Texte intégral
P. Caloni : La panacée actuellement, c'est le partage du travail ?
M. Blondel : Oui, cela m'irrite. Cela part du bon sens. Il faudrait croire que le matin, il y a une masse de travail que l'on peut répartir à tout le monde. Or ce n'est pas vrai, ce n'est pas ça le travail. Je crois que c'est une mauvaise analyse parce que cela joue sur la générosité des gens. On leur laisse supposer qu'il suffirait de réduire une partie de la durée du travail, en conséquence de réduire aussi les salaires pour que tout le monde trouve du travail. Eh bien, c'est faux ! Cela a déjà été fait et cela n'a pas marché. Généralement les entreprises qui ont fait ça ont eu des difficultés. Elles étaient déjà en difficulté. On applaudit beaucoup l'accord signé chez Potain. C'est un autre problème. Si c'est répondre à la réduction de la durée du travail. Si la France est la première à réduire la durée du travail, effectivement nous serons en situation de difficulté par rapport aux autres pays. Donc il y a effectivement une nécessité de prendre des dispositions de caractère européen.
P. Caloni : Le partage du travail, c'est les femmes à la maison ?
M. Blondel : Quand on regarde de plus près, le partage du travail, c'est bien souvent la vision du problème du travail à temps partiel. Et dans l'esprit de tous ceux qui initient cela, c'est immédiatement discriminatoire. Ils ne s'en rendent pas compte mais c'est discriminatoire ! On en est à dire qu'on va faire du temps partiel dans les travaux publics. C'est de l'hérésie ! Après les élections, on en parlera moins.
P. Caloni : 133 000 disparitions d'emplois en 1992…
M. Blondel : C'est une confirmation de ce que nous craignions, à savoir qu'il y a moins d'emplois en 1992 qu'en 1991. Et comme il y avait eu moins d'emplois en 1991 par rapport 1990, c'est ça la récession. C'est clair que c'est catastrophique.
P. Caloni : C'est un problème de culture ?
M. Blondel : Cela veut dire qu'il faut s'interroger et qu'il faut se poser clairement la question de savoir si l'on doit, oui ou non, faire plus d'échanges, plus de commerce, relancer l'économie, etc. On attend toujours une réponse à ce genre de questions. Mais que ce soit la majorité ou l'opposition, il ne me semble pas qu'il y ait beaucoup de volonté d'aller sur cette voie. Il y a eu Hoover, Grundig. Cela mériterait quand même qu'il y ait quelques réponses, au moins d'intention, de la part des politiques, ou au moins qu'ils nous disent si, oui ou non, la France peut encore seule lancer quelque chose ou si nous dépendons immédiatement de l'Europe, et si l'Europe dépend encore des États-Unis.
P. Caloni : Les retraites. On tourne en rond.
M. Blondel : Le dossier est venu il y déjà quelques mois. Le premier constat, et je crois qu'il est à faire à la fois pour la vieillesse, pour l'assurance maladie et l'UNEDIC, c'est les conséquences du chômage, du manque à gagner des cotisations qui ne rentrent pas. Que le gouvernement décide de mettre 20 milliards pour compenser, c'est bien. Mais cela ne suffira pas. Non pas par rapport au chômage mais parce qu'il y a toujours des transferts de régime à régime. Ceci étant, avoir à l'idée de résoudre le problème de 2005 me semble être assez bien et cela ne me choque pas qu'on utilise une partie du patrimoine national comme fonds de garantie. On aurait pu en discuter il y a quelques mois. En ayant politisé ce débat, tout le monde est pris au piège. Je note cependant que le CNPF n'a pas été très participatif à la discussion. J'en suis à m'interroger pour savoir s'ils veulent encore gérer les régimes sociaux. Ce serait très grave que le patronat quitte les régimes sociaux.
P. Caloni : Grève de la poste à Paris ?
M. Blondel : Cela devait arriver parce que cette grève-là c'est la réforme Quilès. Lorsque Quilès a remis en cause le secteur public et sa forme traditionnelle de gestion. Nous sommes à la période des contrats. Eh bien, les contrats ne permettent plus de distribuer le courrier à tout le monde en même temps, de la même façon. Il va y avoir du courrier à deux vitesses. Il existait déjà, par rapport au timbre. Là cela va être dans les services mêmes : on va donner la possibilité aux entreprises d'avoir le courrier avant 10 heures le matin mais le particulier, le petit commerçant, cela sera plus tard si l'on peut. Il se trouve que l'organisation syndicale ne l'accepte pas. Et je demande aux gens de bien mesurer que c'est pour défendre le service public.