Interventions de M. Michel Rocard, premier secrétaire du PS, lors du Congrès du Bourget le 24 octobre 1993 et au Conseil national du PS le 4 novembre, publiées dans "Vendredi" du 17 décembre 1993, sur le programme et les priorités du PS et sur sa stratégie politique.

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Circonstance : Congrès constituant du PS, le Bourget les 22, 23 et 24 octobre 1993-Conseil national du PS, le 4 novembre 1993

Média : Vendredi

Texte intégral

Discours de clôture de Michel Rocard

L'avenir que le monde se prépare semble opaque. Pourtant, il est simple à prévoir. Soit, de plus en plus et fatalement, l'homme sera un loup pour l'homme. Soit, de plus en plus et contre la fatalité, l'homme sera un partenaire pour l'homme.

Je commence donc mon propos, ici, au Bourget comme je l'avais terminé à Lyon. Socialisme, cela vient de "socius" qui signifie allié, associé, partenaire. Et je crois que l'humanité n'aura pas de troisième voie. Ou bien elle laissera s'installer le monde du chacun pour soi, contre tous les autres : un vaste parc aux loups. Ou bien, au contraire, elle saura poursuivre la construction d'une humanité vraiment socialisée, où les hommes, au lieu de s'entre-dévorer, seront solidaires : un monde de partenaires.

Ce monde évidemment connaîtra des conflits. La politique sera justement là pour les trancher. Mais ces conflits se dérouleront dans la paix, dans la démocratie, et dans la solidarité.

Déjà le monde change vite, et d'ailleurs pas toujours en mal. Il est des images récentes qui resteront gravées dans nos mémoires. Celles des combattants de l'égalité, Mandela et de Klerk, celle des combattants de la paix, Rabin et Arafat.

Il est des poignées de mains qui sont des pages d'histoire, des poignées de mains qui portent l'espérance.

Mais le changement du monde n'est pas toujours de ce type. Partout se manifestent aussi les forces de la désagrégation. Depuis quelques années à peine, le changement s'est à la fois accéléré et amplifié. Amplifié sous l'effet considérable de la chute du communisme. Accéléré sous l'effet de progrès techniques irrésistibles qui, chaque jour davantage, remplacent l'homme par l'automate, tandis que la mondialisation instantanée et permanente de tous les échanges fait perdre les repères et les identités.

C'est un immense tournant que nous sommes en train de vivre. Le monde change et nous devons changer aussi. Mais, naturellement nous ne repartirons pas de zéro. Notre passé est présent. Nous l'assumons. Même si le verdict des Français nous a été douloureux, nous assumons ce passé. Nous l'assumons même avec fierté.

Nous savons qu'un jour il sera ré estimé.

Après tout, regardez quelles figures unanimement respectées sont aujourd'hui par exemple Jules Ferry et Léon Blum. Qui se souvient que le premier a terminé sa carrière politique entouré de la haine, et que le second était à ce point décrié au lendemain du Front populaire qu'il ne pouvait même plus s'exprimer publiquement ? Depuis, leur œuvre a été enfin reconnue. N'ayez aucun doute, la nôtre le sera aussi, et la justice y gagnera.

Mais d'ici là, face aux changements du monde, nous avons un devoir d'audace. Audace de la pensée, audace de l'action, audace pour redonner une pensée et un sens à l'action politique.

Mais quand tout, comme aujourd'hui, paraît obscur, extraordinairement compliqué, terriblement difficile, alors, il faut commencer par en revenir au fondamental. Ce qui est fondamental, pour nous, ce sont nos convictions.

Et la première de ces convictions, c'est celle qui fait du socialisme avant tout un humanisme, une morale qui veut aider les hommes à devenir partenaires comme c'est leur vocation d'hommes.

Le risque, déjà, hélas, une réalité déjà, c'est l'éclatement, l'isolement. Les Français sont inquiets, dubitatifs, sceptiques à l'égard de toute action politique.

Deux stratégies s'en déduisent. L'une prend acte du découragement civique des catégories sociales en difficulté, se rabat sur des logiques de clientèles, gouverne par et pour ceux qui sont les mieux intégrés, et abandonne les autres à leur désespoir, leur résignation ou leur rancœur.

C'est ce qu'on pourrait appeler un système censitaire "soft". Il est plus ou moins consciemment pratiqué par tous les gouvernements conservateurs en Europe.

L'autre stratégie, l'autre volonté, c'est-à-dire notre stratégie, notre volonté entendent dégager les intérêts communs entre les classes moyennes et les classes populaires. L'enjeu, c'est l'idée même d'égalité des chances face aux injustices de la nature ou du système. L'enjeu, c'est la protection sociale, héritage des luttes des générations qui nous ont précédés.

Or nous sommes engagés dans une véritable course de vitesse. Pour la gagner, il nous faudra sortir de la contradiction qui a si cruellement marqué nos années 80, celle qui nous mettait dans une position défensive absurde : on nous reprochait soit d'être socialistes et inefficaces, soit d'être efficaces mais plus socialistes !

Pour sortir de cette impasse il faut, une fois encore, repartir de nos convictions fondamentales.

Ma conviction fondamentale, en ce qui concerne le chômage, je l'ai dite avant même les élections : c'est que nous ne réglerons le problème qu'en organisant différemment le travail dans notre société. Le chômage n'est pas seulement un problème économique et social, c'est aussi une question culturelle.

Le retour de la croissance est nécessaire, mais il ne sera pas suffisant. En revanche, il facilitera considérablement l'autre mutation dont j'ai l'absolue conviction, avec vous, qu'elle est indispensable : la baisse massive de la durée du travail.

Oui, mes amis, la semaine de quatre jours est un objectif urgent, digne et responsable.

La semaine de quatre jours est urgente parce qu'elle est la seule voie qui nous permette de passer entre ces deux écueils inacceptables que d'autres proposent à la France : l'aventurisme d'un côté, ou la résignation de l'autre. La semaine de quatre jours est digne car elle se traduira par un progrès social dont nous devons être les ardents promoteurs : que chacun puisse dans l'avenir disposer d'une journée à soi, une journée pour soi ! La semaine de quatre jours est responsable car, à certaines conditions précises, il ne dépend que de nous tous de la mettre en œuvre. Quelles sont ces conditions ? J'en vois trois : réorganiser la production, traiter la question du revenu, s'interroger sur les compensations.

Réorganiser le travail. Tout le monde comprend que si on baisse de 20 % la durée du travail, sans autre forme de procès, cela se traduit simplement par une baisse de 20 % de la production. Cela supprimerait des emplois plutôt que d'en créer. Il faut donc réorganiser l'entreprise de manière telle que sa production, qu'elle soit de biens ou de services, s'enrichisse d'une équipe supplémentaire et accroisse la durée d'utilisation des équipements.

Traiter la question du revenu. C'est possible. Mais je le dis tout net : ceux qui veulent croire qu'on pourrait réduire massivement la durée du travail sans aucune réduction du revenu pour quiconque nourrissent une illusion. Il faut affronter la réalité : si, pour une diminution significative du chômage, on choisit une baisse significative de la durée du travail, alors, la bonne question, la première question à se poser, c'est : comment garantir que ces baisses des revenus soient justes et n'affectent pas les bas salaires ?

Pour que cela puisse être juste, il faudra prendre en compte l'ensemble des revenus – revenus du capital, niveau des impôts, des prestations – et pas les seuls salaires. Il faudra aussi résolument affecter à la politique de l'emploi, et par priorité absolue, tous les gains de productivité que le progrès ou la réorganisation du travail permettront. Il faudra encore, évidemment, que la croissance retrouvée – je reviendrai sur ce sujet – apporte à la nation le surcroît de richesses qui diminuera d'autant les efforts inévitables. Il faudra enfin réfléchir aux compensations, celles que l'État apportera.

Moyennant toutes ces conditions, ces efforts à faire pourront être limités, certainement temporaires, justement répartis. Mais, n'affectons pas de l'ignorer : en contrepartie d'un droit retrouvé à l'activité pour tous, en contrepartie d'une garantie sérieuse de voir diminuer rapidement cette hantise du chômage qui habite tous les Français, oui, il y a aura des efforts à faire.

Le législateur devra fixer le cadre, déterminer les étapes, organiser les compensations. Il ne pourra pas se substituer aux acteurs, ni même essayer de le faire.

En revanche, même si les partenaires sociaux s'accordent sur les efforts à faire, en contrepartie par exemple d'un intéressement aux résultats futurs, les résultats ne pourront jamais être à hauteur du besoin. Il faut donc que l'État les relaye.

C'est son devoir. bien sûr, mais c'est aussi son intérêt, puisque cela fait partie des méthodes efficaces pour tourner vers l'activité les sommes considérables qui, aujourd'hui, ne sont consacrées qu'au financement de l'inactivité. Et le retour de nombre de femmes et d'hommes à l'activité, cela signifie moins d'allocations de chômage, plus de rentrées d'impôts sur la production. L'État peut donc amorcer la pompe, et en moins de deux ou trois ans il retrouvera sa mise.

Ne nous y trompons pas, c'est un véritable projet de société qui se dessine. En matière de travail aussi, la solidarité doit être à l'œuvre.

Ce projet de société, il se fonde sur la consécration réelle d'un véritable droit de chacun à une activité. Il se prolonge de son corollaire, indispensable pour les socialistes que nous sommes : celui de l'égalité continue des chances.

Nous le savons tous : nul d'entre nous ne peut plus avoir la certitude que l'on avait il y a encore vingt ans que ses enfants vivront mieux, auront un emploi et un revenu plus gratifiants. L'ascenseur social est en dérangement. Et ce constat de base se prolonge malheureusement à l'infini, dans les inégalités face à l'éducation, à la culture, au logement, et, bien entendu, les inégalités entre hommes et femmes.

Je vous invite donc à remettre au cœur de nos réflexions, de nos propositions, l'égalité parce qu'elle fait partie de nos idéaux, l'égalité continue, car elle ne saurait être assurée une fois seulement au début de la vie, c'est-à-dire à l'école, et pour solde de tout compte. Nous voulons l'égalité continue des chances, de toutes les chances et pas seulement celles qui conduisent à des diplômes. Contre les impasses et le désespoir, se former doit être une possibilité pour tous, tout au long d'une vie.

L'égalité continue suppose la laïcité car elle se soucie seulement de ce qu'elle apporte, sans faire de distinctions entre ceux auxquels elle l'apporte.

L'égalité continue suppose aussi de lutter contre les inégalités territoriales. M. Pasqua les connaît bien, lui qui préside le département le plus riche de France. Il peut même s'en entretenir avec son collègue du budget, qui dirige lui une des communes les plus riches de France. L'un comme l'autre m'avaient combattu lorsque j'avais imposé une solidarité financière entre collectivités locales. Alors, il est indispensable que vous participiez activement au débat, pour y faire entendre vos exigences de justice.

Pour toutes ces raisons, je crois le moment venu de créer une Charte de l'égalité continue des chances. Une Charte des garanties minimales auxquels tout Français a un droit imprescriptible. Figureraient déjà sur cette Charte le revenu minimum d'insertion et le crédit-formation. Mais il faut l'enrichir du droit à une activité sociale, du droit à la couverture sociale, du droit à un entretien personnalisé, au moins trimestriel, avec les services d'aide sociale. Cela sera encore insuffisant. Mais cela sera un progrès sensible le jour où cela existera. Et cela existera si nous nous en fixons le but.

Mais chacun des problèmes que nous devons affronter doit être traité à son niveau pertinent. Et souvent, nous le savons tous, et moi je m'en réjouis, ce niveau pertinent c'est l'Europe ! Or la voici malade, malade de ses hésitations, malade de ses flottements, malade aussi d'avoir déçu les attentes du Tiers Monde désireux d'échapper à l'emprise politique des seuls États-Unis. Bref, voilà l'Europe malade surtout d'avoir trop longtemps compté en son sein dix gouvernements sur douze dirigés par la droite

Sur ce sujet aussi mes convictions sont simples. Je sais que l'Europe peut être de nouveau un facteur de croissance. Je sais que l'Europe sera la meilleure garantie de notre protection sociale. Parce qu'il n'y aura de choix qu'entre la relance ou le démantèlement, je sais que pour des socialistes ouverts, modernes, il n'est d'avenir qu'avec les autres socialistes d'Europe.

Et c'est dans cet esprit que je propose une nouvelle donne européenne, un New Deal européen. L'idée est simple. Que la Communauté, qui n'est pas endettée, fasse ce choix intelligemment keynésien qui consiste à emprunter, à long terme, au moins 50 milliards d'écus ! Que ces cinquante milliards d'écus soient aussitôt réinvestis dans des dépenses présentant une double caractéristique : être des investissements d'avenir, être créateurs d'emplois. Et, sachant que toute mise de fonds de la Communauté déclenche des efforts des États, des collectivités locales et du secteur privé, ce sont ainsi, au minimum, 150 à 200 milliards d'écus, soit entre 1 000 et 1 300 milliards de francs, qui, injectés dans la Communauté, relanceront l'activité et la croissance.

Quant aux utilisations possibles, elles sont infinies. Il y a même déjà plus de projets qu'il ne sera possible d'en financer. Pour citer quelques exemples, je songe prioritairement aux travaux de reconstruction de vraies villes, à la place de banlieues invivables, partout où c'est urgent en Europe. Je songe aussi à ce qui est nécessaire pour entamer la restauration de la qualité de notre environnement, et aux efforts de recherche-développement à faire dans le domaine de la voiture propre. Je songe encore aux infrastructures de communication, qu'il s'agisse des TGV ou de ce qu'on appelle déjà les autoroutes informatiques, dont nous aurons demain un besoin vital si nous ne voulons pas être distancés par plus modernes que nous.

Il paraît que les socialistes ne proposent rien. Voilà une idée, une idée qui est réaliste et qui en même temps ne manque pas de souffle. Alors, je le sais bien, il y a un obstacle : il n'est pas sûr que les gouvernements de droite qui dirigent la Communauté s'y rallient facilement. Et alors ! Ils ne seront pas éternels ! Pas plus que le gouvernement Balladur !

Vous avez entendu Felipe Gonzalez hier. Il est déjà acquis et il est au pouvoir. Vous n'avez pas entendu le Premier ministre Danois mais je sais que l'idée l'intéresse. Vous avez entendu Rudolf Scharping, il est déjà acquis et peut espérer être au pouvoir dès l'an prochain. Et le temps viendra vite où John Smith, notre ami travailliste remplacera John Major, notre adversaire conservateur.

Ces convergences, il faut les renforcer. Ces alternances, il faut les préparer. C'est pourquoi je fais mienne la proposition de Jean Poperen. Oui, il nous faut tenter un grand rassemblement des socialistes européens. Oui, ils rencontrent, chacun dans son pays, des problèmes comparables aux nôtres. Oui, c'est partout en Europe que les travailleurs se sentent menacés. Oui, donc, c'est au niveau européen qu'il faut essayer de bâtir en commun une plateforme de lutte, un programme d'action, et ils auront évidemment des prolongements politiques.

La mode était encore, voici quelques semaines, à enterrer vivant les socialistes. On parlait de tornade libérale. Tornade sociale, oui, dans ce qu'elle a de destructeur. Mais la tornade politique, elle, appartient déjà au passé chez nombre de nos voisins.

Et pourquoi cette mode est-elle déjà retombée ? Parce qu'hors de nos frontières aussi, bien des gens ont déjà compris les termes du choix de l'avenir : soit, de plus en plus et fatalement, l'homme sera un loup pour l'homme ; soit, de plus en plus et contre la fatalité, l'homme sera un partenaire pour l'homme.

Autant que nous, nos amis européens ont besoin de revoir les socialistes conduire la France. Pour eux aussi, nous devons convaincre les Français de la validité de nos propositions.

Trois idées majeures les résument : une société de pleine activité, l'égalité continue des chances, la nouvelle donne européenne.

Ces idées, nous devons les faire vivre. Ce sont elles qui font et qui feront notre identité de socialistes.

Il faudra les faire vivre électoralement, et nous en aurons l'occasion dès les prochaines élections cantonales, parce que chacune de ces idées peut avoir sa traduction concrète et locale. Nous en aurons ensuite l'occasion avec la campagne européenne. À ce sujet, un certain nombre d'entre vous m'ont fait l'amitié de suggérer, voire de souhaiter, que je conduise notre liste. Eh bien, je suis d'accord.

Mais à une condition : que derrière moi cette liste soit composée à stricte égalité de femmes et d'hommes, qu'un candidat sur deux soit une candidate, et ce du début à la fin de la liste !

Finis les fausses pudeurs et les mauvais prétextes, les "oui mais", les "faut voir", les "un peu plus tard". Non, cette décision, pour ces élections qui s'y prêtent particulièrement bien, c'est maintenant, aujourd'hui, tout de suite, que nous devons la prendre. Le monde change. Ce changement sera un signe clair. Les femmes ne seront plus seulement électrices à égalité. Elles seront élues à égalité ! Pour une Europe nouvelle, une représentation nouvelle.

Faire vivre nos idées dans les élections, donc, mais les faire vivre aussi dans l'intervalle des élections.

La préparation de ce Congrès a été éclairante. Un militant/une voix, c'est sain, c'est juste, mais aussi c'est limpide. Cela montre que notre revendication à être un parti de masse résiste mal à l'épreuve des faits. Cela montre l'écart qui existe entre le nombre des adhérents revendiqués et le nombre de ceux qui se déplacent pour voter. Ce constat est désagréable, mais il est salutaire. Chaque fédération peut ainsi mesurer où elle en est et où en sont les autres, et nous disposerons pour l'avenir d'un indice clair dans le nombre des femmes et des hommes qui retrouveront le chemin de nos débats.

Notre vie démocratique change. Nos formes d'action doivent changer aussi, il nous faut privilégier un fonctionnement en réseaux. Organiser nos sympathisants au niveau local, recréer des contacts dans des milieux professionnels, bref, nous montrer ouverts en allant à la rencontre des Français. Il faut le faire. Nous le ferons. C'est l'objet du plan d'action que j'entends mettre en œuvre pour les mois qui viennent.

D'abord nous allons organiser deux conventions thématiques, ouvertes à tous les sympathisants. L'une, dès février, portera sur la nouvelle donne européenne. La suivante, au lendemain des cantonales, portera sur la place des socialistes dans tous les secteurs de la société.

Avant les européennes, nous organiserons 22 meetings régionaux de mobilisation. Nous les commencerons dès janvier, et naturellement je participerai à tous.

Nous allons proposer à chaque fédération un contrat, sur des objectifs, avec des buts clairs, planifiés, évalués, et des possibilités de péréquation financière.

Et je voudrais, au tout début de l'été prochain, que nous ayons assez de ressort, de fierté retrouvée, d'audience rétablie, pour que nous soyons en mesure d'organiser ce que nous n'avons plus jamais osé : une grande fête populaire qui serait celle d'une gauche ouverte et rassemblée.

Tout cela vise à créer cette nouvelle donne politique dont la France a besoin. Et c'est cela qui nous conduira à exercer à nouveau, pour les Français et avec eux, le pouvoir dans l'État. De l'État, nous exigeons qu'il soit transparent, rigoureux, insoupçonnable. Il nous faut l'exiger de notre Parti aussi. Je ne fais pas, moi, de distinction morale entre les fins et les moyens. Nos fins sont morales. Nos moyens doivent l'être tout autant.

Aucun d'entre nous ne veut revivre les pénibles procès qui nous ont été faits dans un passé récent. C'est pourquoi nous devons nous donner un Comité d'éthique interne, qui soit rigoureux. C'est pourquoi nous ne devions pas attendre des décisions de justice, tardives ou au contraire précipitées, au cas où l'un des nôtres serait mis en cause pour des faits contraires à l'honneur ou à la probité. C'est pourquoi ce Comité d'éthique devra pouvoir prendre les devants lui-même et proposer les mesures que toute situation problématique imposerait.

Nous savons bien que nous sommes un Parti d'honnêtes gens. Il faut que les autres réapprennent à le savoir. Et ils ne le sauront que si nous nous montrons spécialement vigilants. Un seul ancien socialiste en Amérique du Sud, et ce sont des dizaines de milliers de socialistes qui se sentent humiliés an France. Alors, je le dis tout net : plus jamais ça ! Et nous en prendrons les moyens.

Il nous faut aussi nous remettre à l'écoute du mouvement social. Quand une idée est bonne, elle est bonne ! Peu importe d'où elle vient. Peu importe qu'elle soit de la CFDT, de FO ou de la CGT, si une idée est bonne, je prends. Mon seul espoir, c'est que ce soit à charge de revanche, que les syndicats aussi reprennent à leur compte, sans fausse pudeur et sans hésitation, celles de nos idées qu'ils peuvent trouver bonnes. Eux comme nous avons trop vécu chacun chez soi. Et ces mauvaises habitudes de splendide isolement doivent d'autant plus prendre fin que les dangers sont grands.

Il s'est passé quelque chose la semaine dernière avec, pour la première fois depuis longtemps, une ébauche de retour à l'unité d'action syndicale. Tant mieux ! À nous d'y prendre notre place, qui ne sera plus de simple politesse.

Ce que nous entendons faire sur le plan social, il nous faut le prolonger d'urgence sur le plan politique. Reconstruire une alternative à offrir aux Français, le faire sur des bases qui ne perpétuent pas des clivages dépassés, quitte à en découvrir de nouveaux, c'est la tâche que nous nous sommes fixée aux États Généraux. C'est à elle que nous avons donné le nom d'Assises de la transformation sociale.

Assise parce qu'il ne peut s'agir d'une simple démarche tactique, mais bien d'un travail de rapprochement doctrinal. Assises au pluriel, parce qu'il s'agit de réunir à égalité de dignité tous ceux qui voudront participer à ces rendez-vous successifs, pour définir les objectifs qui doivent nous être communs. Transformation sociale, car c'est bien la transformation de la société qu'il s'agit de mettre au centre de ces rencontres.

Le Parti socialiste prendra à tout cela une part éminente, il s'y montrera un partenaire ouvert, sincère, désireux d'œuvrer pour toute la gauche. Et c'est précisément parce que ces qualités-là sont les siennes, que je demanderai à Lionel Jospin de coordonner notre travail dans ce domaine.

En définitive, à bien y réfléchir, si nous réussissons la démarche entreprise, ces assises deviendront tout simplement les Assises de la transformation, de la transformation tout court, car en dernière analyse, notre finalité propre, comme celle des autres composantes de la gauche, c'est bien de transformer la société. Forger "l'instrument de transformation dont la France a besoin", c'est la formule que l'avais utilisée en février à Montlouis. Nous y sommes ! Rassembler la gauche, toute la gauche, puis ensuite au-delà, en attirant à elle ceux qu'elle saura faire venir.

Ce plan d'ensemble est ambitieux. Tant mieux ! Chaque étape nous sera une occasion de faire mieux pour l'étape suivante, d'expliquer mieux tout ce que le Gouvernement fait de nocif aux Français. Ils nous prêteront une oreille de plus en plus attentive au fur et à mesure qu'ils subiront la politique de la droite.

Déjà leur perception évolue. Le président de la République, François Mitterrand, parvient à éviter le pire, et les Français et nous-mêmes devons lui en savoir gré. Mais le pire est souvent dans les intentions de ce gouvernement. Le pire a été évité sur la loi Falloux et, soyez en fiers, c'est vous qui avez fait reculer le Gouvernement ! Mais, le pire demeure en matière d'augmentation des prélèvements. Le pire en matière d'injustice budgétaire. Le pire en matière de régression sociale. Le pire en matière d'encouragement à la xénophobie. Car il n'y a qu'en matière de démagogie qu'ils sont incontestablement les meilleurs.

On l'a bien vu sur le GATT. Qui sème la démagogie récolte la colère. Et on ne peut pas se plaindre d'un piège qu'on a soi-même posé. Il y a un an, Pierre Bérégovoy appelait au consensus sur une position raisonnable, face à ce que Blair House a évidemment d'inacceptable. RPR et UDF l'ont refusé, et en quels termes. Et aujourd'hui c'est à nous qu'ils adressent la demande ! Mais dans l'intervalle, un an a été perdu. Un an a été perdu par leur faute. Un an durant lequel, ce confit diplomatique, économique et politique qui n'était déjà pas simple à résoudre, ils ont tout fait pour le transformer en un conflit théologique.

Le RPR et Jacques Chirac repoussent au-delà de toutes limites les frontières de l'irresponsabilité. Qu'on "ne négocie pas son identité comme on négocie une marchandise", soit ! Tout le monde en est d'accord. Mais à la condition de ne pas faire de tout clientélisme effréné un élément de l'identité de la France. L'irresponsabilité, la démagogie, cela fait certes partie de l'identité du RPR, pas de celle de la France !

Nous serons vigilants, je j'ai dit. Nous serons vigilants pour veiller à ce que ne soit accepté aucune concession inacceptable. Mais nous serons vigilants aussi pour veiller à ce qu'un accord soit néanmoins trouvé. Car, je tiens à le redire, comme l'a également dit Jacques Delors avec lucidité, ne pas aboutir à un accord sur le GATT serait un drame pour la France, pour l'Europe, et au moins autant pour les pays en voie de développement. Nous, les socialistes, nous nous battrons pour qu'existent des règles du jeu. Nous nous battons pour qu'elles soient justes, mais nous ne pourrons accepter le retour aux lois de la jungle dans les échanges internationaux.

Mais, évidemment, ce ne sont pas ces questions-là qui agitent les dirigeants de la droite.

Forts de leur victoire récente, ils en sont déjà, non pas à vendre, mais à se disputer la peau de l'ours qu'ils sont pourtant loin d'avoir tué. Le maire de Paris demande du changement. Le Premier ministre demande de la continuité. Son discours est toujours à peu près le même. On pourrait le résumer ainsi : "tout va mal, répète-t-il aux Français, tout va très mal, très, très mal, mais moi je vais bien, merci… donc l'essentiel est sauf".

Il y aurait bien plus à dire sur ce Gouvernement, ou plutôt contre ce Gouvernement, que je n'entends le faire aujourd'hui. Ce qui m'importe avant tout, c'est que vous partagiez l'idée selon laquelle nous ne le combattrons efficacement qu'en proposant nous-mêmes des objectifs auxquels les Français peuvent adhérer. On ne se bat efficacement contre la droite – que si auparavant on est capable de se battre pour – des idées.

Celles que j'ai esquissées – le droit à une activité pour tous, l'égalité continue des chances, la nouvelle donne européenne – sont à la fois ambitieuses et réalistes.

C'est avec ce viatique qu'un Parti rassemblé peut repartir à la conquête de la confiance des Français.

Le Parti, désormais, a clairement choisi son Premier secrétaire et ses orientations. Ce Premier secrétaire, ces orientations, tous ne les ont pas souhaités et c'est bien leur droit. Mais ces orientations, comme ce Premier secrétaire, ils sont là, démocratiquement voulus, par une majorité substantielle. Et chacun saura prendre sa part dans les combats communs, dans la proposition interne, comme dans l'opposition externe, et tous y seront bienvenus.

Le monde a changé, je l'ai dit, et avec ces changements ont disparu bien des débats anciens, comme ceux qui opposaient première et deuxième gauche. Oui, ce temps-là est fini, bien fini. Ce que notre Congrès a célébré à mes yeux, sous nos yeux, c'est cette synthèse définitive. Celle qui fait de nous tous des socialistes, des socialistes qui se définissant comme tels, et qui trouvent là une identité suffisamment claire pour n'avoir pas besoin d'en rechercher une autre.

Les défis qui sont devant nous sont considérables. Nous en avons tous conscience et moi le premier. Les chances de succès qu'on nous attribue sont, paraît-il, incertaines. Nous en avons tous conscience et moi le premier. Mais nous devons tous avoir conscience aussi de ce que le monde change si vite, la politique évolue à ce point rapidement, que tous les espoirs nous sont permis pourvu que nous soyons à la fois proches des préoccupations des Français et attentifs à leur ouvrir des perspectives.

L'identité du socialisme, c'est avant tout l'aspiration à une maîtrise collective de l'avenir. C'est avant tout, par cet effort constant, de substituer au monde des loups un monde de partenaires. Ce combat-là, il est éternel. Il était celui de nos ancêtres comme il sera celui de nos descendants. Ce combat-là ne sera jamais achevé. Il est celui qui donne tout son sens à notre doctrine républicaine, "liberté, égalité, fraternité".

Ce combat-là, nous le mènerons toujours, parce qu'il est celui qui fait notre dignité. Parce qu'il est celui du progrès et de la justice. Parce que les socialistes ne se battent pas pour eux-mêmes. Parce que tous ceux qui souffrent, qui vivent mal, qui subissent l'injustice, ont un droit acquis à notre combativité. Nous ne les décevrons pas.

Ce n'est rien de moins qu'un monde nouveau qu'il s'agit de bâtir. C'est cela qui sera au cœur de nos combats futurs et fraternels, des combats que nous saurons gagner parce que nous saurons les livrer tous ensemble.

 

17 décembre 1993
Vendredi

Michel Rocard tire les conclusions du Congrès du Bourget

Intervention du Premier secrétaire devant le Conseil National

Nous sommes réunis dans ce premier Conseil National pour tirer les conclusions pratiques de notre 69ème Congrès.

De l'avis de tous, plutôt bonnes. Ce 69ème Congrès a été un succès parce que nous avons su faire la preuve de notre capacité à nous rassembler, parce que nous avons franchi une étape significative dans notre démocratie interne, par l'élection du Premier secrétaire et des Premiers secrétaires fédéraux, parce que nous avons fait apparaître des idées et des thèmes nouveaux.

Je crois sincèrement que notre rassemblement n'a pas trahi l'espoir des États Généraux. Nous n'avons certes pas réalisé une synthèse complète. Les motions B et C de Louis Mermaz et de Jean Poperen explicitement, ne l'ont pas souhaitée dans l'immédiat. Mais elles ont pris l'engagement de ne pas ménager leur concours à nos actions communes et c'est bien là l'essentiel. Qui plus est, il n'est pas mauvais qu'une majorité travaille sous un regard critique ! Le Parti ne s'en est jamais mal porté. Nous sommes dans nos traditions !

L'élection du Premier secrétaire et des Premiers secrétaires fédéraux crée une obligation heureuse. Je me considère comme le Premier secrétaire de tout le Parti, de tous les Socialistes, et j'accueille avec plaisir dans ce Conseil National tous les Premiers secrétaires fédéraux. (…)

Vous devez vous considérer comme les Premiers secrétaires de votre département, de votre fédération, de tous les socialistes de votre département. Dans le titre de votre fonction, il y a le mot "fédéral". Et fédérer veut dire rassembler. (…)

Nous avons besoin tout autant de cohérence entre le discours et l'action. Les Premiers secrétaires fédéraux peuvent et doivent être le pont entre la parole et les actes. Le monde et notre société ont changé depuis quelques années, je l'ai largement souligné au Bourget. Nos propositions ne peuvent pas être celles d'hier. Nous devons nous porter avec audace et avec raison sur les grands sujets qui préoccupent les Français.

Je me suis permis de résumer au Congrès du Bourget nos travaux et nos perspectives actuelles en trois termes : une société de pleine activité, l'égalité continue des chances, une nouvelle donne européenne. Tout cela demande évidemment à être approfondi, à être clarifié, à être enrichi.

Défendre et attaquer, critiquer et proposer

Nous pouvons considérer que selon l'expression consacrée, notre Parti est aujourd'hui en ordre de marche mais cette marche ne sera pas une promenade de santé. Elle tiendra plutôt du saut d'obstacles, du marathon ou de la course d'équipe, à votre choix.

C'est dire que nous aurons besoin de toutes nos énergies, de tous nos savoir-faire, de tous nos spécialistes comme de tous nos militants. Mais, nous devons faire tout cela, nous battre sur tous les fronts en même temps car nous n'avons pas le droit de nous complaire seulement dans l'opposition. Nous vivons un moment où ce qui est en jeu, ce sont bien les acquis sociaux des décennies passées. Nous devons défendre et attaquer, critiquer et proposer.

Notre programme de travail ne peut donc qu'être ambitieux. J'en ai indiqué les grandes lignes au Bourget, je veux maintenant dégager non pas l'intégralité mais quelques priorités dans le calendrier immédiat qui est le nôtre.

À l'évidence, deux échéances électorales importantes nous attendent.

Des élections européennes. J'ai dit ce qu'il fallait en dire pour le moment. Nous devons cependant d'ores et déjà les préparer par la recherche d'une conjonction visible et efficace entre les forces de progrès en Europe, principalement les Partis Socialistes et Sociaux-Démocrates. La forme de ces futures rencontres de la gauche européenne est encore à déterminer bien sûr. Nous verrons avec nos partenaires. Belle tâche pour le secteur international du Parti. J'y aiderai avec le concours de Pierre Mauroy autant que notre connaissance du socialisme européen le permet.

Mais la première échéance d'ampleur, ce sont les élections cantonales. Nous en avons peu parlé au Congrès du Bourget. Pourtant elles sont l'occasion, la première, de reprendre un dialogue approfondi avec les Français.

Souvenez-vous que les dernières cantonales que nous avons menées dans l'opposition étaient celles de 1979 ! Nous devrons veiller à ce que nos candidats soient présents partout. Nous devrons en même temps innover dans notre manière de mener campagne. Prenons au sérieux la décentralisation. Chaque Fédération doit pouvoir élaborer un projet départemental, s'inscrire dans le débat sur l'aménagement du territoire, s'adresser à l'opinion dans une convention départementale.

Voilà un premier objectif pour le contrat que j'évoquais avec nos Fédérations. Au national d'apporter une aide quand elle sera demandée. Les meetings régionaux et les rencontres régionales qu'il nous faut organiser dans le premier semestre de 1994 seront une occasion de mobilisation pour les élections cantonales comme pour les élections européennes qui les suivront.

Convention sur l'emploi

Pour nous donner plus de chances, nous devons parallèlement affiner nos propositions. Je l'ai dit tout à l'heure. Il s'agit de mener un véritable travail reposant sur des analyses approfondies économiques et sociales, des constats sociologiques exacts, mais bien entendu et surtout un travail profondément politique.

Les états généraux ont montré qu'il y avait une soif de débat pour peu que l'on ne joue pas avec les idées. Nos conventions thématiques nous permettront d'avancer. La première que nous tiendrons doit porter sur l'ensemble des problèmes de l'emploi : retour à la croissance, réduction de la durée du travail ou partage, et naturellement création d'emplois de service, etc.

Une préparation sérieuse nous fixe comme horizon le début de l'année prochaine, milieu ou fin février raisonnablement. Je crois qu'il faut acter cet horizon, cette date dès aujourd'hui, ce sera juste le temps de s'y préparer correctement.

Mais nous sommes attendus sur d'autres problèmes. Le temps nous étant compté, je crois qu'il faudra utiliser aussi des formes d'expression moins lourdes : les questions de la ville, de la bioéthique, de la drogue et quelques autres peuvent donner lieu à des journées nationales.

Je n'ai eu garde ensuite d'omettre de nos priorités ce qui est trop souvent un thème de discours et rarement un motif d'action : l'évolution de notre militantisme politique. Construisons enfin cette social-démocratie moderne de ce Parti moderne que nous disons appeler de nos vœux. Nous nous sommes donnés un objectif à trois ans : élargir le présent Conseil National à des militants socialistes dont les activités soient syndicalistes, associatives ou de toute nature dans la société extérieure à nos propres rangs.

C'est une démarche volontariste. Nous avons eu raison de l'adopter. Donner consistance à nos secteurs thématiques, donner un rôle à nos sympathisants, en un mot redonner une chair sociale à notre Parti, ce sont des tâches tout aussi urgentes pour l'avenir du socialisme. N'oublions pas aussi que la fête populaire d'un Parti socialiste ouvert, rassemblé, heureux pourquoi pas, concrétisera celte volonté.

Améliorer nos résultats électoraux, proposer des idées fortes, réinsérer le Parti dans la société, tout cela sera une aide et sans doute même une condition pour mener à bien les Assises de la Transformation sociale. Nous savons bien qu'il s'agit d'un processus délicat qui connaîtra des avancées et des reculées, des phases variées. Nous aurons besoin pour réussir de toute la patience et de toute la ténacité de Lionel Jospin mais tous les Socialistes devront être partie prenante à tous les niveaux pour trouver l'alliance politique et sociale que les électeurs de gauche appellent de leurs vœux. (…)

Un parti rénové

Nous serons prêts demain à travailler ensemble sur la base de la structure ainsi définie et autour de quelques principes communs. Nous ne devons pas être un parti comme n'importe quel autre. J'attache la plus grande importance à la délibération collective. Le Conseil National, le Bureau exécutif sont les instances où l'intelligence collective doit jouer pour examiner une question, pour traiter un problème sous toutes ses facettes, en évitant le plus possible – on peut toujours rêver – les jeux tactiques.

Il n'y a pas dans notre tradition de position commune au socialisme qui soit solide et elle n'est appuyée sur un débat réel. C'est facile à dire, c'est mieux de le faire réellement. J'y veillerai et j'aurai toute l'attention qu'il faut. Mais j'aurai aussi toute la fermeté nécessaire pour qu'une fois la décision prise, elle soit respectée. C'est peut-être là parmi nous qu'il y a encore quelques habitudes à corriger.

L'autodestruction a suffisamment fait de mal à notre Parti pour que nous sachions y mettre un terme. Que tous ceux et toutes celles qui se désolent sur les insuffisances du Parti Socialiste daignent apporter leur part d'idées, de dévouement, de présence. Elles et ils seront toujours les bienvenus. Mais sachons aussi, ensemble, faire respecter les devoirs qui vont avec les droits de tout militant.

À cette nouvelle direction correspond une nouvelle organisation administrative du Parti. (…)

Désormais, le parti sera organisé autour de 9 départements d'activité animés chacun par un directeur de département nommé par notre dernier Bureau exécutif. Selon leurs attributions, les secrétaires nationaux trouveront au sein de ces départements permanents, les compétences et l'aide technique nécessaires pour mener à bien leur mission. J'ai la conviction que cette nouvelle organisation nous permettra d'être plus efficaces et de mettre mieux le Parti au service des Fédérations et des militants.

Voilà, ce que je voulais vous dire touchant à l'organisation, à la réflexion et à l'action de notre Parti. Tout cela, évidemment nous ne le faisons pas pour nous-mêmes. Notre Parti n'a pas son sens en lui-même, il existe pour une idée et en même temps il doit être au service des Français.

Nous achevons notre réorganisation à un moment particulier. La droite éprouve ses premières graves difficultés. Les duperies de ses promesses électorales apparaissent aux yeux de ses propres électeurs. Alors que les vrais problèmes sont toujours devant nous, les déceptions seront au rendez-vous. L'opinion risque alors de manquer des points de repères nécessaires. Il nous faudra être là pour dire avec modestie mais aussi avec conviction qu'il y a d'autres voies possibles, que l'avenir de la France n'est pas dans le repli, que celui des français n'est pas dans l'égoïsme. Pour convaincre, nous devrons démontrer, par nos idées mais aussi montrer par nos manières d'être que les socialistes peuvent unir le progrès et la justice.