Déclaration de Mme George Pau-Langevin, ministre des outre-mer, sur les grandes orientations de la stratégie de santé pour les Outre-mer, à Paris le 25 mai 2016.

Texte intégral

Madame la Ministre, Chère Marisol,
Monsieur le Président de la Fédération Hospitalière de France,
Monsieur le Délégué Général, Cher David Gruson,
Monsieur le Secrétaire Général des Ministères sociaux,
Monsieur le Préfet, Directeur Général des Outre-mer, Cher Alain Rousseau,
Mesdames et Messieurs les Élus,
Mesdames et Messieurs,
Tout d'abord, je tiens à remercier le Président Frédéric Valletoux et le délégué général de la Fédération Hospitalière de France David Gruson d'avoir, cette année, mis les Outre-mer à l'honneur du salon Hôpital expo et ainsi de permettre le lancement de la stratégie de santé pour les outre-mer devant les acteurs et professionnels de l'hôpital public cher à nos cœurs.
Ensuite, je tiens à remercier chaleureusement et à exprimer toute ma gratitude à Marisol Touraine pour sa détermination et son implication pleine et entière aux services des populations ultra-marines et de leurs territoires, sans vous, madame la ministre de la santé, rien ne se serait fait.
Enfin, je veux saluer le remarquable travail effectué par nos administrations pour aboutir à cette Stratégie de Santé pour les outre-mer et remercier vivement et tout particulièrement Madame Chantal de Singly qui en a conduit la coordination.
Comme vous l'avez rappelé, Madame la Ministre, l'égalité des Français devant l'accès aux soins est au fondement de nos valeurs républicaines. Le peuple français est un, notre territoire est un, et nous ne saurions tolérer de disparités profondes devant l'accès aux soins et à la santé entre les différents citoyens de notre République, où qu'ils se trouvent dans notre pays, c'est à dire et pour le dire avec simplicité : « quelle que soit la distance qui les sépare de l'Hexagone. » Il en va non seulement du principe de continuité territoriale mais, plus encore, de l'exercice concret des valeurs qui commandent notre Histoire et notre République, celles d'égalité, de liberté et de fraternité, et celles qu'elles induisent naturellement : l'entraide, le respect, la solidarité et la dignité.
Les Outre-mer, nous le savons depuis trop longtemps, s'ils connaissent une situation sanitaire meilleure en comparaison de leurs pays voisins, rencontrent une situation sanitaire bien moins avantageuse dès celle-ci est comparée à celle de la France hexagonale. Pour être tout à fait précise : aux problèmes sanitaires que peut rencontrer le territoire hexagonal, les Outre-mer additionnent ceux qui leur sont propres.
Les indicateurs de santé montrent que les taux de mortalité infantile et maternelle sont plus importants que dans l'Hexagone, que ces territoires sont sujets à des maladies infectieuses transmissibles, vectorielles, ainsi que les épidémies de chikungunya, de dengue et de zika l'attestent.. Certains territoires, comme ceux des Antilles, sont qui plus est confrontés à des problèmes environnementaux spécifiques dus à l'usage de pesticides organo-chlores.
A ces motifs de préoccupations et d'inquiétudes, se surajoutent les sujets de l'organisation des soins, de la prévention et de la prise en charge des patients. Les dépenses de l'assurance-maladie par habitant sont inégales au regard des différents territoires et la disparité de la médecine libérale confère aux pôles hospitaliers un rôle tout à fait central, pour ne pas considérable. Outre les problèmes de financements eux-mêmes des hôpitaux, des difficultés sont patentes en terme d'effectif comme de recrutement : sureffectif du petit personnel et insuffisance du nombre de praticiens.
C'est à partir de ce constat qu'avec Marisol Touraine nous avons décidé de travailler ensemble, activement, à remédier, grâce à une stratégie de grande envergure, aux difficultés qui touchent spécifiquement nos territoires d'Outre-mer.
Je tiens à saluer devant vous la remarquable coopération qui a été celle de nos deux ministères et le travail accompli avec détermination, volonté et dynamisme dans ce dossier exemplaire.
En matière de santé, « les » Outre-mer sont vite une expression trompeuse. Nos territoires d'Outre-mer ne forment pas un « bloc », loin s'en faut, leurs contextes économiques, géographiques, sociaux, démographiques, environnementaux, sanitaires bien évidemment, diffèrent considérablement.
A construire « les » Outre-mer comme une abstraction, comme une unité imaginaire, on se condamne vite à l'incompréhension, aux malentendus et, enfin, à l'inefficacité. Chaque territoire d'Outre-mer est « un », avec ses spécificités, ses richesses, ses cultures, ses difficultés et ses solutions propres aussi.
Je ne peux dès lors que me féliciter à mon tour de l'étroite concertation et de la bonne coordination que nos deux ministères ont su mettre en place. Le ministère de la santé a ainsi pu faire sien notre connaissance intime de ces territoires, nos expertises, se mettre en lien privilégié avec nos interlocuteurs pour concevoir avec une très grande efficacité la déclinaison Outre-mer de la stratégie nationale de santé. Professionnels de santé, élus, associations, Agences Régionales de Santé, autres ministères toutes les parties prenantes ont été intégrées à la conception et à l'élaboration de cette stratégie, tant au niveau local et régional, que national.
Marisol Touraine a détaillé nombre de mesures fortes qui sont entrées ou vont entrer en application au cours des derniers et des prochains mois. Je ne souhaite pas que mon discours se superpose au sien, mais je tiens à dire l'importance que le ministère des Outre-mer accorde aux différents volets de la stratégie de santé pour les Outre-mer. En matière d'investissement et d'infrastructures, certains territoires sont moins bien armés que d'autres, que ces problèmes soient liés à l'importante et rapide croissance démographique ou à la vétusté des équipements. C'est la raison pour laquelle, nous nous félicitons des décisions d'investissement prises dans ces territoires.
Je me félicite également du souci apporté au renforcement des mesures de prévention. Éducation et santé constituent un tandem indissoluble et il sera décisif de continuer à former les populations des Outre-mer à une meilleure connaissance des risques qu'ils encourent, des prises en charge auxquelles ils peuvent avoir accès, et des modalités de soins qui leur incombent.
Cette dimension proprement « humaine » de la santé va de paire avec le souci apporté aux défis que nous rencontrons devant les questions du vieillissement, du handicap et de l'autonomie. L'Etat et la République sont les garants des solidarités élémentaires et il revient à une société démocratique digne de ce nom d'organiser collectivement l'entraide, le soutien physique et moral de ses citoyens les plus fragilisés. Là encore, il était important que des moyens financiers, logistiques mais aussi humains soient mis en place à Saint Martin, Mayotte et en Guyane pour que le tissu des solidarités ne s'effiloche pas.
La gestion des risques, l'amélioration de la veille sanitaire et l'affinement des plans de luttes contre les maladies zoonotiques vont toutes dans le bon et seront dans les années à venir plus efficaces encore qu'elles ne le sont déjà.
Mesdames et Messieurs,
Cette stratégie de santé dans chacun des territoires de nos Outre-mer devait trouver à être repensée, ré-insufflée et réinvestie. Au regard des insatisfactions et des difficultés majeures qu'avaient générées le plan de 2009, je ne peux que nous féliciter du remarquable travail qui a été accompli pour ne pas considérer, en matière sanitaire, les Outre-mer comme une périphérie de l'Hexagone. Il en allait de notre solidarité nationale, de nos valeurs démocratiques et de notre éthique de responsabilité. La stratégie de santé pour outre-mer est à la hauteur des attentes et des espérances. Il faut maintenant lui prêter tout le soutien qu'elle mérite, mais surtout qu'elle requière. Nous le savons : en matière de santé, plus encore que dans d'autres domaines, la mise en pratique, au quotidien, sur le terrain, de toutes les personnes impliquées, quels que soient leurs missions ou leur niveau de responsabilité est impérative : élus, agences de santé, et bien entendu usagers et professionnels de santé.
Il nous faut compter les uns sur les autres et collaborer les uns avec les autres pour que les hommes, les femmes, les enfants, quelle que soit la génération à laquelle ils appartiennent et le territoire sur lequel ils vivent puissent envisager avec sérénité et confiance leur environnement et leur avenir de santé. Nous comptons sur vous. Je vous remercie.
Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 1er juin 2016