Texte intégral
Mes Chers Compagnons,
Chacun comprendra l'émotion qui est la nôtre, en ce 27 avril, de nous retrouver pour ce nouveau conseil national. Bien sûr, il est de tradition, dans notre rassemblement, fondé sur une profonde fraternité gaulliste, d'être heureux de nous retrouver. Mais cette date que nous avons choisie n'a-t-elle pas une signification toute particulière ? Qui ne se souvient qu'un certain 27 avril 1969, le Non l'ayant remporté lors du référendum, le Général de Gaulle se retirait de la vie publique… après avoir déclaré que l'ardeur et le dévouement de l'armée de ceux qui le soutenaient leur permettraient, de détenir, de toute façon, l'avenir de la patrie. Aujourd'hui, 24 ans plus tard, de Gaulle a une nouvelle fois raison et je suis heureux, simplement heureux, de me retrouver en de telles circonstances avec mes compagnons.
Heureux, je le suis d'abord parce que voici notre premier rendez-vous après une campagne particulièrement intense. Ce fut, je le crois, une mobilisation extraordinaire de l'ensemble de nos dirigeants, de l'ensemble de nos cadres, de l'ensemble de nos militants. Je garde pour ma part un souvenir exaltant de la cinquantaine de réunions auxquelles j'ai participé un peu partout dans le pays. Elles ont été, pour moi, les moments forts de l'explication de nos positions, mais aussi de la rencontre quotidienne avec des Français inquiets, perplexes devant l'avenir, et exprimant des attentes auxquelles il nous faudra répondre.
Heureux, je le suis également, en retrouvant à l'Assemblée nationale un groupe gaulliste, nombreux, le plus nombreux, ce qui nous rappelle le meilleur de la Ve République. Ce groupe est à l'image du gaullisme dans sa diversité et dans son unité. On y retrouve certes les visages les plus connus qui ont fait l'histoire de ce pays depuis plus de 30 ans, on y retrouve également, et c'est une grande joie, beaucoup d'hommes et de femmes élus pour la première fois, souvent jeunes, toujours convaincus.
Ce groupe parlementaire, dirigé par Bernard Pons, m'a fait l'honneur de me désigner comme son candidat et il m'a ensuite porté jusqu'à la présidence de l'Assemblée nationale. C'est pour moi un grand motif de fierté de marcher ainsi, si je le peux, sur les traces de Jacques Chaban-Delmas – Jacques Chaban-Delmas auquel nous devons tous, en ces instants, adresser un message affectueux. Je vais maintenant, dans mes nouvelles fonctions, œuvrer pour me montrer digne de la tradition que nous incarnons, qui nous dépasse, et qui exige toujours plus de nous afin de satisfaire les plus nobles ambitions pour notre pays. J'œuvrerai avec donc constance à la revalorisation du travail parlementaire afin que l'Assemblée nationale remplisse dans leur plénitude toutes les missions que lui assigne la Constitution.
Ce souci ne m'est pas seulement inspiré par le prurit d'activisme qui peut si souvent saisir le titulaire d'une charge nouvelle. Il me paraît répondre à une double nécessité.
Notre Assemblée, je l'ai dit, je veux le répéter, est bien telle que l'ont voulue les Français. Pour autant, nous le savons, bien sa composition n'a guère de précédents dans notre histoire. Et il ne faudra pas qu'elle soit un prétexte à la mise en cause de sa légitimité dès les premières difficultés.
D'autant que la période n'a probablement jamais été aussi propice à certains rééquilibrages que chacun, d'une manière ou d'une autre, a déjà appelé de ses vœux.
Il ne s'agit guère après tout que de renouer avec l'esprit des origines. Ce sont des pratiques plus que les textes qui expliquent la situation que l'on connaît.
Mais il arrive un moment où les pratiques sont tellement enracinées que seule une révision des textes peut permettre de les infléchir...
Je sais que, pour atteindre ces objectifs, je pourrai compter sur l'aide d'Édouard Balladur.
Comme il sait pouvoir compter sur moi, sur l'ensemble de notre groupe, sur nous tous...
Sa nomination, ses premières initiatives, le style nouveau qu'il a su imposer ont été légitimement appréciés par les Français.
Quelles que soient les nuances, les différences que nous pourrions souhaiter exprimer, il est un constat auquel nous ne pouvons échapper : il n'y a pas d'avenir pour nos idées, pour les ambitions que nous nourrissons pour la France qui puissent reposer sur un échec du Gouvernement.
Et notre soutien est d'autant plus nécessaire que c'est une tâche extraordinairement difficile qui l'attend.
Il doit organiser l'effort collectif, pour faire face aux nécessités de l'heure, pour reconstruire l'État et signifier que la République n'est pas morte.
Il doit rendre l'espoir à tous ceux qui l'ont perdu, à tous ceux qui prennent conscience avec stupeur que désormais bien faire un travail ne garantit plus ni l'emploi, ni le pouvoir d'achat, ni la considération, que désormais ni l'ardeur d'entreprendre, ni le sens de l'effort ne sont forcément récompensés.
Il doit rendre l'espoir, à tous ceux qui ont peur pour leur protection sociale, en même temps que pour l'avenir de leurs enfants, pour leurs conditions de vie, à tous ceux qui redécouvrent l'incertitude et l'angoisse du lendemain.
Il doit rendre à la France son rang dans les enceintes internationales et sa voix dans le concert des puissances.
Nous mesurons ainsi l'ampleur de notre responsabilité. Mais notre responsabilité ne s'arrête pas là. Car même avec notre soutien, si cette action réussit pleinement, elle ne sera qu'un préalable. Car il faut voir au-delà.
En d'autres termes, l'important ne tient pas seulement à ce qui va pouvoir être fait; l'important c'est aussi et, probablement, surtout, ce qui va être préparé.
Les circonstances institutionnelles et politiques qui s'imposent à nous étant ce qu'elles sont, nous ne pouvons espérer, dans la période qui s'ouvre, assurer le renouveau. Mais nous devons nous fixer pour objectif de créer les conditions du renouveau.
Le renouveau, en effet, le renouveau décisif ne sera possible que lorsque celui qui constitue la clef de voûte de nos institutions, que lorsque celui qui doit inspirer et montrer le chemin aura été désigné par notre peuple.
L'exercice qui consiste à marier ces deux objectifs peut paraître plus original et délicat que jamais.
Remarquons que du moins la contrainte institutionnelle n'est pas contradictoire avec le calendrier économique et social, d'une part, la logique politique, d'autre part.
Deux ans ne seront pas de trop pour commencer à réparer, compenser, arranger, restaurer, réhabiliter...
De même, n'oublions pas que ce qu'ont rejeté les Français à titre principal, c'est une pratique gouvernementale. Sans doute pouvons-nous avoir, parfois, le sentiment que leur jugement était plus global. Mais nous-mêmes, en acceptant ce qu'on appelle la cohabitation avons accepté que soit limitée la portée.de leur verdict.
Dès lors, au terme d'une période qui sera parfois ambiguë et pourra passer pour transitoire, nous devons aider notre peuple à préparer son choix présidentiel, choix par lequel il définira les perspectives dans lesquelles il veut désormais voir s'inscrire son destin.
Au demeurant, pourrions-nous faire l'économie de ce grand débat régulier qui depuis la réforme de 1962 rythme notre histoire politique ? Ce grand débat, qui n'en ressent la nécessité ? L'ampleur de notre victoire ne doit pas nous égarer. Bien des interrogations fondamentales subsistent, bien des alternatives subsistent. Il nous revient d'aider notre peuple à y répondre, à les trancher.
À nous d'être prêts pour cette grande échéance.
Car dès lors que nous serons prêts, dès lors que nous aurons un message fort à délivrer aux Français, dès lors que nous nous sentirons capables de répondre à leurs légitimes angoisses, dès lors que nous nous sentirons capables de rompre avec cette espèce d'impuissance et de fatalisme qui accablent ce pays depuis trop longtemps, alors nous irons au combat décisif.
Ce message, un homme doit le porter.
Tous et toutes, nous souhaitons que cet homme soit Jacques Chirac.
Jacques Chirac, homme d'État, homme d'expérience et de rassemblement dont nous avons la conviction qu'il saura conduire la France sur les chemins du renouveau. Il est le seul capable de rendre à la France sa place et son rang dans le monde. Il est le seul capable de rendre aux Français, la volonté de vivre ensemble dans une société plus ouverte et plus juste.
Mes chers compagnons,
Les grands principes qui doivent inspirer la politique de la France, ils sont fixés de longue date. L'autorité de l'État contre le désordre des intérêts particuliers; l'indépendance de la Nation contre les menaces toujours renouvelées de ces modernes empires que sont les hégémonies; la vitalité de la République, indispensable barrage aux dissensions ou guerres civiles larvées que sont toujours prêtes à se livrer les communautés, les corporations, les féodalités organisées sur un mode plus ou moins élémentaire ; le sens d'une civilisation qui soit universelle enfin, c'est-à-dire qui travaille sans relâche à rendre plus libres tous les peuples et l'univers plus fraternel. Tout cela fut tracé bien avant nous, et l'on pourrait dire que le Général de Gaulle n'a fait, mais cela fut décisif, que reprendre, en le modernisant, le fil de la plus haute tradition politique française. L'inspiration était plus ancienne que lui, il l'a servie, elle lui survivra. À nous de retrouver cette hauteur, à nous d'inviter les Français à faire l'effort de la retrouver avec nous, à nous de rassembler de nouveau les Français sur les idées de la France.