Point de presse de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, et interview à "RFI" le 13 août 2001, sur l'ouverture de la nouvelle politique africaine de la France à l'ensemble des pays d'Afrique, l'intensification du dialogue politique avec l'Ouganda pour le règlement du conflit en République démocratique du Congo, la mise en oeuvre des accords de Lusaka et le rythme des retraits militaires, la guerre au Soudan.

Intervenant(s) :

Circonstance : Voyage de M. Hubert Védrine, en Ouganda, au Rwanda, au Congo-Brazzaville et en République démocratique du Congo du 12 au 14 août 2001-rencontre avec le président ougandais Yoweri Museveni

Prononcé le

Texte intégral

Point de presse à Kampala le 13 août 2001 :
J'ai été reçu longuement par le président Museveni. Ce fut une conversation extrêmement intéressante et utile du point de vue de la diplomatie française. Je lui ai dit que j'étais là pour deux raisons principales :
La première, c'est que, dans le cadre de la nouvelle politique africaine de la France, il est normal d'avoir des consultations régulières avec tous les pays d'Afrique et pas uniquement avec les pays francophones. Le dialogue politique entre la France et l'Ouganda, à propos d'un ensemble de crises régionales malheureusement trop nombreuses est un élément de notre nouvelle politique.
L'autre élément important est la question de la République démocratique du Congo. Comme les autres membres permanents du Conseil de sécurité, la France est très engagée dans la mise en oeuvre des Accords de Lusaka. La réussite de ces accords repose sur le fait que tous les partenaires internes et externes jouent le jeu par les retraits militaires importants que l'Ouganda a déjà commencés. L'Ouganda a, en quelque sorte, montré l'exemple et la question, aujourd'hui, est de s'assurer que tous les pays voisins de la RDC feront de même et iront tous ensemble au bout du processus et que le dialogue intercongolais, qui doit commencer à partir du 20 août, pourra véritablement se nouer et que personne n'utilisera de prétextes pour le stopper.
Sur tous ces points, l'Ouganda est un pays essentiel et le moment était donc venu de resserrer nos relations, d'intensifier ce dialogue politique pour chercher ensemble des solutions à ce problème de la RDC.
Par ailleurs, nous avons décidé d'intensifier les consultations bilatérales régulières au niveau des ministres.

Q - Le rythme de mise en application des accords et le rythme des retraits vous conviennent-ils ?
R - On pourrait dire différentes choses sur le rythme. Ce qui nous importe c'est que l'on avance et que tous les protagonistes appliquent leurs engagements sur tous les plans, parce que l'accord forme un tout et cela ne marchera que si tous les volets sont mis en oeuvre. L'Ouganda a pris des décisions qui vont dans le bon sens. Nous attendons la même chose de la part des autres pays signataires et, je le répète, il faut que les choses avancent parallèlement avec le dialogue intercongolais.
Q - Avez-vous évoqué le moment de l'achèvement du retrait des troupes ougandaises ?
R - Non. Pas dans le détail. Parce qu'il faudra bien que cette question soit abordée à un moment ou à un autre. Et c'est dans la logique de l'accord, bien sûr. C'est l'aboutissement logique des engagements pris. Mais au stade où nous sommes, ce qui est le plus important encore, c'est que tous les protagonistes s'engagent dans la mise en oeuvre de leurs engagements.
Un certain nombre de pays invoquent des questions de sécurité, mais les accords les ont pris en compte justement, à condition que tout le monde avance du même pas.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 août 2001)
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Interview à RFI à Kampala le 13 août 2001 :
Q - Quel a été le centre de vos discussions avec le président Museveni ?
R - D'abord, nous avons parlé d'une façon un peu générale de l'Afrique, je lui ai expliqué l'ouverture de la nouvelle politique africaine de la France à l'ensemble de l'Afrique tout en restant naturellement très fidèle à nos amis francophones et très proches d'eux, et en même temps, je lui ai dit pourquoi nous attachions une certaine importance au dialogue et à la consultation régulière avec les anglophones. Ce sont en effet des distinctions un peu artificielles héritées de la colonisation. Nous devons prendre en compte l'Afrique dans sa globalité. C'est un sujet qui a beaucoup intéressé le président Museveni.
D'autre part, nous avons bien sûr parlé du conflit de la République démocratique du Congo, qui est la raison de ma tournée actuelle. Je l'ai interrogé sur les différents obstacles qui peuvent se présenter en ce qui concerne la mise en oeuvre des Accords de Lusaka, soit sur le plan externe en ce qui concerne les différents pays voisins qui sont militairement présents en RDC et qui doivent s'en retirer tous, les uns et les autres. L'urgence est en effet que ceux qui n'ont pas commencé, commencent, et que cela se poursuive y compris en ce qui concerne l'Ouganda qui a pris de bonnes décisions. C'est un processus qui devra lui aussi aller à son terme. Il faut que tout cela avance parallèlement avec un vrai démarrage du dialogue inter-congolais. Il n'a pas encore eu lieu mais il se dessine à l'horizon avec une première réunion le 20 août pour discuter de son mode d'organisation, mais le "diable" est dans le détail. Beaucoup de sujets, voire de prétextes peuvent surgir pour que les uns ou les autres disent "mais si tel ou tel autre parti n'applique pas les accords, moi j'attends, je ne le fais pas", c'est cela qu'il faut empêcher à tous prix.
Et je suis ici après une concertation intense avec nos partenaires européens, notamment avec la Présidence belge, également très engagée, pour mettre le poids de la France dans le sens de cette application pleine et entière des Accords de Lusaka et de toutes les résolutions du Conseil de sécurité.
Q - Vous avez rencontré ce matin Jean Pierre Bemba, vous allez rencontrer cette après-midi Soumba (?) Est-ce que ces chefs de mouvements rebelles vous semblent-ils, en tout cas Jean-Pierre Bemba, sont prêts désormais à accepter d'aller complètement dans le sens de l'Accord de Lusaka et d'aller au débat national ?
R - D'abord, je leur tiens le même langage à tous, il n'y a pas d'autre solution pour cette région que le maintien de l'unité ou la reconstitution de l'unité, de l'intégrité de la République démocratique du Congo, tout plan inverse serait une catastrophe pour tout le monde et ne cesserait de se répercuter et à l'intérieur de la RDC et dans toute la région. Donc, à chacun je demande ce qu'ils vont faire en ce qui concerne leurs propres responsabilités dans la mesure pleine et entière de tous les volets de l'Accord, tous les volets. Aujourd'hui, j'ai rencontré M. Bemba, il m'a tenu un langage responsable. Il me dit que pour lui l'unité de la RDC était un élément fondamental, qu'il participerait au dialogue qui commence le 20 août. Il a un ensemble de problèmes à poser, mais pour lesquels des solutions peuvent être apportées. Donc, j'ai rencontré ce matin un homme qui se voulait constructif sur ce plan.
Q - A propos du Soudan : est-ce que vous avez évoqué la guerre au Soudan ?
R - Oui, j'ai évoqué avec mes interlocuteurs ougandais la situation au Soudan pour comprendre qu'elle a été leur analyse dans un contexte où l'on parle d'une adaptation possible de la politique américaine, qui n'est pas faite encore, mais qui pourrait intervenir. Je comprends qu'ils sont prêts aussi à adapter leur politique dans la mesure où cela ne signifie pas que la question soudanaise serait mal résolue. Mal résolue, c'est-à-dire en faisant l'impasse sur les revendications à leurs yeux légitimes de John Garrang et du sud-Soudan. Donc, s'il y a un accord équilibré préservant les droits des uns et des autres, pourquoi pas, nous sommes prêts à accompagner une évolution possible de cette politique américaine qui n'est pas encore confirmée.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 août 2001)