Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à France-Info le 26 juin 2018, sur les urgences hospitaliéres et les effectifs des médecins urgentistes avant la période estivale.

Texte intégral


BRUCE TOUSSAINT
Agnès BUZYN, ministre de la Santé, est l'invitée de Franceinfo ce matin.
JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Agnès BUZYN.
AGNES BUZYN
Bonjour.
JEAN-MICHEL APHATIE
Saturés, en sous-effectif chronique, les hôpitaux français redoutent de connaître un été difficile - notamment aux urgences – une enquête du Monde, du journal Le Monde, était titré ainsi « Aux urgences hospitalières la menace d'un été en sous-effectif », Le Monde en fait notamment état mais c'est un peu partout en France d'une enquête de l'Agence Régionale de Santé qui indique qu'une quinzaine de sites sont jugés en difficulté, cette enquête bien sûr vous la connaissez. Vous vous attendez à vivre un été difficile dans les hôpitaux français, Agnès BUZYN ?
AGNES BUZYN
Ça dépend des lieux évidemment, il y a des lieux qui sont déjà en tension pendant l'année et qui vont effectivement avoir des problèmes d'effectif. Il faut comprendre pour bien expliquer la chose que nous n'avons pas formé suffisamment de médecins urgentistes dans les 15 ou 20 dernières années et donc de fait un certain nombre de postes sont ouverts et ne trouvent pas de médecins urgentistes à recruter, donc nous avons considérablement augmenté le nombre d'internes que nous allons former à partir de cette année, mais, avant que ces jeunes arrivent quelque part en capacité à prendre en charge des urgences, il faut quand même trois – quatre ans. Ça nous oblige donc à repenser les services d'urgence, il faut aussi que les citoyens soient raisonnables, c'est-à-dire qu'ils n'aillent aux urgences que pour les vraies urgences vitales et que, dès qu'ils peuvent être pris en charge par un médecin généraliste, ils fassent le choix d'aller voir un médecin plutôt que d'arriver directement aux urgences.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais du coup comment vous anticipez cet été, est-ce que vous pensez qu'il y aura des problèmes ?
AGNES BUZYN
Nous mettons plus d'effectifs et plus de lits ouverts dans les zones touristiques par exemple, il est clair que certains services vont être obligés de se réorganiser et de se mutualiser entre des petits hôpitaux dans des zones où il y a très peu de passage – il faut savoir que dans certains hôpitaux il y a moins de 10 passages par nuit aux urgences – et effectivement pour faire tourner un service d'urgences il faut huit médecins à temps plein, donc vous comprenez qu'avoir huit urgences temps plein pour faire tourner un service où il y a moins de 10 passages par jour c'est compliqué et, donc, nous avons besoin de restructurer.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et c'est ce que vous faites, vous allez fermer des petites hôpitaux pour essayer de…
AGNES BUZYN
En fait nous mutualisons les forces entre les équipes mobiles qui vont dans les ambulances et les services qui sont sur place, donc nous nous organisons et nous travaillons énormément avec les syndicats d'urgentistes que je vois quasiment tous les mois en ce moment.
BRUCE TOUSSAINT
De quelles zones parlez-vous ? Ce sont des zones géographiques particulières ou…
AGNES BUZYN
Il y a 650 services d'urgences en France et donc parfois il nous arrive d'en mutualiser deux, pour la période d'été par exemple nous savons que nous n'arriverons pas à faire fonctionner certains services parce que nous n'avons pas d'urgentistes formés et qu'on ne peut pas les inventer. Donc l'urgence c'est de former plus de jeunes médecins urgentistes, c'est de faire en sorte que des généralistes participent aux services d'urgence en étant formés – c'est ce que nous faisons – et puis de mettre surtout les forces là où il y a beaucoup de monde, c'est-à-dire dans les zones estivales, touristiques.
JEAN-MICHEL APHATIE
Pour comprendre ce que vivent les médecins urgentistes, je vous propose d'écouter le docteur Mustapha SOUSSI, il est délégué régional de l'AMUF qui est l'Association des Urgentistes de France.
DOCTEUR MUSTAPHA SOUSSI, DELEGUE REGIONAL DE L'AMUF – EXTRAIT RMC
Je vais vous donner un exemple dans mon hôpital, qui est très récent, qui a moins de 15 jours, on a dû fermer le service des urgences tout simplement parce qu'il n'y avait pas de praticiens. La première fois il y a un jeune homme qui s'est présenté avec un coup de couteau dans l'abdomen, ce jeune aurait pu décéder, on nous demande de faire plus avec moins de moyens, moi je peux vous dire – ce n'est pas un scoop – on va vers la catastrophe sanitaire.
JEAN-MICHEL APHATIE
On va vers la catastrophe sanitaire, est-ce que ce médecin exagère ou pas quand il dit ça ?
AGNES BUZYN
Nous savons qu'aujourd'hui le système de santé est sous tension, c'est la raison pour laquelle depuis mon arrivée j'ai expliqué que les hôpitaux vivaient une période très difficile - que je connais parfaitement en fait parce que j'ai travaillé à l'hôpital pendant 20 ans et que j'ai vu la situation se dégrader et c'est la raison pour laquelle nous travaillons à une transformation en profondeur du système de santé, notamment pour que l'hôpital aille mieux. Il faut que la ville s'organise mieux en amont, l'une des raisons pour lesquelles les urgences sont surchargées c'est que les taux de passage aux urgences ont doublé en 15 ans - c'est vrai dans tous les pays industrialisés, ce n'est pas vrai qu'en France - parce que les gens ont tendance à aller directement à l'hôpital aux urgences plutôt que de chercher un médecin, mais c'est aussi parce que c'est très difficile de trouver un médecin quand on n'a pas un rendez-vous programmé et, donc, c'est ce qu'on appelle l'accès aux soins non-programmés qu'on va réorganiser sur le territoire.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais les médecins ont peur d'une réduction des moyens, ils parlent de gestion comptable, de lits d'hôpital ?
AGNES BUZYN
Non, c'est absolument faux, toute ma politique justement vise à éviter ce qu'on observe depuis des années - c'est-à-dire des coups de rabot systématiques sur les budgets hospitaliers - mais pour ça il faut une refonte globale du système pour modifier les modes de tarification, faire en sorte que les hôpitaux ne soient pas en compétition mais en coopération, faire en sorte que la ville et l'hôpital puissent coopérer, ce qui n'est pas possible aujourd'hui pour des raisons de budget, donc la transformation que nous allons mettre en avant vise justement à régler tous les problèmes de fond.
JEAN-MICHEL APHATIE
Combien de temps pour mettre ce que vous appelez cette transformation ?
AGNES BUZYN
Les grandes orientations seront annoncées dans le courant de l'été et évidemment il va falloir mettre en oeuvre cette transformation sur trois, quatre, cinq ans, parce que changer une tarification d'un système de santé, former plus de médecins, tout cela prend du temps évidemment.
JEAN-MICHEL APHATIE
Dans le courant de l'été, le mois prochain, parce que l'été a commencé ?
AGNES BUZYN
Nous allons voir, ça dépend des agendas en fait des uns et des autres, donc c'est plus un problème d'agenda qu'un problème d'annonce.
JEAN-MICHEL APHATIE
Pas de date précise.
AGNES BUZYN
Non.
JEAN-MICHEL APHATIE
Le Premier ministre Edouard PHILIPPE a reçu une lettre de 175 praticiens hospitaliers, ils écrivent des choses terribles, ils disent... on va le voir et je vais le lire : « Aujourd'hui nous ne pouvons plus actuellement remplir notre mission de service public - c'est terrible de lire ça - nous vous alertons », ils écrivent au Premier ministre sur une mise en danger de la vie d'autrui», ils écrivent au Premier ministre parce qu'ils avaient écrit à vous mais vous n'avez pas répondu.
AGNES BUZYN
Ils ont été reçus par mes services, en fait ils ont été reçus au mois de mars par mes services.
JEAN-MICHEL APHATIE
Ils disent : « Agnès BUZYN ne nous a pas répondu ».
AGNES BUZYN
Je ne vois pas tout le monde, parce que des lettres comme ça j'en reçois énormément de tous les syndicats…
JEAN-MICHEL APHATIE
« Nous mettons en danger la vie d'autrui ».
AGNES BUZYN
Et donc moi je vois évidemment les institutions représentatives, donc les syndicats, les fédérations hospitalières, et il se trouve que ce collectif a été reçu par mes services. Cela étant dit c'est... quelque part tout le monde fait le même constat, le système est en difficulté, le président du Conseil national de l'Ordre des médecins a écrit un livre, tout le monde fait le même constat, donc voilà la transformation arrive, j'arrive avec une réforme en profondeur du système de santé pour répondre à ces difficultés, quelque part j'arrive sur un système qui est déjà en très forte tension et je regrette qu'un certain nombre de réformes n'aient pas été mises en oeuvre plus tôt.
JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! Le problème de l'héritage.
AGNES BUZYN
Oui, j'arrive un peu tard, mais on va le faire.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et pour ajouter une touche sombre à ce tableau qui l'est beaucoup, on a appris, mais ça doit être récurrent hélas - je ne sais pas ce que vous en dites, c'est une situation que vous connaissez sûrement - le suicide de deux jeunes médecins, l'un à Strasbourg, l'autre à Castres…
AGNES BUZYN
Oui, je suis parfaitement au courant.
JEAN-MICHEL APHATIE
Ce sont les conditions de travail là aussi, c'est la surcharge de travail qui peut expliquer ces suicides, il y en a beaucoup à l'hôpital ?
AGNES BUZYN
Je n'ai pas mené une enquête, il y a un médiateur et il y a évidemment des enquêtes en cours, administratives j'entends, c'est souvent plurifactoriel et donc je ne veux pas minimiser les conditions de travail, mais il se trouve que pour l'un des deux médecins il y avait une forme de harcèlement non pas de l'institution mais de l'environnement, qu'il y avait un problème je dirais plus compliqué d'offre de soins dans l'endroit où il ou elle exerçait – je n''ai pas envie d'aller plus loin dans le détail - mais à chaque fois ces suicides sont catastrophiques, ils ébranlent complètement les communautés et les patients, les communautés hospitalières, et les conditions de travail peuvent y participer, ça n'est souvent pas l'unique raison.
BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous Agnès BUZYN, il est 8 h 40, l'essentiel de l'info Edwige COUPEZ.
//diffusion du journal//
BRUCE TOUSSAINT
La ministre de la Santé Agnès BUZYN est l'invitée de Franceinfo ce matin, Jean-Michel APHATIE.
JEAN-MICHEL APHATIE
Nous avons beaucoup commenté hier cette étude du CIRC, le Centre International de Recherche sur le Cancer, 346.000 cas de cancers ont été diagnostiqués en France en 2015 et cette étude dit 142.000 d'entre eux auraient pu être évités. Comment auraient-ils pu être évités, moins de consommation d'alcool, de tabac, des habitudes alimentaires différentes, c'est aussi simple que ça d'éviter des cancers ?
AGNES BUZYN
Les comportements interviennent évidemment dans les cancers mais ils ne protègent pas les cancers, c'est-à-dire qu'il restera toujours des cancers de causes génétiques, de causes indéterminées. Mais quand même, quand on sait que 4 cancers sur 10 peuvent être évités par nos comportements – c'est statistique, ce n'est pas à l'échelon d'une personne - mais ça donne envie de faire mieux en termes de prévention. C'est une enquête que je connais très bien puisque c'est une étude que j'avais demandée au Centre International de Recherche sur le Cancer quand je présidais l'Institut National du Cancer Français, j'avais demandé cette enquête pour bien déterminer les causes de cancer en France - elle sort trois ans après que je l'ai commandée – et d'autre part les…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez été surprise par l'importance, 40 % des cancers pourraient être évités ?
AGNES BUZYN
On disait jusqu'à présent entre 3 et 4 cancers sur 10, maintenant nous avons la preuve que ces 4 cancers sur 10, avec deux facteurs prédominants, je dirais trois facteurs prédominants, il faut bien comprendre la hiérarchie : en premier le tabac, c'est malheureusement le grand gagnant et c'est la raison pour laquelle j'en fais la priorité de ma politique de santé publique ;; en deuxième l'alcool , 8 % des cancers, 28.000 cas par an ; en troisième la sédentarité et l'alimentation, il faut manger plus de fruits et légumes, plus de fibres, moins de viande rouge, moins de charcuterie, moins de produits transformés... et bouger, voilà, si déjà on agit sur ces trois facteurs qui sont purement comportementaux ont réduit considérablement. Après il y a des facteurs chimiques dans l'environnement de travail sur lesquels il faut agir, il y a les ultraviolets quand on s'expose au soleil avec les mélanomes - donc il y a d'autres facteurs - mais clairement les trois facteurs prédominants se sont ceux sur lesquels on peut agir au quotidien et, donc, chacun doit s'interroger sur sa façon de vivre.
JEAN-MICHEL APHATIE
On voit que la lutte contre le tabac est active, elle est importante…
AGNES BUZYN
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Marisol TOURAINE, qui vous a précédé au ministère de la Santé, avait aussi mené une politique très active de ce point de vue puisqu'on parlait d'héritage - tout n'a pas été mauvais dans l'héritage - pourquoi ne fait-on pas la même chose avec l'alcool, on marque « fumer tue », pourquoi ne marque-t-on par sur les bouteilles « boire tue » ?
JEAN-MICHEL APHATIE
On met que boire est dangereux pour la santé quand même, de boire avec excès - la question c'est qu'est ce qu'on appelle excès - et donc on se rend compte que les normes pour l'alcool diminuent progressivement avec le temps, les normes reconnues par l'Organisation Mondiale de la Santé - quand je dis normes, c'est-à-dire les seuils au-delà desquels on estime que c'est vraiment une consommation excessive, c'était de quatre verres par jour il y a quelques années, on est descendu à deux verres par jour, on voit bien que progressivement on a tendance à promouvoir la réduction de l'alcool dans tous les pays européens.
JEAN-MICHEL APHATIE
On en fait ou le poids des lobbies demeure fort dans le monde de l'alcool et pèse sur les pays.…
AGNES BUZYN
Evidemment que les lobbies sont importants, je ne vais pas le nier, mais la politique reste ferme, c'est-à-dire que d'abord on va avoir une politique très ferme sur l'alcoolisation des femmes enceintes, c'est 0 alcool pendant la grossesse - et ça nous avons obtenu des alcooliers qu'il y ait un logo qui explique bien qu'on ne doit boire aucun alcool pendant la grossesse, c'est très pour le foetus…
JEAN-MICHEL APHATIE
Ce sera mis sur les bouteilles ?
AGNES BUZYN
Ce sera mis sur les bouteilles…
JEAN-MICHEL APHATIE
A partir de quand ?
AGNES BUZYN
Nous sommes en train de travailler sur la taille et la couleur…
BRUCE TOUSSAINT
D'accord.
AGNES BUZYN
Donc c'est pour je dirais la fin de l'année, on en train de négocier.
JEAN-MICHEL APHATIE
Un logo disant que…
AGNES BUZYN
C'est 0 alcool…
JEAN-MICHEL APHATIE
0 alcool pour les femmes enceintes.
AGNES BUZYN
En fait il ne faudrait pas boire pendant qu'on est enceinte – et ça je crois qu'il y a beaucoup de femmes qui ne le savent pas, ce n'est pas suffisamment dit - c'est extrêmement…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une première ça que des producteurs d'alcool acceptent de mettre sur leurs bouteilles que leurs produits ne doivent pas être consommés.
AGNES BUZYN
Ils se sont engagés pour agir sur la prévention et, franchement, je crois que je crois que c'est ce que nous devons à nos enfants de leur éviter une alcoolisation foetale qui est un drame, parce que ce sont des enfants qui naissent avec des handicaps psychiques, donc ce sont des handicaps qu'on peut éviter, 0 alcool pendant la grossesse, le logo va être mis sur toutes les bouteilles, donc nous y travaillons ; Et il y a un deuxième angle qui est très important pour moi c'est l'alcoolisation des jeunes, le binge drunking, l'alcoolisation massive, sur lequel nous allons avoir des actions de prévention extrêmement importantes.
BRUCE TOUSSAINT
Vous n'êtes pas aidée par le président qui aime faire la promotion du vin, on vous le dit souvent, comment vous arrivez à…
AGNES BUZYN
Le vin oui, mais j'arrive…
BRUCE TOUSSAINT
Vous arrivez à gérer ça ?
AGNES BUZYN
J'y arrive très bien, parce que d'abord il faut reconnaître l'aspect évidemment culturel en France du plaisir de boire du bon vin…
BRUCE TOUSSAINT
Non, mais quand vous parliez de deux par jour – pardon de vous couper – vous parliez de eux verres par jour, c'est aussi deux vins de vin ?
AGNES BUZYN
C'est deux verres de vin ou deux verres... de toute façon tous les verres, ce qu'il faut bien comprendre c'est que tous les verres contiennent la même quantité d'alcool, donc qu'on doive deux verres de bière, deux verre de vin ou deux verre de vodka c'est la même quantité d'alcool, donc voilà ça permet d'avoir des repères pour les gens et de savoir qu'au-delà d'une certaine quantité on commence à frôler... enfin à risquer des choses pour sa santé, soit en termes de risques de cancer - et l'étude du CIRC vient de le montrer - soit en termes de risques cardiovasculaires.
JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut espérer qu'Emmanuel MACRON ne répétera pas trop souvent qu'il boit un verre le midi, un verre le soir, ce n'est pas le bon exemple ?
AGNES BUZYN
Il reste dans les seuils totalement admis par l'Organisation…
JEAN-MICHEL APATHIE
Limite, hein.
AGNES BUZYN
Mondiale de la Santé.
BRUCE TOUSSAINT
Limite, limite. Une expérience à Strasbourg qui nous a intéressé, on en a pris connaissance hier, et Alexandre FELTZ était interrogé sur l'antenne de Franceinfo - Alexandre FELTZ est adjoint à la Santé à la mairie de Strasbourg -et à Strasbourg, depuis hier, il est interdit de fumer dans les parcs, on ne verbalise pas tout de suite les fumeurs, mais ça pourrait venir, on écoute l'élu Strasbourgeois.
ALEXANDRE FELTZ, ADJOINT AU MAIRE DE STRASBOURG EN CHARGE DE LA SANTE - EXTRAIT FRANCEINFO
D'abord on va créer des médiateurs santé spécifiques pour la question du tabac qui vont aller dans ces parcs et, lorsque les gens vont fumer, ils vont essayer de discuter avec eux ; mais ensuite à partir de janvier 2019 si vraiment il est nécessaire de le faire, cette amende existe, elle est à 68 euros, on pourra arriver sans cet élément de coercition mais qui est toujours possible de mettre en place.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pourriez étendre cette mesure, vous le regardez j'imagine avec attention à Strasbourg, ça pourrait être étendu à l'ensemble des parcs en France ?
AGNES BUZYN
J'espère qu'il y aura une émulation volontaire, on n'a pas prévu une législation, mais c'est vrai que fumer dans les parcs pose deux problèmes : le premier problème c'est l'exposition des enfants à la vision de gens qui fument, et l'on sait que ça favorise l'entrée dans le tabagisme, donc c'est une façon de protéger les jeunes ; et puis la pollution, parce qu'en fait les mégots sont une source de pollution invraisemblable…
JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, c'est exact.
AGNES BUZYN
Et ça ne gêne personne de jeter son mégot par terre alors que ce sont les mêmes qui hurlent quand on jette un papier gras par terre, donc j'aimerais qu'il y ait un peu de cohérence dans l'esprit des gens, jeter un mégot par terre ça pollue le sol pendant des dizaines d'années et ce sont des tonnes et des tonnes de mégots qu'ont à gérer les villes et, donc, j'aimerais bien qu'il y ait effectivement une prise de conscience des citoyens.
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une prise de conscience, le pouvoir appartient aux municipalités dans les parcs ?
AGNES BUZYN
Oui, dans les parcs oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous pourriez, à part leur dire.…
AGNES BUZYN
Non, mais il y a des villes qui sont... qu'on appelle les villes promotrices de santé, ce sont les villes qui s'engagent - notamment Strasbourg est une ville très, très en pointe sur l'activité physique, sur la propreté, la pollution - et donc des villes s'engagent sur la promotion de la santé, elles ont des associations qui vont oeuvrer dans les quartiers, qui informent, qui expliquent et donc ce réseau des villes promotrices de santé est pour moins très bon outil pour promouvoir évidemment les actions de prévention.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et pendant ce temps-là, parce qu'une société n'est jamais à l'abri des contradictions, vend du cannabis à Paris, on écoute le gérant d'un magasin dans le XIème arrondissement qui défraie la chronique et on va en parler avec vous ensuite Agnès BUZYN.
VENDEUR DE CANNABIS DANS UN MAGASIN DU XIEME ARRONDISSEMENT DE PARIS
Chez nous les produits forts, bien sûr la base de cannabidiol, de CBD, vont être principalement les huiles alimentaires, les gélules, le côté crème et cosmétique ou encore infusion et bien sûr la fleur qui reste l'un des produits-phares dans notre magasin.
JEAN-MICHEL APHATIE
Il est malin parce qu'il parle de la fleur et puis il annonce en dernier, un peu en catimini en fait, ça c'est du tabac pour fumer bien sûr. Vous avez dit il y a quelques jours, Agnès BUZYN, que ce magasin vous vouliez le faire fermer, il est toujours ouvert.
AGNES BUZYN
En fait j'ai été un peu... je dirais un peu directe, en fait ces magasins peuvent vendre s'ils veulent les bonbons au sucre, ce n'est pas problème, en fait ils n'ont pas le droit de vendre des produits qui contiennent des stupéfiants en l'occurrence, ils contiennent tous des stupéfiants qu'on appelle le THC – qui est un dérivé qui existe dans la plante de cannabis, dans le chanvre – et ce THC est interdit à la vente quel que soit son dosage, quelle que soit sa formulation dans les gélules, les crèmes, donc ces boutiques vendent des stupéfiants - c'est interdit par la loi – et donc on va leur demander d'arrêter de vendre des stupéfiants.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous allez leur demander quand ?
AGNES BUZYN
Donc ça c'est le rôle de la police, de la douane…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais alors qu'est-ce que fait la police ?
AGNES BUZYN
De la Direction de la répression des fraudes, donc les services du ministère sont en lien avec les services de Bercy pour voir comment on fait les contrôles dans ces boutiques…
BRUCE TOUSSAINT
Mais il n'y a pas un petit vide juridique-là qui permet justement à ce magasin d'exister ?
JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, parce que c'est.…
BRUCE TOUSSAINT
Voilà !
AGNES BUZYN
En fait ce n'est pas un vide juridique, ce que dit la loi – et donc ils l'ont un peu contournée – la loi dit qu'on a le droit d‘utiliser du chanvre, qui est en fait la plante de cannabis, qui contient jusqu'à 0,2 % de THC, c'est-à-dire le stupéfiant, à condition que ce soit pour l'industrie, pour fabriquer des tissus ou des moquettes à base de chanvre...
JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.
AGNES BUZYN
Donc pour l'industrie on a le droit de l'utiliser.
JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a du cannabis dans les moquettes.
AGNES BUZYN
Voilà, on peut fumer la moquette
BRUCE TOUSSAINT
C'est fumer, la fameuse expression, fumer la moquette bien sûr, on a en enfin la…
AGNES BUZYN
On peut fumer la moquette sur le sol, mais en tous les cas on n'a pas le droit d'avoir.... ce seuil est uniquement un seuil industriel et donc il contourne la législation qui est un seuil industriel pour le considérer comme un seul permis pour un produit fini, ce qui pour le coup est interdit par la loi.
BRUCE TOUSSAINT
On l'a bien compris, vous souhaitez l'interdiction de ce produit.
AGNES BUZYN
De ce produit, de la vente de ce produit.
BRUCE TOUSSAINT
De la vente de ce produit. Merci beaucoup, vous restez avec nous bien sûr jusqu'à 9h, 8 h 51 l'essentiel de l'info avec Edwige COUPEZ.
//diffusion du journal//
BRUCE TOUSSSAINT
Agnès BUZYN, ministre de la santé, est l'invitée de France Info ce matin, Jean-Michel APHATIE…
JEAN-MICHEL APHATIE
Le gouvernement doit annoncer des économies d'ici à 2022, des économies importantes et ça peut peser notamment sur la politique sociale dont vous avez la charge, les aides dont vous avez la charge. Pour être aidé dans sa réflexion le gouvernement a commandé un rapport à 34 experts réunis au sein du Comité d'Action Publique 2022, on parle du rapport Cap 22, ce rapport est fait ?
AGNES BUZYN
Il est fait, on a reçu…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous l'avez lu ?
AGNES BUZYN
On n'a pas reçu la totalité, on a reçu chacun des morceaux qui correspondent en fait à notre champ d'intervention ministérielle et je dois dire qu'en ce qui concerne mon champ ministériel les propositions qui sont faites par les rapporteurs correspond en fait à ma feuille de route, la feuille de route que j'avais publiée…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une chance !
AGNES BUZYN
…lorsque j'ai pris les rênes de ce ministère en juin de l'année dernière. Donc nous avions déjà identifié des améliorations dans le fonctionnement et donc ce rapport Cap 22 prend essentiellement les pistes qui ont déjà été rendues publiques.
JEAN-MICHEL APHATIE
Ce rapport devait être rendu public, il ne l'est pas encore, je ne sais pas, on dit que le gouvernement ne veut pas le rendre public, il a peur de son contenu, ça je ne sais si vous êtes en état de dire quelque chose là-dessus…
AGNES BUZYN
Le problème des rapports aujourd'hui, moi je l'ai vécu pour un certain nombre de rapports que j'ai commandés qui ont été faits par des parlementaires, c'est que quand vous rendez public un rapport alors que vous n'avez pas encore fait les arbitrages et que vous n'avez pas encore travaillé dessus la presse et les citoyens s'en emparent comme si c'était la volonté du gouvernement de faire l'ensemble des réformes qui sont proposées ou des mesures proposées. Or, il y a une fois qu'on nous rend un rapport un travail d'analyse, des arbitrages pour faire des choix et donc on se retrouve en fait complètement embringué dans un débat autour de propositions d'un rapport qui ne sont pas forcément les propositions d'un gouvernement. Donc je crois que quand on rend public un rapport il faut qu'on ait d'ores et déjà arbitré et qu'on dise ce que nous nous allons faire de ce rapport. Alors que si on le fait en deux temps on se retrouve à se justifier sur des mesures qu'on n'a pas prévu de faire et donc je crois que là il y a une question de timing et de communication qui mérite qu'on mette en ligne des rapports une fois que nous-mêmes avons pris les décisions sur les mesures à prendre.
JEAN-MICHEL APHATIE
Les aides sociales vont-elle baisser dans les prochaines années, Agnès BUZYN ?
AGNES BUZYN
Aujourd'hui la seule question que nous nous posons c'est comment faire mieux sur la pauvreté.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais…
AGNES BUZYN
Non mais, sincèrement, les aides sociales ont été…
JEAN-MICHEL APHATIE
Faire mieux est-ce que ça veut dire…?
AGNES BUZYN
Faire mieux parce que les aides sociales en France ont été un formidable amortisseur de crises et on voit bien que la pauvreté en France a moins progressé que dans d'autres pays. Par contre nous avons une spécificité française qui est qu'une fois que les gens sont pauvres ils ont une difficulté invraisemblable à retourner dans le monde du travail, à retourner vers de la formation et ils restent pauvres de génération en génération. Nous voulons travailler là-dessus, c'est vraiment l'objectif du gouvernement, c'est de faire mieux sur l'ascenseur social qui est totalement grippé.
JEAN-MICHEL APHATIE
Les aides ne les aident pas…
AGNES BUZYN
Les aides ne les aident pas et surtout le visage de la pauvreté a complètement changé, on a une vision de la pauvreté qui correspond à celle des années 90, donc beaucoup de chômeurs de longue durée c'est toujours vrai, beaucoup de personnes âgées c'est beaucoup moins vrai parce que les pensions de retraites et les minimas autour des personnes âgées ont beaucoup augmenté, donc les personnes âgées sont beaucoup moins pauvres que dans les années 90. Par contre nous avons énormément de familles, énormément d'enfants et notamment de familles monoparentales, beaucoup de jeunes de moins de 25 ans, 80.000 jeunes sortent chaque année du système sans emploi, sans formation, son éducation, ils sont les premiers à être en situation de très grande pauvreté. La moitié aujourd'hui des personnes qui vont à l'aide alimentaire sont des jeunes de moins de 25 ans.
BRUCE TOUSSSAINT
Est-ce qu'on peut faire un point sur le Lévothyrox, est-ce qu'il y a des problèmes, des anomalies avec la nouvelle formule ? Certains patients visiblement se plaignent…
AGNES BUZYN
L'ancienne formule et la nouvelle formule ont fait l'objet de tests qui sont les mêmes tests de conformité, qui sont des tests faits par l'Agence du médicament française, par des agences européennes aussi puisque ce sont des médicaments qui sont vendus dans plusieurs pays en Europe, donc chaque pays a sa propre évaluation. Une association de malades a fait faire des tests par un laboratoire indépendant et dit qu'il y a des anomalies dans la formule mais nous ne connaissons pas le laboratoire et nous n'avons pas eu les résultats de cette évaluation. Donc avant de conclure à quoi que ce soit il faudrait qu'on ait au minimum le rapport d'expertise fait par cette association mais en tous les cas ce rapport est en contradiction avec les tests qui ont été faits par l'Agence du médicament
BRUCE TOUSSSAINT
A votre connaissance, aux éléments que vous vous avez il n'y a pas d'anomalies…
AGNES BUZYN
Absolument, c'est-à-dire avec les tests faits par l'Agence du médicament qui est une agence de l'Etat nous n'avons pas vu d'anomalies sur la composition de ces médicaments et les autres agences européennes n'en ont pas vues non plus parce que ces médicaments sont vendus dans plein de pays. Cette association rapporte des anomalies, moi tant que je n'ai pas vu les résultats et le dossier et que je ne sais pas de quel laboratoire il s'agit je ne peux pas évidemment donner un avis.
BRUCE TOUSSSAINT
Merci beaucoup Agnès BUZYN, très bonne journée à vous.
AGNES BUZYN
Merci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juin 2018