Texte intégral
Mesdames et Messieurs, je suis particulièrement heureuse de nous voir tous réunis aujourd'hui. J'ai déjà pris un contact direct, sur le terrain, avec un certain nombre d'entre vous au cours des réunions inter-régionales que j'ai tenu à effectuer dès mon arrivée dans ce ministère. Le calendrier gouvernemental ne m'a malheureusement pas permis de vous rencontrer tous comme je le souhaitais avant notre réunion d'aujourd'hui. Néanmoins je pense que j'aurai l'opportunité sinon de me rendre dans chacune de vos régions du moins d'organiser les dernières réunions inter-régionales d'ici le 14 juillet.
Cette réunion d'aujourd'hui va nous permettre d'entamer un dialogue dont je souhaite qu'il se développe au cours des mois qui viennent. Et c'est la raison pour laquelle je commencerai par vous dire quelles sont les méthodes de travail que je souhaite mettre en œuvre, et quelles sont les orientations que je souhaite donner à la politique du Ministère de la Jeunesse et des Sports pour la période que je passerai avec vous.
Mais je souhaite ensuite et surtout que nous puissions dialoguer, c'est à dire que je puisse connaître vos analyses de la réalité sur le terrain et que je puisse répondre avec mes collaborateurs à vos questions.
Je vous propose que nous commencions la première partie de cette matinée par l'exposé que je souhaite vous faire, d'une part des méthodes de travail que j'entends mettre en œuvre, et d'autre part des orientations que je souhaite donner à ma politique.
La méthode de travail s'applique aussi bien au fonctionnement de notre maison, que dans nos rapports avec l'extérieur.
En ce qui concerne le travail au sein de la maison je souhaite qu'il repose sur deux idées. La première c'est le dialogue.
Dialogue d'abord avec l'administration centrale et au sein de l'administration centrale. C'est ce que j'ai commencé à faire dès mon arrivée au Ministère en essayant de rencontrer chacun de ceux qui font vivre cette maison, en leur rendant visite, chez eux, et également en entretenant des relations suivies par le biais des réunions des directeurs. A raison d'une par semaine elles me permettent de savoir ce qui se passe et également d'évoquer les principaux problèmes auxquels nous pouvons être confrontés.
Mais je souhaite également un dialogue au sein de l'administration. Notamment par un renforcement des liaisons entre les directions et en particulier celles de la Jeunesse et des Sports. Sur le terrain je sais que l'osmose se fait plus facilement. Dans une administration centrale c'est parfois plus difficile. La réunion des directeurs d'administration peut servir d'annonce de cette politique. Mais il est évident que je souhaite que ce dialogue entre directions s'établisse davantage au niveau des services et des bureaux.
Ce dialogue au sein de la maison c'est également le dialogue avec les services déconcentrés que j'ai entamé avec les visites que j'ai pu vous rendre sur le terrain. Et je vous indique que ces visites vont se poursuivre.
En dehors des réunions inter-régionales je souhaite à partir du mois de septembre consacrer une journée par semaine à un déplacement dans un département. Ce sera pour vous l'occasion de me décrire à la fois les problèmes que vous pouvez rencontrer mais surtout, et c'est bien sûr ce qui m'intéresse, de me montrer vos réalisations. Je vous demanderai donc de préparer ces déplacements en fonction des opportunités locales (manifestations sportives…).
Je souhaite que ces déplacements me permettent de rencontrer tous les responsables de mon administration, mais également nos partenaires.
Je voudrais que ces réunions se fassent à un rythme qui me permette des relations humaines normales, et qu'elles ne se transforment pas en un défilé au pas de course, même si nous sommes dans un ministère sportif.
Voilà donc le premier principe de ce travail au sein de la maison, c'est le dialogue. Le deuxième principe que je souhaite mettre en œuvre c'est le respect des compétences.
Le respect des compétences c'est éviter les court-circuits, je l'ai indiqué à mon cabinet, je l'indique également à l'administration centrale, car ce principe s'applique à tous. J'ai donné instruction pour qu'en aucun cas des opérations ne soient menées directement par le cabinet sur le terrain, sans que soit informés et associés l'administration centrale et les services déconcentrés. C'est vous qui êtes les mieux à même de connaître les réalités et par conséquent de faire passer les décisions et les politiques.
En application de ce principe j'ai demandé à ce que l'on réfléchisse, pour 1994, à la façon d'augmenter le pourcentage des crédits déconcentrés. Vous devez avoir sur le terrain les moyens de votre action. En ce qui concerne 1993, une partie des crédits a déjà été déléguée, et le restant le sera dans les meilleurs délais.
Pour les actions à mener sur le terrain, je souhaite que puissent être privilégiés le long terme sur le court terme, et le sérieux sur le médiatique.
Privilégier le long terme sur le court terme c'est, pour des opérations comme « Défi-Jeunes » par exemple, s'assurer qu'il y a un véritable suivi des actions pour éviter que tout ne parte dans la nature. Vous êtes le mieux à même d'assurer ce suivi.
Pour illustrer ce que veut dire « privilégier le sérieux sur le médiatique », je prendrais comme exemple ce qui s'est passé pour la Fête du Sport cette année. Je ne souhaite pas que cette opération se déroule à l'identique l'année prochaine et les années suivantes. Il ne s'agit pas de s'adresser à des sociétés extérieures pour monter des opérations qui relèvent de votre compétence. Je souhaite également qu'il ne s'agisse pas d'un « coup » mais que cette opération puisse être utile à quelque chose. C'est la raison pour laquelle je souhaite que l'année prochaine cette fête n'ait pas lieu au mois de mai, mais au début du mois de septembre. C'est un point sur lequel je vais vous demander de réfléchir parce que je sais que ce changement de date présente des avantages et des inconvénients.
Le premier avantage, c'est d'éviter que la Fête du Sport ne soit noyée dans les nombreux événements programmés chaque année au mois de mai. En revanche, à la rentrée, les gens ont l'habitude de reprendre une activité sportive. Organiser la fête durant cette période peut les inciter à s'inscrire dans les clubs, ce qui est le but de l'opération !
Je sais également que cela peut présenter pour certains clubs un inconvénient : c'est le moment où ils préparent leurs opérations de rentrée, notamment les inscriptions. Je vous demande donc de voir avec eux quelle peut être la meilleure date à retenir pour cette fête. Je vous demande également, parce que nous ne passerons pas par des sociétés extérieures l'année prochaine, de réfléchir aux actions à mener pour que la Fête du Sport ait un effet véritable impact sur la pratique sportive des français.
Voilà un exemple de ce que je souhaite faire, et en tout état de cause, ce type d'action s'inscrit dans un principe qui est pour moi intangible, et qui est celui du respect des compétences de chacun.
Voilà en ce qui concerne les méthodes de travail que je souhaite appliquer au sein de la maison. Maintenant à l'extérieur.
À l'extérieur, je pense aux personnes avec lesquelles nous dialoguons en permanence. Je souhaite que soient appliqués là aussi deux principes : le partenariat d'une part, la responsabilité de l'autre.
Le partenariat c'est celui que nous établissons avec nos interlocuteurs du monde sportif et du monde associatif. Je le mène actuellement au niveau du ministère avec les fédérations et les responsables des associations nationales les plus importantes, et vous le menez sur le terrain avec les clubs et les associations.
Il est essentiel que ce dialogue soit renforcé, d'autant que souvent, sur le terrain, les gens se sentent un peu ignorés par leur structure nationale. Vous devez être leur interlocuteur privilégié et nous faire remonter les informations lorsqu'il y a des distorsions avec les fédérations ou les associations nationales. Nous pourrons ainsi tout en respectant l'autonomie des fédérations et des associations corriger un peu le tir, ou tout du moins les inciter à le faire.
Nos deuxièmes partenaires ce sont les collectivités locales. Vous savez aussi bien que moi que leur implication est croissante en matière de sport et de jeunesse. Il ne faut pas les voir comme des concurrents, mais comme complémentaire à notre action.
Les crédits de l'État n'iront vraisemblablement pas en augmentant dans les années qui viennent, quels que soit d'ailleurs le ministère et les efforts que fera chaque ministre. Ce qui est essentiel c'est d'essayer d'avoir la meilleure utilisation des crédits publics. Et pour cela, je vous demande d'être au plus près des différentes collectivités locales en fonction de vos responsabilités, région, département, ou commune.
Il est essentiel que leurs actions ne soient pas en contradiction et ne fassent pas double emploi avec les nôtres. Et je suis persuadé que si nous réussissons à coordonner nos efforts nous aurons les uns et les autres, et pour le bénéfice des jeunes et celui des sportifs, des actions plus efficaces, plus pertinentes et d'une ampleur plus importante.
J'insiste sur la nécessité d'entretenir les meilleures relations avec les collectivités locales. Au cours de mes déplacements dans les départements, je souhaite rencontrer les responsables chargés des relations avec les associations et les clubs, qu'ils se situent au niveau des communes des départements ou des régions. C'est ce qui a été fait lors des réunions inter-régionales, je souhaite que cela puisse se poursuivre et que ce soit l'occasion de discuter des projets en cours. Car c'est souvent à l'occasion de la venue de quelqu'un d'extérieur que l'on peut mettre en lumière les difficultés et régler les problèmes. En clair, n'hésitez pas à utiliser ma présence lorsque je serai là.
Notre troisième série de partenaires ce sont les entreprises privées, et il n'y a aucune raison de faire de complexe en la matière. Il n'y a pas d'hypocrisie à avoir non plus car nous avons l'habitude, y compris au niveau de l'administration centrale, de travailler avec certaines d'entre elles. C'est une collaboration qu'il convient de développer sur le terrain. Et quand je parle de partenaires privés, je ne parle pas simplement du sponsoring ponctuel. Il faut établir des relations plus suivies, qui là encore ne portent pas sur des coups, mais qui permettent de mener des opérations sur la durée.
De ce point de vue, j'attire votre attention sur le fait qu'il ne faut pas simplement s'adresser à la grande entreprise locale. La France dispose d'un tissu de PME et de PMI qui sont aujourd'hui tout à fait prêtes à travailler avec le mouvement sportif. Et j'en vois parce que je suis également une élue de terrain - un grand nombre qui aujourd'hui, très discrètement, montent des opérations et qui seraient prêtes à aller beaucoup plus loin si elles disposaient d'un cadre qui leur donne une garantie de sérieux dans les projets élaborés. Alors ne les oubliez pas, il est important de les rencontrer.
Là encore, au cours de mes visites n'hésitez pas à me proposer des rencontres avec les responsables d'entreprises qui participent à l'animation en matière de sport et de jeunesse.
À côté de ces partenaires, je souhaite insister sur le rôle des bénévoles. Sans eux, nous n'aurions pas des réseaux sportifs et associatifs aussi étendu. Il faut les soutenir et les aider. Et je vous demande de ne pas hésiter à nous faire savoir qui ils sont, de façon à les distinguer et les récompenser, pour le travail qu'ils accomplissent sur le terrain.
Voilà quels sont les partenaires avec lesquels je souhaite que nous puissions travailler le plus souvent possible. L'idéal serait que pour chacune de nos actions, nous puissions réunir ces trois types de partenaires, le ministère intervenant en donnant à la fois un label à ce qu'il juge utile, et une ampleur financière supérieure au projet.
L'aspect complémentaire qui doit servir de cadre à ce partenariat, c'est la responsabilité.
La responsabilité signifie deux choses : le suivi des opérations et leur évaluation.
En ce qui concerne le suivi des opérations, c'est vous qui pouvez l'assurer car vous êtes au plus prêt du terrain. Il ne s'agit pas de faire de l'ingérence dans les clubs et les associations qui ont leur propre autonomie. Mais il est de notre responsabilité de suivre les opérations dans lesquelles nous mettons de l'argent en vérifiant qu'elles se déroulent avec les garanties de sécurité, de formation et de qualification pour les personnels qui les conduisent.
Pour ce qui relève des évaluations, j'estime au vu d'un certain nombre de rapports de l'inspection générale, qu'elles ne sont pas faites avec suffisamment de sérieux. C'est pourtant un élément essentiel.
À partir du moment où il y a des deniers publics nous devons savoir à quoi ils ont servis. Il ne s'agit pas de vérifier la seule régularité financière, il faut également évaluer les actions qui ont été menées. C'est la seule méthode pour encourager les opérations qui réussissent, et mettre un terme à celles qui échouent.
Je souhaite que nous puissions systématiquement avoir, préalablement à la prise de décision de poursuite du versement d'une subvention, l'évaluation de l'action menée l'année précédente. Il y a là un petit problème de calendrier que nous allons régler de façon à pouvoir donner très clairement à nos partenaires les dates auxquelles nous exigeons leur évaluation, auxquelles nous prendrons les décisions d'attributions de subvention et auxquelles ces subventions leurs seront déléguées puis payées.
J'insiste beaucoup sur ces évaluations. J'aurai l'occasion de vous demander de bien vouloir me fournir rapidement l'évaluation des actions menées sur tel ou tel point particulier.
Voilà donc en ce qui concerne la méthode que j'entends mettre en œuvre tant pour notre maison que dans nos rapports avec l'extérieur.
En ce qui concerne les orientations, j'aurais une remarque préalable. Je souhaite qu'il y ait une meilleure coordination dans nos actions sports et dans nos actions jeunesse. Il faut rechercher une réelle transversalité tant dans nos rapports avec nos partenaires, que dans le cadre de la politique de la ville. Nous aurons certainement l'occasion de l'évoquer en ce qui concerne les « Opérations Été ».
Commençons donc par les orientations que je souhaite donner à notre politique en matière de sport. Pour la commodité pédagogique de l'exposé, je distinguerai trois secteurs, même si j'estime qu'ils se rejoignent largement les uns et les autres, et je commencerai par vous parler du sport de haut niveau.
Je souhaite insister sur la préparation olympique, de deux façons. La première au niveau financier. Les crédits de la préparation olympique seront augmentés, ce qui est d'autant plus justifié que nous arrivons dans des années olympiques. Mais en dehors de cela, et c'est là ou vous avez un rôle à jouer, je souhaite également profiter de ces préparations olympiques pour organiser des actions réunissant les régions autour de leurs athlètes de haut niveau, et en particulier de leurs athlètes qui se rendront aux Jeux Olympiques.
Je crois que nous avons tout intérêt à développer un esprit à la fois régional et sportif dans une société qui finalement est un peu éclatée et où les gens ont tendance à se renfermer sur eux-mêmes. Nos athlètes sont originaires de toute la France et c'est une bonne chose pour eux que de savoir qu'ils ont que la derrière eux toute leur région. Grâce à l'aide de partenaires locaux, tels presse, la radio et la télévision, nous pourrions recréer une certaine unité autour de l'intérêt que le public leur porte au niveau régional. La création de cet esprit olympique à travers les régions doit nous permettre d'associer également des partenaires publics et privés. Vous aurez les uns et les autres un rôle à jouer en la matière, puisque c'est vous qui pouvez sensibiliser nos partenaires et détecter les moyens de réaliser de telles opérations.
Deuxième problème du haut niveau c'est celui des CREPS. J'ai demandé double évaluation.
Une évaluation de leurs problèmes matériels, que je connais, qui sont des problèmes d'aménagement et des problèmes patrimoniaux. Nous dégagerons au fur et à mesure les crédits nécessaires pour permettre le maintien, la conservation, voire l'amélioration de ce patrimoine.
Mais il y a également un point à faire pour repréciser les missions des CREPS. Une évaluation est aujourd'hui en cours, et je pense que vers la fin de l'été nous pourrons avoir des éléments plus précis sur leur avenir.
Troisième élément en ce qui concerne les sportifs de haut niveau, le problème de leur insertion professionnelle.
Il est négatif pour l'ensemble de la population, et notamment les jeunes, de voir des sportifs de haut niveau échouer à la fin de leur carrière sportive dans des emplois qui les dévaluent par rapport à ce qu'ils ont pu représenter pour leur région et leur pays. Certains d'entre eux échouent dans leur reconversion et se retrouvent à la rue.
Nous devons renforcer la coordination avec les collectivités locales qui mettent en place un véritable suivi social des athlètes de haut niveau. Vous avez un grand rôle à jouer en la matière, car vous connaissez les athlètes et vous êtes des interlocuteurs responsables vis à vis des collectivités locales et des entreprises. Je vous demande d'organiser cette coordination dans la perspective de conventions qui seraient passées pour chaque athlète, sur plusieurs années. L'insertion professionnelle des athlètes de haut niveau ne commence pas la veille du jour où ils abandonnent la compétition. Et même si certaines fédérations s'en occupent, nous avons aussi un rôle à jouer.
Il y a également une idée à faire passer, que vous m'entendrez répéter souvent le sport est un plus pour l'économie.
Nous sommes aujourd'hui dans une société où la concurrence économique, dure surtout en cette période, ira en s'accentuant. Nous sommes en même temps, dans un pays où l'idée de compétition a été complètement gommée de la formation. Professeur de formation, et ayant eu une responsabilité au sein du Ministère de l'Education Nationale, je suis bien placée pour le dire. Aujourd'hui, pour des raisons pédagogiques, peut-être compréhensibles, on a éliminé une partie de la notation et des classements, et on a fait disparaître l'idée d'émulation et de compétition. Au résultat, les jeunes qui sortent de notre système de formation ne sont pas préparés à entrer dans des entreprises en situation de concurrence. Or de plus en plus, nous nous rendons compte qu'à côté de la formation, le caractère et la volonté jouent un rôle essentiel. Et l'un des lieux où l'on garde encore l'esprit de la compétition, c'est à dire l'esprit de la rigueur, de l'effort, du dépassement de soi et de la volonté de gagner, c'est le milieu du sport.
C'est cette idée qu'il faut faire passer dans les milieux économiques. Je vais la développer et mener des actions au plan national, mais il est évident qu'il faudra réfléchir à des actions que nous pourrons mener aux niveaux régional et départemental.
On incitera les jeunes à faire du sport s'ils savent que dans leur curriculum vitae sera pris en compte le fait qu'ils aient pratiqué une activité physique. Il faut cesser de considérer les athlètes de haut niveau uniquement comme des hommes sandwichs faisant de la publicité pour une société quand en réalité ils peuvent apporter un véritable plus dans la compétitivité d'une entreprise.
Enfin, en ce qui concerne le sport de haut niveau, un troisième point de l'action que je veux mener concerne la médecine du sport et la prévention en matière de dopage. C'est un point que j'évoquerai simplement, parce que vous le connaissez, et que nous pourrons y revenir si vous le souhaitez à l'occasion du débat.
La deuxième orientation de ma politique sportive concerne le sport pour tous. Mes priorités en la matière sont de trois ordres.
Je souhaite que nous soutenions le sport en milieu rural et ceci dans le cadre de la politique d'aménagement du territoire conduite par le gouvernement. Si nous voulons éviter que ne grossissent les problèmes dans les banlieues et dans les villes, il faut savoir retenir les jeunes qui se trouvent en milieu rural, voire en attirer certains, en leur offrant une animation. C'est en soutenant les clubs et les associations rurales que nous maintiendrons cette offre d'animation. Et nous y consacrerons nos efforts à la fois au niveau des crédits déconcentrés, mais également dans les conventions d'objectifs que je passerai avec les fédérations.
Un effort sera fait également en direction des petits clubs dont je connais les difficultés dans le domaine fiscal et avec l'URSSAF. Je m'en occupe avec mes collègues du gouvernement. Je reste également sensible à leurs difficultés de fonctionnement au quotidien et à leur découragement parfois.
En matière de sport pour tous, je souhaite également que nous puissions continuer et développer une opération telle que « Profession Sport ». Je crois qu'elle répond à un réel besoin et les bilans que j'ai vu jusqu'à présent sont plutôt positifs.
En ce qui concerne le sport-intégration, je continuerai à développer, sous certaines conditions, la politique de construction des équipements de proximité.
Je souhaite en premier lieu, un bilan: bilan de ce qui est parti de la maison, et il y a eu de bilan de ce qui est arrivé. Parce que dans un certain nombre de cas, l'évaporation. Des équipements partis ne sont jamais arrivés sur le terrain m'a-t- on dit! Je voudrais connaître également l'état des équipements sur le terrain. En me rendant dans certains quartiers dits « défavorisés », je me suis aperçu qu'il y avait de grandes différences. C'est à vous de réaliser ce bilan et de me le transmettre.
En deuxième lieu il faut veiller à la qualité des équipements qui soient d'une certaine qualité. C'est un ‘point que vous devrez aborder avec les collectivités locales qui n'ont pas toujours cette préoccupation. Les équipements de qualité durent plus longtemps et correspondent mieux à ce que l'on cherche. Il ne faut pas forcément mettre du béton et du fer partout si l'on veut que les jeunes y trouvent un intérêt et les protègent contre les dégradations. Là aussi nous avons une action à mener et vous avez une sensibilisation à faire à l'égard des partenaires qui agissent avec nous.
Le troisième élément concerne la responsabilisation. Je ne souhaite plus que l'on installe des équipements dans un coin sans s'occuper de ce qu'ils deviennent. Lorsque c'est le cas, ils se dégradent ou disparaissent et les jeunes à qui ils sont destinés ne s'y intéressent pas. Or je souhaite qu'ils se les approprient. Avant qu'un équipement soit construit, je vous demande de veiller à ce qu'il y ait un groupe d'accueil, que ce soit une association déjà existante ou à créer, ou même un groupe un peu formalisé. Je veux des gens qui soient des responsables dans l'utilisation et l'entretien des équipements. Et c'est là où nous rejoignons en partie le problème de « Profession-Sport ».
Voilà quelques orientations que je souhaitais vous indiquer quant à ce que je souhaite faire en matière de sport.
Voyons maintenant le domaine de la Jeunesse.
J'ai nommé comme directeur de la Jeunesse quelqu'un que vous connaissez et qui connaît bien vos problèmes puisque c'est l'un des vôtres, Monsieur Balavoine.
Ce que je souhaite en matière de Jeunesse c'est que l'on s'adresse à toute la jeunesse. On parle beaucoup des jeunes en difficulté, il ne faut pas les oublier. Mais j'aimerais bien que l'on ne limite pas le problème de la jeunesse simplement aux jeunes en difficulté. D'abord parce que ce serait oublier l'immense majorité des autres, ce qui serait parfaitement injuste, et ensuite parce que les jeunes ont besoin d'avoir une image positive de la société et d'eux-mêmes. En ne parlant que des jeunes en difficulté on leur donne une image négative de ce qu'ils sont.
En ce qui concerne la Jeunesse j'insisterai sur trois actions, ou trois principes.
D'abord l'action pour tous. L'action doit être pour tous, c'est à dire aussi pour le milieu rural. Nous devons nous intéresser au développement de l'animation de la jeunesse en milieu rural, si nous voulons éviter de la retrouver dans les banlieues ou dans les quartiers difficiles.
Deuxièmement, je souhaite une refonte, que j'ai demandé aux services, des « Projets J » et des « Défi Jeunes ». Il nous faut en premier lieu une évaluation des résultats, et je vous demande de me faire remonter votre appréciation de ce qui s'est passé sur le terrain.
Il nous faut en second lieu un meilleur suivi des actions. Ce qui est important c'est que nous sachions comment ces projets se développent et ce qu'ils donnent. On ne doit pas laisser les jeunes partir à l'abandon. Même si c'était au départ l'idée des « Défis ». Le « Défi » c'est effectivement une aide que l'on apporte à un jeune, mais nous devons non seulement lui donner de l'argent mais également l'appuyer et lui offrir un véritable parrainage en suivant ce qu'il fait.
Enfin, le troisième point c'est le développement de l'information. Nous avons encore aujourd'hui des problèmes de développement de l'information, qui ne sont pas simplement des problèmes quantitatifs. Il faut créer des réseaux, c'est vrai, mais il y a également des problèmes qualitatifs. Car j'ai vu dans un certain nombre de quartiers, alors même que le centre d'information était à 200 m, des jeunes qui m'ont dit « mais on ne sait pas ce qui se passe, on ne sait pas quoi faire et on ne sait pas ce qu'on peut faire ». Là nous avons un certain nombre d'opérations à mener.
Deuxième axe de la politique en matière de jeunesse, c'est le domaine international. Peut-être par formation mais également par centre d'intérêt, par ce que j'ai fait au cours des dernières années, je souhaite mettre un accent particulier sur ce secteur et le renforcer.
Il y a un point particulier, je le sais, qui pose un petit problème. C'est celui des opérations transfrontalières qui se font par les services déconcentrés. Je suis favorable à ces opérations dès lors qu'elles sont bilatérales parce qu'elles correspondent simplement à la réalité du terrain. Là aussi c'est peut-être mon expérience personnelle, mais étant sur la côte basque il me parait tout à fait normal de mener des opérations avec nos voisins Espagnols. Si l'on doit faire remonter chaque initiative au niveau national nous allons perdre du temps et des opérations vont disparaître.
Je crois qu'il faut être concret, pragmatique et près du terrain. J'encourage ces opérations dès lors qu'il s'agit d'opérations de localité à localité. Ce que je vous demande c'est de faire remonter l'information car les opérations que vous menez d'une façon transfrontalière peuvent et doivent aussi s'inscrire dans le cadre plus large de la politique menée d'État à État.
Je souhaite également que ces opérations puissent se faire dans le cadre du partenariat, sans oublier les collectivités locales qui ont souvent des systèmes d'échanges et de jumelages avec des communes voisines. Dans ce domaine-là aussi ce qui compte ce n'est pas le coup, ce n'est pas l'opération que l'on fait une fois, mais c'est le suivi. Si l'on veut que les jeunes apprennent effectivement à mieux connaître ce qui est de notre côté, il ne faut pas simplement qu'ils se voient une fois. Il faut qu'il y ait un réel suivi ainsi qu'une réelle osmose avec l'ensemble des communes et l'ensemble de la société locale…
Enfin, troisième axe en ce qui concerne la jeunesse, les « Opérations Été ». Je vous demande de me faire parvenir dans les jours qui viennent votre bilan des opérations qui ont été menées l'année dernière. Car je soutiendrai et j'aiderai à la reconduction de ce qui a marché. S'il y a des choses qui n'ont pas marché, ce n'est pas la peine de persévérer. Là aussi, soyons pragmatiques. Je vous demande donc de vous atteler dès votre retour dans vos directions à me faire le bilan de ces opérations.
Dernier élément en ce qui concerne la Jeunesse, la formation. Rassurez-vous je serai très brève.
Je souhaite encourager, notamment les jeunes, à venir vers nos formations. Nous devons leur expliquer ce que représentent comme possibilité des programmes tels que « Profession Sport ». Nous le ferons d'autant mieux que nous pourrons leur dire, en partenariat avec les collectivités locales, qu'à partir du moment où ils auront acquis une formation, les collectivités locales les emploieront plus facilement.
Le deuxième point c'est la simplification indispensable des examens. J'en ai parlé avec M. Lesage à plusieurs reprises, nous ne pouvons pas rester dans les systèmes existants. Nous allons réfléchir et essayer le plus rapidement possible de les simplifier. Pour des raisons de coûts mais également pour des raisons de pure et simple rationalité.
Enfin, troisième élément, je souhaite promouvoir l'apprentissage. Je crois que c'est une voie que nous n'avons pas suffisamment exploité. Dans le domaine du sport en particulier.
Juridiquement, j'ai déjà fait étudier le problème, nous entrons parfaitement dans les créneaux des contrats d'apprentissage. Je crois que c'est pour les jeunes, y compris ceux en difficultés un moyen d'aller vers des emplois. Des possibilités existent. C'est un des points que nous développerons dans les mois qui viennent.
En conclusion, je souhaite que nous puissions travailler très étroitement ensemble. C'est la raison pour laquelle j'irai vous voir souvent sur le terrain et j'essaierai de vous rencontrer le plus rapidement possible.
Je souhaite que nous travaillions ensemble parce que nous sommes un petit ministère, avec des possibilités immenses d'extension de nos taches. Nous sommes un petit ministère en nombre, c'est vrai. Et en budget, c'est vrai aussi. Si cette situation présente des inconvénients, elle présente également des avantages. Elle nous permet de travailler en quelque sorte en commando, beaucoup plus vite, avec des rapports beaucoup plus faciles. Comme nous sommes un petit ministère nous n'avons pas toutes les pesanteurs que j'ai connu dans d'autres maisons et il faut en profiter.
Je crois que nous avons une très grande tâche, parce que les problèmes de notre société sont des problèmes de jeunesse. Ce sont également des problèmes de morosité. Les gens ne savent pas en quoi croire. Or je crois, moi, que le sport leur redonne un d'intérêt. Nous le voyons bien à travers l'audimat, et l'affluence dans les stades. Nous pouvons transformer cette morosité en quelque chose de positif.
Pendant un certain temps on a pensé que le sport était peut-être quelque chose d'un peu marginal dans l'action gouvernementale. C'est au contraire un point central. Nous pouvons apporter le plus qui fait reprendre confiance aux individus, qui peut leur faire croire dans l'avenir, qui peut leur donner envie de bouger. Ce n'est pas quelque chose que je ferai depuis Paris. Ce sont des idées, ce sont des réalités qu'on ne peut transmettre que sur le terrain. Vous le savez très bien et je le sais aussi.
Les hommes politiques aujourd'hui ne sont plus crûs. Je ne sais pas s'ils sont crédibles ou pas, c'est un autre problème, mais en tous les cas ils ne sont plus crûs. Ce qui est crû ce sont les actions concrètes, et c'est bien la raison pour laquelle il ne s'agit plus de faire aujourd'hui des promesses non tenues. Il ne s'agit pas de faire aujourd'hui des coups médiatiques qui ne sont pas suivis d'effet. Il s'agit d'être sérieux. Il s'agit d'être au plus près des problèmes des gens sur le terrain.
C'est vous qui avez la permanence de cette mission. Moi je suis là pour quelques mois et je le sais. Et j'ai envie de travailler avec vous parce que aussi vous qui pourrez changer les mentalités.
L'avenir du ministère, de son image, l'avenir des jeunes dont vous vous occupez, c'est vous qui l'avez entre vos mains. C'est vous qui pouvez faire les choses. Je ne suis là que pour une seule chose : vous aider. C'est en ce sens que je conçois ma mission et que je vous remercie de ce que vous faites.