Texte intégral
Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,
Monsieur le député,
Comme vous, mesdames et messieurs les députés, je ne peux commencer à répondre à cette question sans évoquer la mémoire de Johanne Sutton et de Pierre Billaud, journalistes français, de Handloik Volker, journaliste allemand, qui sont morts en Afghanistan, victimes de la violence et de la sauvagerie des attitudes - au moins dans un des cas - et aussi victimes de leur dévouement à la cause de l'information dans les conditions les plus extrêmes.
Il est clair que des développements majeurs viennent de se produire au plan militaire sur le terrain. Après Mazar-e-Charif, la prise de Kaboul - après le retrait des taliban - change profondément, dans une sorte de basculement, les données sur le terrain. Les offensives sont menées dans d'autres zones, notamment vers l'ouest, pour le contrôle de la ville d'Hérat, et vers le nord, vers Konduz et Taloqan.
Ces avancées semblent avoir abouti à la reconquête des douze provinces du nord et on peut penser que les taliban, actuellement, se regroupent dans des zones refuges, le sud et l'est de Kaboul où les Pachtouns ont leurs assises, mais surtout où se trouvent, vraisemblablement, les réseaux d'Al-Qaïda.
Cette évolution peut faciliter effectivement l'élimination de ces réseaux. Ces événements sont positifs parce qu'ils autorisent de nouveaux progrès sur le plan stratégique, parce qu'ils ouvrent aussi un champ nouveau d'action au plan humanitaire. L'occupation de Mazar-e-Charif, la chute de Kaboul, la libération d'un certain nombre de provinces du nord, la possibilité que, dans des zones du centre ou du sud, dans des provinces pachtounes s'opèrent actuellement des ruptures avec le système taliban et des ralliements à une solution ouverte, offrent un champ nouveau à l'aide humanitaire que la France, les autres pays européens, la communauté internationale et l'Onu ont l'intention naturellement d'utiliser avec force.
Vous avez dit, monsieur le député, qu'il y avait un décalage entre les progrès militaires et la situation politique. Je dois vous dire très simplement que je préfère ce décalage à un piétinement sur les deux plans, qui était encore la situation il y a quelques jours. Pour autant, votre interpellation est juste. Il est nécessaire que le plan politique, en quelque sorte, rattrape le plan militaire.
La communauté internationale, à l'occasion du transfert du pouvoir à Kaboul et dans les autres villes doit veiller à ce que ce transfert se fasse pacifiquement et dans le respect des droits de l'homme. La communauté internationale doit définir sans attendre les formes de présence qui, à Kaboul comme ailleurs, garantiront la stabilité de la situation, la sécurité des citoyens, la paix civile et l'exercice impartial d'une autorité de transition, dans la perspective de la constitution d'une instance représentative. C'est à l'Onu, naturellement, de montrer le chemin à cet égard. La recherche de la solution politique doit se faire maintenant de façon accélérée, en associant toutes les composantes de la société afghane.
L'effort humanitaire va se faire à nouveau et la France s'y engage ; notamment par des décisions de transferts de vivres, par des missions envoyées par le ministère des Affaires étrangères et de la Santé, par le déplacement qu'opérera le ministre de la Coopération, par la coordination qu'a proposée le président de la République pour les efforts humanitaires au niveau de l'Onu.
C'est donc une situation nouvelle qui se crée. Il faut qu'elle soit porteuse d'avenir. Je crois que la libération de Kaboul conforte le choix que la France avait fait de soutenir les efforts des alliés pour écarter le régime illégitime et oppresseur des taliban. Il appartient à ces mêmes alliés, à la communauté internationale, de transformer ce succès militaire en victoire politique.
Oeuvrer pour un Afghanistan pacifié, donner une perspective à l'ensemble du peuple afghan, à ses hommes, à ses femmes longtemps otages du terrorisme, c'est, pour eux, leur offrir la possibilité de s'unir pour le respect de leurs droits et dans une vie qui vaille enfin la peine d'être vécue. Si nous y parvenons, ce sera la première victoire sur le terrorisme. Il restera à en gagner d'autres à l'échelle internationale."
(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 14 novembre 2001)
Mesdames et Messieurs les députés,
Monsieur le député,
Comme vous, mesdames et messieurs les députés, je ne peux commencer à répondre à cette question sans évoquer la mémoire de Johanne Sutton et de Pierre Billaud, journalistes français, de Handloik Volker, journaliste allemand, qui sont morts en Afghanistan, victimes de la violence et de la sauvagerie des attitudes - au moins dans un des cas - et aussi victimes de leur dévouement à la cause de l'information dans les conditions les plus extrêmes.
Il est clair que des développements majeurs viennent de se produire au plan militaire sur le terrain. Après Mazar-e-Charif, la prise de Kaboul - après le retrait des taliban - change profondément, dans une sorte de basculement, les données sur le terrain. Les offensives sont menées dans d'autres zones, notamment vers l'ouest, pour le contrôle de la ville d'Hérat, et vers le nord, vers Konduz et Taloqan.
Ces avancées semblent avoir abouti à la reconquête des douze provinces du nord et on peut penser que les taliban, actuellement, se regroupent dans des zones refuges, le sud et l'est de Kaboul où les Pachtouns ont leurs assises, mais surtout où se trouvent, vraisemblablement, les réseaux d'Al-Qaïda.
Cette évolution peut faciliter effectivement l'élimination de ces réseaux. Ces événements sont positifs parce qu'ils autorisent de nouveaux progrès sur le plan stratégique, parce qu'ils ouvrent aussi un champ nouveau d'action au plan humanitaire. L'occupation de Mazar-e-Charif, la chute de Kaboul, la libération d'un certain nombre de provinces du nord, la possibilité que, dans des zones du centre ou du sud, dans des provinces pachtounes s'opèrent actuellement des ruptures avec le système taliban et des ralliements à une solution ouverte, offrent un champ nouveau à l'aide humanitaire que la France, les autres pays européens, la communauté internationale et l'Onu ont l'intention naturellement d'utiliser avec force.
Vous avez dit, monsieur le député, qu'il y avait un décalage entre les progrès militaires et la situation politique. Je dois vous dire très simplement que je préfère ce décalage à un piétinement sur les deux plans, qui était encore la situation il y a quelques jours. Pour autant, votre interpellation est juste. Il est nécessaire que le plan politique, en quelque sorte, rattrape le plan militaire.
La communauté internationale, à l'occasion du transfert du pouvoir à Kaboul et dans les autres villes doit veiller à ce que ce transfert se fasse pacifiquement et dans le respect des droits de l'homme. La communauté internationale doit définir sans attendre les formes de présence qui, à Kaboul comme ailleurs, garantiront la stabilité de la situation, la sécurité des citoyens, la paix civile et l'exercice impartial d'une autorité de transition, dans la perspective de la constitution d'une instance représentative. C'est à l'Onu, naturellement, de montrer le chemin à cet égard. La recherche de la solution politique doit se faire maintenant de façon accélérée, en associant toutes les composantes de la société afghane.
L'effort humanitaire va se faire à nouveau et la France s'y engage ; notamment par des décisions de transferts de vivres, par des missions envoyées par le ministère des Affaires étrangères et de la Santé, par le déplacement qu'opérera le ministre de la Coopération, par la coordination qu'a proposée le président de la République pour les efforts humanitaires au niveau de l'Onu.
C'est donc une situation nouvelle qui se crée. Il faut qu'elle soit porteuse d'avenir. Je crois que la libération de Kaboul conforte le choix que la France avait fait de soutenir les efforts des alliés pour écarter le régime illégitime et oppresseur des taliban. Il appartient à ces mêmes alliés, à la communauté internationale, de transformer ce succès militaire en victoire politique.
Oeuvrer pour un Afghanistan pacifié, donner une perspective à l'ensemble du peuple afghan, à ses hommes, à ses femmes longtemps otages du terrorisme, c'est, pour eux, leur offrir la possibilité de s'unir pour le respect de leurs droits et dans une vie qui vaille enfin la peine d'être vécue. Si nous y parvenons, ce sera la première victoire sur le terrorisme. Il restera à en gagner d'autres à l'échelle internationale."
(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 14 novembre 2001)