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Le suicide concerne chacun dentre nous, il concerne la société tout entière. Il est un appel au secours, il simpose parfois comme lultime recours pour des personnes seules, des jeunes en détresse ou des âgés malades.
Le suicide peut survenir partout : dans nos centres ville, nos quartiers et nos campagnes, dans nos entreprises et nos maisons de retraite. Il est un acte intime qui frappe tous les milieux sociaux, sans exception.
Toutefois, nous partageons tous ici une conviction : le suicide, bien quintimement individuel, peut être combattu collectivement. Sa prévention ne peut pas, et ne doit pas, rester confidentielle.
Aujourdhui, la réalité du suicide est encore mal connue. Elle reste un sujet tabou, un sujet dont on ose peu parler.
Nous disposons dinnombrables informations sur le suicide. Mais toutes ces données sont mal coordonnées. Nos connaissances sur les tentatives de suicide restent trop faibles et mal documentées. Si nous voulons prévenir et agir en amont, il est indispensable de mieux analyser les comportements qui devraient nous alerter, notamment chez les jeunes ou les personnes âgées.
Cest la raison pour laquelle jai annoncé, en février dernier, au Conseil économique, social et environnemental (CESE), la création dun Observatoire national du suicide, suivant en cela lune de ses préconisations.
Je tiens à rassurer les sceptiques : mieux connaître ne sera pas un prétexte pour ne pas agir.
Au contraire, décider de mieux repérer, de mieux alerter et de mieux prévenir, cest ne pas céder à la fatalité.
I/ Cest rappeler que le suicide est dabord et avant tout un enjeu de santé publique
En France, toutes les 50 minutes, une personne se suicide. Chaque année, près de 11 000 de nos concitoyens mettent fin à leurs jours. 11 000 morts par an : cest trois fois plus que les accidents de la route ! Il faut aussi redire sans cesse que le suicide est la première cause de décès chez les 25-34 ans et la 2ème chez les jeunes de 15-24 ans.
Dans le même temps, 220 000 tentatives de suicide sont recensées tous les ans, conduisant à une prise en charge dans nos services durgence. La moitié dentre elles débouche sur une hospitalisation.
Au cours de ces 25 dernières années, des progrès ont été réalisés grâce à la mobilisation de tous : le taux de suicide a baissé de 20%. Toutefois, il a diminué trois fois moins vite que lensemble des morts violentes. Certaines tranches dâges sont même confrontées à une hausse du taux de suicide : cest le cas des 45-54 ans. Les personnes âgées sont aussi particulièrement touchées : un tiers de celles et ceux qui se suicident a plus de 60 ans. La radicalité de leur geste est souvent le fruit dune extrême solitude.
Sil nest pas une fatalité, si les pouvoirs publics ont les moyens de le combattre, cest parce que le suicide nest pas seulement la conséquence dun choix individuel : il est dabord un fait social. Et existe-t-il un signe plus fort que les inégalités face au suicide pour attester de cette réalité ? Ces inégalités, le rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental les a de nouveau montrées.
Dabord, les comportements entre les hommes et les femmes diffèrent : les premiers sont trois fois plus nombreux à se donner la mort, lorsque les secondes effectuent deux fois plus de tentatives.
Dans le même temps, les disparités sociales sont choquantes : les ouvriers sont trois fois plus touchés que les cadres. Celles et ceux qui sont frappés par lisolement, par la précarité, par le chômage, par le mal-être au travail ou par des ruptures de vie en sont les premières victimes.
Par ailleurs, les minorités sexuelles sont surexposées, et en particulier les plus jeunes, qui doivent souvent affronter des discriminations importantes au moment de ladolescence. Lhomophobie tue, nayons pas peur des mots.
Le lieu de vie, enfin, semble déterminant. On observe en effet des disparités flagrantes entre les régions : les taux les plus élevés concernent la Bretagne et la Basse-Normandie. La France est enfin bien plus touchée que ses voisins européens.
II/ Le suicide nest pas une fatalité. Nous avons donc la responsabilité et le devoir de nous mobiliser pour agir
Le travail des professionnels et des associations montre chaque jour que nous ne sommes pas impuissants face au suicide.
De nombreuses initiatives se sont avérées efficaces : je sais dailleurs que certaines personnes présentes dans cette salle aujourdhui se sont personnellement engagées sur ce sujet. Plusieurs des dispositifs que vous avez déployés ont fait la preuve de leur efficacité pour prévenir le suicide. Au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Lille, par exemple, certaines expérimentations visent à maintenir un lien fort avec les personnes après leur sortie de lhôpital : et les résultats sont là, puisque les récidives ont été réduites de manière significative.
Néanmoins, il est encore essentiel de mieux comprendre le suicide. Les statistiques sont là, mais elles ne suffisent pas pour améliorer nos politiques de dépistage. Par ailleurs, lévaluation de nos politiques publiques demeure relativement pauvre.
III/ Le lancement de lobservatoire national du suicide marque donc une étape importante
Ce combat est un enjeu de santé publique. Mais il doit mobiliser beaucoup plus largement. Il requiert que nous soyons collectivement engagés. Cest la raison pour laquelle jai voulu que la composition de cet observatoire soit plurielle.
Les associations, dabord, seront au premier plan. Celles qui représentent les usagers du système de santé, les proches des personnes malades et les associations découte et de prévention du suicide mettront au service de tous leur expérience de terrain. Leur capacité à se mobiliser au plus près de nos concitoyens et à être à lécoute des personnes vulnérables sera décisive.
Les professionnels de santé occuperont aussi une place déterminante. Des psychiatres, des médecins légistes, des urgentistes, des médecins généralistes, des médecins du travail et des médecins scolaires permettront tous dapporter une expertise médicale à la compréhension du suicide.
Des chercheurs, notamment des sociologues, des spécialistes du suicide et des parlementaires seront également étroitement associés.
Par ailleurs, les pouvoirs publics joueront pleinement leur rôle. La question du suicide doit être appréhendée dans toutes ses composantes. Elle doit faire intervenir lEducation nationale, le ministère de la justice, celui du travail, celui de lEnseignement supérieur et de la recherche, le ministère de lintérieur et celui de lagriculture. Au total, sept ministères seront représentés au sein de lobservatoire, ainsi que des agences régionales de santé (ARS), des opérateurs et des caisses dassurance maladie.
Enfin, je tiens à remercier la Direction de la recherche, des études, de lévaluation et des statistiques (DREES), à laquelle lobservatoire national du suicide sera rattaché. Cest la mission première de la DREES que de doter lEtat dune meilleure capacité dobservation, dexpertise et dévaluation. Je sais ainsi pouvoir compter sur elle, et sur lengagement de ses agents, pour aider les pouvoirs publics à appréhender le suicide dans toute sa complexité.
Je sais également que les sollicitations ont été nombreuses pour participer aux travaux de lobservatoire. Et je men réjouis, car elles illustrent la nécessité de franchir une nouvelle étape dans la compréhension du suicide. Chacun pourra ainsi contribuer aux travaux par le biais de groupes de travail.
IV/ La responsabilité de lObservatoire national du suicide sera grande
Ses membres auront pour mission de mieux coordonner les informations existantes, de mieux repérer et de mieux alerter.
Ils auront la charge dadresser des recommandations aux décideurs publics. Lobservatoire produira un rapport annuel, en développant à chaque fois plus particulièrement une thématique spécifique. Les modalités de son travail seront rapidement précisées et des groupes seront constitués pour avancer, notamment, dans le domaine de la recherche et dans celui de la prévention.
Plusieurs axes thématiques pourront être développés : je pense, par exemple, au suicide des personnes âgées, qui fait lobjet de travaux conduits par Michèle DELAUNAY. Sur ce sujet, nous savons quil y a urgence ! Nous avons donc la responsabilité de trouver rapidement des solutions.
Mesdames et Messieurs,
En matière de suicide, nous ne sommes pas condamnés à linaction.
Vous pouvez être certains de ma détermination sans faille pour conduire ce combat. La mise en place de lObservatoire national du suicide saccompagnera dune politique volontariste en la matière. Nous navons dailleurs pas attendu et des mesures ont dores et déjà été mises en uvre : jai à lesprit les actions à destination des jeunes et de leurs parents, la prévention du suicide en ligne ou le renforcement de la formation des professionnels au contact des personnes vulnérables.
Tout ne reposera donc pas sur lObservatoire national du suicide : mais il sera un outil indispensable pour mieux connaître, mieux prévenir et conduire plus efficacement notre combat contre le suicide.
Je vous remercie.
Source http://www.social-sante.gouv.fr, le 11 septembre 2013