Interview de M. Bernard Pons, président du groupe RPR à l'Assemblée nationale, le 11 octobre 1993 à France-Inter, sur le budget 1994, le moratoire sur les essais nucléaires et la cohabitation.

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Média : France Inter

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A. Ardisson : Que vous inspire le dernier sondage du CSA-Le Parisien ?

B. Pons : Il s'explique par la morosité de nos concitoyens. La situation économique est préoccupante, le chômage continue à se développer. Les Français sont inquiets. Cette inquiétude apparaît dans ce sondage. Mais un sondage est une photographie à un instant donné. La politique que conduit le gouvernement devrait d'ici un certain temps redonner la confiance aux Français.

A. Ardisson : Est-ce qu'on peut considérer que ce sondage marque la fin d'état de grâce d'E. Balladur ?

B. Pons : Non, il traduit une certaine inquiétude des Français qui espéraient que le redressement de la situation. La situation qui a été trouvée par le gouvernement était beaucoup plus grave qu'on ne le pensait. Il a été conduit à prendre toute une série de mesures. Il aurait souhaité aller plus vite dans un certain sens qu'il ne peut le faire.

A. Ardisson : Le projet de loi sur l'emploi n'a-t-il pas eu une mauvaise préparation ?

B. Pons : Non, le ministre du Travail a mis en chantier ce projet avant les vacances, la concertation a été très large et on s'attendait d'ailleurs à des débats très longs puisqu'on avait prévu deux semaines à l'Assemblée nationale. Le débat a été terminé au bout d'une semaine sans une modification considérable du texte.

A. Ardisson : Quels infléchissements allez-vous essayer d'obtenir dans la discussion budgétaire ?

B. Pons : Le budget c'est le support de la politique d'un gouvernement. La politique du gouvernement d'E. Balladur a été clairement annoncée lors de l'installation du gouvernement par une déclaration de politique générale faite par le Premier ministre qui, renouant avec une tradition qui avait été abandonnée par ses prédécesseurs, c'est-à-dire un vote de confiance, a obtenu la confiance de l'Assemblée sur la déclaration de politique générale. Est-ce que le budget de 94 s'inscrit dans le cadre de la déclaration faite par le Premier ministre lorsqu'il a été nommé ? Oui. Mais compte-tenu de l'évolution des choses, il est évident que les députés de la majorité souhaiteraient que les choses aillent un peu plus vite en ce qui concerne la relance de l'activité économique. C'est la raison pour laquelle, dans deux secteurs au moins, les PME et le logement, nos collègues tenteront d'obtenir un certain nombre d'éléments plus importants dans le cadre du budget que ceux qui sont proposés par le gouvernement.

A. Ardisson : Concernant l'éventualité de la reprise des essais nucléaires, avez-vous senti plus la patte du président que celle du chef du gouvernement ?

B. Pons : Pas du tout. J'ai eu l'occasion de m'entretenir de cette question à plusieurs reprises avec le Premier ministre. Son intention était de faire les choses en accord avec le président de la République puisque c'est un domaine commun. Il y avait un moratoire qui avait suspendu les essais nucléaires. Le tir chinois est une nouvelle donnée au niveau international. Le président des États-Unis a fait des déclarations, il est normal que le président de la République et le Premier ministre aient demandé au ministre des Affaires Étrangères de consulter nos partenaires en la matière. Il y a deux données essentielles. Il faut tout faire pour que la France maintienne sa capacité de défense et continue à faire partie du « club des grands ». Il faut que la France soit aussi sur la même ligne que ceux de nos alliés qui veulent supprimer les expérimentations nucléaires. Pour les Américains c'était plus facile parce qu'ils étaient en avance sur la France et ils sont au stade des essais simulés sur ordinateur. Le rapport des experts qui a été remis vendredi dernier au président de la République et au Premier ministre le démontre bien puisque les experts disent que pour arriver au stade de la simulation, il faut que la France procède encore à 15 ou 20 tirs. C'est là qu'est le problème. Il est tout à fait possible que dans le cadre de la discussion budgétaire, nos collègues parlementaires interrogent le gouvernement et prévoient des crédits supplémentaires pour augmenter notre capacité de passer à la simulation sur ordinateurs et pour maintenir en état de fonctionnement nos sites.

A. Ardisson : La majorité du RPR serait pour la reprise des essais ?

B. Pons : Oui, mais pas dans n'importe quelle condition. Le communiqué qui a été pris à l'issue du dernier Conseil des ministres ne nous pose pas un problème majeur pour le moment. Ce qui poserait un problème majeur ce serait un refus systématique et définitif de la reprise des tirs.

A. Ardisson : La cohabitation vous agace ou vous satisfait ?

B. Pons : Nous avons une Constitution qui prévoit des pouvoirs pour le chef de l'État et pour le gouvernement qui est issu de la nouvelle majorité. Dès lors que les capacités d'action de l'un et de l'autre sont respectées et que la Constitution s'applique, c'est très bien pour la France. La France est un grand pays démocratique, nous avons eu une alternance politique à plusieurs reprises. L'exemple grec nous montre que l'alternance peut quelquefois intervenir plus rapidement qu'on ne le croit. Il ne faut pas de systématisme. Dans la mesure où le gouvernement n'est pas gêné pour conduire sa politique et que les engagements qui avaient été pris devant les électrices et les électeurs sont respectés, les choses vont bien ainsi.