Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, en réponse à une question sur l'identité européenne et le rôle de la France en Europe, à l'Assemblée nationale le 29 juin 2016.

Intervenant(s) :

Circonstance : Question au gouvernement posée par M. Jean Leonetti, député (Les Républicains) des Alpes-Maritimes, à l'Assemblée nationale le 29 juin 2016

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le Député, vous avez été ministre chargé des affaires européennes en 2011, pendant plusieurs mois, et vous connaissez donc bien ces sujets et la machine européenne. Dès lors, pourquoi dire qu'il n'y aurait qu'un seul sujet sur lequel nous pourrions nous accorder, c'est-à-dire sur le constat, le fait que l'on n'a pas suffisamment écouté les peuples ?
Je pourrais aisément vous renvoyer au précédent quinquennat, et nous pourrions nous mettre d'accord aussi sur ce point : c'est sous la présidence de Nicolas Sarkozy que l'on a décidé d'adopter le traité de Lisbonne, en dépit du référendum et du choix du peuple français en 2005.
Mais, par-delà ces aspects, vous avez traité de deux sujets. Le premier renvoie, au fond, à la question de savoir ce qu'est l'Europe. J'ai essayé de le dire hier ; d'autres voix ont également fait écho à mes propos.
Nous sommes un espace, une culture, une civilisation, une histoire, avec son cortège de drames, car c'est en Europe que sont nées les pires idéologies au XXe siècle, qui ont conduit au désastre. C'est pour cette raison qu'un certain nombre d'hommes ont décidé de la construction européenne après la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah. Nous sommes donc cet espace de civilisation, une culture caractérisée par nos libertés, par le progrès, par l'égalité entre les femmes et les hommes.
Cet espace de progrès est évidemment contenu dans des frontières, qui peuvent nous permettre aussi de défendre un modèle social. C'était cela, aussi, l'Europe, sous l'impulsion du modèle social français et du modèle rhénan allemand. Nous l'avons toujours défendu. Il est contenu, je le répète, dans un espace, ce qui ne nous empêche pas de bâtir de grandes alliances stratégiques avec la Russie, la Turquie, le Proche et le Moyen-Orient, ou encore l'Afrique, pour ne parler que de nos voisins. Je pense que nous pouvons nous mettre d'accord là-dessus également, à condition qu'il s'agisse d'un modèle généreux, ouvert et tourné résolument vers l'avenir. C'est cette idée de l'Europe que, je crois, nous pouvons défendre.
Nous pouvons d'autant plus la défendre, Monsieur le Député - je l'ai dit hier en réponse aux orateurs - qu'un débat se tiendra en 2017 sur l'idée que l'on se fait de la France dans l'Union européenne. Sans vouloir caricaturer le débat, ceux qui sont désireux que la France continue de compter dans ce modèle européen s'opposeront à ceux qui, tels le Front national ou d'autres, qui se sont exprimés hier, pris par leur élan aux seules fins de politique interne, voudront que la France sorte de l'Union européenne. Ce sera l'un des clivages essentiels en 2017.
L'autre sujet est celui des frontières. J'ai répondu à ce propos à votre collègue. Ne créons pas des débats là où il n'y en a pas. Les frontières européennes ont sans conteste connu une situation difficile, avec la crise des réfugiés. Ce drame épouvantable nous oblige aussi à mettre en oeuvre pleinement notre modèle en matière d'asile. Ce problème est incontestable. Il a fallu la force et la combativité de la France, du président de la République, du ministre de l'intérieur pour faire avancer nos propositions. S'il n'y avait plus d'espace Schengen, les frontières nationales reviendraient, évidemment, ce qui marquerait la fin du modèle européen que vous évoquiez. Les décisions qui ont été prises au niveau européen doivent donc être mises en oeuvre.
Monsieur le Député, pourquoi vouloir toujours terminer par une note négative ? C'est par la voix du président de la République, qui a décidé de l'intervention française, c'est par l'action de la France que, d'une certaine manière, l'Europe a pu faire en sorte que nous sauvions le Mali. C'est toujours la France et ses armées qui interviennent aujourd'hui au Levant ; c'est encore la voix de la France qui a permis de faire en sorte que la Grèce reste dans la zone euro. Oui, c'est grâce à la voix de la France, monsieur le député.
(...).source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 juillet 2016