Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, sur les grandes orientations de la Stratégie nationale pour la mer et le littoral et la modernisation et préservation du littoral languedocien au travers du Plan Littoral 21, à Montpellier le 10 mars 2017.

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Circonstance : Signature de l'accord-cadre entre l'Etat, la région Occitanie et la Caisse des dépôts portant sur le financement du "Plan Littoral 21", à l'hôtel de région, à Montpellier (Hérault) le 10 mars 2017

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Texte intégral

Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Madame la présidente de la Région Occitanie, chère Carole DELGA,
Monsieur le président du Parlement de la Mer, cher Didier CODORNIOU,
Mesdames et Messieurs les élus,
Chers Elisabeth et Christian de PORTZAMPARC,
Cher Marc ABADIE,
Monsieur le Commissaire général à l'égalité des territoires, cher Jean-Michel THORNARY,
Mesdames, Messieurs,
L'Etat s'engage aujourd'hui, aux côtés de la région Occitanie et avec le concours de la Caisse des dépôts et consignations, dans un projet décisif de modernisation et de préservation du littoral languedocien.
Ce projet sera un exemple pour le développement du tourisme durable et l'économie bleue de demain. Je tiens à ce titre à remercier Elisabeth et Christian de PORTZAMPARC pour leur présentation des enjeux stratégiques de ce littoral et pour ce qu'ils ont justement appelé la « vision holistique » indispensable à ce projet.
Le littoral languedocien est l'un des atouts les plus remarquables de notre pays. Avec ses trois ports de commerce, ses 66 ports de plaisance, ses 215 kilomètres de rivages rythmés par les étangs et les lagunes, il est sans conteste le territoire idéal pour inventer un nouveau modèle de développement littoral.
Je connais bien, chère Carole, toutes les qualités que vous saurez mettre au service de l'ambition qui est la vôtre : faire du littoral languedocien, en une dizaine d'année, un modèle conciliant écologie et tourisme durable.
La passion de la mer et du littoral, c'est aussi ce qui vous unit, Mesdames et messieurs, au sein de cette instance de dialogue unique qu'est le Parlement de la mer. Je m'en félicite, car la concertation des pécheurs, des plaisanciers, des chercheurs et des élus est indispensable pour éclairer notre action en faveur de ce littoral exceptionnel.
La France est une grande puissance maritime, riche de ses 6 500 km de côtes, et dotée de nombreux atouts : la situation idéale de ses ports et la qualité de leurs infrastructures, le dynamisme de sa recherche océanographique et celui de ses filières industrielles navale et nautique.
Nous sommes ainsi en mesure de répondre aux défis qui s'imposent à nous. Je pense bien sûr à l'urgence écologique que représentent le recul du trait de côte et les risques de submersion, mais aussi à la nécessaire reconversion de notre économie touristique littorale, et à l'articulation entre développement terrestre et maritime.
Le gouvernement a souhaité, lors du Comité interministériel à la Mer du 4 novembre dernier, que soit adoptée une Stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) afin d'affirmer cette vocation maritime autour de deux principaux objectifs.
Favoriser, d'abord, le développement de l'économie maritime ou « économie bleue ». Elle constitue pour nos côtes un facteur d'activité et d'emploi considérable, avec un effet d'entraînement pour des territoires entiers. Il passe par le renforcement de l'attractivité de nos ports et l'accompagnement de leur reconversion. Quarante millions d'euros seront ainsi investis dans l'appel à projets « Ports à énergie positive », afin de réduire la pollution et les émissions de gaz à effet de serre. Les ports du Littoral Languedocien - je pense notamment à Sète – seront naturellement intégrés à cette stratégie nationale portuaire, en articulation avec le grand port maritime de Marseille et l'axe Rhône-Saône.
La Stratégie nationale pour la mer et le littoral vise en second lieu à assurer la gestion durable et responsable du milieu marin, dans un juste équilibre entre valorisation économique et protection de nos ressources. Cette gestion passe d'abord par la création d'aires marines protégées – plus de 20% des eaux en France bénéficient désormais de ce statut. C'est bien sûr le cas du Parc naturel marin du Golfe du Lyon.
Nous misons également sur le développement des énergies renouvelables, en simplifiant les procédures afin d'encourager les initiatives en matière d'éolien flottant et hydraulique. La Région Occitanie est là encore exemplaire. Les projets de fermes pilotes pour l'éolien flottant, au large de Gruissan et Leucate, ouvrent la voie à des filières industrielles d'avenir, riches de promesses pour l'emploi local. Le port régional de Port-La-Nouvelle jouera un rôle stratégique en accueillant la chaîne logistique pour la construction et la maintenance de ces fermes. L'Etat a prévu, pour soutenir ces projets, de mobiliser 135 millions d'euros du programme des investissements d'avenir.
Cette Stratégie nationale pour la mer et le littoral ne pourra être mise en oeuvre sans la mobilisation des élus, des collectivités territoriales et de tous les professionnels de la mer.
Car la France a changé. Les politiques publiques ne peuvent plus être conduites comme elles l'étaient encore il y a quelques années. Le projet qui nous réunit aujourd'hui en est l'illustration.
L'intérêt national pour le littoral languedocien ne date pas d'hier. Dès 1963, la mission RACINE avait été créée pour veiller à son aménagement.
Mais les projets aujourd'hui ne viennent plus d'en haut. Ils sont issus des territoires, portés par des acteurs locaux et construits en partenariat avec l'Etat. Durant ce quinquennat, le dialogue entre l'Etat et les territoires a été profondément renouvelé. Il fait place aux projets des territoires et a permis une coopération renforcée avec celles et ceux qui connaissent le mieux les besoins particuliers des citoyens.
L'aménagement de votre littoral ne sera donc plus confié à une structure d'Etat, mais à un Groupement d'intérêt public (GIP) créé en partenariat entre l'Etat, la Région et la Caisse des dépôts et consignations. Ce groupement associera étroitement, dans la phase de réflexion comme dans la mise en oeuvre du projet, le Parlement de la Mer, les élus et les acteurs locaux.
Le littoral languedocien accueille déjà chaque année plusieurs millions de visiteurs dans ses vingt stations balnéaires et ses 70 ports de plaisance. Port Camargue est aujourd'hui le plus important d'Europe.
Pour perpétuer cette réussite et ouvrir des perspectives nouvelles, vous avez su, chère Carole DELGA, fédérer les initiatives et définir une feuille de route ambitieuse. Elle associe le tourisme durable, l'affirmation de l'identité méditerranéenne et la valorisation du patrimoine culturel et historique de l'arrière-pays.
Une charte du développement du Littoral 21 devra être élaborée, comme le suggèrent nos experts. La valorisation culturelle de ses sites, qu'il s'agisse des cités balnéaires des années soixante-dix ou du patrimoine historique de Fontfroide ou Maguelone, fera l'objet de réflexions attentives, de même que la possibilité d'organiser un grand festival d'art en plein air.
Cette feuille de route est précisée dans l'accord cadre que nous signons aujourd'hui. Un contrat territorial Littoral 21 permettra de contractualiser, d'ici la fin de l'année, avec l'ensemble des collectivités concernées, les actions de restructuration et d'investissement indispensables à la revitalisation du littoral.
Pour que cette ambition devienne réalité, les moyens nécessaires seront investis par la région et par l'Europe, ainsi que par la Caisse des dépôts et consignations avec laquelle vous avez signé une convention de partenariat.
L'Etat participer à vos efforts en y apportant les crédits du Contrat de plan Etat Région, soit 180 millions d'euros, ainsi que ceux du programme d'investissement d'avenir, pour l'éolien flottant notamment. Le Conservatoire du Littoral engagera pour sa part dès 2017 les travaux de valorisation éco-touristique des domaines Sainte Lucie et du Grand Castelou, des Orpellières et du Grand Clavalet.
Il m'a en outre semblé indispensable que ce projet soit doté d'une enveloppe de soutien à l'investissement spécifique. C'est pourquoi je propose la création, en 2018, d'une action spécifique du programme d'investissement territorialisé de l'Etat dotée de 8 millions d'euros annuels sur 10 ans. Seuls quatre territoires bénéficient aujourd'hui de cet outil. C'est dire l'importance que mon gouvernement porte à votre projet.
Dès 2017, des crédits complémentaires seront débloqués, en plus de ceux prévus par le Contrat de plan, afin de financer les projets qui seraient prêts à être engagés à due concurrence des 8 millions d'euros annuels que je viens d'évoquer.
Votre région, chère Carole DELGA, a le privilège d'allier la force de deux métropoles et la beauté de paysages ruraux exceptionnels, le littoral et la montagne, l'occitan et le catalan.
Votre projet de littoral est un projet fondamentalement européen, un projet exemplaire associant développement durable, prospérité économique et solidarité territoriale. Un projet d'ouverture sur le monde, la mer bien sûr mais aussi la région voisine de Catalogne. Un projet qui devra nous inspirer pour le futur de l'Europe et de la France.
Je vous remercie.Source http://montpellier-infos.fr, le 13 avril 2017