Interview de M. Jean-Louis Debré, secrétaire général adjoint du RPR, à RMC le 24 septembre 1993, sur le soutien du RPR au gouvernement et les projets de loi concernant l'application des peines dans les affaires de viols et meurtres d'enfants et concernant le budget 1994.

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Média : RMC

Texte intégral

P. Lapousterle : Qu'est-ce que vous pensez de messieurs Monory et Barre qui ne disent pas bravo et qui disent que le gouvernement s'est un peu trompé en ponctionnant trop dans le pouvoir d'achat des Français ?

J.-L. Debré : Je dis qu'il faut aujourd'hui faire attention. Nous avons un impératif. Il est de remettre la France sur le chemin de la croissance économique. C'est vrai que l'on pourrait faire plus, c'est vrai que l'on pourrait faire mieux, mais compte tenu de la situation aujourd'hui qui est celle de la France et des finances publiques, nous ne pouvons pas faire une autre politique.

P. Lapousterle : Quel est en ce moment le meilleur candidat de votre parti à l'élection présidentielle ?

J.-L. Debré : J'ai beaucoup de mal à m'intéresser à ce tohu-bohu politicien parce que nous avons une autre conception de la politique. Les Français aujourd'hui sont préoccupés par le chômage, par la formation de leurs enfants. Passer son temps à essayer d'opposer les uns aux autres me semble une querelle vaine. Il y a entre J. Chirac et E. Balladur une parfaite complémentarité et qui va durer. Nous ne pouvons pas préparer l'avenir de la France si la remise de l'économie sur pied n'est pas effective rapidement. C'est pour cela que J. Chirac soutient E. Balladur. C'est pour cela que le RPR soutient le gouvernement d'E. Balladur. Et le moment venu, tous ensemble, nous redonnerons espoir aux Français.

P. Lapousterle : Vous êtes satisfait de l'avis du Conseil d'État ?

J.-L. Debré : Je m'en réjouis. Je note simplement que c'est un désaveu du président de la République. Il nous a fait perdre du temps.

P. Lapousterle : Quel est votre position sur le Gatt ?

J.-L. Debré : Nous ne céderont pas au diktat américain. La France doit être inébranlable, ferme et déterminée à défendre les intérêts des agriculteurs au prix même d'une crise et d'une crise avec les Américains.

P. Lapousterle : Même si on ne gagnait pas au bout du compte ?

J.-L. Debré : L'important est de savoir si demain nous défendrons les agriculteurs et si demain l'Europe aura une capacité alimentaire intacte. Si demain nous sommes capables de résister aux Américains, cela veut dire que l'Europe existera. Sinon il n'y aura plus d'Europe.

P. Lapousterle : Est-ce que le groupe RPR soutiendra le projet de loi du Garde des Sceaux sur les viols et les meurtres d'enfant qui doit durcir le régime d'exécution des peines ?

J.-L. Debré : Pour soutenir un projet de loi, il faut le connaître. Moi qui étais magistrat et qui connait bien ce problème, je crois qu'il faut au niveau de l'exécution, deux choses : d'une part, que l'on ne prenne pas de mesures de libération ou de remises importantes de peines sans avoir entendu la famille des victimes ou les victimes si elles sont encore là. Par conséquent, il est important lorsque la décision de justice a été rendue au nom du peuple français que la modification de cette décision se fasse suivant un système parallèle. D'autre part, il faut qu'il y est la certitude de la peine, c'est-à-dire que les peines prononcées soient effectivement exécutées.

P. Lapousterle : Vous organisez les journées parlementaires du RPR qui commencent demain. Que vont dire les parlementaires RPR au gouvernement de M. Balladur ? "Bravo pour tout" ou bien ont-ils quelques remarques à faire ?

J.-L. Debré : Ils vont d'abord lui dire la confiance qu'ils mettent en lui et dans le gouvernement. Le gouvernement a beaucoup travaillé depuis des mois et des mois. Depuis 200 jours, le gouvernement a le soutien sans faille du groupe parlementaire. Nous allons faire le bilan de ce qui a été fait et nous allons préparer l'avenir. Il faut, sur l'aménagement du territoire et sur le budget, que nous ayons des discussions précises.

P. Lapousterle : On connait Le budget depuis deux jours. Le groupe RPR votera-t-il en l'état le projet de budget ?

J.-L. Debré : Je dirai "bravo" au gouvernement. C'est vrai qu'on pourrait faire mieux, qu'il pourrait y avoir des actions, notamment à l'égard de la famille, qui soient plus décisives. Mais souvenons-nous de la situation dans laquelle le gouvernement a trouvé la France. Quand j'entends M. Fabius ou M. Rocard donner des conseils au gouvernement sur la façon de faire le budget, j'ai envie de leur dire "Messieurs, souvenez-vous que de 1985 à 1992 la dette publique de la France a doublé pour atteindre plus de 2 000 milliards". La charge correspond à peu près à 16 % des recettes fiscales ! C'est difficile de faire un budget dans ces conditions-là. Quand nous sommes arrivés, le budget de l'État était en déficit de plus de 330 milliards…

P. Lapousterle : Ce sera pareil l'an prochain !

J.-L. Debré : Non ! Nous diminuons. Je pourrais continuer indéfiniment sur les chiffres. Messieurs les socialistes, un peu de modestie. Vous avez complètement cassé la France, vous laissez une situation en faillite, alors, taisez- vous ! Je dis au gouvernement : compte tenu de ce que vous avez trouvé, chapeau ! Il était difficile de faire un budget sérieux et de faire en sorte que des domaines essentiels comme l'Intérieur pour la sécurité, l'Éducation nationale pour la formation des jeunes français, la Justice pour les domaines de sécurité également, soient épargnés par la rigueur. Mais il faudra aller plus vite, plus loin, progressivement, en ce qui concerne la réforme de l'impôt sur le revenu. Il faut – c'est essentiel pour la France – avoir une politique familiale plus dynamique. Mais, Bravo, parce que, compte tenu de la situation que les socialistes…

P. Lapousterle : Oui, on a bien compris !