Texte intégral
Il est assez cocasse que l'on célèbre l'entrée en vigueur du traité de Maastricht, alors que si ce texte était aujourd'hui soumis aux peuples, il serait massivement rejeté dans les trois plus grands pays de la Communauté.
Les deux crises monétaires successives ont frappé au cœur le projet de Maastricht, en montrant qu'il est impossible de maintenir une grille de parités monétaires rigides dans un monde où de grandes masses de capitaux fluctuent librement. À partir de là, ou bien on saute directement à la monnaie unique (mais c'est impossible parce que les économies sont trop divergentes), ou bien on élargit les marges de fluctuation dans le SME : c'est ce qui a été fait, mais il faut savoir que c'est un démenti à Maastricht, qui nous éloigne un peu plus de ses objectifs.
De même, la crise de Blair House nous montre tous les jours qu'il est illusoire de croire que des sujets vitaux peuvent être traités à la majorité qualifiée – ce qui a pourtant été décidé dans bien des domaines l'année dernière.
À ce traité paralysé, déchiré par les dérogations des uns et des autres, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe vient de donner un dernier coup de poignard, en récusant la conception fédérale qui le sous-tend : « L'Union européenne est une union d'États, a-t-elle déclaré, et non pas un État en lui-même avec un peuple européen. » De toute façon, Maastricht est mort, même si la famille hésite à publier l'annonce du décès.
De même, alors que nous avions pris l'engagement que « la construction européenne se ferait à pression fiscale constante », et alors que les prélèvements obligatoires vont augmenter en France l'année prochaine, on nous annonce un prélèvement communautaire en hausse de près de 9 %, ce qui donne, si l'on enlève la part des droits de douane (en réduction constante), une hausse de 16,8 % prise directement dans la poche des Français. Quand on voit ces dérapages, on ne s'étonne plus que même M. Giscard d'Estaing, dans sa dernière Heure de Vérité, ait désespéré de la réforme des institutions communautaires. Le blocage bureaucratique paraît total.
Pour redonner l'espoir aux peuples, François Mitterrand et Michel Rocard n'ont trouvé comme idée que de faire emprunter des sommes colossales à la Communauté, transposant ainsi au niveau européen le système qui leur a permis en France de vivre à crédit, avec le succès que l'on connaît. L'esprit a déserté cette Europe. Pour le retrouver, comme je le souhaite, on ne pourra pas faire autrement que de la rapprocher des peuples.