Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec France 2 le 24 avril 2018, sur la grève à la SNCF, la loi asile et immigration, la Corse et la Constitution et sur la réforme constitutionnelle.

Texte intégral


Bonjour à vous, Jacqueline GOURAULT.
JACQUELINE GOURAULT
Bonjour.
JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous ce matin. On va évoquer les dossiers qui concernent votre ministère, l'immigration, la Corse notamment, mais d'abord cette question d'actualité, l'exaspération, on l'a entendu dans le journal, gagne du terrain chez les usagers, les syndicats disent qu'on n'entend pas leurs propositions, le conflit à la SNCF semble vraiment aujourd'hui dans une impasse, il faut continuer sur cette ligne ferme qu'a adopté le gouvernement quitte à ce que la grève dire jusqu'à cet été ?
JACQUELINE GOURAULT
Les négociations ont eu lieu puisque vous le savez, madame BORNE, la ministre concernée bien sûr, a vu, a fait beaucoup, beaucoup de réunions avec les syndicats. Il y a eu beaucoup d'avancées qui ont été faites, notamment avec les syndicats.
JEFF WITTENBERG
Donc c'est terminé ?
JACQUELINE GOURAULT
Il y a eu beaucoup d'avancées qui ont été faites, notamment vous savez, ceux qui sont sous le statut de la SNCF qui ont eu des garanties, quand il y aura l'ouverture du marché et donc on ne comprend pas très bien quelles sont les motivations maintenant de ceux qui font la grève. Alors on voit bien qu'à chaque fois il y a des relances, la dernière fois c'était sur le fret. Mais je pense que les Français ne comprennent pas pourquoi les agents de la SNCF font cette grève perlée, qui en fait n'a pas de raison fondamentale.
JEFF WITTENBERG
Et vous, madame GOURAULT, en tant que membre du gouvernement vous dites, on n'ira pas plus loin, les négociations sont allées au bout de ce que vous pouvez vous proposer ?
JACQUELINE GOURAULT
Mais la porte de la ministre est toujours ouverte pour parler et discuter, bien évidemment et vous savez qu'il y a eu adoption de la loi à l'Assemblée nationale, mais elle doit passer ensuite au Sénat. La discussion parlementaire continue donc je dirais les négociations continuent aussi, mais il faut bien sûr que les cheminots respectent aussi la volonté du gouvernement de réformer la SNCF pour une meilleure qualité de service public.
JEFF WITTENBERG
Alors on va parler de la loi Asile et Immigration, vous étiez en première ligne avec Gérard COLLOMB. Deux associations au moins, la Cimade et Amnesty International critiquent ce projet qui a été donc adopté en première lecture, dimanche soir, un texte dangereux, dit Amnesty International, que répondez-vous ?
JACQUELINE GOURAULT
C'est un texte équilibré qui à la fois a pour but de maîtriser l'immigration, vous savez qu'il y a une forte émigration vers la France, alors que sur l'ensemble de l'Europe, l'immigration a baissé. C'est aussi une loi qui garantit ou qui s'améliore encore le droit d'asile, tradition française et qui intègre mieux ceux qui veulent devenir français.
JEFF WITTENBERG
Alors pourquoi tant de députés au-delà de celui qui a voté contre et qui est sorti du groupe La République en Marche, monsieur CLEMENT, pourquoi tant de députés, y compris au MoDem, votre parti, se sont abstenus sur ce texte, huit d'entre eux ?
JACQUELINE GOURAULT
Parce que chacun a sa liberté de vote, d'abord il faut rappeler que tous les parlementaires ont leur liberté de vote, que chacun a son histoire. Par exemple nous avons dans le groupe MoDem aussi eu un vote contre d'une député du Cher, Nadia ESSAYAN, qui elle-même est une ancienne réfugiée…
JEFF WITTENBERG
Ça ne vous interpelle pas ça, madame GOURAULT ?
JACQUELINE GOURAULT
Bien sûr, on comprend justement leur sensibilité particulière, mais en même temps nous avons besoin d'une loi qui raffermit, je dirais, les mesures pour limiter davantage l'immigration.
JEFF WITTENBERG
Sur la possibilité de rétention administrative des mineurs, aucun changement n'a été acté dans le projet tel qu'il a été voté dimanche alors que c'est une réforme, pour le coup, un changement qui était demandé par beaucoup de députés.
JACQUELINE GOURAULT
Le ministre d'Etat a pris deux engagements. Le premier engagement, c'est d'améliorer, je dirais, les CRA, c'est-à-dire les Centres de Rétention, pour ceux qui effectivement font l'objet, je dis bien, d'une obligation de quitter le territoire et qui n'ont pas respecté déjà cette obligation de quitter le territoire. Et deuxièmement, de l'améliorer aussi bien sur le plan de la structure que….
JEFF WITTENBERG
Mais pour les mineurs, madame GOURAULT ?
JACQUELINE GOURAULT
Oui pour les mineurs.
JEFF WITTENBERG
C'est à dire qu'il vous semble normal que des mineurs soient placés en rétention administrative aujourd'hui ?
JACQUELINE GOURAULT
Mais ils sont avec leur famille, ce n'est pas des mineurs qui sont tout seul. Et le sujet de fond, c'est que quand la famille n'est pas au complet, vous n'avait pas le droit de faire ce qu'on appelle un OQTF, c'est une obligation de quitter le territoire, donc on essaie toujours de rassembler et la durée de séjour…
JEFF WITTENBERG
Donc c'est plutôt dans l'intérêt de ces personnes.
JACQUELINE GOURAULT
C'est bien sûr dans l'intérêt des familles d'être regroupées et ça nous permet aussi d'exercer le renvoi dans leur pays.
JEFF WITTENBERG
Alors autre sujet, où en est le processus de négociation avec les élus corses dont je le rappelle, vous êtes la maîtresse d'oeuvre, vous êtes la Madame Corse du gouvernement. Le mot Corse sera mentionné dans la Constitution, mais au-delà du symbole, est-ce que vous pouvez nous expliquer qu'elle en sera la traduction concrète, est-ce que la Corse aura plus d'autonomie lorsqu'elle sera inscrite dans la Constitution ?
JACQUELINE GOURAULT
Ce n'est pas qu'un symbole. Il va y avoir un article 72-5 consacré à la Corse et vous savez qu'aujourd'hui la Corse est dotée d'une collectivité territoriale à statut particulier, qui a été faite par la loi ordinaire, en inscrivant la Corse dans la Constitution, on sanctuarise la collectivité territoriale de Corse. Ça veut dire que pour changer ce statut, il faudra désormais une révision de la constitution.
JEFF WITTENBERG
Oui mais dans la vie de tous les jours et dans l'administration de la Corse, qu'est-ce que ça changera, puisqu'on sait que les élus nationalistes, ce sont retrouvés assez déçus…
JACQUELINE GOURAULT
Il y a un deuxième volet dans cette inscription de la…, la Corse, pardon, il est dit que la Corse pourra adapter les lois et les règlements sur ses compétences en fonction évidemment de leurs spécificités du territoire.
JEFF WITTENBERG
Et ça vous pensez que pour le coup, la population française dans son ensemble est d'accord pour ce statut particulier et cette possibilité donnée à la Corse de faire ses propres lois, entre guillemets ?
JACQUELINE GOURAULT
Alors ce n'est pas ses propres lois, c'est d'adapter les lois à son territoire.
JEFF WITTENBERG
Ses propres adaptations.
JACQUELINE GOURAULT
Je crois que c'est important oui, puisque tout le monde a bien conscience que nous sommes sur un territoire spécifique, une île, mais une île aussi montagneuse avec donc des difficultés et des, comment dire des difficultés dues à la distance aussi par rapport au continent, tout est plus compliqué et plus cher, il faut lutter aussi contre le chômage qui est très important en Corse. Il y a donc un équilibre qui a été trouvé, entre, je dirais une liberté d'adaptation et une Corse qui est dans la République française.
JEFF WITTENBERG
Une toute dernière question, madame GOURAULT, vous êtes membre du MoDem, on l'a dit, le président du MoDem c'est François BAYROU et François BAYROU, il n'a pas été content du tout du projet de révision constitutionnelle qui prévoit l'élection de 15 % de députés à la proportionnelle, il dit que c'est une sorte d'aumône, c'est un tour de passe-passe, un non-respect de la promesse. Vous, vous êtes membre du gouvernement, qu'est-ce que vous dites, ce sera 15 % de toute façon et tant pis pour François BAYROU ?
JACQUELINE GOURAULT
Je dis que François BAYROU a toujours milité pour que la dose de proportionnelle soit, non pas à 15, mais plus élevée. Vous savez que la fourchette annoncée était entre 15 et 25 %.
JEFF WITTENBERG
Vous comprenez François BAYROU ?
JACQUELINE GOURAULT
Je crois qu'autour de 20 %, François BAYROU aurait été satisfait, bien sûr que je le comprends, puisque je suis de sa famille politique, en même temps je suis solidaire des décisions du gouvernement, mais naturellement, là aussi, il va y avoir un débat parlementaire et évidemment au cours du débat parlementaire, il y aura des amendements et des discussions autour du pourcentage de proportionnelle.
JEFF WITTENBERG
Vous voulez dire qu'à l'arrivée, ça sera peut-être plus que 15 % ?
JACQUELINE GOURAULT
On verra, on verra voilà.
JEFF WITTENBERG
Eh bien on vous a entendu, merci beaucoup Jacqueline GOURAULT.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 avril 2018