Interview de M. Jean-Vincent Placé, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, à France 2 le 7 juillet 2016, sur les relations entre le gouvernement et la majorité parlementaire.

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Jean-Vincent PLACE, bonjour.
JEAN-VINCENT PLACE
Bonjour.
ALIX BOUILHAGUET
Hier, les députés frondeurs socialistes n'ont pas pu déposer une motion de censure à deux voix près. Est-ce que ce n'est quand même pas le signe d'une gauche à bout de souffle ?
JEAN-VINCENT PLACE
Non, c'est une gauche qui effectivement est incontestablement divisée. Il faut être lucide et factuel dans l'analyse. C'est tout de même incroyable qu'autant de parlementaires élus derrière la dynamique de François HOLLANDE en 2012 pensent utile de faire une motion de censure. Est-ce qu'on se rend compte de ce que ça veut dire, faire une motion de censure ? Même la droite – alors, je ne sais pas si c'était pour regarder France-Allemagne ce soir…
ALIX BOUILHAGUET
La droite a dit : « Débrouillez-vous entre vous ».
JEAN-VINCENT PLACE
Oui, oui, c'est ça. Mais au moins, c'était quelque part, si j'ose dire, républicain. D'ailleurs on voit aujourd'hui la faiblesse de nos institutions par rapport à une forme de logique de lenteur. Je suis Secrétaire d'Etat en charge de la Simplification, donc moi je pense qu'il faut aller plus vite, il faut être plus lisible, plus clair. Devoir ainsi faire un 49-3 puis un deuxième avec la navette parlementaire, je pense que dans la modernité d'aujourd'hui, dans le temps d'aujourd'hui, ça n'a plus aucun sens. Je pense fondamentalement pour ma part qu'il faudrait faire une réforme institutionnelle en disant que lorsqu'on fait un 49-3, le débat s'arrête ; c'est-à-dire qu'il n'y a même pas de navette vis-à-vis du Sénat et ça ne revient pas parce que ça donne vraiment une espèce de palinodie de démocratie qui n'a pas de sens. Autant assumer. On peut faire le débat sur l'existence même du 49-3 mais à partir du moment où il existe et c'est le jeu des institutions de la Vème République, on s'en arrête là. On n'est pas obligé d'organiser notre propre opposition.
ALIX BOUILHAGUET
A un an de la présidentielle, comment on rassemble ces deux gauches irréconciliables ? Ce sont les propres mots de Manuel VALLS. Est-ce que ce rassembleur, ça peut être un François HOLLANDE à 12 % aujourd'hui dans les sondages ?
JEAN-VINCENT PLACE
Très franchement, je crois qu'il y a en effet deux gauches. D'ailleurs, et je pense pour ma part aujourd'hui à Michel ROCARD, il y aura tout à l'heure l'hommage national ; il y avait quelque part déjà ces deux gauches-là du temps de MITTERRAND et de ROCARD. Donc ce n'est pas honteux d'avoir un débat entre les gauches si j'ose dire. En revanche, la question de savoir si c'est irréconciliable ou pas, pour ma part je pense qu'il faut tout de même aller chercher l'unité et le rassemblement, mais autour de la clarté. C'est-à-dire qu'effectivement, par rapport à Jean-Luc MELENCHON, nous n'avons pas la même vision de la mondialisation, de l'Europe, de l'économie, de la République. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, il faut que nous assumions notre message qui est un message – moi, j'assume de le dire – de centre gauche social-démocrate, de l'écologie entrepreneuriale que pour ma part je veux promouvoir. Et donc oui, ce sont ces idées-là, je pense, qui ne sont pas seulement modernes mais des idées utiles pour les Françaises et les Français, pour que le pays aille mieux en particulier sur le plan de l'emploi.
ALIX BOUILHAGUET
Vous parlez de l'écologie. Certains disent que si Nicolas HULOT a renoncé à se présenter à la candidature à la présidentielle, ce serait sous la pression de François HOLLANDE.
JEAN-VINCENT PLACE
Non.
ALIX BOUILHAGUET
Il lui aurait fait beaucoup de tort. Nicolas HULOT était quand même crédité de 11 %.
JEAN-VINCENT PLACE
Non, je ne crois pas. Je ne crois pas. Je crois que Nicolas HULOT a été en particulier un écologiste convaincu, sincère, remarquable. Il a été d'une extrême utilité et il a poussé à la réussite de la COP21 l'année dernière, la conférence sur le climat et donc c'est quelqu'un évidemment de précieux.
ALIX BOUILHAGUET
Donc il n'y a pas eu de pression ? Quand il dit : « Je ne suis pas assez armé, pas assez aguerri » ? Ça l'arrange quand même bien.
JEAN-VINCENT PLACE
Non. François HOLLANDE est connu pour son impartialité totale et justement pour ne pas intervenir sur ce type de sujet, Nicolas HULOT a pensé que sa candidature n'était pas d'une utilité absolue dans le morcellement et dans la division actuelle. Je crois que ça devrait donner exemple à celles et ceux qui veulent rajouter des candidatures quelque part pour avoir une forme de quart d'heure warholien d'existence dans vos médias. Très sincèrement, aujourd'hui nous devons nous rassembler et celui qui rassemble légitimement le plus, c'est le président de la République François HOLLANDE.
ALIX BOUILHAGUET
D'accord. Mais du coup, il y aura quand même un candidat écolo sans doute, peut-être Cécile DUFLOT. Vous trouvez que c'est une bonne nouvelle ?
JEAN-VINCENT PLACE
Mais ce n'est ni une bonne, ni une mauvaise. Chacun est libre mais chacun devrait essayer de se rendre compte de qui il est. Je me souviens de la candidature d'Eva JOLY, de Dominique VOYNET ; je ne veux pas ici rappeler les scores. Je pourrais aussi rappeler les scores des candidats communistes. C'est ainsi. Aujourd'hui, ce sont des idées qui sont intéressantes mais qui n'ont pas d'audience au moment de l'élection présidentielle et qui ne peuvent faire qu'une seule chose : c'est-à-dire aider la droite à nous faire disparaître, pour reprendre la formule du président de la République. L'éparpillement, c'est la disparition. On l'a vu d'ailleurs aux régionales. On l'a vu déjà d'ailleurs aux régionales, ce qui malheureusement a fait en sorte que nous ayons sorti nos listes par rapport à la droite et au Front national.
ALIX BOUILHAGUET
Un autre trublion : Emmanuel MACRON. Le 12 juillet, la semaine prochaine, il va faire un grand rassemblement à la Mutualité, haut lieu du socialisme, avec autour de lui les militants de son mouvement En Marche ! Ce n'est pas un peu osé de faire ça à deux jours de l'interview présidentielle du 14 juillet ?
JEAN-VINCENT PLACE
On est en démocratie. Emmanuel MACRON est quelqu'un qui apporte dans le débat d'idée incontestablement. Il faut qu'il ait un souci de diversité mais dans l'unité. Il est beaucoup dans la diversité, il faut qu'il fasse davantage attention à l'unité.
ALIX BOUILHAGUET
Vous pensez à ceux qui disent qu'il va franchir le pas ?
JEAN-VINCENT PLACE
Non, pas du tout. Je pensais que Nicolas HULOT – j'ai eu l'occasion d'ailleurs de dire qu'il ne serait pas candidat et il ne l'est pas – et je pense qu'Emmanuel MACRON sera au gouvernement jusqu'à la fin du quinquennat, qu'il sera dans notre campagne, qu'il sera auprès du président de la République. Je n'ai aucune inquiétude. Ce serait mieux qu'il puisse rejoindre la belle alliance populaire, la BAP que nous avons montée avec Jean-Christophe CAMBADELIS. Moi, j'ai la chance et l'honneur de présider l'UDE, l'Union des Démocrates et des Ecologistes. Nous, nous avons une vision claire de cette alliance parce qu'il faut être dans l'unité et dans le rassemblement, et pas seulement dans la mise en oeuvre de sa propre personne et le fameux quart d'heure warholien dont je vous parlais tout à l'heure.
ALIX BOUILHAGUET
Dix secondes pour un pronostic de France-Allemagne ce soir ?
JEAN-VINCENT PLACE
1-0 pour la France.
ALIX BOUILHAGUET
1-0 pour la France. Très bien, on verra.
JEAN-VINCENT PLACE
Et vous ne m'avez pas demandé pour dimanche prochain.
ALIX BOUILHAGUET
Non.
JEAN-VINCENT PLACE
1-0 pour la France !
ALIX BOUILHAGUET
Très bien. Okay, vous êtes un optimiste convaincu.
JEAN-VINCENT PLACE
Non, non, mais attention ! Mes pronostics ne sont pas mauvais.
ALIX BOUILHAGUET
Très bien, on verra. On se retrouvera.
JEAN-VINCENT PLACE
Le Portugal, je les avais pronostiqués.
ALIX BOUILHAGUET
Très bien. Merci, Jean-Vincent PLACE.Source : service d'information du Gouvernement, 8 juillet 2016