Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "France 2" le 24 juin 2016, sur le résultat du vote britannique en faveur de la sortie de l'Union européenne (Brexit).

Texte intégral

ROLAND SICARD
Bonjour à tous. Bonjour Stéphane LE FOLL.
STEPHANE LE FOLL
Bonjour.
ROLAND SICARD
Les britanniques ont donc décidé de quitter l'Europe, quelle est la première réaction du gouvernement français ?
STEPHANE LE FOLL
La première réaction c'est un profond regret, regret parce qu'au regard de l'histoire, au regard de l'histoire de l'Europe, la Grande-Bretagne ce n'est pas un petit pays, c'est un grand pays. C'est de Londres que le Général de GAULLE a fait son appel du 18 juin. La Grande-Bretagne c'est CHURCHILL. La Grande-Bretagne c'est une histoire, elle a été racontée aussi tout à l'heure. Donc, c'est un profond regret. Il faut respecter le vote des Britanniques, mais tous les Européens, ce matin, on ne peut qu'avoir ce regret et il faut, à partir de là, en tirer les conséquences.
ROLAND SICARD
Alors, quelles conséquences ? Une sortie d'un pays de l'Europe, ça ne s'est jamais produit, on bascule dans l'inconnu.
STEPHANE LE FOLL
La première des conséquences c'est que, vouloir sortir c'est respectable, et le peuple britannique s'est exprimé de manière très claire, mais ça a des conséquences. Les conséquences c'est qu'on ne peut pas considérer que l'Europe, on prend ce qu'il y a de bien, et puis on renvoie ce qui ne plaît pas. L'Europe c'est un projet qui a été construit autour d'une idée qui consiste à rassembler, rassembler des peuples, des Nations, c'est une idée qui a consisté à mettre entre ces peuples et des Nations l'idée la paix, alors qu'ils s'étaient fait la guerre, l'Europe ça a été aussi, avec Jacques DELORS, l'idée qu'il fallait qu'on construise une solidarité à l'échelle de l'Europe, donc c'est ça l'Europe. Elle a des inconvénients l'Europe, bien sûr.
ROLAND SICARD
Ça veut dire, par exemple, que les Britanniques n'auront pas le beurre et l'argent du beurre.
STEPHANE LE FOLL
Pour reprendre une formule populaire, on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Sortir c'est sortir. Ça prendra du temps, il faut le faire avec beaucoup de respect, mais en même temps le message c'est, quand on sort, eh bien on reprend une partie de ce qu'on avait cédé, pour le projet européen, mais on n'a pas, aussi, des avantages de l'Union européenne. Je le dis, je l'avais dit, cette solidarité européenne c'est ce fameux marché unique, tout le monde en parle, tout le monde considère que les échanges commerciaux ça va continuer, mais le marché unique il n'est unique, dans le monde, que parce qu'il y a aussi la solidarité. Je voudrais juste que les gens prennent conscience de cela. Le premier bénéficiaire du marché unique c'est le premier exportateur de l'Europe, c'est l'Allemagne, c'est aussi le premier contributeur au budget. L'Allemagne exporte, elle paye, au niveau du budget, et c'est ce qui permet à l'Allemagne d'être un grand pays en termes d'économie, mais en même temps de bénéficier de la solidarité qu'elle exerce elle-même. La France, de la même manière. Et ça, tous ceux qui vont vouloir, et je les ai déjà entendus, proposer de casser l'Europe, de déconstruire le projet européen, je voudrais dire aux Français, et aux jeunes en particulier, ce que je pense à tous les pourfendeurs, et aux jeunes en particulier, il est plus facile de casser et de déconstruire que de construire et de bâtir. Et s'il y a un message politique ce matin à faire passer, c'est que, pour ce qui nous concerne, et le président de la République prendra des initiatives, c'est bâtir et construire qui sera la priorité de la France, et pas détruire et déconstruire.
ROLAND SICARD
Quelles initiatives est-ce qu'il va prendre ?
STEPHANE LE FOLL
Des initiatives de contacts européens, ils ont déjà eu lieu, chacun a essayé d'envisager à la fois le mieux et le moins bien. Il y aura des initiatives donc et des contacts qui seront pris avec l'ensemble des chefs de gouvernement européens. Il y aura une rencontre bien entendu avec la chancelière pour faire le point et aussi trouver les voies et les moyens de relancer un projet européen. Il y aura aussi sûrement des rencontres plus larges, il y aura un conseil européen. Il faut qu'au moment où l'Histoire s'invite, et ça peut aller très vite, il faut que les responsables politiques à l'échelle de l'Europe soient capables eux aussi de réagir vite.
ROLAND SICARD
On parle d'effet domino. Le Front national par exemple ce matin demande un référendum en France. Est-ce qu'il peut y avoir d'autres pays, dont la France, qui soient tentés de sortir de l'Europe ?
STEPHANE LE FOLL
Je l'ai dit. Ceux qui vont vouloir poursuivre l'entreprise de déconstruction et de destruction vont s'exprimer. Vous allez les entendre toute la journée et dans les jours qui viennent, je le dis. Quand on est un homme politique, qu'on est un responsable politique, face à un moment aussi lourd, aussi fort, il faut qu'on rappelle que construire et bâtir c'est difficile. Déconstruire et détruire, c'est ce qu'il y a de plus facile. Mais derrière, qu'est-ce qui reste ? Quel est le projet, quel est l'espoir ? Je le dis et je le redis. On me moque souvent parce que j'ai cette formule « je le dis, je le redis ». Je pense à la jeunesse, celle qui aujourd'hui pense que les frontières en Europe, elle ne les a jamais connues. Il faut qu'elle garde cette belle idée qu'entre les peuples de notre continent, pour cette jeunesse de notre continent, on continue à porter le bel espoir de ceux qui, après la Seconde Guerre mondiale, ont construit et bâti ce projet européen.
ROLAND SICARD
Un des thèmes de la campagne du Brexit, ç'a été l'immigration. Aujourd'hui, les réfugiés sont contrôlés à Calais. C'est en vertu d'un traité qui s'appelle le traité du Touquet bilatéral entre la France et la Grande-Bretagne. Est-ce que ça va changer ?
STEPHANE LE FOLL
C'est un accord bilatéral, vous l'avez parfaitement indiqué. Là aussi, ceux qui ont été les tenants du Brexit en Grande-Bretagne ont utilisé la thématique de l'immigration en laissant penser qu'en étant hors l'Union européenne, ça permettrait de fermer les frontières et d'enfin solutionner le problème de l'immigration. Mais on voit bien que même, alors que la Grande-Bretagne n'est pas dans Schengen, elle est venue chercher un accord avec la France pour pouvoir réguler l'immigration. Et on a laissé croire que tout seul, parce qu'on allait sortir de l'Union européenne, c'était la solution pour régler l'immigration. Ce n'est pas la solution. Les Britanniques s'en rendront compte.
ROLAND SICARD
Est-ce que cet accord du Touquet va être remis en cause ?
STEPHANE LE FOLL
Je ne vais pas faire d'annonce sur ce genre d'accords bilatéraux, mais je l'ai dit : faire le choix de sortir, c'est sortir et ça a des conséquences. Après, il y aura des discussions, des négociations bien sûr sujet par sujet. Celui-là en fera aussi sûrement partie mais je n'ai pas de conclusion à donner ce matin.
ROLAND SICARD
David CAMERON a fait campagne pour le oui, en tout cas pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union. Est-ce qu'il peut rester alors qu'il a perdu ?
STEPHANE LE FOLL
Roland SICARD, vous mesurez bien que la Grande-Bretagne est un pays démocratique et les décisions sur ce type de question reviennent aux hommes politiques de Grande-Bretagne. Je n'ai pas de commentaire à faire ni de choix à faire.
ROLAND SICARD
Economiquement, les conséquences vont être très importantes ?
STEPHANE LE FOLL
Economiquement, elles risquent d'être importantes. En tout cas, elles le sont déjà par rapport à ce qui se passe sur les marchés financiers. La place de Londres est le premier marché financier européen voire mondial.
ROLAND SICARD
Les Anglais peuvent la perdre ?
STEPHANE LE FOLL
Il faut savoir que la zone euro est quand même une deuxième zone conomique du monde - c'est donc un poids très important -, que l'euro derrière le dollar est la deuxième monnaie du monde. Ne plus être dans l'Union européenne, je le dis encore une fois, ça aura des conséquences. Elles seront difficilement mesurables au moment où je parle, mais on les devine, on les perçoit. Chaque décision dans l'Histoire doit toujours faire rappeler et cette histoire rappelle qu'il y a toujours des conséquences. Je ne les mesure pas aujourd'hui, je vois simplement que la livre a perdu 10 ou 15 %, c'est du jamais vu. Voilà en tout cas une conséquence immédiate. Il y en aura d'autres. Il faut qu'on soit responsable, il ne faut pas rentrer dans un processus – je l'ai dit – de déconstruction mais sortir, ça a des conséquences. Sortir, c'est sortir.
ROLAND SICARD
Merci Stéphane LE FOLL.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juin 2016