Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, sur les relations entre la France et le Luxembourg, à Paris le 19 mars 2018.

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Circonstance : Dîner d'Etat avec le Grand-Duc et la Grande-Duchesse du Luxembourg, à Paris le 19 mars 2018

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Texte intégral


Monseigneur,
Madame la Grande-duchesse,
Je suis très heureux, avec mon épouse, de vous accueillir ici pour votre première visite d'Etat en France.
Vos parents, le Grand-duc Jean et la Grande-duchesse Joséphine-Charlotte, vous avaient précédés il y a 40 ans, à l'invitation du président Giscard d'Estaing. Nous ne pouvons que nous étonner que tant de temps se soit écoulé depuis lors, peut-être précisément parce que les amitiés naturelles, évidentes entre deux pays, tendent à limiter les protocoles et les visites officielles.
Pourtant, aussi solide soit-elle, une amitié se cultive et je me réjouis à vos côtés de faire vivre aujourd'hui celle qui lie nos deux pays après que vous m'avez accueilli avec mon épouse à Luxembourg le 29 août dernier.
Cette amitié repose sur une très longue histoire, histoire croisée, faite de grands épisodes de fraternité entre la France et le Luxembourg. Nous pourrions par exemple remonter jusqu'à l'intervention de Jean 1er de Luxembourg à la bataille de Crécy pour sauver Philippe VI, mais nous nous souviendrons sans doute plus facilement des deux guerres mondiales du XXe siècle, où de nombreux Luxembourgeois ont volontairement rejoint les forces françaises pour aider notre pays.
Et plus encore de la construction de l'Europe, dont nos deux pays sont membres fondateurs, sous l'impulsion d'un homme d'Etat qui incarne nos liens, Robert Schuman, né au Grand-Duché, de nationalité allemande et plus tard française.
Cette profonde amitié repose sur tout ce que nous avons en partage : des valeurs, la langue française, une frontière, une appartenance et un attachement profond à l'Union européenne. Elle repose encore sur des solidarités contemporaines et concrètes ; celles tout d'abord que vous-même et votre épouse aviez témoigné personnellement à mon pays lors des attentats terroristes qui l'ont si durement frappé ; la solidarité de notre action dans la lutte que nous menons ensemble contre Daech et contre les terrorismes, et pour laquelle votre gouvernement est engagé aux côtés de la France, en particulier dans une coopération militaire au Mali.
La solidarité de nos efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique ; et c'est encore la solidarité de notre engagement dans et pour l'Union européenne qui nous pousse à travailler ensemble à sa refondation, comme nous l'avons fait à sa fondation, pour construire une Europe plus proche des citoyens, à travers les consultations citoyennes qui se dérouleront très prochainement. Et je suis heureux à ce titre que le Luxembourg participe pleinement à ce grand exercice de vitalité démocratique pour l'Europe et je sais que votre Premier ministre s'y engagera tout personnellement.
Parallèlement à ces solidarités puissantes, la France et le Luxembourg n'ont cessé de densifier des relations de proximité liées à l'activité économique transfrontalière. Une activité qui voit chaque jour le passage de plus de 90.000 frontaliers français employés au Luxembourg où résident par ailleurs près de 53.000 de nos compatriotes. L'ensemble des élus ici présents et que je remercie, font vivre, je dirais peut-être plus encore que le gouvernement, au quotidien cette relation essentielle qui nous lie très profondément chaque jour.
Cette relation transfrontalière centrale dans notre relation, implique des politiques de mobilité, d'aménagement du territoire, de co-développement et nous en avons ensemble longuement parlé ce matin, Monseigneur ; je sais combien vous êtes attaché au projet de la Grande région et combien vous attendez aussi que la France puisse plus activement, simplement, souplement répondre aux coopérations indispensables et je m'attacherai à ce qu'il en soit ainsi.
Qu'il s'agisse de la mobilité, de la santé, de l'éducation, de l'enseignement supérieur, de la formation professionnelle, de la sécurité, de la protection civile, de la police, des douanes, de la défense, nous avons tant et tant de sujets sur lesquels nous devons faire vivre plus encore cette relation d'ores et déjà exemplaire ! Et cela, d'autant que le Luxembourg comme la France évoluent.
Nous partageons ainsi une ambition forte pour notre destin scientifique et économique ; comme vous, nous menons une politique industrielle résolument tournée vers l'innovation et les secteurs de pointe - votre délégation se rendra d'ailleurs mercredi à Toulouse où elle rencontrera les grands acteurs de notre industrie aéronautique et spatiale - vous avez vous-même réunis aujourd'hui nombre de nos acteurs économiques et vous serez demain au coeur de l'innovation et de l'entreprenariat français.
Je veux ici tout particulièrement saluer le projet d'installation d'un supercalculateur européen auquel nous avons apporté notre soutien, ou les ambitions du Luxembourg en matière spatiale, qui permettent de positionner un acteur européen dans la course à l'exploration des ressources de l'espace ; ces stratégies scientifiques et spatiales audacieuses sont tout à fait exemplaires de l'esprit pionnier du Grand-Duché, qui se retrouve aussi bien dans le numérique et la finance verte.
Mais tout autant que ces échanges économiques, la puissance des liens entre la France et le Luxembourg se nourrit d'une complicité culturelle et intellectuelle. J'ai commencé par là et je veux y revenir : je veux particulièrement souligner notre engagement partagé pour la francophonie. Je vous sais, Monseigneur, personnellement très attaché à la langue française et le Grand-Duché est engagé dans son rayonnement à travers l'Organisation internationale de la francophonie ainsi que l'Assemblée parlementaire de la francophonie que vous avez accueillie pour ses 50 ans à Luxembourg en juillet dernier.
L'Etat luxembourgeois vient aussi d'apporter un soutien financier considérable à la construction de l'établissement qui accueille l'école et le lycée français Vauban du Luxembourg ; je tiens à saluer solennellement l'important investissement que cela représente en faveur de l'enseignement français au Luxembourg.
J'annoncerai demain, lors de la Journée internationale de la francophonie, un plan pour promouvoir l'utilisation du français et le multilinguisme dans le monde. Cette richesse du multilinguisme, vous, personnellement, Monseigneur, Madame et le Luxembourg en général, l'incarnez. Il contribue à l'ouverture et au dynamisme qui caractérisent votre pays et à l'essence même de ce qu'est notre langue : un passage constant avec d'autres univers linguistiques.
Au-delà de la francophonie, nos liens culturels tiennent également à nos échanges scientifiques et artistiques. La mobilité étudiante entre nos deux pays est dense - près de 900 étudiants français poursuivent leur cursus à l'université du Luxembourg quand plus de 2.200 jeunes luxembourgeois choisissent la France pour leurs études supérieures. Je crois d'ailleurs que votre Premier ministre et plusieurs de vos ministres ont eu à connaître ces parcours.
Nos échanges artistiques sont formidablement riches, en particulier lors des festivals comme Avignon mais aussi Arles, dont les Rencontres photographiques accueillent une grande exposition luxembourgeoise depuis 2017 ; il s'agit là d'une fabuleuse opportunité pour les artistes luxembourgeois et français et plus généralement européens de se rencontrer, de travailler ensemble, de montrer au public les sensibilités partagées.
La présence de nombreux artistes avec nous ce soir témoignent de la vitalité de ce lien. Nombre d'artistes français se produisent régulièrement au Luxembourg et nous vous avons parfois volé quelques Luxembourgeois ; il est même arrivé - pour passer des artistes aux grands scientifiques - que nous ayons à partager quelques prix Nobel.
La désignation de la ville d'Esch-sur-Alzette comme capitale européenne de la culture en 2022, offrira une nouvelle occasion aux artistes et aux responsables culturels de nos deux pays d'approfondir leur collaboration.
Je ne serai pas plus long mais l'amitié que votre présence, Mesdames et Messieurs, que cette soirée, Monseigneur, Madame, témoigne, c'est celle de deux pays aux histoires mélangées, aux trajectoires inséparables, au coeur d'une Europe qui a été bousculée par toutes les guerres, les pires morsures du destin et qui a su se relever. Et nos deux pays ont à faire vivre cette amitié, non seulement pour eux-mêmes mais pour le défi qui nous attend : celui de l'Europe.
Dans les mois et les années qui viennent, nous aurons ensemble à avoir de l'ambition, parfois pour d'autres, pour notre Europe parce que nous savons et l'un et l'autre, qu'au-delà de notre amitié, de cette frontière commune, nous sommes plus grands parce que dans cette Europe ; parce que nous avons porté de part et d'autre de la frontière des femmes et des hommes qui y ont cru, aux heures les plus noires de nos histoires et qu'aujourd'hui, nous n'avons pas le droit d'en douter.
Alors je veux que cette amitié qui nous unit, continue d'être plus grande encore qu'elle-même et puisse continuer à porter ce qui fut un rêve et aujourd'hui une réalité, mais doit continuer d'être plus exigeante et ambitieuse encore.
Le Grand-Duché porte au sein de l'Union européenne des valeurs, des idéaux et des espoirs qui nous sont communs. Et c'est au nom de cela que je suis heureux de lever mon verre pour saluer l'amitié entre la France et le Luxembourg.
Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 mars 2018