Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d'Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 12 septembre 2018, sur l'audition d'Alexandre Benalla au Sénat et les grandes lignes du plan Pauvreté.

Texte intégral

RENAUD DELY
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.
BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Renaud DELY.
RENAUD DELY
Alors ça y est, il a changé d'avis finalement, Alexandre BENALLA, l'ancien chargé de mission de l'Elysée, ira témoigner la semaine prochaine devant la commission d'enquête du Sénat, c'est une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle pour l'Etat de droit ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Moi je n'ai pas à commenter les décisions de Monsieur BENALLA, je ne suis ni son conseil, ni son avocat. Il a appris qu'il allait être convoqué, puisque je crois que la convocation n'est pas encore partie, par la commission d'enquête sénatoriale, il a décidé de s'y rendre, c'est très bien. Vous savez, le pouvoir exécutif se tient éloigné à la fois de l'autorité judiciaire, parce que la justice se rend justement quand elle le fait de manière indépendante, et évidemment n'a pas à commenter les décisions du pouvoir législatif, il y a une commission d'enquête parlementaire, elle procède à des convocations, c'est très bien. Moi, ma conviction, c'est que presque tout a été dit sur cette affaire, il y a déjà eu des dizaines d'auditions, des personnes ont même été auditionnées à plusieurs reprises, que ce soit à l'Assemblée nationale ou au Sénat. Je regrette une chose, c'est que, au Sénat, le groupe, la commission d'enquête parlementaire, ne soit pas présidée par quelqu'un qui puisse venir de La République en Marche, à l'Assemblée nationale vous aviez une personnalité de La République en Marche et puis une personnalité des Républicains, Guillaume LARRIVE, ça se faisait de manière bipartisane, et neutre, ce n'est pas le cas là...
RENAUD DELY
Ce n'est pas ce que dit Guillaume LARRIVE, puisque précisément la commission d'enquête à l'Assemblée nationale a explosé en vol.
BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, il l'a coprésidée cette commission d'enquête, pendant de nombreuses séances, au Sénat ce n'est pas le cas, ce n'est que l'opposition, on aurait pu imaginer que par exemple François PATRIAT aurait pu parfaitement siéger dans cette commission d'enquête. Ça n'a pas été le choix retenu par le Sénat, je le regrette, maintenant ils vont procéder aux auditions, et puis j'espère qu'on pourra enfin tourner la page parce que ma conviction, vous savez, moi cet été on m'a assez peu parlé d'Alexandre BENALLA, on m'a parlé de la rentrée, on m'a parlé de l'hôpital, on m'a parlé du travail, on m'a parlé de l'école, mais pas beaucoup d'Alexandre BENALLA, et je crois que c'est une bonne nouvelle.
RENAUD DELY
Il y a un certain nombre de membres de la majorité qui, hier, laissaient entendre que cette audition d'Alexandre BENALLA au Sénat risquait d'entraver la procédure judiciaire en cours. Je vous propose d'écouter le président de la commission d'enquête du Sénat, Philippe BAS, qui répond à ces accusations.
PHILIPPE BAS, PRESIDENT DE LA COMMISSION DES LOIS, SENATEUR LR DE LA MANCHE
Il y a un point très important c'est que, nous-mêmes, et moi en tant que président de la commission des Lois, nous sommes extrêmement vigilants de ne pas empiéter sur la fonction qui est celle de la justice. Tout ce qui s'est passé le 1er mai, l'éventualité qu'il y ait eu des délits de commis par Monsieur BENALLA, ce n'est pas l'affaire du Parlement, le Parlement il s'intéresse, en quelque sorte, à ce qui s'est passé avant le 1er mai et après le 1er mai.
RENAUD DELY
Cette audition ne pose donc aucun problème d'un point de vue juridique ?
BENJAMIN GRIVEAUX
S'ils n'empiètent pas sur l'enquête judiciaire, et sur la procédure judiciaire qui est en cours, non, mon sentiment est que lorsque vous écoutez bien les auditions qui se sont tenues jusqu'à présent, vous flirtez quand même en permanence avec cette journée du 1er mai où se noue l'événement qui mène à cette fameuse affaire Benalla, et donc c'est un exercice de dentelle qu'il va falloir faire au Sénat, ils feront cet exercice, et puis, je l'espère, nous passerons à autre chose. Je crois que Guillaume LARRIVE, que vous receviez ici il y a quelques jours...
MARC FAUVELLE
Hier.
BENJAMIN GRIVEAUX
A dit lui-même « on ne va pas passer le Réveillon avec. » Guillaume LARRIVE n'est pas connu pour être un fervent défenseur du président de la République.
MARC FAUVELLE
Benjamin GRIVEAUX, pourquoi l'Elysée a refusé de communiquer la fiche de paye d'Alexandre BENALLA ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi il ne m'appartient pas de commenter les décisions internes à l'Elysée.
MARC FAUVELLE
Vous auriez souhaité que l'Elysée le fasse ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce n'est pas la question, la question c'est la question de la séparation, vous savez, et il est heureux que l'exécutif n'a pas à s'immiscer dans l'organisation du travail du Parlement, la manière dont les responsables organisent le budget du Parlement, et de la même manière, c'est la garantie de la séparation des pouvoirs dans notre pays, eh bien la manière dont on paye, et Philippe BAS le sait, il a été...
MARC FAUVELLE
Il y a cette exigence, mais il y a aussi l'exigence de transparence.
BENJAMIN GRIVEAUX
Philippe BAS le sait mieux que personne, il a été secrétaire général de l'Elysée à l'époque de Jacques CHIRAC, et donc il sait pertinemment que ces demandes-là ne sont pas fondées.
RENAUD DELY
Vous voulez dire à une époque où le président de la République était menacé par des affaires ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas du tout ce que j'entends, mais je vois le lien que vous faites.
RENAUD DELY
Pour vous, aujourd'hui, Philippe BAS il va trop loin, il politise cette affaire, il y a une instrumentalisation ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il en fait une aventure politique personnelle, mais je crois qu'il ne gagnera pas beaucoup là-dessus, il aurait, à mon avis, beaucoup plus à gagner à parler de la question de l'éducation, de la santé, bref, ce qui fait le quotidien de nos concitoyens, ce sur quoi les gens nous interrogent quand on se rend dans les territoires, quand on se balade le week-end dans la rue.
MARC FAUVELLE
Encore un mot sur cette affaire. Alexandre BENALLA, pendant plusieurs hier a affirmé qu'il n'irait pas, qu'il ne répondrait pas à la convocation des sénateurs, il se sent au-dessus des lois ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne sais pas. Moi, vous savez, je ne parle pas au nom de Monsieur BENALLA, vous lui poserez la question.
MARC FAUVELLE
N'importe quel autre citoyen est convoqué, il y va, d'ailleurs il y a une peine de prison pour ceux qui n'y vont pas.
BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi je n'ai pas à commenter, je ne suis ni l'avocat, ni le conseil de Monsieur BENALLA, vous lui poserez la question, il aura plaisir à y répondre s'il le souhaite.
RENAUD DELY
Mais disons que le fait qu'il ait donné des interviews dans toute la presse, on était surpris qu'il refuse d'aller donner une interview, en quelque sorte, à la commission d'enquête du Sénat.
BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, à nouveau, je n'ai pas à commenter, le membre du gouvernement que je suis, le porte-parole du gouvernement, ne commente pas, ni une affaire judiciaire, ni une enquête parlementaire, c'est ce qu'on appelle la séparation des pouvoirs, et croyez-moi, j'y suis attaché comme à la prunelle de mes yeux.
MARC FAUVELLE
Alors pas de commentaire sur l'affaire Benalla, on va tenter notre chance sur le déficit public.
RENAUD DELY
Oui, vous allez peut-être commenter la conjoncture économique...
BENJAMIN GRIVEAUX
Là je n'aurai aucune difficulté, parce que c'est un sujet important pour les Français, pour les générations à venir.
RENAUD DELY
Vous allez nous le prouver, c'est un sujet important, et puis les mauvaises nouvelles qui s'amoncellent, en tout cas le gouvernement a revu à la hausse sa prévision de déficit, de l'ordre de 2,8 % au lieu de 2,4 %...
BENJAMIN GRIVEAUX
Non...
RENAUD DELY
Pourquoi...
MARC FAUVELLE
Si, 2,4, c'était la première prévision en avril dernier.
BENJAMIN GRIVEAUX
C'était en avril, mais souvenez-vous du budget qui a été voté, on va faire un petit...
MARC FAUVELLE
C'était 2,4, 2,6, 2,8, globalement ça ne va pas bien, enfin ce n'est pas le bon sens.
BENJAMIN GRIVEAUX
C'est donc en dessous de 3, ce qui veut dire que pendant trois années consécutives nous serons en dessous de 3 %, ce n'est pas arrivé depuis l'an 2000, donc ça fait 18 ans que la France n'aura pas réussi ce que nous allons faire, à savoir maintenir le déficit public en dessous de 3 %. Ce n'est pas par fétichisme des 3 %, pourquoi est-ce qu'on fait ça ? Parce que nous sommes un pays qui, depuis 44 ans, a été incapable de voter un budget à l'équilibre, et donc qui chaque année, depuis 44 ans, c'est-à-dire que moi, j'ai 40 ans, je n'ai jamais connu, jamais, un budget à l'équilibre, on dépense plus que ce qu'on gagne. Il n'y a pas un ménage, en France, qui est capable de faire ça. Eh bien l'Etat le fait depuis 44 ans...
RENAUD DELY
Pourquoi la situation se dégrade ces derniers mois, est-ce que c'est lié aux choix économiques du gouvernement ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, alors quand ça va bien, on nous explique que c'est grâce au gouvernement précédent, et quand ça va moins bien on nous explique que c'est de notre faute, donc il faudrait choisir ses combats. Il y a, vous le savez, une conjoncture internationale qui est moins bonne, notamment des tensions sur le marché des matières premières, qui évidemment viennent impacter, vous avez aussi des éléments de tensions commerciales, entre les Etats-Unis, la Chine, qui créent de l'incertitude. Mais vous avez aussi des bonnes nouvelles qui sont cachées. Alors, je comprends qu'on s'attache essentiellement aux mauvaises nouvelles, mais moi je regarde aussi les bonnes nouvelles, et il y en a une qui est une bonne nouvelle, c'est que les promesses d'embauches en CDI, pas en intérim, pas en CDD, en CDI, n'ont jamais été aussi élevées dans notre pays depuis 11 ans, ça veut dire que les gens qui embauchent, ce n'est pas les grands groupes, c'est les TPE et les PME, ce sont elles qui sont les premières pourvoyeurs d'embauches chaque année dans notre pays, ont confiance dans le climat qui s'est réinstauré dans notre pays. Et ça c'est une bonne nouvelle parce que cela veut dire aussi des emplois pérennes.
MARC FAUVELLE
Ça c'est la bonne nouvelle, Benjamin GRIVEAUX, la mauvaise nouvelle c'est que la croissance en France est en train de fléchir, c'est que la consommation des ménages est en train de s'effondrer, et là on peut supposer que c'est sous l'effet des mesures des premiers mois du quinquennat, et notamment les hausses de taxes sur l'essence, sur les cigarettes, sur plein d'autres choses. Est-ce que vous avez commis une erreur ? On se souvient de Pierre MOSCOVICI dans le quinquennat précédent, disant, « à un moment on s'est planté », est-ce que là vous reconnaissez que dans les premiers mois vous vous êtes planté ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, ça va faire 10 ans que nous n'avons pas eu, pendant plus de 3 ans, une croissance au-dessus de 1.5, donc moi je quand je me contente, je me désole, et quand je me compare, je me console. Tous ceux qui nous donnent des leçons, qui nous expliquent que c'est un échec patent, jamais, depuis 10 ans, la France n'aura eu une croissance au-dessus de 1.5 plus de 3 années consécutives, ce sera le cas. L'an dernier le budget on avait mis 1.7. Est-ce que vous vous souvenez des débats que nous avions sur vos plateaux au mois de janvier/ février, « vous avez mis 1.7 de croissance, vous avez été beaucoup trop prudents, vous savez très bien vous aurez au moins 1.9 ou 2 points de croissance, et donc vous vous préparez une cagnotte en douce. » On a été prudent, on a eu raison d'être prudent, ce n'est pas avec notre argent que nous jouons, c'est avec l'argent des Français, et donc quand on s'occupe de l'argent des Français, la première des vertus c'est, à mon avis, la prudence, et c'est la prudence qui a permis de constituer un budget avec 1.7 de croissance, ce qui aura été le cas cette année.
MARC FAUVELLE
On se retrouve dans une minute.
(...)
MARC FAUVELLE
Benjamin GRIVEAUX, on voudrait vous faire écouter l'un de vos collègues du gouvernement, Gérard COLLOMB, c'était il y a quelques jours.
GERARD COLLOMB, MINISTRE DE L'INTERIEUR (BFM TV)
Nous avons manqué d'humilité, en grec il y a un mot qui s'appelle « l'hubris », c'est la malédiction des Dieux, quant à un moment donné vous devenez trop sûr de vous, que vous pensez que vous allez tout emporter, il y a une phrase qui disait « Les Dieux aveuglent ceux qu'ils veulent perdre », donc il ne faut pas que nous soyons dans la cécité.
RENAUD DELY
Benjamin GRIVEAUX, vous faites votre mea culpa ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, moi j'ai été helléniste comme Gérard COLLOMB, et je me réjouis qu'on ait un ministre de l'Intérieur qui soit un helléniste fervent.
RENAUD DELY
Il a raison sur le fond. Un pêché d'arrogance...
BENJAMIN GRIVEAUX
Ce qui est certain c'est qu'il faut toujours plus écouter les Français, c'est ce que dit en filigrane Gérard COLLOMB, mais je crois à une chose, c'est qu'il est utile de douter et, croyez-moi, il n'y a pas un matin sans que chaque membre du gouvernement, je parle en mon nom, mais je crois pouvoir parler au nom de chacun, où on se lève, on se remet en question, on s'interroge, et où on se dit est-ce que la décision qu'on est en train de prendre est la meilleure, est-ce que la politique publique qu'on est en train de mettre en place on la fait de la manière la plus efficace ? Ça c'est certain, c'est, au fond, la marque de fabrique, et je crois que ça fait du bien d'avoir des doutes, mais le doute ne doit pas empêcher d'avancer, de progresser, de poursuivre la transformation que nous avons engagée.
RENAUD DELY
Il n'y a eu aucune forme d'arrogance de la part du pouvoir depuis 15 mois, par exemple à l'endroit des corps intermédiaires, vous ne les avez pas un petit peu négligés parfois ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, on a beaucoup parlé avec les corps intermédiaires, j'ai beaucoup entendu ce procès qui a été fait sur les corps intermédiaires...
RENAUD DELY
Ce n'est pas ce que disent les syndicats par exemple.
BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, depuis 1 an ils discutent avec Jean-Paul DELEVOYE, le Haut commissaire, pour réformer les retraites, depuis 1 an, 1 an de discussions. La loi qu'on va présenter sur les mobilités d'ici quelques semaines à l'Assemblée nationale, les Assises de la mobilité se sont tenues en septembre dernier, il y a plus d'1 an. On a discuté, et moi je tiens à saluer aussi le travail qui a été réalisé par les partenaires sociaux, l'accord national interprofessionnel qui a été signé, au printemps, sur la formation, qui permet de donner plus de droits aux personnes qui sont en intérim et à temps partiel, donc aux femmes, plus de droits à formation, ce sont les partenaires sociaux qui l'ont signé, ce n'est pas nous. Donc, je ne veux pas faire partie de cette idée que, ou en tout cas participer à l'idée que le pouvoir agirait seul, personne n'agit seul.
RENAUD DELY
Et pourtant on assiste en ce moment à une vraie réorganisation du système de pouvoir à l'Elysée, la nomination d'un nouveau délégué général des services, la réorganisation de la communication, c'est bien qu'il y a quelque chose qui cloche dans le macronisme aujourd'hui.
BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais là vous parliez des corps intermédiaires...
RENAUD DELY
Qu'est-ce qui cloche dans le fonctionnement ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne suis pas certain que la nomination d'un directeur général des services à l'Elysée soit de nature à changer la manière dont la politique est conduite.
RENAUD DELY
Donc vous nous dites qu'avec les corps intermédiaires vous n'avez fait aucune erreur, bon, très bien !
BENJAMIN GRIVEAUX
Non, ce n'est pas ce que je vous dis. Je vous dis que, à l'argument qui est sans cesse brandit comme quoi nous n'aurions jamais parlé avec les corps intermédiaires, cet argument est faux. Vous dire qu'on souhaite transformer la manière dont on travaille, parce que la démocratie sociale dans ce pays a besoin d'être profondément rénovée, ça oui, nous l'assumons, et nous l'assumons parfaitement. Et regardez, l'assurance chômage, on dit « ils vont décider tout seuls dans leur coin », on vient d'ouvrir des discussions, il y aura 4 mois de discussions, avec les partenaires sociaux, pour faire quoi ? Eh bien pour faire en sorte qu'un régime qui perd 3 milliards par an, qui a plus de 30 milliards de dette, on en finisse enfin. Ça fait 10 ans que les partenaires sociaux, au fond, attendent une action vigoureuse, parce que ce n'est pas sain d'avoir un système d'assurance chômage qui est déficitaire à hauteur de 3 milliards par an, de la même manière il n'était pas sain d'avoir une entreprise publique comme la SNCF qui perd 3 milliards d'euros par an. A la fin des fins, évidemment on discute, et j'entends que, ce qui est peut-être différent avec ce qui a été connu avant, en particulier dans le quinquennat précédent, c'est qu'on tranche, et qu'on prend des décisions, et qu'on les assume, et c'est sans doute là la grande différence avec ce qui se faisait avant.
MARC FAUVELLE
Les petites phrases Benjamin GRIVEAUX, « les Gaulois », « les fainéants », « le pognon de dingue », ça, ça aide vraiment le quinquennat ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez...très franchement, « les Gaulois », la phrase des « Gaulois », je pense que les Français...
MARC FAUVELLE
« Le pognon de dingue » ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Les Français s'en amusent, les Français s'en amusent...
MARC FAUVELLE
Le « pognon de dingue » vous pensez que ça a fait rire beaucoup beaucoup de Français ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, on est un peuple qui aime rire, qui aime le second degré, si on ne peut plus avoir le moindre mot qui ne soit décortiqué, sorti de son contexte, parce que, dans la phrase suivante...
MARC FAUVELLE
Alors laissons « les Gaulois » à Lutèce, le « pognon de dingue » c'était une blague ?
BENJAMIN GRIVEAUX
C'est vous qui mettez ça sur la table, ça fait 15 jours, enfin, franchement, « les Gaulois » c'était il y a 15 jours, l'actualité chasse l'autre.
MARC FAUVELLE
Le « pognon de dingue » ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Dans la phrase d'après il moque les Danois avec leur discipline...très franchement, ça va, on a le droit aussi d'avoir de temps en temps un peu le sens de l'humour et d'avoir un peu de distance et ne pas sauter à pieds joints et de tirer une phrase du contexte.
MARC FAUVELLE
Et le « pognon de dingue » c'était de l'humour ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, parlons du plan pauvreté...
RENAUD DELY
Justement...
BENJAMIN GRIVEAUX
Ce sera demain, ce sera demain.
MARC FAUVELLE
C'était la transition.
BENJAMIN GRIVEAUX
Parlons de ces sujets-là, c'est beaucoup plus important, pour le pays, pour les Français, pour le quotidien de nos concitoyens.
RENAUD DELY
Justement, la phrase qu'évoquait Marc FAUVELLE à l'instant, le « pognon de dingue » que coûtent les aides sociales, alors que les Français ne sortent pas de la pauvreté, c'était une volonté de communication du gouvernement, c'était un message d'Emmanuel MACRON posté par le service de communication de l'Elysée, et c'est pour corriger l'effet qu'a eu cette provocation qu'Emmanuel MACRON présentera...
BENJAMIN GRIVEAUX
Vous croyez sincèrement qu'on discute depuis des mois, des mois, donc cette phrase...
RENAUD DELY
De poster cette vidéo c'était une bonne idée ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas ce que je vous dis, vous croyez sincèrement que depuis des mois on a mobilisé tous les acteurs de l'insertion par l'activité économique, les spécialistes de la précarité, pour corriger une vidéo d'1,30 minute ? On va parler...ce qui sera présenté demain...
RENAUD DELY
Il va le faire lui-même, pourquoi c'est le président de la République qui le présente lui-même, et pas, par exemple, Agnès BUZYN ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais parce que c'est une révolution copernicienne que nous allons proposer dans l'approche des questions de pauvreté dans notre pays. Pourquoi ? parce qu'on a 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, 3 millions d'enfants qui sont sous le seuil de pauvreté, qu'on déverse énormément d'argent depuis 10 ans, et qu'en 10 ans on a 2 fois plus de bénéficiaires du RSA, que quand vous rentrez au RSA, vous n'en sortez pas, que quand vous tombez dans la pauvreté, vous y êtes condamné, que quand vous êtes un enfant pauvre vous devenez un parent pauvre, que quand vous êtes un parent pauvre vos enfants ne s'en sortent jamais.
MARC FAUVELLE
On change quoi, Benjamin GRIVEAUX ?
BENJAMIN GRIVEAUX
C'est insupportable. Voilà pourquoi...
MARC FAUVELLE
Sur le constat tout le monde est d'accord quasiment...
RENAUD DELY
La révolution copernicienne c'est quoi, concrètement ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous le dire, mais donc ce n'est pas répondre à une vidéo d'1,3 minute, c'est en finir avec cet état de faits qui est insupportable dans notre pays depuis 15 ans.
RENAUD DELY
Comment ?
BENJAMIN GRIVEAUX
La réponse elle est simple, c'est que, on a considéré, dans notre pays, depuis au fond la fin de la Seconde Guerre mondiale, que le rôle de l'Etat-providence c'était de réparer les inégalités. Les inégalités se produisaient, on perdait son travail, on était dans la grande difficulté, eh bien on était bénéficiaire d'aides sociales et on s'arrêtait là, au fond on faisait en sorte qu'on accompagnait assez peu les gens à sortir de la pauvreté. Nous, on veut retrouver l'esprit de Michel ROCARD, le RMI, créé il y a plus de 25 ans par Michel ROCARD, le « I » c'est insertion. On a considéré qu'une bonne politique sociale il suffisait de faire des chèques pour que la politique sociale soit efficace, c'est criminel. Il faut évidemment maintenir les aides sociales, et tout le débat sur les aides sociales du printemps, elles ont toutes été augmentées, le faux débat sur ça va baisser, elles ont toutes été augmentées, toutes les aides sociales, dans des proportions jamais atteint depuis 10 ans.
RENAUD DELY
Certaines ont été désindexées de l'inflation.
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça ne suffit pas.
RENAUD DELY
Certaines ont été désindexées, c'est le cas des APL, des pensions...
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça ne suffit pas ; ce n'est pas une aide sociale les retraites...
RENAUD DELY
Non, mais les allocations familiales elles ont été désindexées de l'inflation.
BENJAMIN GRIVEAUX
D'accord, mais, les minima sociaux, là on parle de la pauvreté, les minima sociaux n'auront jamais autant augmentés, ces 20 dernières années, jamais, vous pouvez prendre toutes les augmentations des 20 dernières années, jamais ça n'a autant augmenté, le minimum vieillesse, l'allocation adulte handicapé, jamais ça n'aura autant augmenté, vous le savez.
MARC FAUVELLE
Pour poser la question différemment Benjamin GRIVEAUX, est-ce qu'il y a de l'argent en plus ou est-ce que c'est le logiciel qu'on change ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce sont les deux...
MARC FAUVELLE
Parce qu'il y aura de l'argent sur la table demain, il y aura du « pognon de dingue » en plus.
BENJAMIN GRIVEAUX
Parce qu'on ne peut pas agir...il y aura d'un côté, on garantit aux gens qui sont dans la pauvreté, et dans le dénuement, qu'ils auront les moyens de subvenir à leurs besoins premiers, et on fait en sorte que ceux qui sont dans la pauvreté en sortent, que ceux qui s'en approchent n'y rentrent jamais, c'est ça notre obsession, c'est de faire en sorte qu'on tarisse le flux de personnes qui viennent nourrir les personnes qui sont dans le plus grand dénuement, que vous ayez un quart des SDF qui sortent de l'aide sociale à l'enfance ça veut dire que l'aide sociale à l'enfance elle doit être renouvelée en profondeur, ce n'est pas normal que quand on aide des gamins, il y en ait un quart qui finissent à la rue.
MARC FAUVELLE
On s'interrompt quelques instants Benjamin GRIVEAUX, et on poursuit cette interview juste après les titres.
(...)
MARC FAUVELLE
Poursuite de cet entretien avec le porte-parole du gouvernement Benjamin GRIVEAUX et la question de Renaud DELY.
RENAUD DELY
Benjamin GRIVEAUX, vous êtes porte-parole du gouvernement, en effet, mais vous avez d'autres ambitions puisque vous dévoilez déjà un certain nombre de propositions pour Paris. Qu'est-ce qui pourrait encore vous empêcher d'être candidat aux municipales à Paris ?
BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, pour être candidat il faut porter un projet. Il faut porter un collectif. Vous savez qu'à Paris, ce sont dix-sept élections puisqu'il y aura dix-sept arrondissements, le Ier, IIème, IIIème et IVème arrondissement sont réunis. Il se trouve que j'ai été élu député de Paris, donc j'ai un avis dans une ville dans laquelle je vis, dans une ville dont les habitants des IIIème et Xème arrondissements m'ont choisi comme député n'est pas anormal. Ma conviction, c'est que les choses peuvent aller mieux à Paris et que ce travail, pour bâtir quelque chose, se fait de manière collective. Et donc, on a mis en place des ateliers, des projets qui font travailler. On a des personnalités issues de la société civile déjà engagées, des anciens élus, des élus actuels qui viennent nous prêter main forte pour bâtir ce projet qui sera présenté aux élections municipales.
RENAUD DELY
Donc vous êtes candidat. Vous avez un projet, vous êtes candidat.
BENJAMIN GRIVEAUX
Je viens donc de vous dire que ç'a été fait de manière collective et qu'on faisait des choses dans l'ordre. On va aller écouter les Parisiens à partir de début octobre pendant cinq à six semaines.
RENAUD DELY
Donc vous serez candidat.
BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous fais les choses dans l'ordre.
MARC FAUVELLE
Vous êtes candidat à la candidature, on va dire.
BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a d'abord un diagnostic et ça, on va faire cette phase d'écoute. Je crois que les Parisiens ont besoin d'être entendus par leurs responsables politiques. Ils ont besoin de comprendre qu'on tend l'oreille à ce qu'ils racontent. Ensuite, c'est la construction d'un projet, d'un collectif. C'est une équipe de dix-sept têtes de liste et plus de cinq cents candidats à trouver et donc la question de celui qui sera ensuite la tête de liste - ou celle d'ailleurs - elle se posera mais à l'issue de ce processus mais pas avant. Il faut faire les choses dans l'ordre.
RENAUD DELY
Et comment sera désignée cette tête de liste, puisque vous avez d'autres prétendants ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Par la commission d'investiture. Moi, je ne crois pas du tout à l'organisation de primaires.
RENAUD DELY
Pourquoi ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Parce que c'est des bonnes machines à diviser. On en a eu un excellent exemple l'an dernier. Moi, je crois à la force du rassemblement. Vous savez, si vous faites une primaire de La République en Marche, ce sera un candidat La République en Marche pur jus. Moi ma conviction, c'est que dès le premier tour, il faut réunir des sensibilités, il faut réunir des gens qui ont des parcours qui sont issus de la société civile, qui n'ont pas forcément d'engagement politique. Quand vous voulez...
RENAUD DELY
Donc les adhérents de La République en Marche à Paris n'ont pas leur mot à dire ? Il y en a plusieurs milliers, quinze mille.
BENJAMIN GRIVEAUX
On est plutôt à cinquante-deux mille adhérents à Paris.
RENAUD DELY
Cinquante-deux mille. Vous ne voulez pas leur demander leur avis.
BENJAMIN GRIVEAUX
Le mois qui a précédé les vacances, ils ont même organisé quatre cent cinq événements dans Paris. Ce sont des gens absolument engagés et formidables...
RENAUD DELY
Et ils ne vont pas choisir leur tête de liste.
BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'y en a pas un qui me parle de primaire. Vous savez, c'est peut-être la différence avec les autres partis. Nous, nos adhérents sont là pour débattre, ils sont là pour animer des cafés citoyens. On n'est pas un parti d'élus. On n'a pas la moitié de nos adhérents qui sont des élus. Les gens sont là parce qu'ils ont des convictions, ils ont envie de s'engager. Certains le feront sur les européennes, d'autres m'ont dit : « On a plutôt envie de s'engager sur les municipales. » C'est aussi cela essayer d'organiser un mouvement de manière un peu plus, disons, proche de nos concitoyens.
MARC FAUVELLE
Il faudra pour être élu battre la maire sortante Anne HIDALGO. Quelle est la meilleure chose qu'elle ait faite à Paris ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Il faudra proposer un projet convaincant pour les Parisiens...
MARC FAUVELLE
Et battre la sortante. C'est le but d'une élection.
BENJAMIN GRIVEAUX
Il faudra gagner l'élection. Ça, je vous le confirme.
MARC FAUVELLE
Quelle est la meilleure chose que vous mettez au bilan d'Anne HIDALGO ?
BENJAMIN GRIVEAUX
La meilleure chose au bilan d'Anne HIDALGO ? Je pense que le combat qu'elle porte sur la question environnementale est un bon combat et que les objectifs qu'elle porte sont les bons. J'ai eu l'occasion de dire à maintes reprises que je ne crois pas qu'il faille rouvrir, par exemple, les voies sur berges. Je pense que c'est absolument...C'est une idée à aller contre le sens de l'histoire.
MARC FAUVELLE
Mais l'interdiction progressive du diesel et des voitures qui polluent le plus, oui par exemple.
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce que je veux dire aussi, c'est que la méthode... Quand vous voulez changer les comportements, quand vous voulez transformer la manière dont les Parisiens se déplacent entre leur domicile et leur travail, la manière dont les Franciliens traversent Paris, vous le faites en parlant aux maires, aux élus qui sont en dehors des frontières du périphérique.
MARC FAUVELLE
Elle est un peu brutale dans sa façon de faire pas.
BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas une question de brutalité, c'est une question de méthode. Quand vous n'associez pas les territoires qui sont autour de Paris, vous ne pouvez pas... Paris, ce n'est pas un îlot qui serait protégé par les barrières du périphérique. En tout cas, je ne crois pas que ce soit la bonne conception pour une ville moderne et pleinement une ville-monde.
RENAUD DELY
Parmi les propositions d'Anne HIDALGO, elle met sur la table la question des transports publics gratuits, ce qui participe de la logique que vous venez d'évoquer, c'est une bonne idée les transports publics gratuits ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Eh bien, écoutez, comme vous le savez, il suffit de dire que quelque chose est gratuit pour constater que c'est une bonne idée. La bonne nouvelle, c'est que... enfin, pardon, la mauvaise nouvelle, c'est que, en fait, rien n'est gratuit, vous savez, c'est que quand vous mettez en place quelque chose qui coûte 6 à 700 millions d'euros, soit près de 10 % du budget de fonctionnement de la ville de Paris, ça veut dire que, soit, vous arrêtez d'autres politiques publiques, c'est un choix politique, mais il faudra nous dire quelles autres politiques publique on arrête, les écoles, on arrête l'entretien des voiries, on arrête la propreté, ou alors, on monte les impôts. C'est assez simple.
RENAUD DELY
Donc vous y êtes hostile ? Vous êtes contre la gratuité des transports publics à Paris ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais rien n'est gratuit, enfin, on prend souvent l'exemple où les gens disent : mais l'école, c'est gratuit, mais l'école, ce n'est pas gratuit, vous avez les impôts qui financent l'école. Et heureusement, c'est un grand service public qui est gratuit. La question des transports gratuits, faire croire aux gens que, on peut, en un claquement de doigts, faire en sorte que les transports soient gratuits, enfin, personne n'y croit sérieusement, vous savez très bien que rien n'est gratuit, c'est un choix politique, mais je vous le dis, si c'est pour supprimer d'autres politiques publiques, ça n'est pas le choix que je ferais, et si c'est pour monter les impôts, ça n'est pas le choix que je ferais.
RENAUD DELY
Anne HIDALGO, ce sera une adversaire politique redoutable à battre ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, c'est une combattante, et elle l'a démontré dans les campagnes, elle est élue depuis 2001 à Paris, elle a gagné des campagnes auprès de Bertrand DELANOË, et puis, ensuite, elle a gagné sa campagne en 2014, où on ne la donnait pas forcément favorite face à Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, c'est donc une combattante. Et donc ce sera une campagne évidemment très difficile.
MARC FAUVELLE
A quel moment vous quitterez le gouvernement ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Je quitterai le gouvernement si je devais être amené à être candidat, et si je dois être candidat, je quitterai le gouvernement immédiatement.
MARC FAUVELLE
Une fois désigné, pas avant, le temps de faire campagne ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, je quitterai, à nouveau, cela se fait de manière collective...
MARC FAUVELLE
Oui, oui, une fois désigné ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Je l'ai dit, je donnerai ma décision au printemps...
MARC FAUVELLE
Pour dire, il y a une période...
BENJAMIN GRIVEAUX
Quand je donnerai ma décision, il est évident que je ne resterai pas porte-parole du Gouvernement.
RENAUD DELY
Vous évoquiez le fait que c'est la commission d'investiture qui désignera le candidat...
BENJAMIN GRIVEAUX
Comme pour toutes les grandes villes et les métropoles, là où on présentera des candidats.
RENAUD DELY
On peut imaginer...
BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'y a pas de régime spécial pour Paris...
RENAUD DELY
On peut imaginer qu'Emmanuel MACRON aura son mot à dire ?
BENJAMIN GRIVEAUX
C'est vraisemblable.
RENAUD DELY
Vous comptez sur son soutien ?
BENJAMIN GRIVEAUX
Mais écoutez, moi, je compte d'abord sur un projet collectif, sur l'écoute des Parisiens, il faut savoir parler au coeur des Parisiens pour gagner leurs suffrages.
MARC FAUVELLE
Merci Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du Gouvernement.
BENJAMIN GRIVEAUX
Merci beaucoup.
MARC FAUVELLE
Et pas encore donc candidat à la Mairie de Paris. Merci d'être venu ce matin sur le plateau de France Info.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2018