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Le député maire centriste de Toulouse réagit aux récentes déclarations sur l'Europe du président de l'Assemblée nationale, Philippe Séguin.
Le Figaro : Pour Philippe Séguin, l'Europe de Maastricht est "moribonde". Que pensez-vous de cette affirmation ?
Dominique Baudis : Le traité de l'Union européenne est entré en vigueur, les douze pays de la Communauté l'ayant ratifié, malgré les difficultés et les retards que l'on sait. Ce qui est aujourd'hui en danger, c'est l'idée européenne elle-même. victime de la récession économique et de la résurgence des nationalismes. Les anti-européens de toujours saisissent le prétexte de cette conjoncture défavorable pour tenter de tuer, sans l'avouer ouvertement, l'idée communautaire à laquelle, au fond d'eux-mêmes, ils n'ont jamais adhéré.
Nous ne devons pas tomber dans ce piège. Remplacer le fruit, certes imparfait, de plus de trente années de construction européenne par une vaste et vague Europe allant de Brest à Moscou, reviendrait à dissoudre l'idée européenne dans un magma dont la générosité ne serait que théorique.
Le débat sur le Traité de Maastricht est dépassé. Ce qui importe, c'est l'avenir que nous voulons donner à l'Europe.
Le Figaro : Tout de même, l'idéal communautaire lui-même n'est pas en cause ?
Dominique Baudis : L'intuition fondamentale des pionniers de l'Europe me paraît toujours juste : plus que jamais, dans le monde actuel, nous avons besoin, d'une Europe forte et unie. Par contre, il est urgent de réformer la construction communautaire. Souvent perçue comme lointaine et inefficace, l'Union européenne doit être enfin dotée d'institutions simplifiées et rééquilibrées, bénéficiant d'une légitimité indiscutable. Le traité d'Union européenne possède une grande qualité : il prévoit sa propre révision.
Nous devons rendre l'Europe à la fois plus efficace et plus démocratique, en renforçant conjointement les pouvoirs du Conseil des ministres et du Parlement, pour l'élaboration des lois, l'adoption du budget et le contrôle de la Commission. Les crises économique et monétaire rendent plus que jamais nécessaires les objectifs du traité : une union économique et monétaire, une monnaie unique en 1999.
Nous savons bien que ce n'est pas un chimérique "trop d'Europe" qui explique notre impuissance politique ou notre difficulté à combattre la crise économique, mais, au contraire, l'actuel "moins d'Europe".
Le Figaro : Des tiraillements se font déjà sentir au sein de la majorité APR-UDF. Ces deux formations pourront-elles éviter de se diviser aux élections européennes ?
Dominique Baudis : Il y a toujours eu, au sein de la majorité, plusieurs sensibilités sur l'Europe. Je souhaite une liste d'union, associant l'UDF et le RPR, à tonalité clairement européenne, à l'image du gouvernement d'Édouard Balladur. Si la majorité se divisait en deux listes à l'occasion de ce scrutin, elle décevrait les Français qui lui ont fait confiance en mars dernier, et l'Europe n'y gagnerait rien.
En juin 1994, nous devrons nous battre sur deux fronts : le premier, c'est le clivage politique entre la majorité et l'opposition. Le second regroupe ceux qui, appartenant à l'UDF ou au RPR, vont faire campagne contre l'Europe. N'ouvrons pas un troisième front et rassemblons tous ceux qui, au sein de la majorité, à quelque parti politique qu'ils appartiennent, veulent sincèrement, avec des perceptions différentes, la progression de l'Union européenne.