Texte intégral
J.-J. Bourdin : Le Smic ne sera augmenté, cette année, que dans le cadre de la loi.
M. Blondel : Il est clair que le Premier ministre n'a pas l'intention d'augmenter les salaires, cette année, c'est-à-dire qu'il continue à faire baisser le coût du travail d'une part, et d'autre part, à presser sur la consommation. Ce que je déplore, car cela aura un effet boomerang.
J.-J. Bourdin : La loi prévoit que le Smic soit revalorisé chaque année le 1er juillet?
M. Blondel : Il y a des obligations. Il y aura une augmentation du SMIC, seulement elle ne correspondra pas à l'évolution des salaires. Elle correspondra à une augmentation basée sur les prix strictement et surtout sur l'indice annoncé des prix. Cela veut dire qu'il y aura un écart. Or, depuis plusieurs années, nous avions réussi à nous mettre d'accord avec le gouvernement pour qu'à chaque augmentation, il y ait un petit coup de pouce. Il y a environ 1 500 000 salariés qui sont payés au Smic, mais surtout il y a pratiquement 6 millions qui sont payés en dessous et jusqu'à 120 % du SMIC. Sans être le point de référence des salaires cela pèse considérablement.
J.-J. Bourdin : Le Smic fait le lit du chômage ?
M. Blondel : C'est les ayatollahs du libéralisme qui disent cela. Pour eux, les patrons embaucheraient s'ils n'avaient pas à payer les salariés. Or, les patrons embauchent s'ils ont du travail. Cela ne les intéresse pas d'avoir des gens qui sont dans leur maison mais qui ne font rien, quel que soit le prix qu'ils aient à les payer. Le Smic n'est pas un frein à l'embauche, c'est même un soutien à la consommation le gouvernement en a besoin.
J.-J. Bourdin : Et les retraités ?
M. Blondel : Les retraités se sentent frustrés en partant du principe qu'ils ne peuvent pas lutter comme les autres et qu'ils n'ont plus le pouvoir de faire grève. De surcroît, on va leur faire payer la CSG. Nous préparons et nous informons pour réagir sous une forme que je place à la rentrée. Je voudrais quelque chose d'assez dur.
J.-J. Bourdin : Grande manifestation?
M. Blondel : Peut-être. J'ai prévenu E. Balladur que nous demanderions des compensations salariales. Une grève qui serait une grève de 24 h, interprofessionnelle, m'apparaîtrait comme un adjuvant pour faire passer la pilule. Il faut faire autre chose.
J.-J. Bourdin : Peut-on imaginer un grand mouvement de toutes les organisations syndicales ?
M. Blondel : Il est fort probable que chacune d'entre elles prendra quelques initiatives. Je pense obtenir de mes amis la possibilité d'en converser.