Texte intégral
Messieurs les Parlementaires,
Messieurs les élus,
Messieurs les Officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,
La Gendarmerie de l'Air a désormais son drapeau. Cinquante ans après la création du corps, cet emblème que je viens de remettre à sa garde rappelle avec éclat à tous les officiers, sous-officiers et gendarmes auxiliaires l'appartenance de leur unité aux forces armées et sa contribution, à la fois dans l'histoire et au présent, à la défense de notre pays.
Il symbolise aussi l'engagement passé de tous les anciens militaires de la Gendarmerie qui, sous l'uniforme d'aviateur, ont exercé leurs attributions de « soldats de la loi ». Ils sont nombreux à s'être déplacés aujourd'hui pour cette cérémonie, soulignant ainsi un attachement à leur institution qui ne faiblit pas à l'heure de la retraite. Je les salue avec affection, respect et reconnaissance.
Avec le groupement central des Forces aériennes de la Gendarmerie, implanté sur cette base, et la Gendarmerie des transports aériens agissant au profit de l'aviation civile, la Gendarmerie de l'Air élargit à la « troisième dimension » le champ d'action de la Gendarmerie nationale.
C'est un impératif de défense qui est à l'origine de ce lien avec le milieu aéronautique.
Dès l'apparition de l'aviation militaire, en 1912, la Gendarmerie a reçu mission de protéger les aérodromes. Mais c'est principalement à l'occasion de la Première guerre mondiale qu'elle a acquis ses premiers titres de gloire : fait oublié par l'Histoire, plusieurs gendarmes ont servi comme pilote dans les escadrilles de chasse, de reconnaissance ou de bombardement.
L'un d'entre eux, l'adjudant Merlhe, a alors réalisé plus de 450 heures de vol opérationnel entre 1916 et 1918. Quelques années plus tard, la seconde guerre mondiale a exigé la mise sur pied d'unités prévôtales au profit de l'Armée de l'Air qui avait, en 1939, cinq ans d'existence. En l'absence d'une formation spécialisée, ces détachements ont été constitués à partir de la Gendarmerie départementale et de la garde républicaine mobile.
C'est au début des combats pour la libération du territoire qu'a été signé le décret fondateur de la Gendarmerie de l'Air, signé à Alger le 15 septembre 1943 par le Général De Gaulle, le Général Giraud et Maurice Couve de Murville.
Ce décret, intervenant au moment où les ailes françaises se reconstituaient pour la victoire, a réalisé une double synthèse. Entre la plus ancienne et la plus jeune de nos forces armées, entre la plus traditionnelle et l'une des plus avancées sur le plan de la technique.
Le choix du premier chef de corps a donné la mesure du rôle que l'on entendait confier à la Gendarmerie de l'Air. Le Lieutenant-colonel Morin était déjà une grande figure de l'Arme. Grand-officier de la Légion d'honneur, Grand-croix de l'ordre national du Mérite, il devait, à la fin de sa carrière, commander les forces de Gendarmerie en Algérie. Cet officier d'élite a su d'emblée donner un style à cette formation encore jeune, constituée de gendarmes ayant rejoint la France Libre ou issus de l'Armée d'Afrique.
Après l'expérimentation de formules d'appartenance exclusive à l'Armée de l'Air, puis à la Gendarmerie nationale, le principe du double rattachement a été posé par le décret du 8 juin 1956.
Placée pour emploi auprès du chef d'état-major de l'Armée de l'Air, la Gendarmerie de l'Air est une formation spécialisée de la Gendarmerie par ses missions, le recrutement et la formation de ses personnels et les modalités de son action.
Ce schéma d'organisation a d'ailleurs été retenu en 1970 pour la Gendarmerie maritime. Outre le fait qu'elle a prouvé son efficacité, cette dualité va dans le sens du renforcement des liens interarmées qu'exige notre défense et en particulier la protection de son potentiel militaire.
À l'évidence, le contexte est aujourd'hui différent de celui qui a présidé à la création de la Gendarmerie de l'Air. La France n'est plus en guerre, même si ses engagements internationaux la conduisent à intervenir hors de ses frontières. Les menaces ont cependant changé de nature, de forme, l'expression, en fait. Notre appareil de défense doit être aujourd'hui réexaminé à la lumière de nos ambitions internationales, des risques encourus, des moyens que nous voulons lui consacrer.
Tel est l'objet du livre blanc sur la défense. Les réflexions dont il sera assorti devront servir de base à l'élaboration de la prochaine loi de programmation militaire.
Sans anticiper les conclusions du débat qui devra alors s'ouvrir, il me semble évident que le rapprochement entre les domaines de la sécurité intérieure et de la sécurité extérieure milite en faveur d'un renforcement du rôle de la Gendarmerie nationale au sein de notre défense. Cette force, située au confluent des problèmes civils et militaires, est un atout dans la gestion des crises. Elle tient cette capacité de son implantation territoriale, de ses moyens, de ses champs d'action, comme l'illustre le rôle tenu par la Gendarmerie de l'Air.
Cette formation commémore aujourd'hui son cinquantenaire. Cette date ne correspond pas à la fin d'une maturation. Elle indique sans doute le début d'une transformation nouvelle, doublement inspirée des évolutions et des modernisations qui marqueront dans la prochaine décennie l'Armée de l'Air et la Gendarmerie nationale.
Il appartient aux hommes d'aujourd'hui de préparer l'avenir en ayant en mémoire cette pensée exprimée par Saint-Exupéry dans Citadelle : « préparer l'avenir, ce n'est que fonder le présent. L'avenir n'est jamais que du présent à mettre en ordre. À quoi bon discuter cet héritage ? L'avenir, on n'a pas à le prévoir, mais à le permettre ».