Texte intégral
Si l'on en juge par les seuls indicateurs économiques, l'économie française s'est assainie, même si la spéculation actuelle sur le franc montre l'intensité de la compétition internationale.
Une crise profondément grave
Mais cette bonne santé relative est très artificielle car elle se construit sur un sous-emploi de plus en plus catastrophique. Le traitement symptomatique du chômage peut bien tempérer la poussée de la fièvre, mais le mal continue de ronger le corps social et ne fait que retarder, voire aggraver les échéances. Les pouvoirs économiques se mondialisent. Ils s'exercent selon des critères prioritairement financiers qui provoquent des ravages sociaux incalculables en toute impunité pour leurs auteurs.
La crise sociale présente est donc grave. Ses effets seront d'ores et déjà durables et profonds, notamment sur les jeunes générations. Son aggravation serait dramatique et exposerait notre pays à l'aventure.
L'économie de libre marché n'est pas suffisamment contrôlée par la Nation, c'est-à-dire par la démocratie.
Le bureau confédéral est donc très inquiet et la fébrilité pré-électorale actuelle n'augure rien de bon pour les salariés et leur famille.
L'ensemble du pays doit se révolter contre une situation qui tient près de 15 % de la population en âge de travailler en marge de l'activité économique. 30 % si l'on considère la population active dont l'emploi est effectivement mobile.
L'urgence : l'emploi
C'est pourquoi nous demandons avec insistance la convocation d'une rapide conférence nationale entre patronat, syndicats et pouvoirs publics, pour une mobilisation nationale pour l'emploi.
Cela fait plus d'un an que nous insistons pour la convocation d'une telle conférence mais le gouvernement s'y est toujours refusé.
Les appels de dernière heure à un pacte de solidarité ou à un contrat avec les forces sociales ont donc surtout une consistance électoraliste.
Jusqu'à présent, le gouvernement a préféré traiter avec quelques partenaires privilégiés. Il est bien tard pour qu'il mesure les limites de la méthode.
Aujourd'hui, le débat électoral se concentre sur les problèmes sociaux. Ça va mieux que les "affaires", si les arguments et propositions sont honnêtement débattus.
Dans l'apparence, le combat politique oppose deux principes : la préservation des acquis sociaux et la réduction des charges des entreprises, comme si protection sociale et emploi étaient nécessairement incompatibles, ce qui serait un postulat à vérifier.
En réalité, le débat s'inscrit dans un a priori contestable : la soumission prioritaire aux diktats du marché. Les aides publiques sont tournées vers les entreprises, avec plus ou moins de discernement et l'effort de solidarité est demandé aux salariés.
La politique familiale est sacrifiée aux retraites et au court terme.
Pour la CFTC, la priorité doit être de responsabiliser les entreprises (emploi, formation, organisation et conditions de travail, réduction du temps de travail), pour un projet social, seul en mesure d'éviter la rupture. Paradoxalement, dans une période de difficulté économique, il est nécessaire de donner la priorité au social.
La CFTC refuse d'entrer dans le débat sur l'allégement des charges, tel qu'il est posé actuellement par le patronat.
La protection sociale : ne pas rompre un équilibre fragile et précieux
La France est tout à fait concurrentielle avec les pays économiquement développés et il ne saurait être question pour la CFTC, après la dés inflation compétitive, d'engager la France dans le sous-développement compétitif. Plutôt que de remettre en cause la protection sociale, les pouvoirs publics doivent l'améliorer pour l'adapter à la crise sociale actuelle.
Ils doivent garantir une protection sociale de qualité pour tous, ce qui signifie d'abord la pleine application du principe de subsidiarité dans la gestion, et le refus d'une mercantilisation de la protection sociale. La réforme nécessaire du régime d'assurance vieillesse, trop longtemps attendue, devra passer par l'instauration d'un régime par points, à l'instar des régimes complémentaires.
La garantie du risque dépendance doit être rapidement organisée, dans le respect des solidarités concrètes. Le régime d'assurance maladie doit être équilibré par le contrat entre tous les acteurs plutôt que par des décisions arbitraires des pouvoirs publics.
Le régime d'assurance-chômage doit être pérennisé. Cela suppose que le patronat cesse d'en jouer la dégradation pour contraindre les syndicats à des coupes-sombres dans les prestations.
La priorité de l'investissement national de long terme doit être la politique familiale.
La priorité familiale
Aucun autre investissement n'est aussi productif. Il doit être porté par l'activité économique, c'est-à-dire par les entreprises, car, c'est le signe et le moyen de la responsabilité complète de l'entreprise à l'égard des salariés et de leur famille.
Des questions de société
La politique contractuelle, fondement de l'organisation sociale subsidiaire, doit être vitalisée, dans les domaines classiques (salaires, classifications) ou les plus modernes (gestion des carrières, négociation globale), et les pouvoirs publics doivent en donner l'exemple.
L'aménagement harmonieux du territoire assurant partout la qualité et la continuité du service public est certainement un des grands enjeux du XXIe siècle.
La construction d'une Europe forte et solidaire, économiquement et socialement, est une nécessité pour garantir dans la prospérité l'identité nationale.
Il est temps de mettre un terme à l'anachronisme d'un système éducatif entravé par l'idéologie et l'étatisation et libérer le secteur privé contractuel, arbitrairement contingenté. Les rapports entre l'État et l'enseignement privé sous contrat devront être revus dans ce sens. L'accord Lang Cloupet va à contre-sens. Il est inexplicable. Il devra être révisé.
Développer une véritable écologie humaine, c'est à la fois respecter toute vie humaine, valoriser l'environnement et respecter les conditions naturelles de vie personnelle, familiale et associative.
La CFTC souhaite que la fébrilité électorale ne conduise pas à des décisions précipitées et qu'un débat sérieux sur l'équilibre social contribue à responsabiliser tous les acteurs.
Emploi : les objectifs prioritaires du bureau confédéral
La nécessité d'une relance de l'activité économique par l'investissement public et le soutien aux investissements privés créateurs d'emploi, dans les limites d'un déficit public maîtrisé. La lutte contre la spéculation monétaire et industrielle, contre les taux d'intérêts doit être une priorité. Le mythe de la productivité à tout prix et dans tout secteur doit être dénoncé.
La modification de l'assiette du financement des charges sociales par les entreprises. La masse salariale ne doit plus être la seule base de calcul de cette contribution. La CSG, bien qu'assise sur l'ensemble des revenus, ne correspond pas pleine- ment à cet objectif, surtout dans sa forme actuelle.
L'encouragement au libre choix du temps de travail par les salariés plutôt que par les entreprises au cours de l'année et de la carrière, y compris le temps de formation (temps partiel maîtrisé par le salarié, congés sabbatique, libre-choix parental…)
Encourager la réforme de l'entreprise et des services publics, dans le sens de la participation des salariés à l'organisation du travail, à la gestion et aux résultats.
Moderniser les relations sociales dans les entreprises, en particulier la place et le rôle des organisations syndicales et la représentation du personnel. Les marges de développement des entreprises reposent largement sur la responsabilisation de leur personnel (contrat de mission des cadres, enrichissement des tâches…)
Mettre au point, si possible par la négociation, les moyens de responsabiliser davantage les chefs d'entreprise à l'égard du licenciement et des suppressions d'emploi. La suppression de l'autorisation administrative de licenciement a multiplié au fil des années les comportements irresponsables.
Développer les activités de services aux personnes et les activités culturelles et associatives.
Apporter un concours accru des pouvoirs publics aux vraies actions de réinsertion, de reconversion des salariés en renonçant enfin au traitement statistique du chômage et en mettant mieux en valeur les outils de traitement immédiat du chômage.
Famille
Il faut d'urgence
Mettre fin au détournement des fonds de la CNAF vers d'autres régimes de sécurité sociale qui manifeste un manque coupable de courage et d'ambition pour le pays.
Compléter le statut parental, renforcer l'allocation parentale d'éducation et en étendre les droits.
Renforcer les prestations et relancer énergiquement le logement social, notamment pour les familles de 3 enfants et plus, avec remobilisation des partenaires sociaux.