Interview de M. Philippe de Villiers, député UDF, dans "Le Journal du dimanche" du 18 juillet 1993, sur son projet de présenter sa propre liste aux élections européennes de 1994.

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Média : Le Journal du Dimanche

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Le Journal du Dimanche : Balladur, tête de liste RPR – UDF à l'élection européenne du printemps prochain, qu'est-ce que cela vous inspire ?

Philippe de Villiers : Que ce soit Balladur, Giscard ou Chirac qui mène la liste, ou les listes, la question n'est pas là. Le vrai problème est que leur conception maastrichtienne de l'Europe, en parfait accord avec celle du président de la République, n'est pas la bonne.

Le Journal du Dimanche : N'ont-ils pas un peu évolué ?

Philippe de Villiers : Balladur est une brillante intelligence et, avec son mémorandum sur le GATT, il a pris conscience de l'impasse dans laquelle se trouvent les Douze. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Voyez : de tout son souffle, le Premier ministre proteste de la préférence communautaire, mais Bruxelles annonce, dans le domaine culturel et dans les négociations du GATT, des décisions qui vont à l'encontre des intérêts français. L'Europe maastrichtienne est condamnée par l'histoire pour trois raisons. Elle est libre-échangiste dans son esprit (art. 3 du traité). Elle est technocratique dans son fonctionnement. Elle est hémiplégique dans sa définition géographique.

Le Journal du Dimanche : Qu'allez-vous faire pour ces élections ?

Philippe de Villiers : Je fais ma liste, quoi qu'il en soit ! J'y suis déterminé. Je me battrai pour une Europe protectrice de nos emplois, pour une Europe des nations au sens où l'entendait le général de Gaulle. Et pour une Europe retrouvée, menant de véritables négociations avec les pays d'Europe centrale et orientale qui ont choisi la démocratie. La CEE ne peut continuer à s'autodétruire, à jouer le jeu du GATT, mortel pour notre économie, personne n'a relevé que, à Tokyo, les Douze ont accepté l'idée que seul l'abaissement des droits de douane pourrait ramener la croissance, alors qu'on sait bien qu'avec des zones économiques hétérogènes, comme l'Asie, l'abaissement des droits de douane ne peut que détruire un peu plus notre tissu économique.

Le Journal du Dimanche : Avec qui ferez-vous votre liste ?

Philippe de Villiers : Avec des gens dans lesquels l'opinion se reconnaît. Des gens qui souffrent, des pêcheurs, des industriels, des agriculteurs, etc. Je ne suis pas tout seul. Vous verrez, début 1994, que ce ne sera pas une liste marginale. Le peuple n'a pas suivi les « politiques » qui disaient oui à Maastricht l'été dernier, ne les suivra pas non plus au printemps.

Le Journal du Dimanche : Et une liste avec Séguin ?

Philippe de Villiers : Ce serait prématuré d'y penser. Mais il se pourrait que ceux qui ont combattu Maastricht se retrouvent. Comment peut-on penser qu'il suffirait d'une tête de liste comme Balladur pour qu'il y ait silence dans les rangs. Il y a eu un débat national de grande qualité l'an dernier. Personne n'était aligné sur personne. Les choses recommenceront au printemps, soyez en sûr !

Le Journal du Dimanche : Pourquoi, selon vous, Balladur s'est-il avancé ainsi ?

Philippe de Villiers : Cette déclaration est un ballon d'essai. Balladur est en étroite symbiose avec Chirac. Il considère, à juste titre, cette élection comme la « couturière » de l'élection présidentielle. Le soir de l'éventuelle victoire, celle-ci sera remise dans les mains de Chirac.

Le Journal du Dimanche : N'est-ce pas un coup rendu à Giscard qui s'est permis de lui faire la leçon sur la conduite de la cohabitation ?

Philippe de Villiers : Si, sûrement, mais c'est secondaire. Édouard Balladur veut tester l'unité de la majorité. Mais c'est une erreur. Un vote à la proportionnelle n'a pas pour but de dégager une majorité mais d'exprimer des points de vue. Le vote européen n'a jamais mis à mal l'unité de la majorité. Je ne crois pas à une liste unique RPR – UDF en juin prochain.