Texte intégral
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les directeurs,
J'ai souhaité vous réunir aujourd'hui pour réfléchir avec vous à la réforme du ministère des Affaires étrangères.
Pourquoi donc une réforme, demanderez-vous peut-être ?
Simple manie administrative ? Rite politique obligé ?
Lorsque j'ai pris la responsabilité du département, voici environ cinq mois, je suis arrivé, avec, dans ma tête, un préjugé très favorable et, autour de moi, beaucoup de conseils alarmistes.
Préjugé favorable : je savais trouver ici une administration de grande qualité ; je l'ai déclaré dès ma prise de fonction ; je l'ai constaté depuis.
Conseils alarmistes : on me disait, ici ou là, que le "Quai d'Orsay" était en crise, voire en péril.
J'ai voulu en avoir le cœur net. D'où la mission confiée à Jean PICQ sur laquelle je reviendrai en détail tout à l'heure.
Le diagnostic est assez vite et assez clairement apparu ; selon le degré d'optimisme naturel de celui qui le formule, il tient en peu de mots : "la maison va mal" ou si l'on veut être plus constructif "la maison pourrait aller mieux".
J'énumère quelques griefs au hasard :
- morosité et démotivation des agents ;
- crise du recrutement ;
- politisation des nominations ;
- conscience de l'affaiblissement du rôle du ministère des Affaires étrangères dans la conception et la mise en œuvre de l'action extérieure de la France, etc.
J'ai observé que ce malaise n'était pas sans réalité, sans conséquences sur l'efficacité de notre diplomatie et qu'il fallait donc réagir.
Il fallait une réforme dont les objectifs étaient au demeurant faciles à définir : remobiliser la maison pour en refaire un outil diplomatique de première qualité et le pivot de l'action extérieure de la France.
Objectifs faciles à définir, ai-je dit. Cette affirmation semblera présomptueuse ou sommaire. Croyez bien que je ne me berce pas d'illusions. Je sais que les moyens à mettre en œuvre, la tâche à entreprendre exigera du temps et de la ténacité.
Avant d'esquisser la méthode que nous allons vous proposer, je voudrais formuler une question préalable, la question fondamentale qui commande tout le reste : "mais tout cela, pour quoi faire ?".
Disposer d'un outil diplomatique efficace, certes, mais pour quelle cause ?
Remotiver nos diplomates et l'ensemble de notre administration, oui ; mais pour servir quelle politique étrangère ?
Nous ne pouvons pas faire l'économie d'une telle réflexion. Nous y consacrerons plusieurs heures au cours de ce séminaire, à l'occasion notamment des tables rondes régionales.
Je voudrais, pour lancer le débat, vous livrer ce matin quelques idées personnelles.
Remarque préliminaire, en forme de vérité première : depuis une dizaine d'années, dans le monde tout a changé. Ce n'est pas vous, je pense, qu'il faut en convaincre !
Tout a changé en Europe, avec la chute du mur de Berlin, l'éclatement de l'Union soviétique, l'effondrement du marxisme-léninisme en tant que modèle d'organisation politique, économique et sociale, la disparition des blocs et du monde bipolaire dans lequel nous avions l'habitude d'évoluer depuis quarante ans.
Nous avons parfois tendance à oublier la formidable chance que nous avons eue de vivre pareille révolution, et à sous-estimer les conséquences incalculables qu'elle continuera à avoir sur notre continent et au-delà.
Car tout a changé ailleurs aussi, par contrecoup ou pour d'autres raisons : en Amérique latine où la démocratie, timidement, progresse et où le décollage économique, ici et là, se confirme en Asie où la Chine s'est éveillée et invente jour après jour le socialisme dit de marché ; et même, de façon plus chaotique, en Afrique où les crises régionales ont changé de nature et où les communautés blanche et noire d'Afrique du Sud vont peut-être gagner un pari impossible.
À monde nouveau, politiques nouvelles. Voici deux ans, on attendait avec impatience l'émergence prochaine du "nouvel ordre mondial". Nous avions, c'est vrai, tout à repenser et beaucoup à reconstruire.
Mais, dans le même temps, de puissants facteurs de continuité sont restés à l'œuvre et l'on pourrait aussi soutenir, sans paradoxe, que rien n'a changé.
La personne humaine, n'a pas changé, ni les ressorts profonds de son comportement : sa liberté, qui la porte tantôt au bien, tantôt au mal avec la même passion et les mêmes excès. Combien d'exemples, sous nos yeux, de générosité extrême et d'extrême sauvagerie ?
Les hommes, eux non plus, pris collectivement, n'ont pas changé. Comme depuis la nuit des temps, ils balancent entre l'enthousiasme des justes causes et les peurs, la xénophobie, le racisme on le constate au cœur même de l'Europe.
Les peuples, enfin, n'ont pas changé : ce qu'il peut y avoir de bon dans leur sentiment d'appartenance nationale, dans leur amour de la patrie continue, comme toujours, à dériver trop souvent vers un nationalisme imbécile et guerrier.
Je n'irai pas plus loin dans ce qui apparaîtra à certains comme une réflexion désabusée. Mais pouvons-nous éluder ces réalités ? Ne ramènent-elles pas à des proportions plus modestes et plus pragmatiques le rêve prométhéen du "nouvel ordre mondial" ?
Le XXIe siècle où nous sommes sans doute déjà entrés depuis le 9 novembre 1989 sera pour de longues années un temps d'incertitudes, d'interrogations, d'instabilité, d'inventions et de progrès je l'espère, mais aussi de dangers.
Il vaut mieux nous en convaincre. Il vaut mieux nous préparer à relever le défi, plutôt que de nous endormir dans l'illusion trompeuse que l'histoire, avec ses fureurs, est finie et que, désormais, l'ordre règne.
C'est d'abord à la France que je pense en disant cela, puisque son ambition depuis qu'elle est la France, a toujours été de vivre en acteur de l'histoire.
Pour la France aussi, tout a changé, autour d'elle et en elle-même. On la sent parfois hésiter, se chercher, s'interroger sur ce qu'elle est, sur ce qu'elle va devenir, bref sur son identité.
Je m'en tiendrai ici à mon sujet, c'est-à-dire à la politique étrangère. Ce fut, pendant longtemps, le domaine des certitudes et même du consensus.
Peut-elle le rester aujourd'hui ? Ne faut-il pas risquer, là aussi, les questions taboues ? Ne devons-nous pas opérer notre propre révolution intellectuelle et nous demander si les principes qui ont régi notre diplomatie depuis les origines de la Ve République demeurent valables ?
Pour répondre à cette question, il me paraît sage de rappeler ce qu'ont été ces grands principes afin d'en vérifier l'actualité et la pertinence. Dans la confusion des idées et des événements, il est utile de revenir à l'essentiel.
Premier principe : la France a la volonté de jouer un rôle sur la scène internationale.
Qu'on appelle cela "l'exception française" ou "l'exemple français", notre pays veut exister en tant que Nation – Nation libre de ses idées et de ses actes, capable d'apporter aux autres Nations un message de valeur universelle.
Tel était le ressort profond de la diplomatie gaulliste mise en œuvre par le fondateur de la Ve République.
On objectera que nous n'avons peut-être plus les moyens d'une telle ambition. Mais l'objection était déjà faite au début des années soixante !
Le propre de cette exigence, de caractère quasiment vital, est de ne pas trop s'embarrasser de considérations matérielles ou des prudences du réalisme.
Elle ne sous-estime certes pas la nécessité, pour parler haut dans le monde, de disposer d'une capacité de défense propre et d'une économie stable et puissante.
Mais elle est avant tout manifestation de volonté.
Si nous avions perdu cette volonté, je pourrais arrêter ici mon propos et renoncer à toute réforme.
Deuxième principe, qui découle du précédent : la France refuse de se laisser dicter sa conduite par d'autres.
Elle n'a pas accepté, en son temps, la logique des blocs, ce qui ne l'empêchait pas de rester fidèle à ses alliances. Elle ne saurait accepter aujourd'hui l'affirmation de tel ou tel "leadership", d'où qu'il vienne. Il faut continuer à compter avec une France indocile.
Troisième principe: notre volonté de liberté se conjugue avec une recherche sincère des solidarités.
Nous le savons bien : s'il n'est pas supportable de subir des choix venus d'ailleurs, il serait absurde de ne pas agir ensemble avec tous ceux qui partagent nos valeurs et nos intérêts.
Solidarité européenne, en tout premier lieu. Qui pourrait aujourd'hui sérieusement soutenir que la France seule peut faire aussi bien que les États-Unis d'Amérique ou les pays de la zone Asie-Pacifique rassemblés ?
Solidarité atlantique qui reste l'un des fondements de notre sécurité.
Solidarité méditerranéenne autour du berceau de nos civilisations, etc.
Liberté dans les solidarités, voilà encore un principe qui garde toute sa force.
Quatrième principe : la France affirme et doit continuer à affirmer qu'aucun ordre mondial durable ne peut être édifié sur les inégalités et l'injustice. Le combat pour le développement participe de notre vision de l'homme et du monde ; il est aussi de notre intérêt bien compris.
Quels que soient les échecs subis, et la lassitude qui gagne parfois les pays riches, la France ne doit pas se lasser d'être la mauvaise conscience des nantis ni l'espérance des opprimés.
On l'aura compris : j'ai, chemin faisant, répondu à ma question. Dans l'univers mouvant où nous allons progresser, quelques repères que je viens de rappeler nous seront plus indispensables que jamais.
Sur ces bases, ainsi affermies, quelles sont les priorités concrètes que nous pouvons fixer à notre diplomatie pour les prochaines années ?
Pour simplifier, j'en désignerai trois : l'Europe, la sécurité, le développement.
Et d'abord l'Europe
Sans doute n'y a-t-il pas eu, depuis longtemps, moment plus critique pour prononcer une profession de foi européenne ! Autour de nous, "l'euro-scepticisme" ne le cède qu'au militantisme anti-communautaire franchement déclaré. Le mal fait des ravages dans l'opinion publique et même dans les milieux prétendument éclairés.
Eh bien ! Nous ne renoncerons pas à l'Europe ! Si les grandes envolés lyriques ne persuadent plus personne, contentons-nous d'être pragmatiques: où est l'alternative ? Qui montre une autre voie ? Comment imaginer que l'acquis européen des trente dernières années puisse être remis en cause ?
Ensemble, nous pourrons rivaliser avec les grands centres de puissance économique, scientifique et politique du XXIe siècle. Désunis, nous serons vassalisés. Ne sous-estimons pas le risque du déclin qui menace nos vieilles nations industrielles, handicapées par des couts de production prohibitifs et de longues habitudes de facilité.
Cela dit – qui est évident – les professions de foi européennes ne suffisent plus. L'Europe, une fois encore, croisée des chemins. L'Europe, une fois encore, est à repenser.
Notre diplomatie va devoir, dans les mois qui viennent, aborder de front plusieurs questions difficiles.
La question de l'identité européenne
Vieux débat entre "l'Europe européenne" des uns et "l'Europe zone de libre-échange" des autres. Il retrouve de son acuité avec les négociations du GATT. Nous avons là, pour la fin de l'année, un rendez-vous crucial.
Il nous faut, dans l'intervalle, convaincre nos partenaires qui ni eux ni nous n'avons intérêt à conclure à Genève un accord qui ne respecterait pas l'identité de l'Union européenne, qui ne fixerait pas des règles du jeu loyales et valables pour tous, qui amputerait les capacités exportatrices de l'agriculture communautaire de manière déséquilibrée et injuste. À nous de proposer un autre accord agricole qui ne soit pas l'accord de Blair House en l'état. À nous aussi de faire appel à la solidarité européenne qui doit prendre tout son sens quand les intérêts vitaux de plusieurs États-membres sont en jeu.
La discussion vient d'entrer – vous le savez – dans une phase active. Nos propositions relatives aux instruments de politique commerciale sont bien accueillies. La nécessité de modifier profondément l'accord agricole s'impose un peu plus chaque jour. La première réunion technique franco-allemande qui s'est tenue hier sur cette question a été encourageante.
La question de l'union économique et monétaire ensuite.
Ne nous leurrons pas cette union vient de faire un pas en arrière. Comment lui faire franchir deux pas en avant ? Il convient d'abord de vérifier que nous restons d'accord sur les finalités. La France, pour sa part, n'en change pas. Il faut ensuite faire preuve d'imagination pour adapter la méthode. Comment, particulier, rapprocher les politiques économiques de pays qui ont, dans l'instant, des préoccupations et des contraintes différentes ? Je pense bien sûr à la France et à l'Allemagne. Le retour à une plus grande convergence de nos politiques économiques sera le plus sûr moyen de redonner tout son crédit au processus d'union monétaire. Nous devons avoir ce débat et nous fixer pour objectif de le clarifier à l'occasion du Conseil européen exceptionnel prévu à l'automne.
La question de l'élargissement et de ses conséquences institutionnelles.
Les négociations d'adhésion avec quatre pays de l'Association européenne de libre-échange progressent.
À l'occasion de mes déplacements en Pologne, en République Tchèque, en Hongrie, j'ai dit que la France souhaitait accueillir dans la famille européenne les nouvelles démocraties d'Europe centrale et orientale. Les Douze l'ont affirmé à Copenhague. La Communauté ne doit pas être un bastion. Notre horizon doit être la "Grande Europe", cela est entendu.
Mais pouvons-nous, dans ces conditions, continuer à repousser le débat sur l'adaptation des institutions européennes ? Nous voyons bien que, même à Douze, elles fonctionnent mal. Qu'en sera-t-il à seize... ou à vingt ?
Dans ce domaine encore, il faut engager la réflexion et la discussion, par étapes sans doute, en concertation avec les pays en cours d'adhésion, mais sans pusillanimité.
La question enfin – bien que ma liste ne soit pas exhaustive – de la stabilité en Europe.
Nous l'avons tous répété : l'incapacité de l'Europe à prévenir, puis à guérir le drame de l'ex-Yougoslavie est un traumatisme pour chaque Européen.
Le point de savoir si nous en sommes arrivés là parce que l'Europe est intrinsèquement inapte à agir ou parce que l'Europe n'existe pas encore est une querelle théologique que personne ne peut trancher.
La responsabilité des gouvernements, et, pour ce qui concerne, la tâche du gouvernement français, c'est de tout faire pour en sortir !
Depuis cinq mois, nous avons clarifié nos positions, désigné les agresseurs, pris les initiatives qui s'imposaient pour sanctionner le régime de Belgrade et pour mettre en place un dispositif de meilleure protection des populations musulmanes. Nous avons aussi, contre vents et marées, soutenu les efforts des médiateurs internationaux. Au moment où je parle, les discussions se sont arrêtées. J'en suis consterné. D'autant qu'hier on était tout prêt d'un accord. Rien ne saurait excuser que la négociation le cède à nouveau à la guerre. Nous devons lancer un appel pressant à la reprise du dialogue et préciser les garanties que les Nations Unies, la Communauté européenne et les grandes nations sont prêtes à apporter à l'application d'un accord de paix. Nous devons aussi prévenir que toute attaque contre les zones de sécurité déclencherait une riposte aérienne.
Nous avons aussi le devoir de tout faire pour qu'une telle tragédie ne se reproduise pas ; pour qu'elle ne soit pas, un chef d'État me l'a prédit un jour, "un lever de rideau" pour l'Europe centrale et orientale.
C'est dans cet esprit que le Premier ministre a lancé son initiative d'une conférence sur la stabilité en Europe. Vous en connaissez le but. Vous savez qu'elle a reçu un accueil très positif de nos partenaires de la Communauté. Le Conseil européen de Bruxelles en décembre prochain devrait adopter le projet sur lequel travaillent actuellement les douze ministres des affaires étrangères. L'accueil a été également très favorable en Europe centrale, comme j'ai pu le constater moi-même, mais aussi aux États-Unis et en Russie. Certes, des objections ou des questions ont été soulevées ici et là ; des clarifications doivent être apportées. Mais l'idée a séduit.
L'un des objectifs majeurs de notre diplomatie sera d'obtenir sa concrétisation et sa réussite dans les deux années qui viennent.
Ambitieux programme pour l'Europe, me dira-t-on. Oui. Mais l'ampleur même de la tâche me persuade un peu plus encore que c'est là que réside pour la France l'enjeu majeur.
Réussir l'Europe exigera de nous courage, lucidité, ténacité, capacité à convaincre en France et hors de France.
La relation franco-allemande est le vecteur privilégié de cette réussite ; même si nous avons aujourd'hui des intérêts ou des analyses divergentes sur plusieurs problèmes, l'entente entre nos deux pays est la base de tout. L'intensité des échanges que nous avons eu récemment à tous les niveaux – Président de la République, Premier ministre, ministre des Affaires étrangères, ministre des Finances etc. – montre que cette volonté est partagée de part et d'autre du Rhin.
Je me réjouis que, dans le même temps, nous ayons pu donner à l'amitié franco-britannique une nouvelle vigueur. C'est un atout supplémentaire pour réussir l'Europe.
Deuxième priorité de notre politique étrangère la sécurité et la paix.
Nous avons un intérêt direct à œuvrer en ce sens il est inutile d'y insister. Le "livre blanc" dont le Premier ministre a demandé la rédaction permettra d'adapter notre stratégie et notre appareil de défense aux nouvelles réalités européennes et internationales.
Mais, compte tenu de ce qu'elle est et de ce qu'elle veut être, la France a une responsabilité qui va très au-delà de la recherche de sa propre sécurité : elle doit être l'un des artisans de paix les plus actifs sur la scène mondiale.
Tel est le sens de l'initiative sur la stabilité en Europe dont je viens de parler ; je n'y reviens pas.
D'autres rendez-vous nous attendent.
Celui de l'Alliance Atlantique, en décembre prochain, que nous préparons activement en étroite concertation avec le ministère de la Défense. Ce peut être l'occasion de régénérer le lien transatlantique dont le maintien demeure, dans un monde incertain et dangereux, une condition essentielle de la sécurité de notre continent. Si nous voulons aller au fond des choses, il me semble que nous devrons traiter au moins trois sujets :
1. Celui des responsabilités européennes au sein de l'Alliance et de l'attitude de nos partenaires américains vis-à-vis de l'Union de l'Europe occidentale dont nous avons décidé, par le Traité de Maastricht, de faire le support de l'entité européenne de sécurité.
2. Celui des opérations de maintien de la paix menées par l'OTAN, où chacun doit trouver sa place selon des modalités nouvelles qui ne peuvent être exactement calquées sur la chaine traditionnelle de commandement de l'organisation.
3. Celui de l'élargissement éventuel à de nouveaux membres ; on sait que la demande est pressante en Europe centrale et orientale –, comment y répondre, selon quelles modalités et quels critères ?
Œuvrer pour la paix, c'est aussi être présent au rendez-vous de la non-prolifération.
Entendons-nous bien : si la France milite pour la non-prolifération, cela ne signifie en aucune manière qu'elle se prépare à baisser sa propre garde nucléaire.
Le danger d'invasion militaire ou de destruction massive qui pesait sur notre pays et sur toute l'Europe occidentale a certes été écarté. Mais la place du nucléaire dans notre sécurité n'est pas près de disparaitre. La dislocation de l'empire soviétique crée de nouveaux risques : la dissémination des vecteurs et des armes qu'elle a entrainée ou accélérée constitue désormais une préoccupation majeure. En Russie même, le succès des réformateurs que nous soutenons de tout cœur tant sur le plan politique qu'économique n'est pas définitivement assuré. Plusieurs États, dont certains étaient naguère tributaires de l'Union soviétique, cherchent plus activement qu'auparavant à acquérir la maîtrise d'armes de destruction massive. On voit, par exemple en Corée du Nord, le potentiel de déstabilisation qui peut en résulter ! D'où notre double objectif : la suffisance de notre propre dissuasion nucléaire d'un côté, le renouvellement inconditionnel et indéfini du traité de non-prolifération de l'autre.
J'ajoute que la France est favorable à la préparation d'un traité d'interdiction générale des essais nucléaires dès lors qu'elle est engagée dans l'enceinte multilatérale de la conférence du désarmement de Genève et que ce traité s'applique à tous, notamment aux pays dits "du seuil" nucléaire, dans des conditions effectivement vérifiables.
Travailler pour la paix, c'est promouvoir la présence de la France dans les grandes enceintes internationales. La multiplication et la mondialisation des risques donnent à ces institutions, affranchies de la paralysie à laquelle conduisait souvent l'affrontement Est-Ouest, une importance décisive. La France, qui y occupe souvent une place éminente, comme au Conseil de sécurité des Nations unies, doit s'efforcer de renouveler la problématique de l'action internationale. C'est le cas en particulier pour les opérations de maintien de la paix où notre pays est le premier contributeur de troupes. C'est le cas aussi de l'action humanitaire, forme nouvelle donnée à la défense de la liberté et des droits de l'homme dont la France a toujours été I'inspiratrice. L'expérience somalienne – pour ne pas revenir sur la tragédie bosniaque – en illustre l'importance mais elle en souligne aussi les limites. L'action humanitaire, devenue un complément indispensable de toute politique, ne doit toutefois pas en être le substitut.
Concrètement, la France doit faire preuve d'imagination dans deux des domaines de réforme actuellement débattus à l'organisation des Nations unies: le nécessaire élargissement du conseil de sécurité d'une part ; "l'agenda pour la paix" d'autre part auquel nous apportons notre contribution, en proposant par exemple de mettre à la disposition du secrétaire général des "modules de force" plus rapidement mobilisables.
Promouvoir la paix et la sécurité, c'est enfin aider à la prévention et au règlement des crises ou conflits régionaux. Je ne tenterai pas de les énumérer ici.
Je veux simplement souligner le fait que, même si elle s'est laissée marginaliser lors de l'engagement du processus de paix, la France ne peut être et n'est pas absente des négociations au Proche-Orient, ni dans leur volet bilatéral où elle peut offrir sa disponibilité à toutes les parties concernées, ni dans leur dimension multilatérale où nous sommes directement impliqués. Cette région vit des moments généralement qualifiés d'historiques. La France apporte un soutien sans réserve à ceux qui ont su prendre le seul risque qui vaille : celui de la paix. Il importe que notre pays sache entrainer la Communauté européenne tout entière à accorder une aide rapide et importante aux territoires occupés. J'ai témoigné hier à mon homologue israélien, M. Shimon Peres, la solidarité de la France. La reconstruction du Liban est une cause qui mérite également une mobilisation particulière de notre diplomatie et de l'Europe.
Troisième priorité : le combat pour un nouveau développement.
La lutte contre la pauvreté et l'aide à la croissance, notamment dans les pays d'Afrique qui sont les plus proches de nous, doivent être plus que jamais la priorité de la France, et nous devrons faire partager cette exigence à nos partenaires occidentaux. On ne saurait sous-estimer les dangers qui découlent pour la paix, pour la croissance économique, pour la démocratie, d'une situation dans laquelle la moitié de la population du continent africain vivrait, à la fin de cette décennie, au-dessous du seuil de la pauvreté. La France ne peut oublier la responsabilité particulière qui est la sienne en Afrique. Elle poursuivra ses efforts actuels non seulement pour accélérer la réinsertion des pays africains dans le jeu économique mondial, mais encore pour accompagner leur transition vers une plus grande démocratie partout où cela lui sera demandé. Les événements qui viennent de se produire en Centrafrique et au Togo suffisent à montrer la difficulté de l'entreprise. Mais l'attitude de notre diplomatie a été claire et courageuse. Ne doutez pas qu'elle a été perçue comme telle par tous ceux qui attachent de l'importance à l'action de la France en Afrique et qu'elle aura donc des effets positifs. La marche vers la démocratie doit-être, certes, progressive et doit prendre en compte les spécificités africaines. Mais on le voit partout dans le monde – elle constitue la condition sine qua non du développement durable.
C'est parce que notre dialogue avec les États africains ne cherche pas à dissimuler la nécessité de réels efforts de rigueur que nous pourrons d'autant mieux plaider leur cause auprès des grands pays industrialisés. Nous devrons sans cesse rappeler à ces derniers la nécessité d'un traitement particulier de la dette des pays les plus pauvres et d'un soutien du cours de leurs matières premières. Plus généralement, nous aurons à défendre les mécanismes de Lomé et à veiller également à ce que l'aide aille en priorité aux pays qui en ont le plus besoin, les nouveaux pays industrialisés étant clairement distingués des autres.
La stabilisation du pourtour méditerranéen, qui cumule les problèmes politiques et démographiques, se rattache à cette préoccupation. Elle revêt une importance primordiale pour la France, en raison des imbrications et des liens qui existent avec ces pays sur le plan des hommes et compte tenu des répercussions immédiates sur notre sécurité, au sens large, de toute crise grave dans cette région. Il s'agit aussi de donner une dimension sur la nouvelle aux partenariats naissants qui s'établissent, plan économique, avec les pays du Maghreb, en particulier.
Je ne vous surprendrai pas en vous disant que l'Algérie est, pour nous, un sujet préoccupant grave. Nous avons clairement marqué notre refus de toute complaisance avec l'intégrisme religieux qui, là comme ailleurs, véhicule des idées en contradiction profonde avec nos valeurs et nos intérêts.
Nous apportons notre aide économique et financière à l'Algérie tout en souhaitant qu'elle amplifie son programme de réforme. Nous souhaitons qu'elle trouve le plus vite possible les voies d'un dialogue avec les forces démocratiques que la société algérienne doit nourrir en son sein.
J'évoquerai enfin les pays de la péninsule indochinoise.
Au Cambodge, sous l'égide des Nations unies dont il est juste de saluer le succès, et grâce à une active participation de la France, le processus de réconciliation nationale et la mise en place de nouvelles institutions sont en marche. Nous ne devons pas relâcher nos efforts. La France doit rester au premier rang du combat pour la renaissance du Cambodge.
De même, au Vietnam, nous avons une place à tenir. Ce pays reste encore enserré dans un système politique rigide. Mais son économie et sa société bougent. La France est souhaitée, qu'il s'agisse de ses entreprises, de ses administrations et plus encore de sa culture et de sa langue. Ne tardons pas. D'autres s'implantent déjà. Nous prenons une part décisive au règlement de la question de la dette internationale de l'État vietnamien. Sachons utiliser maintenant le capital de confiance et d'amitié dont nous disposons.
Qu'il me soit permis de ne pas respecter parfaitement le plan annoncé j'ajouterai une quatrième priorité.
Notre action culturelle et linguistique extérieure doit en effet contribuer au renouveau de notre politique étrangère.
La France est l'un des rares pays à consacrer autant de moyens à la diffusion de sa langue, de sa pensée et de sa création. Nous savons tout ce que nous devons à notre rayonnement intellectuel, car notre place dans le monde, c'est aussi celle que nous occupons dans l'esprit des hommes et des peuples. France représente, dans une multitude de pays, une alternative à l'uniformisation culturelle. C'est particulièrement vrai pour les États qui, depuis la chute du communisme, s'ouvrent largement vers l'extérieur et où s'exerce une très forte demande à notre égard. Il faut animer notre réseau qui constitue un instrument remarquable de rayonnement de la culture et de la science française, mieux l'intégrer à notre action extérieure, et lui donner de nouvelles orientations. Plus que jamais, dans un monde qui recherche repères et valeurs, le message culturel et éthique de la France doit avoir toute sa place.
Choisir des priorités est un exercice périlleux. Les mêmes censeurs vous reprochent de n'en pas avoir... et d'oublier tout le reste.
Il est sûr que d'autres régions ou d'autres problèmes que je n'ai pas nommés méritent attention et engagement. Nous y veillerons.
Je me bornerai à citer quelques grands sujets sur lesquels une diplomatie moderne doit être vigilante : la démographie mondiale, les mouvements de population, les équilibres – ou déséquilibres – écologiques, les progrès scientifiques, notamment dans le domaine de la biologie et de la génétique, voilà autant de facteurs qui peuvent changer demain les rapports de force internationaux et le visage du monde. Nous devons les intégrer en permanence dans notre réflexion et nos initiatives. J'insisterai plus particulièrement sur la question de la drogue, du crime, de la violence urbaine dont les implications diplomatiques sont de plus en plus graves. Vous verrez que nous en tenons compte dans la réforme des structures de l'administration centrale du ministère que j'évoquerai tout à l'heure.
Conduire une politique étrangère digne de ce nom exige quelques idées claires. Nous allons poursuivre notre travail tous ensemble en ce sens.
Il y faut aussi des moyens.
Moyens politiques : une volonté affirmée non seulement des dirigeants mais du peuple tout entier. Une nation n'a jamais que la politique étrangère qu'elle mérite. Je crois que les Français ont le talent et la volonté nécessaires pour tenir le rang de la France.
Moyens institutionnels : notre Constitution, qui est excellente – y compris dans les domaines dits partagés – y pourvoit. Jusqu'à l'heure, la cohabitation ne m'a posé aucun problème.
Moyens budgétaires : nous sommes – et pour longtemps – en pleine rigueur budgétaire. La régulation du début 1993 nous couté cher. Les perspectives pour 1994 ne sont pas exaltantes ; mais grâce à l'habilité et au travail de nos négociateurs, nous avons sauvegardé l'essentiel puisque notre budget sera stable –ou en très légère progression – en francs courants alors que nous pouvions redouter une sérieuse amputation.
Moyens administratifs enfin : j'en viens ainsi à l'adaptation de notre outil diplomatique.
Comme vous le savez, dès ma prise de fonction, j'ai demandé à M. Jean Picq, conseiller-maitre à la Cour des comptes, de me présenter un rapport sur "le rôle et le fonctionnement du ministère des Affaires étrangères". La commission qui a été constituée à cet effet, réunissait des diplomates et des personnalités extérieures. Elle a pu me présenter ses conclusions voici deux mois.
Je veux commencer par remercier ses membres pour leur célérité, pour la conscience avec laquelle ils se sont acquittés de la mission que je leur avais confiée, pour la mobilisation qu'ils ont su créer et le grand intérêt des conclusions auxquelles ils ont abouti.
Ma volonté est d'engager à présent la réforme dont ce ministère a besoin, en m'appuyant très largement sur les propositions qui m'ont été soumises, mais aussi sur le diagnostic que mon expérience de ces cinq premiers mois m'a personnellement amené à formuler. L'enjeu est considérable : il s'agit d'adapter notre outil diplomatique au nouveau contexte international, de corriger les insuffisances qui ont pu être constatées par le passé, d'exploiter au mieux les atouts qui sont les nôtres. Chacun d'entre nous en ressent la nécessité.
Trois objectifs simples me paraissent devoir inspirer cette réforme la modernisation, l'adaptation, et la mobilisation du ministère.
Il revient au ministère des Affaires étrangères de donner l'exemple de cette réforme de l'État que le Premier ministre a assignée à son gouvernement.
Après une décennie de polémiques largement colorées d'idéologie, un consensus semble aujourd'hui se dessiner : nous savons que si l'État cesse d'assurer, ou assure mal, les fonctions qui lui reviennent, la Nation toute entière en pâtit. Mais nous sentons aussi la nécessité d'adapter sans cesse les modalités de son intervention, de mesurer ses coûts, d'améliorer la qualité des services qu'il rend.
Le ministère des Affaires étrangères, riche de ses trois siècles d'expérience, investi d'une mission régalienne que personne ne conteste, se doit d'incarner cette ambition en relevant le défi de sa propre modernisation. Un ministère non pas modeste, mais moderne, soucieux de l'efficacité de son action, rigoureux dans sa gestion, impartial dans l'accomplissement de sa mission, telle est notre commune ambition.
Cette modernisation est d'autant plus attendue du quai d'Orsay que les changements survenus depuis trois ou quatre ans sur la scène internationale, entrainent des transformations du métier diplomatique. Il s'agit d'adapter nos moyens et nos méthodes de travail au nouveau contexte mondial.
L'instabilité accrue que connaissent plusieurs régions du monde appelle ainsi un renforcement de notre capacité d'expertise, et nous impose de savoir prendre l'initiative sur le terrain de la diplomatie préventive.
La multiplication prévisible des crises confère à notre rapidité de réaction une importance particulière.
Le renouveau des organisations internationales, où se débattent et souvent se tranchent des questions de toute nature, doit nous amener à préciser les moyens d'y élargir notre influence.
L'évolution du champ communautaire, et en particulier l'élargissement de la coopération intergouvernementale à deux nouveaux "piliers", nous imposent de savoir expliquer, diffuser et faire partager nos idées dans douze capitales, auprès de douze administrations.
Ne vous y trompez pas : aucun des aspects traditionnels de votre "métier" – expertise, négociation, communication... – ne sortira intact de ces changements. Il faut donc préparer la diplomatie française aux exigences du XXIe siècle.
Enfin, la mise en œuvre de la réforme de notre outil diplomatique doit être l'occasion d'une large mobilisation des agents de ce ministère.
J'ai eu l'occasion d'observer lors de ma prise de fonction les effets que pouvaient avoir l'absence de perspectives clairement tracées, et même le flottement dans l'exercice de l'autorité. Trop d'interrogations sont demeurées sans réponse. Et c'est ainsi que les diplomates, s'ils ne remettent pas en question les missions qui leur sont assignées, doutent trop souvent aujourd'hui d'être en mesure de les assumer.
Le risque de démobilisation parait sérieux. Il est nourri par l'impression de voir ce ministère marginalisé au sein de l'appareil d'État, par le défaut de règles clairement appliquées à la gestion des carrières, par les incertitudes touchant aux conditions d'exercice de la diplomatie. Il est donc essentiel que nous sachions répondre sans tarder à ces interrogations, en proposant à chacun de contribuer à la réalisation d'un dessein collectif, clairement conçu et conforme à l'idée que nous nous faisons du rôle international de notre pays.
La formulation et la mise en œuvre de ce projet collectif exigent que nous nous appuyons sur quelques valeurs primordiales, qui ont été justement mises en lumière par la commission Picq : le professionnalisme dans l'exécution et dans l'exploitation du travail de chacun ; la transparence et la cohésion dans l'organisation des missions dévolues aux postes et aux services du département ; l'affirmation de l'autorité du ministère au regard des autres administrations intéressées par notre action extérieure.
De ces valeurs découlent les quatre grandes orientations de la réforme que je veux engager :
- mobiliser et dynamiser l'exceptionnel atout qu'est le réseau du département ;
- remotiver les agents du ministère ;
- renforcer la coordination entre les services et établir un fonctionnement du département ;
- restaurer dans l'État la mission de souveraineté du ministère des Affaires étrangères.
L'étendue et la qualité de notre réseau diplomatique constitue notre principal atout. C'est du travail d'information, d'analyse et de proposition effectué par les postes que dépend la pertinence des choix arrêtés en politique étrangère. C'est de la vigilance de nos agents à l'étranger que dépend la protection des intérêts français partout dans le monde. C'est leur force de conviction qui permet que les positions de la France soient partout comprises, son message partout entendu. La diplomatie française bénéficie ainsi d'un véritable capital de compétences, de talents, de dévouements.
Or ce capital est aujourd'hui sous-exploité. Sans que la responsabilité en incombe vraiment aux uns ni aux autres – mais plutôt à l'absence de règles et d'instructions suffisamment précises –, les relations entre l'administration centrale et les postes souffrent de graves dysfonctionnements. Les objectifs qui vous sont assignés ne sont pas précisément définis ; les résultats que vous obtenez ne sont pas clairement évalués. Si bien que vous demeurez le plus souvent dans l'ignorance tant des préoccupations du département que de l'utilisation qui est faite de votre travail.
Trois séries de mesures seront donc mises en œuvre afin de remédier à cet état de choses.
J'entends d'abord que soit restaurée et modernisée l'idée de mission des ambassadeurs. Vous n'ignorez pas que les non-diplomates se font encore souvent du métier d'ambassadeur une idée principalement mondaine et littéraire : moitié Claudel, moitié Norpois. Je ne suis pas certain que cette image n'ait jamais reflété la réalité. Aujourd'hui en tout cas, elle masque à coup sur la complexité du rôle de l'ambassadeur, nommé à la fois pour exercer une mission politique de représentation de la France, pour élargir notre influence au sein du pays où il se trouve, pour effectuer un travail de pénétration de ce pays au profit des intérêts français. Je souhaite que l'ensemble des crédits dont dispose un poste, soient modulés en fonction de ces préoccupations et de la stratégie définie par l'ambassadeur.
Il vous revient en effet d'élaborer une véritable stratégie, un programme d'action définissant les objectifs poursuivis par chaque poste et les moyens qu'ils supposent. Réciproquement, il incombe au département d'approuver ce programme et de suivre son exécution.
C'est pourquoi le départ en poste d'un ambassadeur obéira désormais aux règles suivantes : ce départ sera précédé d'une réunion chez le secrétaire général, associant l'ambassadeur partant et son successeur, de manière à croiser les instructions et le rapport de fin de mission; six mois après son arrivée, le nouvel ambassadeur rédigera un plan d'action ; j'en approuverai moi-même les principales orientations en signant alors une lettre de mission que je remettrai dans la mesure du possible personnellement à son destinataire.
J'attache également une grande importance à la manière dont l'exécution de ces instructions sera examinée. Il s'agit d'inscrire dans nos habitudes de travail ce que nos collègues anglo-saxons nomment le "reporting" diplomatique. Jean Picq avait insisté pour que nous adoptions à notre tour ce terme. Je lui préfère pour ma part l'expression de "processus de rendre-compte" : soit l'ensemble des procédures destinées à suivre, à évaluer, et donc à mieux utiliser le travail de chacun. C'est dans cette perspective que je souhaite que les ambassadeurs puissent à l'avenir se rendre plus fréquemment à Paris, en fonction de l'évolution des relations entre la France et leur pays de résidence, ainsi que du degré d'urgence de tel ou tel dossier. Pour cela, les crédits affectés aux appels par ordre seront augmentés dès 1994. Ces séjours parisiens donneront lieu à une réunion chez le secrétaire général, suivie d'un relevé de conclusion. Ils me permettront de recevoir les ambassadeurs de passage chaque fois qu'ils le souhaiteront, ainsi que j'en ai déjà pris l'habitude.
Enfin, vous ne devez pas oublier que même de retour à Paris, vous êtes toujours en mission: ces séjours parisiens devront être mis à profit pour participer à l'action d'information et d'explication de notre politique étrangère auprès des universités, des chambres consulaires, des collectivités locales... intéressées par le pays ou par la zone où vous exercez vos fonctions. Cet effort entrepris auprès de l'opinion française relève également de la mission moderne de l'ambassadeur telle que je la conçois.
Naturellement, ce travail considérable doit être facilité en retour par les initiatives de l'administration centrale. J'attends ainsi que vous soyez plus directement associés aux principales échéances de mon calendrier, qu'il s'agisse non seulement des visites ou des audiences bilatérales, mais aussi de la préparation des communications en conseil des ministres ou de mes interventions devant telle ou telle instance.
L'information qui vous parvient doit être améliorée : il est anormal que tel d'entre vous, en poste dans le Pacifique, ait été amené à se reporter à la presse pour connaitre les éléments de la position française sur les négociations du GATT, qu'il devait pourtant expliquer et justifier auprès de ses interlocuteurs locaux. Je veillerai donc à ce que des "télégrammes de position" soient régulièrement attribués à l'ensemble des postes sur certains sujets délicats: ils compléteront le télégramme quotidien de la direction de la presse, de l'Information et de la communication, et un télégramme hebdomadaire d'actualité politique rédigé par chacune des directions.
La coordination géographique de l'activité des postes doit également être renforcée. Ce principe vaut tout particulièrement pour nos ambassades et nos consulats généraux dans les pays de la Communauté européenne, dont le rôle devra être repensé afin de mieux prendre en compte les évolutions du champ communautaire. Mais c'est partout dans le monde que devront être organisées, à intervalles réguliers, des réunions régionales d'ambassadeurs destinées à élaborer des programmes d'action concertés : je souhaite qu'une de ces réunions soit organisée dès l'automne prochain.
Enfin cette politique d'animation et de mobilisation du réseau diplomatique trouvera son illustration dans l'organisation à Paris, chaque année, sans doute à l'issue de la période estivale (mais on peut songer à d'autres périodes, par exemple la fin de l'année), d'une réunion générale des ambassadeurs, analogue à celle d'aujourd'hui. Je ne doute pas que vous ressentiez comme moi la nécessité de procéder à une mise à plat annuelle des problèmes que soulèvent l'évolution du contexte international et le fonctionnement du ministère.
Toujours dans cette perspective, je voudrais encore mentionner les mesures qu'appelle la modernisation de la correspondance diplomatique. En effet, le réseau informatisé du chiffre qui couvre 157 ambassades et représentations permanentes et 86 consulats est aujourd'hui victime de son succès ses performances techniques remarquables engendrent, comme vous l'avez tous constaté, une telle abondance de messages qu'il est désormais difficile d'identifier les informations réellement importantes.
J'ai été moi-même suffisamment impressionné par l'importance de ces flux pour demander à mon cabinet de procéder à une étude ponctuelle, afin d'en avoir le cœur net.
Les résultats sont éloquents : au cours de la seule journée du 7 juillet 1993, pas moins de 1 641 télégrammes ont été adressés au département, et couvraient une gamme d'informations allant opérations militaires en Bosnie jusqu'au vol de pneus survenus dans une ambassade sans doute mal protégée... je me trouvais – Dieu merci ! à Tokyo ce jour-là, si bien que seule une vingtaine de ces télégrammes m'a finalement été adressée. Mais la plupart des journées se ressemblent en matière de profusion télégraphique.
Soyons clairs. Je suis convaincu de ce que l'immense majorité de ces messages, si anecdotiques ou strictement matériels puissent-ils sembler vus de Paris, méritent d'être émis. Mais des mesures doivent être prises afin de hiérarchiser les télégrammes en fonction de la nature de l'information, selon qu'ils appellent une action ou qu'ils sont pour l'information du destinataire ; des mesures doivent également être prises pour sanctionner les abus des postes en matière de non-respect des délais ou d'excès de la correspondance. M. Braine vous présentera un certain nombre de ces mesures : j'en retiens pour ma part deux : la création auprès du secrétaire général d'un comité de lecture qui devra veiller au respect des règles édictées et l'installation, après le Président de la République et le Premier ministre, d'un "chiffre mobile" pour le ministre.
J'en viens au deuxième axe de la réforme que nous allons engager la gestion des hommes et des carrières. Là encore il s'agit de valoriser les atouts qui sont les nôtres; là encore nous devons être guidés par le souci de l'efficacité.
Notre ministère se doit de continuer à attirer les meilleurs parmi les agents de l'État. Il doit continuer à bénéficier de la maitrise de compétences particulièrement diverses, qu'elles soient techniques ou linguistiques : le caractère toujours plus sophistiqué des questions qu'il nous faut traiter renforce cette nécessité. Il doit encore encourager certaines aptitudes et positions – la curiosité, la mobilité, la faculté d'adaptation – que l'exercice du métier de diplomate requiert impérativement, métier qui, comme vous le savez tous, exige aussi courage et sang-froid dans les situations difficiles – parfois dangereuses – que vous avez à affronter. Ces objectifs nous imposent un triple effort.
Un effort pour le recrutement des agents ; un effort leur formation qui doit leur permettre de s'adapter en permanence ; un effort dans la gestion des carrières de manière à renforcer la rationalité et la transparence des affectations des agents de catégorie A.
J'attache à cet égard une importance particulière à la gestion du corps par la direction du personnel, gestion qui passera notamment par la création d'un "portefeuille d'emplois" à l'extérieur du département, dans les autres administrations ou dans des entreprises privées. Enfin, bien entendu, un effort doit être aussi mené pour tout ce qui touche à la vie familiale et personnelle des agents car la spécificité du métier de diplomate exige beaucoup, en particulier des épouses et des conjoints. Elle appelle, en retour, des contreparties ; le directeur du personnel vous exposera en détail les orientations que j'ai arrêtées.
Je viens de faire l'éloge de la diversité des talents qui servent ce ministère. Il me faut à présent souligner la nécessité de sa cohésion.
Sur ce terrain encore, nous savons que des défauts existent. L'information me parait parfois davantage conçue ici comme enjeu de pouvoir que comme instrument de travail. Le traitement de certains dossiers semble parfois éparpillé entre plusieurs directions agissant de manière séparée – je n'ose pas dire "pour leur propre compte" – sans qu'un responsable principal ait été clairement désigné. Enfin, alors que les moyens dont nous disposons devraient naturellement engendrer d'utiles synergies, il me semble que le travail diplomatique, l'action économique et la coopération culturelle sont trop souvent traités comme des activités dissociées et singulières. Elles concourent pourtant au même but.
Certes, la circulation imparfaite de l'information, comme les conflits de compétence entre les services, sont des maux que connaissent pratiquement toutes les grandes administrations. Toutefois leurs effets sont particulièrement redoutables au sein d'un ministère comme le nôtre, dont les centres d'intérêt sont par nature innombrables, et auxquels il revient d'exprimer la position de la France partout dans le monde. La cohésion n'est pas seulement pour nous un gage d'efficacité interne, mais une exigence absolue parce qu'elle garantit la cohérence du message de la France.
C'est donc en vue d'assurer cette indispensable cohésion que j'ai pris deux séries de décisions, concernant tant l'organisation de nos relations de travail que l'organigramme du ministère.
Nos relations de travail, d'abord, doivent être placées sous le double signe de la transparence et de la collégialité : ceci vaut en premier lieu pour les relations entre le ministre et ses services. Comme vous le savez, depuis le mois d'avril, j'ai souhaité multiplier les occasions de travailler directement avec les directeurs et leurs collaborateurs.
J'entends que cette pratique revête un caractère régulier, et que soient donc institutionnalisées : la réunion hebdomadaire des directeurs, qui permet d'établir le programme de travail qu'appelle l'actualité ; des réunions régulières, avec l'état-major de chaque direction, destinées à préciser leurs orientations stratégiques ; enfin des réunions ad hoc, commandées par l'urgence de tel ou tel dossier et par la nécessité d'arrêter une décision.
Les services à leur tour doivent apprendre à travailler ensemble. Il importe que, pour chaque dossier, un "chef de file" soit clairement désigné : ce sera l'objet de la réunion des directeurs qui se tiendra désormais chaque jour sous l'autorité du secrétaire général.
Cette modification des procédures en vigueur sera complétée par une réforme des structures du département.
Le ministère des Affaires étrangères doit confirmer dans l'État sa mission régalienne de coordination de l'action internationale de la France. Pour restaurer et renforcer cette mission de souveraineté, après avoir changé nos méthodes de travail, il faut à l'évidence revoir certaines de nos structures. Certains services – je pense à la direction générale – doivent être mieux intégrés au sein du département, d'autres doivent naturellement voir leurs attributions clarifiées et renforcées pour être plus forts dans les discussions avec nos partenaires des autres administrations. Enfin, la nécessaire prise en compte de l'évolution européenne, l'élargissement probable de la Communauté ainsi que la nouvelle architecture en matière de sécurité européenne doivent être prises en compte.
Dans ce qui pourra être un nouvel organigramme du département pour lequel les procédures en vue d'un nouveau décret d'organisation ont été lancées dont j'informerai dans les meilleurs délais le comité technique paritaire, mes orientations sont les suivantes :
Mon intention est d'abord de donner au secrétaire général la plénitude de ses attributions.
Je reprends à mon compte la formule de Jean Picq qui me semble parfaitement résumer ce que j'attends du secrétaire général : "interlocuteur politique pour nombre de nos partenaires étrangers mais aussi, vis-à-vis des postes, animateur du réseau, vis-à-vis des services, coordonnateur ; vis-à-vis du ministre, garant de l'unité, de l'efficacité et de la loyauté, vis-à-vis des agents, chef de corps soucieux de sa protection et de son rayonnement. C'est à lui que reviendra d'assurer la mise en œuvre et le suivi des mesures qu'appelle la réforme du ministère.
Deux secrétaires généraux adjoints seront nommés l'un pour les affaires politiques et de sécurité, l'autre pour les affaires européennes et économiques.
Les deux secrétaires généraux adjoints investis d'une plus large autorité politique, seront à même de porter, dans le respect des instructions qui leur seront données, le message de la France auprès des gouvernements et des opinions publiques étrangers.
Des attributions élargies leur permettront, de surcroit, de contribuer à la réalisation d'un autre objectif : la nécessaire prise en compte de la nouvelle donne internationale dans l'organisation du département, en particulier sous l'angle de l'évolution européenne et des questions de sécurité.
Le secrétaire général adjoint pour les affaires politiques et de sécurité aura sous son autorité une direction des Nations unies et des organisations internationales et une direction des questions stratégiques, de sécurité et de désarmement, chargée notamment de la non-prolifération et des questions posées par la drogue et le terrorisme. Il traitera des questions de la CSCE et de la conférence sur la stabilité en Europe.
S'ajoutera à ses compétences un service de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC).
Le secrétaire général adjoint chargé des affaires européennes et économiques traitera l'ensemble des questions communautaires, européennes bilatérales et économiques multilatérales. Il s'appuiera sur une direction chargée de la Coopération européenne, compétente pour la coopération économique et les relations bilatérales avec les Douze et les pays en négociation d'adhésion. Une autre direction placée sous sa responsabilité couvrira l'Europe non communautaire, elle-même faisant l'objet d'une restructuration de ses sous-directions. La direction des affaires économiques et financières placée sous son autorité aura au premier chef des compétences de synthèse sur les questions économiques multilatérales et les problèmes monétaires internationaux.
Le secrétaire général adjoint sera l'interlocuteur privilégié des organes gouvernementaux et des institutions internationales concernés. Dans le cadre de ses attributions, il devra développer ses relations et son dialogue avec les entreprises.
La mise en place de ces deux secrétaires généraux adjoints sera effective dans les semaines qui viennent.
La fonction de gestion des hommes et de l'ensemble de nos moyens et infrastructures est essentielle dans un ministère dont dans les services extérieurs sont éclatés sur plus de 300 sites le monde entier. Car on l'oublie trop souvent, nos services extérieurs ne sont pas seulement à Nantes ou à Fontenay-sous-Bois, mais à Alger, à Pékin, ou à Niamey et partout dans le monde.
Il y aura dans les prochains mois les opérations très importantes pour la vie du département que sont le regroupement de tous nos services parisiens sur trois sites, le Quai d'Orsay, l'avenue Kleber et le boulevard Saint-Germain le déménagement d'autres services à Nantes, ou l'installation d'une nouvelle représentation permanente à Bruxelles.
Les postes doivent clairement savoir qui fait quoi dans le domaine de la gestion: trop de chefs de postes se plaignent de ne pas identifier leurs interlocuteurs de ne pas savoir par exemple pourquoi les photocopieurs sont fournis par le service des immeubles et des affaires générales et les télécopieurs par le service du chiffre. Je veux donc que les choses soient claires.
À cet effet, la direction du personnel et de l'administration générale sera transformée en une direction générale de l'administration. Celle-ci comprendra trois directions :
1. Une direction des ressources humaines, chargée du personnel, de la gestion des carrières, et de la formation.
2. Une direction chargée du budget, des affaires financières et de la gestion des postes.
3. Une direction chargée de l'équipement et des communications.
Enfin, la direction générale des relations culturelles, scientifiques et techniques devra être davantage intégrée à notre dispositif diplomatique. D'ici la fin de l'année, le directeur général devra me présenter les conclusions sur la réorganisation de sa direction ainsi que sur l'agence pour l'enseignement français à l'étranger. Les moyens de la MICECO seront réintégrés au sein de cette direction générale.
Deux autres services seront largement réformés et renforcés.
Le centre d'analyse et de prévision.
L'incertitude accrue du contexte international exige que nous affinions la capacité de réflexion et de prévision du département, et que celle-ci soit mise en permanence au service de la décision politique.
C'est pourquoi j'ai décidé de confier la direction du centre d'analyse et de prévision à l'un de mes proches collaborateurs, en lui demandant de planifier la réflexion prospective en étroite liaison avec les directions, d'élargir son réseau de consultants extérieurs et surtout de mieux exploiter nos capacités de réflexion interne je pense en particulier à l'expérience et à la connaissance souvent exceptionnelle de certaines situations locales qu'ont nos ambassadeurs. Qu'ils soient affectés pour une durée déterminée ou affectés sur une mission ponctuelle, ils peuvent être utilement mis à contribution.
L'inspection générale fera l'objet d'une importante réforme, destinée à élargir son champ d'investigation et à préciser ses outils d'évaluation. J'ai notamment demandé à ses responsables d'étendre l'objet de ses missions au travail politique des postes et à la promotion de l'image de la France, de veiller au suivi des missions effectuées, et d'établir un rapport annuel à l'intention de la hiérarchie du ministère.
J'en viens au quatrième et dernier axe de notre réforme : restaurer la mission de souveraineté du ministère des Affaires étrangères et sa mission de coordination de l'action extérieure de l'État.
Je sais que c'est là, à juste titre, un sujet qui vous préoccupe tout spécialement. Au sein de nos postes à l'étranger, vous avez eu l'occasion de constater le développement de l'action extérieure engagée par d'autres administrations, bénéficiant souvent d'importants moyens matériels et logistiques. Cette évolution est à certains égards bénéfiques, lorsqu'elle permet d'approfondir notre politique de coopération dans tel ou tel domaine spécialisé. Elle traduit, en tout état de cause, un processus de sophistication des relations entre États souverains qu'il ne nous appartient pas d'infléchir. Mais il est à coup sûr essentiel que le ministère des Affaires étrangères se voit confirmer, dans ce contexte nouveau, son rôle éminent de coordination de l'action extérieure de la France. Faute de quoi, c'est la cohérence de notre politique étrangère qui serait rapidement mise en cause.
C'est pourquoi j'attache une importance particulière au succès de deux initiatives que j'ai proposées au Premier ministre.
D'abord, le renforcement des pouvoirs de coordination des ambassadeurs, qui doivent assurer effectivement leur rôle de chefs des services extérieurs de l'État. Le décret de 1979 sur les pouvoirs des ambassadeurs est clair mais il me parait nécessaire soient rappelés à tous les départements ministériels le rôle et les pouvoirs du représentant à l'étranger du Président de la République et du Gouvernement. J'ai demandé au Premier ministre de réaffirmer dans une circulaire les pouvoirs et le rôle des chefs de mission diplomatique ainsi que les procédures à suivre en matière de nomination des différents attachés spécialisés.
J'ai conscience que les textes seront d'autant mieux appliqués que votre autorité et les moyens sur lesquels elle s'appuie auront été renforcés : plusieurs mesures, touchant par exemple à la déconcentration des crédits, seront prises dans cette perspective.
Deuxième initiative : la création d'un Comité interministériel des moyens de l'action extérieure de la France (CIMAEF) dont le secrétariat sera tenue par le secrétaire général du département.
Le Premier ministre m'a d'ores et déjà donné son accord de principe. Le CIMAEF aura en premier lieu pour tâche de coordonner les réseaux extérieurs de l'État à l'étranger afin de favoriser les synergies entre services.
Nous avons déjà beaucoup fait en ce sens au sein de l'administration des affaires étrangères. J'ai moi-même présidé plusieurs réunions sur la carte diplomatique et consulaire. Je suis surpris de constater l'importance et le nombre des interventions que suscite l'annonce de la fermeture du moindre consulat. Il serait paradoxal qu'un tel effort de rationalisation – qui doit être poursuivi – ne soit pas partagé par toutes les administrations qui disposent de services à l'étranger. Il n'est pas normal que, dans certains pays, tel ou tel ministère ouvre ou développe un service ou une agence au moment même où nous fermons nous-mêmes un poste ou réduisons ses effectifs. Le premier travail du Comité interministériel sera de coordonner la politique de la France en ce domaine.
Le CIMAEF devrait aussi se fixer pour objectif d'établir le constat clair et exhaustif de toutes les formes d'aide que notre pays apporte à l'étranger. La vision que les responsables politiques en ont reste souvent parcellaire. Les priorités de fait ne correspondent pas toujours aux priorités affichées. Seule une instance interministérielle peut permettre de savoir, de comprendre et, le cas échéant, d'infléchir.
Que ce soit à Paris dans le cadre des procédures interministérielles, ou au sein de nos postes à l'étranger, l'autorité du ministère des Affaires étrangères dépendra moins, en dernier ressort, des règles en vigueur que de son efficacité démontrée.
S'il me fallait donc choisir l'élément décisif du futur succès de notre réforme, c'est sur la transformation de nos cadres intellectuels et de nos habitudes de travail que je voudrais insister. C'est à une sorte de révolution mentale que les changements accélérés de la scène internationale appellent aujourd'hui le Quai d'Orsay. C'est de notre ouverture d'esprit et de notre disponibilité au changement que dépendra notre réussite.
La carrière diplomatique suppose l'apprentissage d'un métier, avec ses traditions, ses règles et ses valeurs. Mais elle implique également, en raison de l'extrême diversité des situations auxquelles sont confrontés les diplomates tout au long de leur vie professionnelle, une authentique liberté d'esprit, une capacité d'adaptation particulière, la volonté de servir en toutes circonstances les intérêts de notre pays. Ce sont ces qualités qui vous distinguent en tant que corps et en tant que personnes. C'est d'elles que dépend le succès de la réforme que j'ai voulu engager. Elle est ambitieuse. Elle demande de la ténacité et du temps.
Je sais pouvoir compter sur votre concours pour la mener à bien.