Texte intégral
M. le président. Lordre du jour appelle la suite de la discussion de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2019 (nos 1255, 1302).
Nous abordons lexamen des crédits relatifs à ladministration générale et territoriale de lÉtat (no 1302, annexe 3 ; no 1307, tome I), à limmigration, à lasile et à lintégration (no 1302, annexe 28 ; no 1304, tome VII ; no 1307, tome III), aux sécurités (no 1302, annexes 39 et 40 ; no 1306, tome VIII ; no 1307, tomes VIII et IX) et au compte daffectation spéciale « Contrôle de la circulation et du stationnement routiers » (no 1302, annexe 39).
La parole est à M. le ministre de lintérieur.
M. Christophe Castaner, ministre de lintérieur. Monsieur le président, madame la présidente de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de ladministration générale de la République, monsieur le président de la commission des finances, de léconomie générale et du contrôle budgétaire, mesdames, messieurs les rapporteurs spéciaux et rapporteurs pour avis, mesdames, messieurs les députés, jai le plaisir dintroduire aujourdhui devant vous la discussion consacrée à lexamen des crédits du ministère de lintérieur pour 2019.
Pour le nouveau ministre de lintérieur que je suis, cet exercice est évidemment très important et moffre lavantage je vous le dis en toute transparence de défendre un budget qui reflète les ambitions très élevées du Gouvernement sagissant des affaires intérieures du pays. Ce budget traduit en effet une priorité politique claire, reflétant la conscience quont le Président de la République et le Premier ministre de limportance des missions exercées par le ministère de lintérieur. Celles-ci sont en effet tout à fait centrales pour laction de lÉtat comme aux yeux de lensemble de nos concitoyens.
Pour la seconde année consécutive, les moyens du ministère de lintérieur connaîtront une augmentation sensible : ses crédits progresseront, à périmètre constant, de 3,4 % en 2019, soit un accroissement de 575 millions deuros à rapporter à laugmentation moyenne des budgets des différents ministères qui, vous le savez mieux que moi, mesdames, messieurs les parlementaires, sélève à 0,8 %. Cest là une orientation forte de ce quinquennat : dans tous les domaines daction du ministère de lintérieur, non seulement nous consolidons les efforts passés et les inscrivons dans la durée, mais nous les accentuons.
Laugmentation des moyens du ministère de lintérieur concerne au premier chef le budget de la sécurité intérieure. La sécurité est la première de nos priorités. Voilà pourquoi les moyens de la police et de la gendarmerie connaîtront à nouveau, en 2019, une hausse très significative, à hauteur de 335 millions deuros, soit une progression de 2,6 %. Si lon prend un peu de recul, on constate que ces deux forces bénéficient dune hausse globale de leurs crédits de 12 %, soit de 1,4 milliard deuros, par rapport à 2015, et que le budget de fonctionnement et dinvestissement des services connaît, depuis cette date, une augmentation de plus de 17 %, soit de près de 350 millions deuros. Le message est donc clair : les mesures qui étaient hier exceptionnelles et limitées dans le temps je veux parler des différents plans de remise à niveau du budget des forces de sécurité sont pérennisées cétait la force du budget pour 2018 et aujourdhui inscrites dans la durée. Les moyens des forces de sécurité sont restaurés, après des années de réduction demplois et de compression des moyens de fonctionnement de la sécurité intérieure, qui ont nourri un malaise grandissant au sein des forces ; celui-ci, vous vous en souvenez, sétait particulièrement manifesté en 2016 et en 2017.
Mais le Gouvernement ne sest pas satisfait de cette consolidation des moyens des forces de sécurité. Il a souhaité accentuer leffort dans trois principaux domaines : les effectifs, limmobilier et léquipement de la police et de la gendarmerie.
Concernant les effectifs de la police et de la gendarmerie, il faut rappeler que, entre 2007 et 2012, 12 516 emplois de policiers et de gendarmes avaient été supprimés. Les efforts déployés lors de la précédente législature navaient pas permis de ramener létat des forces à son niveau de 2007. Pourtant, la menace terroriste sest affirmée et mobilise de manière inédite, comme vous le savez, nos forces de sécurité. Lexigence qui simpose à nous assurer la sécurité de nos concitoyens au quotidien, face aux grands comme aux petits délits est évidemment toujours aussi forte. Cest pourquoi le Président de la République sest engagé devant nos concitoyens à créer 10 000 emplois de policiers et de gendarmes, pour inverser la tendance et garantir le renforcement effectif de ces deux forces sur le terrain. Cet engagement, nous lexécutons méthodiquement. Ainsi, en 2019, 2 000 policiers et gendarmes supplémentaires, qui ont été formés en 2018, seront affectés à des unités opérationnelles, et 2 500 militaires et policiers seront recrutés, au bénéfice de toutes les composantes de la sécurité intérieure : sécurité publique, quartiers de reconquête républicaine, police aux frontières et services de renseignement.
Concernant les équipements de nos forces de sécurité, grâce au niveau atteint par le budget pour 2019, nous allons pouvoir donner corps à notre projet : permettre à la police et à la gendarmerie dassumer des ambitions renouvelées, respectées et tirant le meilleur parti des progrès de la technologie. Nous avons ainsi prévu, par exemple, la commande de 5 800 véhicules neufs au profit des deux forces en 2019, pour un budget de 137 millions deuros ; cela constituera linvestissement le plus important depuis huit ans, avec plus de 1 600 véhicules de plus que la moyenne de ces dernières années. Cest en procédant de cette manière que nous pourrons véritablement améliorer létat du parc, faire baisser lâge moyen des véhicules, qui dépasse aujourdhui sept ans, et organiser la montée en gamme du parc automobile.
En matière déquipements technologiques, les forces de sécurité doivent adapter leurs modèles daction en tirant parti des progrès de la technologie. Cest lun des axes forts de la police de la sécurité du quotidien. Grâce aux tablettes et aux smartphones, les forces de sécurité disposent dun accès facilité aux systèmes dinformation. Elles peuvent développer de nouveaux modèles de mobilité et renforcer le caractère opérationnel des services sur le terrain. À la fin du premier trimestre de 2019, 50 000 tablettes NEOGEND non, excusez-moi, 50 000 tablettes et smartphones NEOPOL et 67 000 équipements NEOGEND auront été déployés.
M. Charles de Courson. On est rassurés !
M. Éric Ciotti. On se disait bien que ce nétait pas à la hauteur !
M. Christophe Castaner, ministre. Une différence de 17 000 équipements, ce nest pas négligeable !
La police fera lacquisition de 10 000 équipements supplémentaires en 2019, comme en 2020. Notre budget permettra également de poursuivre la diffusion des caméras-piétons, car, jen suis convaincu, il sagit dun dispositif qui contribue à la réduction des incidents et à la protection des policiers sur le terrain je lai encore constaté, ce matin même, à Maubeuge. Dici à la fin de 2019, ce sont ainsi 14 000 caméras supplémentaires qui seront déployées en zone de police.
Concernant limmobilier, nous avons annoncé lan dernier un plan de rénovation des bâtiments qui accueillent les forces de lordre, dont létat est parfois indigne de leur engagement, faute dentretien régulier et suffisant par le passé. Jai visité ce matin un commissariat de 300 mètres carrés accueillant 40 personnes, sans vestiaires séparés pour les hommes et les femmes, et sans même les équipements nécessaires aux travaux didentité judiciaire.
Le projet de loi de finances permet dhonorer nos engagements, grâce à un budget de 300 millions deuros destiné à financer des opérations de construction ou de rénovation lourde des lieux de vie et de travail des policiers et des gendarmes. En outre, pour améliorer lexistant et prévenir les dégradations qui naissent de lusure, le budget dédié aux opérations de maintenance lourde est augmenté, pour atteindre 47 millions deuros en 2019, cest-à-dire trois fois plus que les crédits qui étaient consacrés à lentretien immobilier en 2015. Réaliser ces travaux est essentiel : cest ce qui évitera davoir à tout reconstruire demain.
Le budget de la sécurité intérieure pour 2019 est donc, mesdames et messieurs les députés, en tout point conforme aux annonces faites et aux engagements pris. Il est solide, crédible et réaliste.
Le réalisme et la crédibilité caractérisent également lévolution des crédits dédiés aux politiques dimmigration, dasile et dintégration. En 2019, les crédits de cette mission augmenteront de 13 % à périmètre constant, soit une progression de 42 % sur les exercices 2018 et 2019.
M. Éric Ciotti. Ce nest pas nécessairement bon signe !
M. Christophe Castaner, ministre. Vous le savez, mesdames et messieurs les députés, notre pays demeure soumis à une pression migratoire intense, évolutive, qui appelle de notre part une action déterminée, mais aussi équilibrée. Le projet de loi de finances pour 2019 traduit les trois axes de la politique du Gouvernement dans ce domaine.
Tout dabord, ainsi que le Président de la République sy était engagé à Orléans à lété 2017, nous souhaitons renforcer les capacités dhébergement des demandeurs dasile et des réfugiés, pour les accueillir dans des conditions dignes.
Porter nos capacités au niveau requis par la dynamique migratoire suppose un effort budgétaire, que ce projet de loi de finances concrétise. En 2019, nous financerons donc 1 000 nouvelles places en centre daccueil de demandeurs dasile CADA , 2 500 places dhébergement durgence des demandeurs dasile HUDA et 2 000 places en centre provisoire dhébergement CPH , afin de faciliter laccès au logement des réfugiés les plus vulnérables.
Ensuite, pour tenir lobjectif dun traitement des demandes dasile dans un délai moyen de six mois, des renforts et des moyens supplémentaires seront alloués à tous les segments de la chaîne de lasile. Dans les préfectures, qui sont chaque jour en première ligne, je mettrai en uvre un plan dattractivité en faveur des services dédiés aux étrangers, de manière à fidéliser les personnels qui uvrent dans cette matière humainement complexe et techniquement délicate, mais aussi à reconnaître leur investissement, qui a permis datteindre cet été lobjectif fixé : assurer, sous trois jours, lenregistrement des demandes dasile dans les GUDA guichets uniques des demandeurs dasile. LOFII Office français de limmigration et de lintégration et lOFPRA Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficieront respectivement de vingt-cinq et de dix personnels supplémentaires.
Enfin, en dehors du budget du ministère de lintérieur je le mentionne tout de même, car cela me semble important , la CNDA Cour nationale du droit dasile bénéficiera en 2019 de 122 équivalents temps plein ETP supplémentaires.
Le deuxième pilier de notre politique, cest la lutte contre limmigration irrégulière, que nous voulons ambitieuse, crédible et déterminée. Lentrée en fonction de ce gouvernement a marqué à cet égard un tournant, avec une reprise nette des éloignements. Après une hausse de 14 % en 2017, nous constatons cette année une nouvelle augmentation de 20 % du nombre détrangers quittant le territoire national alors quils ne disposent pas du droit au séjour.
M. Éric Ciotti. Et en valeur absolue, ça fait combien ?
M. Christophe Castaner, ministre. Pour amplifier cette dynamique, des moyens supplémentaires étaient nécessaires, même si certains préfèrent se contenter de paroles... Les préfets lont tous indiqué : lun des facteurs qui limite leur action et conduit parfois à mettre en échec la mobilisation des services de lÉtat, cest linsuffisance du nombre de places en centre de rétention administrative CRA. Depuis octobre 2017, 200 places ont été ouvertes dans ces établissements, mais il est nécessaire daller plus loin. Cest la raison pour laquelle le budget pour 2019 prévoit un plan dinvestissement dans les CRA à hauteur de 48 millions deuros.
Enfin, le troisième axe de notre politique, à savoir le changement déchelle de notre politique dintégration des étrangers, trouve lui aussi sa traduction dans ce projet de loi de finances. Pour offrir plus de perspectives à ceux qui arrivent légalement en France, pour combattre leur assignation à des identités, des quartiers, des difficultés que nous ne connaissons que trop bien, et donner à chacun les moyens de contribuer à la dynamique et à la diversité de notre nation, nos politiques dintégration se doivent de changer de dimension.
Le projet de loi de finances dote ces politiques de 89 millions deuros de crédits supplémentaires et de soixante-dix agents qui seront affectés à lOFII. Conformément aux décisions du comité interministériel à lintégration, ces moyens permettront de doubler le nombre dheures de cours de français prévus dans le cadre du contrat dintégration républicaine, car sintégrer dans un pays, cest dabord en maîtriser la langue ; de doubler le volume des cours déducation civique, car demeurer sur le sol français, cest nécessairement partager les valeurs de la République ; de renforcer laccompagnement de linsertion professionnelle, car lemploi reste le premier facteur dintégration dans notre société ; de développer les politiques spécifiques pour les réfugiés, lesquels présentent chacun le sait des besoins et des vulnérabilités particulières en raison de leur histoire, de leur parcours et de ce quils ont subi
Mesdames et messieurs les députés, ce budget pour 2019, vous le voyez, nous donne les moyens de politiques ambitieuses pour faire face au défi des migrations et de lintégration des étrangers en France, comme pour garantir les termes dun contrat opérationnel avec la nation qui soit à la hauteur des enjeux de sécurité.
Je voudrais, pour conclure, évoquer en quoi il sagit également dun budget de transformation, orienté vers lavenir et destiné à préparer les défis de demain.
Le premier des investissements visant à préparer lavenir dont le budget pour 2019 soit porteur est immobilier ; il concerne la direction générale de la sécurité intérieure, la DGSI, dont jai installé hier le nouveau directeur général, lui fixant une feuille de route claire. Nous financerons en 2019 les travaux daménagement nécessaires à laccueil de 400 postes de travail sur le site de Neuilly de la DGSI, pour accompagner la montée en puissance de ce service de renseignement. Mais la création dun site unique pour la DGSI est plus que jamais dactualité. Elle est inscrite au schéma pluriannuel de stratégie immobilière du ministère de lintérieur ; 450 millions deuros sont prévus dici à 2022 pour le financement de ce projet de très grande ampleur. Lannée 2019 verra lengagement des premiers crédits détudes.
Grand ministère de main-duvre, le ministère de lintérieur a parfois été critiqué pour ne pas avoir su anticiper les virages technologiques à opérer afin, notamment, de tirer le meilleur parti de la révolution numérique. Pour que nous ne risquions pas de nous retrouver dans une situation de crise technologique, jengagerai en 2019 quatre chantiers majeurs nous permettant danticiper les défis de demain.
Tout dabord, un plan dinvestissement de 22,5 millions deuros est destiné à mettre au meilleur niveau technologique les réseaux, outils et techniques de renseignement de la DGSI.
Ensuite, 11 millions deuros seront dédiés à la modernisation des centres dinformation et de commandement, pour améliorer le pilotage des interventions de police secours et lefficacité et la rapidité du traitement des appels durgence.
Troisième projet dimportance : 10 millions deuros seront consacrés à un plan de renforcement de la sécurité des applications et systèmes dinformation du ministère de lintérieur.
Le dernier chantier que je souhaite évoquer est le réseau radio du futur : 22,5 millions deuros seront mobilisés en 2019 pour entrer dans la phase opérationnelle de ce projet qui permettra la communication et la transmission sécurisée de données au sein des forces de sécurité et des services de secours, et qui fournira à ces forces des dispositifs de transmission autonomes des « bulles tactiques ».
Préparer lavenir, mesdames et messieurs les députés, cest investir, mais cest aussi sengager dans des réformes structurelles, destinées à transformer le ministère et ses réseaux. Le Premier ministre a présenté, il y a une quinzaine de jours, la stratégie du Gouvernement pour transformer laction publique, dans laquelle le ministère de lintérieur prendra toute sa part. Comme je vous lai exposé, les deux premiers budgets du quinquennat et les engagements quant à la stabilité des crédits tout au long du mandat nous donnent clairement des moyens et de la visibilité pour agir. Dès lors, je considère quil est de ma responsabilité de ministre de lintérieur dêtre aussi un ministre porteur de transformations. Cela signifie quil faut engager ce grand ministère dans des réformes de structure et le conduire à travailler sur lefficience de ses pratiques et de son organisation.
Dès ma prise de fonction, jai donc confirmé que nous allions uvrer à cinq réformes dimportance : organiser un pilotage financier transversal pour tout le ministère ; approfondir la politique de substitution, avec un objectif de 800 substitutions par an, pour envoyer les forces de la sécurité sur le terrain ; réduire de 100 emplois par an les effectifs de cabinets et détats-majors en administration centrale et à la préfecture de police ; créer un service ministériel des achats pour optimiser lorganisation de cette fonction et réaliser des économies grâce à la mutualisation des commandes et à la massification des achats ; créer une direction unique du numérique, pour rassembler les moyens et les savoir-faire aujourdhui dispersés entre dix programmes budgétaires, trois services centraux, une direction de la préfecture de police et deux opérateurs. Ces cinq chantiers nécessitent un pilotage actif et centralisé ; cest la mission que jai confiée au nouveau secrétaire général du ministère, entré en fonction il y a deux jours.
Mais la transformation que jentends engager ne se limitera pas aux seules structures centrales du ministère de lintérieur et ne sarrêtera pas aux grilles de lhôtel de Beauvau. Vous le savez, le Premier ministre a souhaité ouvrir cet été le chantier de lapprofondissement de la réforme de ladministration territoriale de lÉtat. Il sagit dune chance et dune opportunité pour les préfets comme pour le réseau des préfectures et des sous-préfectures. Au niveau budgétaire, cette réforme va se traduire par la fusion des programmes 307 et 333 : ce sont ainsi 310 millions de crédits et 2 000 emplois qui rejoindront le milliard deuros de crédits et les plus de 25 000 emplois déjà dédiés à ladministration territoriale dans le budget du ministère. Sil sagit dun signe de confiance à légard du ministère de lintérieur, de son savoir-faire et de son expérience, cela doit aussi passer par une politique construite en bonne intelligence avec les autres ministères concernés. Le ministère de lintérieur sera donc, plus encore quaujourdhui, celui de lÉtat dans les territoires, puisquil assurera désormais la gestion des moyens de lensemble des administrations de lÉtat et celle de leurs cadres, directeurs départementaux interministériels et secrétaires généraux pour les affaires régionales, les SGAR.
Au-delà de la question des moyens, je souhaite vous indiquer, mesdames et messieurs les députés, que je travaillerai personnellement à la conduite de cette réforme, avec trois préoccupations fondamentales à lesprit : la proximité, centrée sur le niveau départemental, car je suis convaincu que tout ce qui éloigne du terrain pénalise la représentation de lÉtat et nuit à son action ; lunité, de manière à éviter lémiettement des responsabilités en confiant celles-ci à une seule personne, à même de porter la parole et de défendre les politiques de lÉtat, den rendre compte et den assumer la responsabilité ; la modularité des organisations, car les solutions à trouver ne seront sans doute pas partout les mêmes. Il nous faut des moyens adaptés à chaque niveau de territoire : cest le sens des réformes profondes que nous engageons touchant la police de proximité et les quartiers de reconquête républicaine ; cest aussi le principe que nous devons appliquer en matière de représentation territoriale de lÉtat.
Je considère avec sérénité les évolutions qui sannoncent, car je sais quelles naffaibliront en rien la force du réseau des préfectures et sous-préfectures. Elles traduisent au contraire, à mon sens, la grande confiance qua le Gouvernement dans les préfets et les sous-préfets, ces acteurs de lÉtat au plus près des territoires, car le réseau des préfectures et sous-préfectures a clairement vocation à être le pivot des réformes à venir. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
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M. le président. Nous en venons aux questions. Je vous rappelle que la durée des questions et des réponses est fixée à deux minutes.
La parole est à Mme Stella Dupont, pour le groupe La République en marche.
Mme Stella Dupont. Monsieur le ministre, la mission « Immigration, asile et intégration » voit une augmentation importante de ses moyens, notamment humains, du nombre de places ainsi que du parc dhébergement. Cette augmentation traduit la volonté du Gouvernement de répondre aux besoins recensés sur le terrain.
Au sein de ce budget, des moyens sont débloqués pour répondre aux problématiques dapplication effective du règlement Dublin : renforcement des moyens dédiés dans les préfectures, création de pôles spécialisés pour la mise en uvre de la procédure Dublin, création de places dhébergement dédiées aux personnes suivant cette procédure.
Tout le monde saccorde à dire que le règlement Dublin nest plus effectif, voire ne la jamais été. Il est pourtant toujours en vigueur et lon continue à déployer des moyens financiers conséquents pour pallier ses dysfonctionnements. Hausse des mouvements secondaires, difficultés dhébergement, augmentation des délais dattente et recours au travail non déclaré, les conséquences de cette non-application sont nombreuses et coûteuses.
Cette mission sorganise autour de trois axes : maîtrise des flux migratoires, intégration des étrangers en situation régulière et garantie du droit dasile. Répond-on vraiment aux deux derniers lorsque lon utilise des fonds pour pallier les dysfonctionnements de Dublin ? Je minterroge.
Dans un souci de pragmatisme et dhumanité, pourquoi ne pas étudier directement, en France, davantage de demandes dasile des personnes relevant du règlement Dublin ? Rappelons que son article 17 prévoit la possibilité de déroger aux critères de responsabilité dexamen de la demande dasile.
Monsieur le ministre, je souhaiterais savoir sil a déjà été effectué un chiffrage et une budgétisation de ce que représente, pour la France, lapplication, ou plutôt la non-application, du règlement Dublin ?
M. le président. La parole est à M. le ministre de lintérieur.
M. Christophe Castaner, ministre de lintérieur. Je suis, tout dabord, désolé de ne pouvoir répondre à lensemble des questions, mais les six heures que nous avons passées ensemble en commission des lois ont permis daborder la totalité de ces sujets. Je nous y renvoie donc collectivement. La procédure parlementaire prévoyant que je réponde aux questions, je le fais volontiers.
Madame Stella Dupont, je rappelle que le dispositif il sagit dun ensemble de textes Dublin est, aujourdhui, effectif. Est-il totalement efficace ? Là est le débat et la question que vous mavez posée.
Gagnerait-on en efficacité en ne lappliquant pas et imagine-t-on quen France, nous pourrions instruire les 650 000 demandes dasiles déposées en Europe en 2017 ? Ce nest pas, je vous le dis, la position du Gouvernement.
Dans cette hypothèse, on pourrait facilement imaginer que le coût du dispositif actuel soit multiplié par six ou sept, dès lors que nous travaillons sur à peu près 100 000 dossiers, même sils évoluent. Cette estimation est issue dun calcul totalement empirique : elle serait en réalité supérieure, parce que lhyper-mobilisation de nos moyens en préfectures se solderait, si nous nous trouvions dans un tel schéma, par une embolie totale.
Il nempêche quil y a des dysfonctionnements, que jai commencé daborder avec lensemble de mes homologues européens, et dès hier avec le commissaire européen en charge de la migration, des affaires intérieures et de la citoyenneté.
Un premier dysfonctionnement tient à la possibilité de déposer dans différents pays la même demande dasile, après avoir été débouté dans tel ou tel pays. Par exemple, un ressortissant afghan qui dépose un dossier en France aujourdhui a déjà déposé 1,8 fois ce dossier dans dautres États membres certains lont fait trois ou quatre fois, dautres une seule fois. Il sagit dune situation qui est effectivement peu logique.
Le règlement de Dublin fixe un objectif de solidarité. Je vais, en la matière, dans le sens de votre questionnement : je pense nécessaire que la solidarité soit obligatoire au niveau européen. La France prend toute sa part sur les questions de solidarité ; dautres pays ne le font pas. Cette solidarité devrait avoir un caractère obligatoire. Doit-elle être quantitative et se traduire en nombre de réfugiés demandeurs dasile accueillis, ou doit-elle être financière ? Cest un élément de discussion qui doit nous permettre davancer dans les échanges que jaurai au niveau européen.
M. le président. La parole est à Mme Emmanuelle Ménard.
Mme Emmanuelle Ménard. Monsieur le ministre, votre prédécesseur nous a expliqué, il y a quelques jours, que dans certains quartiers et dans certaines rues, cest la loi du plus fort qui prévaut, que nous sommes en train de passer du côte à côte au face-à-face, que les gens ne veulent plus du vivre-ensemble et quil existe aujourdhui un risque de sécession et de partition. Le patron du parti socialiste, votre ancien parti, parle, lui, de colonisation à lenvers. Deux journalistes du quotidien Le Monde ont, par ailleurs, découvert quil y avait peut-être quelques liens entre immigration de masse et délinquance.
Attention, monsieur le ministre : la lèpre populiste gagne du terrain ! Pourquoi ? Peut-être, tout simplement, et il ny a pas lieu de sen réjouir, parce que le réel finit par prendre chacun à la gorge. Un seul exemple : en 2016, seulement 18 % des déboutés du droit dasile ont été reconduits à la frontière, ce qui veut dire quenviron 75 000 étrangers sont restés sur notre territoire, malgré la mesure déloignement prononcée à leur encontre. En un an seulement, 75 000 personnes sont devenues des clandestins.
En 2017, le nombre de demandeurs dasile a encore augmenté, de 17 % : ils ont dépassé la barre des 100 000. Les reconduites à la frontière ont été un peu plus nombreuses, mais, permettez-moi lexpression, on est loin du compte. Même chose en 2018.
Alors, monsieur le ministre, soit Gérard Collomb et Olivier Faure, avec en main les mêmes chiffres que vous et moi, sont devenus de dangereux populistes, des nationalistes dignes des années trente ou des esprits fous qui mentent à leur peuple, et tout cela na aucune raison de nous inquiéter, soit ils disent la vérité ce grand remplacement qui vaut à certains dêtre condamnés en justice.
Que faites-vous alors, concrètement, précisément, pour que lon fasse tout simplement respecter la loi ?
M. le président. La parole est à M. le ministre de lintérieur.
M. Christophe Castaner, ministre de lintérieur. Madame la députée, vous minvitez à faire un discours de politique générale quil me sera difficile de caser en deux minutes.
Je voudrais tout dabord resituer les propos du ministre de lintérieur Gérard Collomb. Ces propos, il ne les a pas tenus au moment de son départ. Il les a tenus de façon constante, dès sa prise de fonction et au moment où il a mis en uvre toute une série de politiques que jentends poursuivre aujourdhui. Cest justement parce quil faisait ce constat grave de la situation dans certains quartiers et dans de trop nombreux endroits en France, et de la situation de chaque victime dune infraction quelle quelle soit, quil avait souhaité mettre en place un certain nombre de dispositifs.
Il sagit dabord de moyens, avec un budget en hausse de 3,5 %. Jai entendu tout à lheure, dans les interventions, certains qualifier cette politique daustéritaire. Moi, jai le sentiment que, par rapport à la hausse moyenne du budget, qui est de 0,8 %, il sagit plutôt dun budget fortement accompagné.
Il sagit, ensuite, dun certain nombre de politiques à mettre en uvre. Jétais ce matin à Maubeuge dont, avec le maire divers droite, nous avons abordé ce qui se passe dans deux des quartiers. Le constat était le même que celui que vous faites et que je peux faire également : dans certains endroits, la République est effectivement en recul. Or, je vous le dis, madame la députée, nulle part la République ne doit reculer. La République est partout chez elle. Nous reconquerrons donc le terrain, mètre carré par mètre carré, cage descalier par cage descalier, partout où elle est en recul.
Pour cela, il faut des moyens, notamment humains doù le plan de recrutement de 10 000 personnes. Il faut également des moyens matériels, afin déquiper ces femmes et ces hommes, ainsi que des moyens logistiques, que jai présentés dans mon propos liminaire.
Il faut aussi une nouvelle ambition, celle de la reconquête républicaine de chaque quartier, qui passe par la mobilisation de lensemble des acteurs : les collectivités locales, dont le rôle est majeur quelle que soit leur couleur politique, de Béziers à Nice je mentionne cette ville pour M. Ciotti jusquà Paris ou au Nord de la France, et toutes les institutions, de lécole aux acteurs sociaux, en passant, évidemment, par les forces de sécurité. Cest lensemble de ce dispositif qui doit nous permettre datteindre cet objectif de reconquête républicaine.
Comme vous, madame, mais aussi comme lensemble des parlementaires ici présents, je ne suis pas naïf et je ne fais pas partie des gens qui pensent que tout va bien. En matière de sécurité, le combat doit être mené tous les jours, mètre carré par mètre carré. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Stéphane Peu. Vous navez pas parlé de la Seine-Saint-Denis !
Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 13 novembre 2018