans le respect de la Commission que notre voie était possible, autrement dit la Commission européenne s'entête à vouloir emprunter un chemin qui n'est pas le bon.
CHRISTIAN ECKERT
Non, on ne va pas le dire comme ça… Il y a eu depuis un phénomène nouveau sur lequel il faut insister, c'est que nos résultats de 2014 ont été bien meilleurs que prévu, la Commission attendait 4,3 % de déficit et puis nous avons fait 4 % de déficits, ce qui est quand même 6 à 7 milliards de mieux si j'ose dire que ce qui était prévu. Et donc c'est un élément important qu'il nous faut prendre en compte. D'autre part c'est vrai que la trajectoire qui nous a été suggéré par la Commission avait le principal défaut d'avoir un résultat de croissance moins important que notre propre trajectoire, celle que nous proposons à Bruxelles qui réalise une réduction des déficits aussi forte, voire même plus rapide que ce que propose la Commission mais qui maintient un taux de croissance susceptible de récréer de l'emploi suffisamment pour faire baisser le taux du chômage. C'est notre objectif, c'est notre priorité.
FREDERIC RIVIERE
A quelle réaction de Bruxelles vous attendez-vous aujourd'hui ?
CHRISTIAN ECKERT
Il y a eu déjà quelques contacts informels pris avec Bruxelles, nous allons dialoguer avec la Commission, comme ça se fait régulièrement, mais dans un état d'esprit qui est différent des années précédentes si j'ose dire, dans la mesure où auparavant nous étions en retard sur nos objectifs et sur les objectifs de la Commission. Cette fois-ci on pourrait presque dire qu'on est en avance.
FREDERIC RIVIERE
Alors votre objectif, c'est de réduire le déficit public à 3,8 % du PIB cette année, 3,3 en 2016 et 2,7 % en 2017. Pour cela il faut faire 9 milliards d'euros d'économies supplémentaires les deux prochaines années. Les collectivités locales seront une nouvelle fois mises à contribution à hauteur d'un milliard deux cent millions d'euros, leur dotation a déjà été réduite de 11 milliards sur trois ans, certaines villes se disent aujourd'hui contraintes d'augmenter leurs impôts locaux très fortement et elles le font. Au final c'est toujours le contribuable qui paie ?
CHRISTIAN ECKERT
Non, non, non, je crois que, d'abord je voudrais corriger une erreur dans vos propos, pardon de le dire comme ça.
FREDERIC RIVIERE
Allez-y.
CHRISTIAN ECKERT
Vous avez parlé de 1,2 milliard supplémentaire d'efforts.
FREDERIC RIVIERE
En 2016.
CHRISTIAN ECKERT
En 2016 nous pensons que compte tenu de la plus faible inflation, que compte tenu d'un prix de l'énergie inférieur très largement, on voit bien le prix du pétrole, à ce qu'il était d'habitude, nous pensons que les collectivités réduiront leurs dépenses de façon, j'allais dire, quasi spontanée, en tout cas c'est ce que nous souhaitons. C'est le premier point que je voudrais rappeler. Deuxièmement cette évolution des dotations à la baisse était prévue, elle était connue de l'ensemble des élus. Alors je ne dis pas que ça leur faisait plaisir mais nous voulons entrainer le pays vers une réduction, dans une réduction de la dépense publique. On ne peut pas constamment dire il faut diminuer la dépense publique pour laquelle la France est souvent qualifiée d'être recordman d'Europe pour le moins et puis refuser d'entrainer l'ensemble des acteurs publics, c'est-à-dire l'Etat bien sûr et il le fait, l'Etat, mais aussi tous les acteurs publics et les collectivités locales représentent en gros 21 % de la dépense publique dans notre pays. Il est donc normal qu'elles aient avec nous, avec l'Etat, avec les opérateurs, avec les agences, avec les caisses d'assurance maladie, un mouvement de réduction de leurs dépenses. Vous dites elles en profitent pour augmenter leurs impôts en disant…
FREDERIC RIVIERE
Elles disent qu'elles ne peuvent pas faire autrement.
CHRISTIAN ECKERT
Ecoutez, je vais vous donner quelques exemples. A Toulouse, les élus de Toulouse, les nouveaux élus de Toulouse qui avaient fait campagne en disant on n'augmentera pas les impôts, ont augmenté leurs impôts là très récemment à hauteur de 32 millions d'euros. Mais la baisse des dotations n'est que de 11 millions d'euros pour cette commune de Toulouse…
FREDERIC RIVIERE
Donc l'explication est aussi ailleurs.
CHRISTIAN ECKERT
Il y a une politique de gribouille. Il y a une schizophrénie, c'est le mot qu'a utilisé le Premier ministre, il a raison, il est anormal que les collectivités qui ont eu des dépenses qui ont augmenté, beaucoup plus rapidement que celles de l'Etat ou que les autres acteurs publics ne participent pas à cet effort de réduction de la dépense.
FREDERIC RIVIERE
Pourquoi n'y aura-t-il pas de débat et de vote au Parlement sur le programme de stabilité budgétaire contrairement aux années précédentes ? Est-ce qu'au fond c'est par peur des frondeurs ?
CHRISTIAN ECKERT
Il n'y aura pas de débat, c'est faux là aussi.
FREDERIC RIVIERE
Il y aura un débat début mai, il n'y aura pas de vote.
CHRISTIAN ECKERT
J'ai passé deux heures avec Michel SAPIN à la commission des finances de l'Assemblée nationale, autant sinon davantage à la commission des finances du Sénat, nous retournons à l'Assemblée nationale, à trois cette fois, il y aura Michel SAPIN, il y aura Christian ECKERT et il y aura Emmanuel MACRON, parce qu'on n'en a pas encore parlé, mais il y a un programme national de réformes aussi qui accompagne le programme de stabilité. Et puis ensuite début mai à l'Assemblée nationale, il y aura un débat de politique générale.
FREDERIC RIVIERE
Il n'y aura pas de vote.
CHRISTIAN ECKERT
Alors il n'y aura pas de vote mais il y aura un débat. Vous savez l'Assemblée nationale et le Sénat sont en vacances pendant 15 jours, donc s'ils décidaient d'interrompre leurs vacances, on pourrait peut-être en rediscuter, mais en tout cas il y aura un débat et ce débat il est tout à fait ouvert, il est tout à fait serein et je crois qu'il est utile d'ailleurs.
FREDERIC RIVIERE
La France fait partie aujourd'hui des rares pays européens qui empruntent à taux négatifs sur les marchés financiers…
CHRISTIAN ECKERT
Oui sur des durées courtes.
FREDERIC RIVIERE
Sur des durées de deux ans, est-ce que c'est l'occasion de s'endetter sans réserve ?
CHRISTIAN ECKERT
Non, parce qu'il faut rester…
FREDERIC RIVIERE
On gagne de l'argent en empruntant dans ces conditions.
CHRISTIAN ECKERT
Bien sûr mais on ne sait pas combien de temps ça va durer.
FREDERIC RIVIERE
Oui mais ce qu'on souscrit aujourd'hui à taux négatifs…
CHRISTIAN ECKERT
Je suis tous les jours en contact avec des élus qui ont souscrit des emprunts toxiques parce que c'est vrai que ça peut être une opportunité qui peut durer quelques mois éventuellement, une année ou deux mais il est peu pensable que ces taux négatifs puissent durer sur des années et donc il faut être prudent concernant la nature des emprunts que nous souscrivons. Aujourd'hui on peut en profiter à très court terme mais nous devons être sérieux et prudents sur les emprunts que nous émettons.
FREDERIC RIVIERE
Le congrès du Parti socialiste aura lieu dans moins de deux mois, à Poitiers, dans la motion de Jean-Christophe CAMBADELIS, le premier secrétaire dont vous êtes signataire comme tous les membres du gouvernement, il y a cet engagement, nous sommes opposés à une nouvelle extension du travail du dimanche, est-ce que ça veut dire que le travail du dimanche va être retiré de la loi Macron ?
CHRISTIAN ECKERT
Une nouvelle extension, ça dépend à partir de quel point de référence, on prend le mot nouvelle.
FREDERIC RIVIERE
Oui mais la loi Macron…
CHRISTIAN ECKERT
La loi Macron est déjà passée au Parlement, en tout cas à l'Assemblée nationale, donc on part d'un point de référence qui est issu des travaux de l'Assemblée nationale, il y a environ un peu moins d'un mois maintenant. Donc nous continuons le débat sur la question du travail dominical. Vous savez, cette question, je crois connaitre un peu puisque j'avais été au coeur des débats il y a deux ou trois ans, est une question qui se traite de façon très ciblée, de façon géographiquement très limitée, certaines zones, les zones de commerce, je vais dire, internationales, on pense à la région parisienne, on pense aux pourtours de certains lieux de passage, les gares, les aéroports. Mais également très limité dans le temps, donc il faut être…
FREDERIC RIVIERE
Donc il faut comprendre cet engagement comme pas de nouvelle extension après la loi Macron ?
CHRISTIAN ECKERT
On verra, le congrès d'abord pourra y travailler, pourra modifier également ces textes et ces conclusions.
FREDERIC RIVIERE
Dans cette même motion, au chapitre fiscalité, on peut lire ceci, notre diagnostique sur l'injustice de notre système fiscal formulé dans notre projet de 2012 reste pertinent, plus que jamais la grande réforme fiscale que nous avons voulu doit être menée à bien. C'était l'un des grands engagements de campagne de François HOLLANDE, si tout le gouvernement veut la réforme fiscale, pourquoi n'est-elle pas faite ?
CHRISTIAN ECKERT
D'abord il y a eu beaucoup de mouvements de réformes en termes de fiscalité.
FREDERIC RIVIERE
Oui mais pas la grande réforme annoncée par François HOLLANDE.
CHRISTIAN ECKERT
Je ne sais pas ce qui est grand et petit, en tout cas ce que je sais c'est que la progressivité de l'impôt sur le revenu a nettement progressé et on a créé une tranche d'impôt à 45 %, on a aligné l'impôt et on a mis au barème les revenus du capital, c'est-à-dire des dividendes et des plus-values. On a fait beaucoup plus de choses, d'ailleurs les Français parfois l'ont ressenti un peu fort et l'ont fait savoir certainement au travers de leur choix au moment des élections. Nous sommes ouverts à un certain nombre d'évolutions, on a dit qu'on était prêts à travailler sur la question du prélèvement, du mode de prélèvement de l'impôt, notamment de la retenue à la source. C'est un chantier délicat, il faut éviter aussi des transferts trop importants, la fiscalité est aujourd'hui devenue une question hyper sensible, vos auditeurs le savent bien.
FREDERIC RIVIERE
Merci Christian ECKERT, bonne journée.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 avril 2015