Déclaration de M. Philippe Séguin, membre du bureau politique du RPR, à Bordeaux le 22 février 1993, sur le programme de l'opposition pour les élections législatives de mars 1993.

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Circonstance : Campagne des élections législatives de mars 1993-meeting de soutien à la candidature de Jean Valleix à Bordeaux

Texte intégral

Merci, Mesdames et Messieurs, pour votre présence.

Merci à vous, mes compagnons du RPR, mes amis de l'opposition, pour votre invitation.

Ai-je besoin de vous dire tout le plaisir, toute l'émotion que je ressens, à me retrouver une fois de plus à Bordeaux.

Je n'oublie pas en effet – comment pourrais-je l'oublier ? – que c'est ici, il y a tout juste un siècle, qu'un jeune maître de chais d'un château du Médoc est parti tenter l'aventure de la colonisation en Tunisie, pays qui venait de passer sous le protectorat de la France.

Il était accompagné d'un petit garçon qui allait devenir mon grand-père.

Et j'ai le souvenir, à ses côtés, d'avoir dès mon plus jeune âge entendu bien souvent prononcer le nom de Bordeaux avec une sorte de respectueuse nostalgie.

À l'heure du rapatriement, les hasards de la vie ne m'ont pas dirigé vers mon département d'origine – ce qui aura simplifié du moins le problème des investitures en Gironde. Pour autant je suis fier de mes racines.

Fier de mes racines qui plongent au plus profond d'une ville et d'un département qui ont conservé d'un très riche passé beaucoup plus qu'un souvenir, un état d'esprit.

Une ouverture sur le monde, à l'appel du grand large. Mais aussi une aptitude à l'harmonie, à l'équilibre, à nulle autre pareille.

Une harmonie et un équilibre qui se lisent sur les façades de tant d'édifices hérités du grand siècle.

Une harmonie et un équilibre qui se lisent sur les façades de tant d'édifices hérités du grand siècle.

Une harmonie et un équilibre qui ont tout autant imprégné les esprits. On sent encore ici le souffle d'un Montaigne en quête d'un humanisme, d'un art de vivre fondés sur le bon sens et la tolérance.

Et où d'ailleurs qu'à Bordeaux peut-on découvrir une rue "Esprit des Lois" ?

Où ailleurs qu'ici Montesquieu aurait-il pu trouver l'inspiration de la doctrine constitutionnelle libérale – la doctrine de la séparation et de l'équilibre des trois pouvoirs.

Quelle autre ville que Bordeaux aurait, enfin, su réserver l'accueil que l'on sait à cet homme d'exception, ce grand résistant, ce grand Français qui lui proposait de le suivre sur les chemins ouverts par le Général de Gaulle…

Chaban s'est identifié à sa ville comme Bordeaux s'est reconnue en Chaban.

Sous sa conduite, la ville n'a cessé de se transformer, de s'agrandir, de s'embellir. Bordeaux a pris un nouveau départ, la Gironde a connu son second souffle, l'Aquitaine a retrouvé la grandeur des Ducs.

Pour moi, Jacques Chaban-Delmas est un exemple, est un modèle par la force de ses convictions et l'ampleur de son engagement.

Qui, ici, peut dire aujourd'hui qu'il n'a pas été d'une manière ou d'une autre, influencé, marqué par la pensée, les idées, l'action de Jacques Chaban-Delmas ?

Il m'importe peu que cela puisse paraître incongru ou ringard, que cela puisse sembler bien éloigné de l'actualité la plus chaude, à l'heure où une partie de ce qu'on appelle la classe politique – et ce n'est pas celle qui fait le moins de bruit – est décidément plus préoccupée de se réorganiser, de se repositionner, de se recomposer, que de réfléchir, que de travailler à l'avenir de notre pays.

Et pourtant, tout bien considéré, tout bien pesé, et au point où nous en sommes, comment parler d'autre chose que de la France ?

Y-a-t-il, au fond, un autre sujet qui vaille que celui-là ?

Quand on y réfléchit bien, l'idée que nous nous faisons de la France n'est-elle pas au cœur de toutes nos interrogations ?

N'est-ce pas en réglant d'abord le problème que nous avons, nous tous, avec la France, que nous autoriserons, que nous éclairerons tout le reste ?

N'est-ce pas parce qu'on ne parle pas assez de la France, n'est-ce pas parce qu'on a oublié de parler de la France, n'est-ce pas parce que nous ne mettons pas la France au centre de tout, que nous avons depuis des années cette ambiance désabusée, cette ambiance délétère ?

Enfin ! vous voyez, vous sentez tout cela comme moi.

Et en particulier, à l'occasion du débat en cours…

Les vainqueurs annoncés paraissent – parfois – aussi embarrassés de leur victoire que les vaincus présumés semblent – toujours – pressés de quitter les responsabilités.

Les partants jubilent littéralement à l'idée d'abandonner le fardeau.

Les entrants, eux, font grise mine, à la perspective d'en hériter…

Chacun sent, pressent sans doute qu'il ne suffira pas de l'alternance, pour assurer, à coup sûr, le changement, qu'il ne suffira pas de substituer les uns aux autres, ou les autres aux uns, pour relever avec un succès assuré les défis auxquels nous sommes confrontés.

Chacun sent, pressent que l'enjeu dépasse largement l'affrontement habituel entre forces politiques opposées.

Et pourtant au lieu de trouver le langage, le discours qui s'imposeraient, on oscille entre les rengaines les plus éculées et les élucubrations les plus inattendues…

Nous pouvons nous l'avouer : cette campagne était à peine commencée que nous avions déjà l'impression qu'elle traînait en longueur – et en langueur.

Heureusement, à la limite, qu'on nous parlait un peu de lia mafia – de la vraie –, ou des premières cuillères en argent du premier secrétaire, heureusement qu'on trouvait un ancien député de Nancy, pour raconter 12 ans après ses dîners en ville, heureusement qu'on nous arrachait les larmes en nous entretenant de la vérification par le Premier ministre des difficultés actuelles de l'accession à la propriété, car sinon, on serait déjà morts d'ennui !

Et même, M. Rocard n'est pas parvenu à nous sortir de notre torpeur…

Il a pourtant fait un effort d'imagination méritoire en poussant encore plus loin la simplification du message politique, lui qu'on accuse à tort de parler, trop compliqué.

Son message politique, il est parvenu à le réduire à une simple onomatopée, Big Bang !

Ça n'a pas suffi à nous passionner…

On pouvait penser que l'intrusion du président de la République dans la campagne allait contribuer à la relancer. Il n'en a rien été…

On s'attendait il est vrai à ce qu'il nous parle de l'avenir de la France. Alors que sur ce chapitre, il est resté bien elliptique.

Tout se résumait à trois phrases :
- on est les meilleurs, puisque je suis là ;
- le chômage, je n'y peux rien. D'ailleurs personne n'y peut rien ;
- et enfin – bien sûr – j'y suis, j'y reste.

En vérité, le président de la République semblait moins préoccupé de l'avenir de la France que de celui du Parti socialiste.

Spectacle certes pathétique que celui du combat que se livrent un homme qui veut préserver le seul véritable acquis de sa vie – c'est à dire la construction d'un parti politique à son image et à sa dévotion – et un autre dont l'ambition lu, impose de faire et au plus tôt du passé table rase.

Big Bang, a dit l'un, Bof a répondu l'autre.

Mais est-ce- bien à cela que se réduisent les problèmes de la France ?

C'est dire les responsabilités qui nous incombent. Pour poser le véritable débat. Pour situer les vrais enjeux.

Nous n'y sommes pas encore parvenus.

On annonce un changement de majorité, et personne ne paraît vraiment y croire. L'heure de la relève va sonner et l'espérance n'est pas au rendez-vous !

Avant même d'avoir eu lieu, il semblerait que le changement de majorité soit en décalage par rapport aux angoisses et aux espérances des français.

Que les français se disent que quoi qu'il se passe, la porte sera ouverte à de nouvelles crises, assurément plus graves encore que nous ne l'imaginions.

Alors, oui, il faut parler de la France.

Il faut tout reprendre au début. Car depuis des années, nous avons probablement tout faux…

Entendons-nous bien.

Parler de la France, ça n'est pas plaider le repli sur nous-mêmes, ça n'est pas prêcher l'égoïsme ou l'égocentrisme, ça n'est pas nous fermer aux autres, ça n'est pas refuser des disciplines ou nier des interdépendances.

Parler de la France, c'est d'abord nous souvenir que c'est en nous-mêmes, par nous-mêmes que nous devons trouver d'abord les réponses à nos problèmes, c'est nous souvenir, aussi, que ce qui a fait le fond de ce qu'on appelait l'exception française, c'était la référence à un certain nombre de valeurs et de principes dont nous pensions qu'ils ne valaient pas que pour nous,

Parler de la France, c'est nous dire et nous redire que la France, ce n'est pas qu'une histoire, c'est une intelligence, un esprit, une culture, une certaine manière de voir le monde, et que ce n'est pas en les reniant, en nous fondant dans un vaste ensemble indifférencié que nous entrerons d'autant mieux dans la modernité,

Parler de la France, c'est nous dire qu'elle est un héritage, dont nous sommes les dépositaires et que nous avons le devoir de préserver et enrichir avant de le léguer à notre tour…

Or, la France est inquiète et ceux qui aiment la France sont inquiets pour la France.

Les Français sentent bien, eux, que nous sommes entrés dans un monde plus dur, moins complaisant. Un monde où les constructions étatiques fragiles sont couchées comme des fétus de paille par le grand vent de l'histoire.

Parfois tragiquement : c'est la Yougoslavie.

Parfois dans le comique de situation, c'est la Tchécoslovaquie, demain peut-être la Belgique.

La Russie, l'Italie, l'Espagne, de plus en plus, l'Angleterre, même, luttent pour maintenir la définition d'elles-mêmes qu'elles s'étaient données vaille que vaille…

Alors, consciemment ou inconsciemment, bien des Français ont envie de se tourner vers la France. Ils ont envie, je crois, qu'on leur parle de la France. De se demander où va la France, de ce que signifie la France, de ce que peut, encore, la France…

Parce que le problème se pose non, sans doute, de savoir si elle va être emportée, mais s'il est vrai qu'elle doit être dépassée.

Parce qu'elle est un ultime repère quand tous les autres s'estompent. Parce qu'à l'heure d'éventuels nouveaux choix, il faut s'interroger sur la validité des choix qui ont été faits sur elle.

Or, ils vont redécouvrir tôt ou tard, les Français, qu'ils sont ainsi faits qu'ils n'attendent pas tout de leur réussite individuelle, on dit qu'ils aspirent, confusément, à prendre toute leur part à une grande aventure collective.

Ils vont redécouvrir aussi, les Français, que la France dépend pour une très large part de ses ambitions extérieures. Qu'agissante, respectée et généreuse hors de ses frontières, la France est alors sûre d'elle-même et ouverte. Qu'à contrario, écartée des affaires du monde, elle retombe sous l'empire de ses vieilles querelles et elle abandonne les chemins du progrès.

Ils constatent, d'ailleurs, les Français, que si la France a malheureusement renoncé à sa vocation mondialiste, elle exerce encore une attraction sans pareille.

Et pourtant, ils savent les Français que cette France qu'on admire encore au-dehors est en train de se défaire au-dedans.

Ses institutions qui la font encore tenir debout sont minées de l'intérieur par les politiques de facilité auxquelles depuis trop longtemps, on s'est laissé aller.

L'École est en très mauvais état et, avec elle, la sélection nécessaire de nos élites : la magistrature a été abandonnée, de sorte que nous vivons aujourd'hui une révolte des Parlements, comme l'Ancien Régime finissant.

La réforme militaire est absolument nécessaire et constamment différée. Et plus que tout, il est indispensable, comme semble l'avoir compris un Bill Clinton, de recentrer toute notre société sur l'acte de créer, sur l'acte de produire, sur l'impératif industriel.

Or la tonalité générale est à l'opposé : féodalisation de la Société à travers le cocktail étourdissant d'une pratique trop souvent erronée de la décentralisation et de la politisation des Administrations, privilège donné au cours-terme et aux corporations.

Et cette société fort peu sympathique à la majorité des Français, il faut bien dire qu'elle va vers l'Europe à la manière de parents indignes qui vont, subrepticement, honteusement, déposer leurs enfants à la porte de l'Assistance Publique.

Oui, nous l'avons trop oubliée, la France. Et parce que nous l'avons oubliée, nous voici nous-mêmes perdus et désorientés. Et voilà que nous la retrouvons plongée dans une crise profonde, une crise qui n'est pas seulement une crise de moral, imputable à l'air du temps.

Une crise qui n'est pas seulement une crise économique imputable à des choix techniques erronés.

Une crise qui n'est pas seulement une crise politique imputable à l'usure du pouvoir, une crise qui n'est pas seulement une crise ponctuelle, conjoncturelle, mais qui est bien plutôt une crise structurelle, une crise d'adaptation, une crise des comportements, une crise d'identité, une crise existentielle.

Ure crise qui concentre en elle toutes les dérives, tous les dysfonctionnements, tous les renoncements qui minent notre système politique, économique et social et qui ébranlent dans leurs fondements mêmes à la fois la Nation, la République et l'État, derniers môles encore visibles dans un monde qui n'en compte plus beaucoup, derniers môles, mais pour combien de temps encore, d'une identité sans laquelle la France ne peut continuer à être elle-même.

Alors, oui, bien sûr, il s'agit maintenant, comme on nous le dit, comme on nous l'a dit tant de fois, déjà, dans notre histoire de redresser la France. De corriger des fautes, de pallier des insuffisances.

Mais il ne va s'agir que de cela.

Il faut en effet avoir le courage de reconnaître et de dire que toutes nos inquiétudes, toutes nos angoisses, tous nos problèmes ne viennent pas seulement du régime déclinant…

Oh certes, le bilan socialiste est accablant. Je le sais aussi bien que quiconque.

Et d'abord l'héritage immédiat qui va être légué au nouveau gouvernement.

On en a parlé. On en parlera encore. Je ne m'y attarderai guère, car la cause me semble entendue. Le procès est déjà jugé. Certains des accusés, d'ailleurs, à les en croire, ne seraient pas les derniers à se condamner eux-mêmes.

D'autant que les principaux reproches à faire aux socialistes ne sont probablement pas ceux qu'on formule le plus souvent…

Ce que je reproche aussi, pour ma part, le plus aux Socialistes, ce que je reproche le plus à Monsieur Mitterrand, ce n'est pas de s'être si souvent trompé c'est d'avoir discrédité, déconsidéré, affaibli – et pour longtemps –, des idées, des valeurs, des principes dont on considérait, bien à tort d'ailleurs, qu'ils étaient les porteurs exclusifs ou, du moins, les gardiens privilégiés.

L'égalité des chances, la générosité sociale, la récompense du mérite et de la vertu, la citoyenneté, l'ouverture aux autres peuples, combien de valeurs aussi affaiblies, déconsidérées, discréditées par leur faute ?

En réalité c'est la notion même de République, ses principes, ses valeurs, que les Socialistes ont mis à mal.

C'est ainsi qu'est né ce curieux consensus que nous connaissons depuis près de 10 ans autour des seules valeurs individuelles.

M. Michel Rocard a bien raison de dire que "nous sommes entrés dans une société de marché (…) où le sentiment d'appartenance (…) n'est plus perçu comme une réalité, où le changement n'est efficace que s'il s'adresse d'abord à l'individu".

Seulement, lui s'y résigne. Alors que nous nous devrions nous y refuser…

Oh, bien sûr, il pouvait y avoir quelque chose de salutaire et de bienvenu dans cette reconnaissance de l'individu, de sa capacité créatrice, dans le foisonnement des initiatives, dans la valorisation de l'effort et la récompense de la réussite.

Ce n'était d'ailleurs pas forcément incompatible avec l'idéal républicain qui appelle à la mobilité sociale et qui veut donner à chacun selon ses mérites.

Seulement il n'y a plus de République quand on passe de la reconnaissance des libertés individuelles à l'individualisme, quand on passe de la saine émulation à la loi du plus fort, quand il n'y a plus assez de solidarité en faveur de ceux qui échouent.

Or, il y a eu bel et bien un affaiblissement de l'action collective, un affaiblissement tel qu'il a été fatal à la cohésion sociale.

On n'a plus valorisé que l'aventure individuelle, sur le modèle de Monsieur Tapie, devenu la référence suprême, l'exemple à montrer à la jeunesse, si l'on en croit M. le Premier ministre.

Il est vrai qu'on n'a plus utilisé comme critère de réussite que l'argent, que la finance l'a emporté sur la production…

On n'a plus admiré que les montages financiers, les coups de bourse et les combinaisons spéculatives.

On s'est mis purement et simplement à nier la notion de citoyenneté et donc fatalement à affaiblir le civisme, à affaiblir la solidarité nationale au profit parfois de solidarités de proximité, de solidarités spécifiques qui n'en avaient ni l'efficacité ni la légitimité.

Sans y prendre garde et croyant mériter l'onction démocratique, on a ainsi haché, dévoyé la République.

Et on s'est mis à contester l'État, pourtant seul véritable instrument de la volonté générale. Et on a laissé monter le phénomène technocratique qui en est la négation, comme il est la négation de la Démocratie. La compétence supposée s'est mise à primer sur la légitimité avérée. L'expert, ou supposé tel, s'est substitué à l'élu. Et aujourd'hui ce système sans âme, qui prévaut déjà au niveau européen, menace en France même de tout emporter.

Mais la France n'est pas que malade du Socialisme. Elle est surtout et tout simplement malade.

Elle est malade de l'oubli dont elle a été victime de la part de ceux-là même qui étaient censés la servir. Elle est malade du déclin auquel elle a été condamnée, faute de conscience de ses responsabilités et de confiance en ses capacités. Elle est malade parce qu'on n'a pas su lui donner les moyens de s'adapter aux temps nouveaux.

En réalité, nous portons collectivement, nous risquons de porter encore demain une même responsabilité pour une telle passivité et un pareil aveuglement.

Oui, le monde a changé. Et la France elle-même a changé et pourtant nous restons accrochés à de mêmes analyses, de mêmes schémas, de mêmes modes de pensée, de mêmes méthodes, nous nous acharnons à appliquer des recettes dépassées, quand il faudrait imaginer, inventer, sortir des sentiers battus.

Qui ne voit que le monde a changé ?

L'effondrement du système communiste en Europe a des conséquences dont nous nous obstinons à ne pas perdre toute la mesure…

La libération des échanges n'est plus comme par le passé, et comme nous l'avions toujours cru, spontanément facteur de progrès. Et des précautions sont à prendre pour que les pays à bas prix progressent eux-mêmes au lieu de se contenter d'exporter, en même temps que leurs produits, leur modèle social, c'est-à-dire la régression sociale.

Apparaît parallèlement un décalage désormais structurel entre l'accélération du progrès technologique et la capacité d'adaptation du corps social. Et l'on ne veut pourtant pas admettre que l'emploi classique n'est plus qu'une réponse parmi d'autres au problème du chômage.

Il n'est pas jusqu'aux cycles économiques qui n'apparaissent bouleversés. La phase de recul actuel ne ressemble en rien à celle des années 74- 80… Or, nous restons figés sur des analyses immuables…

Et qui ne voit que le France elle-même a beaucoup changé ?

Des activités qui ont été à la base de sa prospérité ne sont plus aussi créatrices de richesses et génératrices d'emploi que par le passé. La crise des charbonnages, la crise de la sidérurgie, la crise du textile, la crise de l'agriculture sont là pour en témoigner.

L'enseignement de masse conduit à des contradictions : alors qu'il devait être l'instrument de l'égalité des chances, il paraît désormais freiner la fluidité sociale.

L'hypertrophie de la sphère financière, l'explosion des services, la concentration et la ségrégation urbaine, tout, décidément devrait nous obliger à réviser nos conceptions et nos comportements.

Or, les réponses n'ont pas évolué. Et nous n'avons, ni compris, ni suffisamment pris en compte le développement de certains vices dans notre organisation sociale.

Car tel est bien le paradoxe.

Alors que l'économisme a envahi tout le discours et la pensée politique, alors que l'impératif gestionnaire est devenu l'alpha et l'oméga de toute l'action politique, alors qu'avec le zèle des néophytes, on a réduit le champ du politique au marché, à l'entreprise et aux grands équilibres, voilà que le pays est pris au piège d'un désastre économique et social dont on commence à percevoir qu'il pourrait déboucher sur la crise la plus grave depuis celle des années trente.

Alors le moment est venu de nous demander si nous avons la volonté, si nous sommes capables de reprendre notre destin en mains pour enfin procéder aux adaptations nécessaires.

De nous demander si nous voulons, si nous pouvons inventer et épouser un grand projet collectif pour la France qui couvre les prochaines décennies qui soit conforme aux nécessités, aux contraintes mais aussi aux aspirations de notre époque.

De nous demander si ce grand dessein que nous reprochons à juste titre à nos adversaires d'avoir déserté, nous sommes à même de le proposer à l'approbation de notre peuple.

Ce grand projet, il n'est pas seulement opportun, il est nécessaire. Car la France est désormais non seulement prête pour les réformes majeures qui ont été longtemps différées, mais elle les appelle de ses vœux. Car il en va de sa survie. Car là est le moyen de retrouver un vouloir-voire ensemble, c'est à dire une volonté nationale.

Ce grand projet, nous ne le mettrons évidemment pas en œuvre en deux ans. Cela doit être bien clair. Mais il doit être notre guide pour l'action dans les mois et les années qui viennent. Il doit être à la fois la justification et l'espoir de l'alternance.

Trois principes majeurs s'imposent pour l'action. Ils doivent éclairer toute la démarche à venir. Ils doivent être au cœur de ce projet.

Je pense d'abord au renouveau de l'idée de Nation, parce qu'il faut un sentiment d'appartenance qui transcende les égoïsmes naturels ; parce que c'est au nom de ce sentiment d'appartenance qu'une minorité peut accepter la loi de la majorité ; parce qu'on ne construira rien de grand sans la reconnaissance de cette réalité intangible qu'est la Nation, source de toutes les solidarités, source et échelle de toute aventure collective ; parce qu'il n'est pas admissible qu'un grand pays comme le nôtre laisse décider à sa place dès aréopages de technocrates étrangers ; parce que notre langue est un patrimoine que des millions d'hommes partagent avec nous, que nous avons le devoir de préserver et de promouvoir.

Je pense aussi au renouveau de l'idée d'État, de l'État impartial, de l'État qui arbitre, de l'État qui est le garant de l'unité et de l'équité. On a trop brocardé, affaibli l'État. Alors que sans État fort, il n'y a de progrès possible.

Dès lors la décentralisation ne saurait être le règne du chacun pour soi, ne saurait conduire au creusement de nouvelles inégalités, à l'apparition de nouvelles injustices ; dès lors on ne saurait faire de nouvelles concessions à la tentation technocratique, comme on nous le propose avec le retour à une conception antédiluvienne de l'indépendance de la Banque de France.

La concentration urbaine, le problème des banlieues, la crise du monde rural, la question agricole, l'éducation, les grands équipements, l'organisation des grands services publics… rien de tout cela ne peut être résolu dans un contexte local, tout cela est inséparable de l'aménagement du territoire qui dépend d'abord de l'État.

Non pas que l'État doive tout faire. Il peut, il doit déléguer. Mais il fixe la politique, il arrête le projet global. Et ce n'est pas parce qu'il doit déléguer certaines responsabilités pour des raisons d'efficacité qu'il faut le démanteler et le réduire à l'impuissance au nom d'un principe théologique de subsidiarité. Il n'est pas question pour nous que l'État conserve seulement ce que les Collectivités et la Communauté Européenne, ne peuvent ou ne veulent pas faire.

Ce n'est pas l'État qui est subsidiaire. Car c'est bel et bien de l'État que tout découle. C'est lui qui délègue, c'est lui qui juge de l'efficacité relative des différents organes. L'État est premier, il n'est pas second.

Je pense enfin au renouveau de la tradition républicaine, dont j'ai assez dit – je crois – combien elle avait été bafouée. Car la France n'est pas faite que de consommateurs, de sondés, de membres de catégories socioprofessionnelles : elle est faite aussi et surtout de citoyens.

Ces principes étant posés, il me semble que trois objectifs prioritaires s'imposent.

Il faut rendre à la France la faculté de peser sur la scène internationale. Il faut reconstituer un tissu social ravagé par la crise. Il faut livrer une guerre sans merci au chômage.

Nous ne sommes pas hors-sujet en évoquant d'abord la politique étrangère.

Car un pays qui s'exprime, un pays qui s'exprime haut et fort, un pays dont l'autorité est reconnue, c'est aussi, par définition, un pays qui fait respecter ses intérêts, un pays auquel nul ne songe à imposer n'importe quoi.

Croyez-vous vraiment qu'un accord comme celui du GATT aurait été négocié comme il l'a été, nous aurait été imposé comme il l'est à l'époque où la France avait encore une politique étrangère ?

Il est vrai que nombre de choses, nombre de décisions dépendent du contexte international. Que notre vie quotidienne dépend pour une bonne part de décisions que nous ne sommes pas les seuls à prendre. Mais partant de ce constat, il y a deux attitudes possibles : attendre que les autres décident pour nous. Ou créer les conditions politiques nous permettant d'orienter les décisions.

Alors pour rendre à la France un rôle nécessaire, indispensable, dans les affaires du monde, nous devons retrouver une volonté et les moyens de la traduire dans les faits.

Une volonté, d'abord, liée à la conviction, qui n'est malheureusement pas générale, que la France a encore des choses à dire et à faire ; qu'elle peut se remettre à peser davantage que ses statistiques, que dans un monde multipolaire, compliqué, morcelé et instable, elle a, sans doute plus que jamais, une mission à accomplir au service du développement et de la paix.

On mesure la pente à remonter.

On mesure aussi l'ampleur des adaptations nécessaires pour les Armées de la France, adaptations que nous aurons à conduire sans faiblesse – et d'abord en reprenant sans délai le cours de nos essais nucléaires.

La fin du monde bipolaire a rendu à l'ONU une capacité d'intervention qu'elle avait perdue. Notre siège de membre permanent doit nous conduire à souhaiter qu'elle puisse jouer tout son rôle.

Encore faut-il que la charte soit appliquée dans son intégralité. Encore faut-il que l'ONU ne serve pas de paravent aux intérêts politicomédiatiques de la seule grande puissance qui subsiste. Encore faut-il que le nouvel ordre international dont on nous rebat les oreilles soit conforme à notre conception du Droit.

Encore faut-il le vouloir… Encore faut-il savoir rompre avec une politique étrangère qui est à la remorque de nos partenaires, qui ne prend pas d'initiative, qui est abstentionniste lorsqu'elle ne nous fait pas jouer un simple rôle de supplétifs.

Sinon nous serons condamnés à d'autres piteuses postures que celle qui est la nôtre aujourd'hui en Yougoslavie : pas d'objectif politique clair, commandement onusien irresponsable ou évanescent, ordres d'engagement et d'ouverture du feu inexistants ou contradictoire obscure, de moyens de défenses lourds des unités déployées. Ceci a une traduction immédiate en termes de pertes, nos soldats étant devenus en Bosnie, comme au Liban, la cible commune de toutes les factions. Tout en étant le pays le plus engagé sur le terrain, la France se sera privée de toute influence réelle sur cette crise…

Politique extérieure et politique intérieure sont liées. Les problèmes de l'immigration, nous le savons désormais, se règleront autant à Rabat, à Tunis, à Alger que sur notre propre sol. L'aide au développement des pays d'origine est en effet la véritable clé.

Alors, et alors seulement, l'effort d'intégration pourra donner sa pleine mesure. Gardons-nous d'oublier en effet que parce que notre Nation – et c'est son honneur – est fondée non sur le droit du sang mais sur le droit du sol, parce que notre peuple s'est créé non sur une prétendue appartenance biologique mais sur l'adhésion à des valeurs communes, la réussite de l'intégration des immigrés, trop souvent et injustement montrés du doigt, doit être une grande priorité française.

C'est là une première réponse au problème de notre déchirure sociale. Il en est d'autres…

Il s'agit ainsi de comprendre que la question sociale ne se pose plus seulement en termes de niveau de vie, mais aussi de mode de vie, de qualité de vie. Qui ne voit l'influence déterminante qu'ont les conditions de vie, plus encore que le niveau de vie sur les chances d'accéder à la mobilité sociale. Qui ne voit que l'environnement quotidien exerce une influence déterminante sur le développement de la personnalité de l'enfant, donc sur son avenir ? Qui ne voit qu'une grande et terrible machine de reproduction des inégalités sociales s'est remise, sous nos yeux, à fonctionner…

Or, l'action sociale voit son efficacité s'étioler. Le RMI s'avère un échec s'agissant de son volet insertion. Il est vrai que les responsabilités sont diluées, les objectifs incertains et qu'une réorganisation totale du système s'impose d'urgence. D'autant que le phénomène de l'exclusion, qui entraîne un processus de dégradation sociale morale, physiologique, même, prend des proportions qui deviennent affolantes.

Nous devons par ailleurs rebâtir une école de l'égalité des chances – ce qui exige un traitement différencié des élèves en fonction de leurs handicaps éventuels de départ.

Il faut ainsi refaire de l'école la pièce maîtresse du creuset français.

Aujourd'hui, l'Éducation nationale est un bateau ivre dans lequel les enseignants, les parents, les enfants ont perdu tout repère. Il faut refuser une décentralisation qui accroîtrait les inégalités et lancer en revanche une déconcentration réelle, non au profit des bureaucraties rectorales mais au niveau des établissements.

Mais accordons-nous pour considérer que ce que doit donner l'École, c'est une culture, une aptitude, une disponibilité. Ce n'est pas à l'École de préparer, à titre principal, à la technique d'un métier. Il lui revient en revanche, prioritairement, de développer une aptitude à la formation.

Ensuite, c'est aux entreprises, avec dans bien des cas le concours souhaitable de l'École, de donner la technicité nécessaire.

Enfin, il faut nous attaquer au problème des banlieues – et, plus généralement, des quartiers sociaux…

Toutes les démocraties développées sont confrontées aux conséquences conjuguées de l'urbanisation et de la crise et à la constitution, aux marges de la société et des grandes villes de zones périphériques qui cumulent les phénomènes d'exclusion.

Certains s'en accommodent au prix d'explosions régulières ; d'autres ne peuvent les tolérer car elles voient mis en cause le fondement même du contrat social et de la cohésion nationale. Ce doit être le cas de la France.

Le défi auquel nous sommes ainsi confrontés, ne nous y trompons pas, il est à l'échelle de celui que relève l'Allemagne avec sa réunification. Car si on prend encore en considération l'écart qui se creuse entre des métropoles en croissance et le reste du territoire, et à l'intérieur même des métropoles entre les quartiers, nous devons bien comprendre que nous avons laissé s'élever un mur, une multitude de murs entre deux France, tout au long des 30 dernières années. Et c'est bien de notre propre réunification qu'il s'agit désormais…

Cette réunification, elle passe d'abord, évidemment, par la lutte contre le chômage.

L'ampleur du phénomène est telle que, depuis peu, aucune catégorie, aucun niveau hiérarchique ou de diplôme, aucune famille ne peut plus s'estimer épargnée ou protégée.

Georges Pompidou avait coutume de dire que la France ne pourrait supporter un niveau de chômage supérieur à 500 000. Parce que son pronostic a été démenti, on avait fini par croire que le chômage pouvait croître indéfiniment sans risque majeur. Or, nous sentons tous, confusément, que nous venons de franchir un palier, un palier invisible, qui est celui de l'insupportable et de tous les dangers.

Quand il y a, dans un pays comme le nôtre, près de 50 000 licenciements par mois, personne ne peut plus se sentir à l'abri, personne ne peut plus croire qu'il est en sécurité, personne ne peut plus croire que dès lors qu'il met tout son cœur à son travail, il est assuré de conserver son emploi. Et l'angoisse que chacun éprouve est d'autant plus forte que nul ne sait plus combien de temps il sera lui-même condamné au chômage dès lors qu'il aura été licencié.

Or, il n'est guère de domaines où les idées reçues aient causé autant de dégâts.

Aujourd'hui, les esprits commencent à évoluer, tant il est évident que l'économie ne peut plus, ne pourra plus jamais assurer spontanément le plein emploi.

Mais toutes les conséquences n'ont pas été tirées de ce constat.

Tout continue à se passer comme si on n'attendait les solutions que du seul retour, au demeurant, bien hypothétique, d'une croissance forte.

Il faut donc s'engager résolument dans des directions nouvelles. Tirer, en premier lieu, tout le parti possible des ressources de l'économie et lever certains obstacles à la pleine traduction de la capacité d'emploi. Il faut agir prudemment. Je crois, ainsi, pour ma part, que la voie de la suppression totale ou partielle du Smic est trop aventureuse. Elle n'est pas susceptible, de surcroît, de bénéficier d'un consensus minimum. En revanche, la solution de la flexibilité négociée d'une partie du salaire, en fonction des résultats de l'entreprise, mérite d'être explorée.

Mettons en œuvre également des formules de partage du travail. Il ne faut pas en attendre de miracle. On le croirait à entendre certains : 37 heures a dit Mme Aubry. 35 a dit M. Fabius. 32 a renchéri M. Emmanuelli. Qui dit mieux ? Il est temps que la campagne s'achève ! Parce que ledit partage pose des problèmes techniques non négligeables, en exigeant pour ses bénéficiaires potentiels des équivalences de qualification qui sont rarement vérifiées. Et puis ledit partage n'est évidemment envisageable que dans la mesure où le salarié dont l'horaire est amputé accepte une réduction à due concurrence de son salaire.

Bref plus prometteuse, en revanche, est la piste des activités de proximité ou, si l'on préfère, des emplois conviviaux.

Il s'agit là d'emplois dont l'utilité sociale est avérée mais qui ne peuvent émerger, vu l'état de l'offre et de la demande, que si une aide publique vient diminuer leur coût.

Or chaque fois que l'aide publique s'avèrera inférieure au coût que représenterait la prise en charge – non moins publique – de la personne au chômage, elle sera avantageuse et légitime. D'autant qu'un service sera rendu, ce qui n'est évidemment pas le cas s'il y a maintien au chômage.

Le raisonnement est d'autant plus facile à comprendre lorsqu'on l'applique à certains types d'emplois supprimés qu'il s'agit de faire revivre.

Prenons, comme M. Chirac, le cas des poinçonneurs du métro – emploi semi-public – ou comme M. Bérégovoy celui des employés de station-service. Leur suppression, l'automatisation de leur fonction répondaient à un souci de rentabilité. Mais cette rentabilité n'est qu'apparente et au demeurant ne profite qu'à l'entreprise. La collectivité va devoir, elle, compenser la perte de revenu du salarié licencié. Si tout ou partie de cette compensation était affectée à l'aide à la reconstitution de l'emploi supprimé, il s'ensuivrait dans 9 cas sur 10 une économie globale, accompagnée dans tous les cas d'une amélioration du service rendu au consommateur.

Encore faut-il avoir la volonté politique d'imposer le raisonnement et celle de rassembler progressivement dans une caisse unique tous les moyens financiers actuellement épars, qui sont mobilisés pour réparer, prévenir ou combattre le chômage.

Encore faut-il avoir la volonté de rassembler dans un seul et unique Service National de l'emploi des moyens aujourd'hui dispersés entre services, institutions, établissements, publics ou collectivités qui s'ignorent, ou se concurrencent.

Ces objectifs ne sont pas irréalistes.

Un pays aussi avancé, aussi apparemment productiviste que le Japon a su faire un tel choix.

Et ses résultats sont là.

Car là est bien la seule solution, qui de surcroît, peut nous garantir une société plus douce.

Dès lors, pour les deux années qui viennent, tout s'éclaire…

Et d'abord, la nécessité de tenir un langage de clarté et de vérité.

Pour atteindre aux trois grands objectifs que j'ai évoqués, pour réussir la cohabitation, il y a encore une condition à remplir.

Réhabiliter le politique, réhabiliter la primauté du politique.

Réhabiliter le politique, cela veut dire exprimer la conviction qu'il y a un intérêt général qui vaut d'être défendu et promu, qu'il y a toujours quelque chose à faire pour améliorer la situation, qu'on peut toujours faire quelque chose, qu'il y a une nécessité de l'action publique, que le primat de l'économique, du monétaire et même de ce qu'on appelle l'humanitaire ne sont que des formes variées du renoncement…

En ces temps où la démagogie fait rage, où il est de bon ton de participer aux hurlements de la meute en accablant les hommes politiques de tous les maux, en les accusant de tous les péchés, je tiens à réaffirmer devant vous l'utilité, la nécessité et plus encore la noblesse du politique.

Notre pays ne souffre pas d'un excès de politique.

Notre démocratie meurt bien plutôt d'une disparition du débat politique, évincé par les mirages européens, le repli sur les identités locales, l'explosion des intérêts individuels.

Réhabiliter le politique, je le précise au passage, ce n'est pas s'interdire les évolutions institutionnelles nécessaires, mais savoir sauvegarder l'essentiel. Il serait inepte, ainsi, de réformer le mode de scrutin pour répondre à une situation purement conjoncturelle de l'échiquier partisan, situation dont la prolongation est tout à fait inopportune.

Je m'explique : je suis le premier à considérer que la prise en compte de la dimension de l'environnement dans les décisions publiques doit beaucoup au Mouvement écologiste. Mais l'aider, par démagogie ou calcul, à se pérenniser à s'institutionnalisé grâce à un mode de scrutin fabriqué sur mesure et à cette seule fin serait le condamner à une forme d'intégrisme – dont nous distinguons les prémisses – et contredirait la transformation nécessaire et enfin entamée des grands partis en structures de réflexion et de débat, refusant tout à priori idéologique.

Mesdames, Messieurs,

Je repartirai de Bordeaux, renforcé dans ma conviction que le rendez-vous que constitue cette campagne législative, nous n'avons pas le droit de le laisser passer.

D'une manière ou d'une autre, en effet, c'est une époque qui va s'achever.

Même si le président de la République devait s'accrocher à son poste, nous savons bien que dès la fin mars, les années Mitterrand seront derrière nous.

Reste à savoir ce que sera la nouvelle époque qui va s'ouvrir.

C'est de nous, de vous que tout dépend.

Alors cette campagne doit être l'occasion non seulement de jeter les bases, les fondations de politiques nouvelles mais aussi – et surtout – celle d'un grand examen de conscience, d'un grand effort de réflexion à l'échelle nationale, sur ce que peut-être, ce que doit être notre avenir.

Il s'agit de retrouver un élan, une direction, de rendre aux français le sens d'un engagement collectif et d'un destin dans l'Histoire.

Cette période sera difficile.

Elle sera placée sous le signe de l'effort. Les résultats ne seront pas immédiatement perceptibles.

Les Français ne seront prêts à l'accepter, à prendre toute leur part à l'effort à consentir que s'ils savent où on veut les conduire, s'ils ont le sentiment qu'on leur dit la vérité, s'ils sentent que leurs responsables sont déterminés à atteindre les objectifs fixés, quoiqu'il leur en coûte.

S'ils sont convaincus à nouveau de cette mystérieuse dialectique qui les lie à la France. La France a besoin des Français pour tenir son rang. Les Français ont besoin de la France pour les aider sur le chemin qui mène à l'épanouissement personnel et au bonheur.

Alors oui, il faut parler de la France. Encore et toujours.

C'est parce que je sais que Jean Valleix, l'ensemble des candidats de l'opposition ici présents en sont convaincus que je suis venu ce soir leur exprimer mon amitié et mon soutien.

Avec eux, avec tous ceux qui sont engagés dans ce combat, nous pourrons, je n'en doute pas, construire la France de demain, c'est à dire retrouver la France que nous aimons.