Texte intégral
C'est le compromis qui permet d'avancer
Le secrétaire national de la CFDT, propose une analyse qui affine l'autonomie du syndicalisme par rapport au politique et redéfinit les rôles de chacun.
Nous avons envie de dire en préalable dans cette tribune que l'autonomie syndicale est irréversible. Tenter de penser aujourd'hui qu'il puisse en être autrement viendrait encore compliquer et retarder la mise en œuvre de convergences entre les organisations syndicales et renforcerait l'émiettement actuel, qui handicape la capacité et la crédibilité du syndicalisme.
S'il n'est pas douteux que le rôle d'un parti consiste à conquérir le pouvoir, puis à l'exercer le plus largement possible, le syndicalisme, lui, n'est pas dans cette logique, ni comme acteur direct, encore moins dans une démarche d'appui ou de connivence. Il agit en référence à un système de valeurs, qui a pour but de faire progresser l'émancipation des salariés. La proximité de ces valeurs de référence, avec celles d'autres mouvements, ne vaut pas confusion des rôles. Elle ne confère aucune exclusivité à un parti à l'égard des problèmes sociaux et ne justifie pas qu'un parti, une fois au gouvernement, fasse l'économie d'une vraie confrontation avec les acteurs sociaux. La fonction du syndicalisme est spécifique : elle consiste, en toutes circonstances et sans attendre, à faire progresser les revendications dans l'intérêt des salariés. Cela vaut encore plus aujourd'hui : la montée du chômage et de l'exclusion, les déséquilibres dangereux des grands systèmes de protection sociale requièrent une intervention d'urgence et, surtout, des résultats qui ne peuvent être subordonnés à une éventuelle alternance politique, plus tard.
Dans cette fonction, l'action syndicale se heurte à la résistance de ceux qui gouvernent comme de ceux qui détiennent les leviers économiques et elle doit se développer pour imposer des solutions à ces problèmes d'urgence.
La recherche du compromis
Mais ces solutions sont le résultat de compromis qu'il faut apprécier en fonction de ce qu'ils font avancer et du chemin qui reste encore à parcourir. Tant pis pour ceux qui pensent qu'il devrait en être autrement. Cette appréciation peut heurter celle de forces politiques qui cherchent à reconquérir le pouvoir et qui, du coup, sont conduites à ne pas accepter – ni même, quelquefois, à imaginer – dans l'opposition, des compromis, faisant en quelque sorte d'un résultat idéal, absolu, la seule ligne d'horizon à leur action.
Ces questions pèsent lourd dans l'appréciation par l'opinion, par les salariés, des attitudes des uns et des autres. Et il est sain de s'interroger sur le renouvellement de l'approche des problèmes sociaux qui sont au cœur de l'action publique, et pour longtemps. Leur urgence requiert la reconnaissance et le respect des acteurs qui en construisent les instruments au jour le jour. Leur complexité vaut que les politiques s'interrogent sur les limites de leur action propre en ces domaines, limite ne voulant pas dire qu'elle ne soit pas souvent essentielle.
Par exemple, le débat sur l'articulation des approches de la loi et du contrat est encore d'actualité. Les réponses qui y seront données constitueront un indicateur essentiel du renouvellement.
Le débat public est sain pour un parti
Le débat lancé par les États généraux du Parti socialiste sera utile s'il aborde, sans préjugés, toutes ces questions. Ce débat ne laisse pas indifférente la CFDT, car il participe d'une mise à jour qui concerne aujourd'hui tous les acteurs de la société. Essentiels à la vie démocratique, les partis doivent évoluer pour assurer leur fonction. Il est sain qu'ils empruntent les voies du débat public pour le faire. Soucieuse de son autonomie qui fait qu'elle ne sera, en aucune manière, partie prenante des mécanismes de rénovation d'un mouvement politique, la CFDT n'en sera pas moins attentive aux débats et à leur contenu, surtout dans les domaines qui la concernent.