Texte intégral
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le maire de Rouen,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le directeur général de la Gendarmerie nationale,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,
La nature de notre réunion, la qualité de l'assistance, la rencontre entre les hommes d'entreprise et l'un des plus grands services publics de notre pays, tout me pousse aujourd'hui à vous exprimer satisfaction, admiration, espérance et confiance.
Ce sont ces sentiments en effet qui pourraient résumer, si cela était nécessaire, notre rencontre d'aujourd'hui.
Vous comprendrez que je les exprime en remerciant d'abord Michel Roussin, ministre de la coopération, qui a bien voulu m'accompagne, pour être à vos côtés ce matin. Il est des vôtres, par sa carrière d'hier comme par ses responsabilités d'aujourd'hui, et beaucoup d'entre nous connaissent l'attachement qui est le sien à la Gendarmerie nationale.
J'exprime également ces sentiments en remerciant ici chacun d'entre vous pour ce geste d'amitié et de respect que vous faites et qui vous permet d'être aux côtés de la Gendarmerie nationale à un moment fort de sa longue histoire. À la rencontre de l'avenir, elle donne en effet d'elle-même, aujourd'hui, la très belle image de l'efficacité, de la ténacité et de la compétence.
Vous le savez l'exécution des missions de la Gendarmerie nationale repose en premier lieu sur les hommes et les femmes qui servent dans ses rangs. Cette "force humaine" est, pour reprendre une expression commune aux industriels et aux états- majors, son principal "système d'arme". Système d'arme basé sur un simple mot, peut être le plus beau de notre époque difficile : le mot CONFIANCE.
L'activité globale de la Gendarmerie est, comme vous le savez, la conjugaison de milliers d'opérations individuelles, accomplies, le plus souvent, à partir d'initiatives elles-mêmes individuelles. Ces actes requièrent sang-froid, tact, sens du dialogue ; autant de qualités humaines, qu'aucun matériel ou procédé scientifique ne saurait remplacer.
Et pourtant, nous sommes ici au point de rencontre qui définira peut-être notre époque : non pas le conflit, non pas le face-à-face ou l'affrontement, mais le dialogue de l'homme et de son outil, la rencontre entre l'exigence de la communication et l'intelligence humaine.
Sans se substituer à l'homme, les équipements peuvent prolonger, voire amplifier sa capacité d'intervention au service de la sécurité de ceux qu'il doit protéger. Souvent décrite comme une arme de personnels, la Gendarmerie a su s'adapter au progrès et parfois le précéder. Arme de tradition, elle réussit à être en permanence l'Arme du futur. Ainsi l'automobile, le téléphone, la radiotélégraphie et l'hélicoptère ont permis, au fur et à mesure de leur mise en service, de réduire un cadre "espace-temps" longtemps délimité par la vitesse du cheval, la portée de la voix, la capacité physique de l'homme.
On ne pouvait cependant jusqu'ici parler de révolution technologique, dans la mesure où il s'agissait pour la Gendarmerie, de disposer de moyens également utilisés par la société civile et, notamment pour certains d'entre eux hélas, par les malfaiteurs.
Cette évolution en parallèle, qui rappelle un peu la "course entre le canon et la cuirasse" des années 1900, connaît aujourd'hui une nouvelle dynamique. La technologie devient un auxiliaire précieux des hommes d'armes au service du pays et du gendarme au service de la loi, c'est-à-dire aussi du pays.
Il en est ainsi dans le domaine des investigations criminelles. Si Sherlock Holmes ne devait son succès qu'à son sens de l'observation et de la déduction, les enquêteurs de la Gendarmerie peuvent désormais recourir aux techniques les plus diverses et les plus complexes pour mettre en évidence les éléments de preuve : ainsi la balistique, la lophoscopie – c'est-à-dire l'étude de toutes les empreintes humaines – la physique optique, la génétique, la biologie, la toxicologie, l'imagerie, l'acoustique, la chimie et bien d'autres disciplines encore font peu à peu partie de l'univers intellectuel et professionnel du gendarme.
La technologie s'offre en alliée de la vérité judiciaire en permettant de substituer à une recherche de l'aveu, parfois faillible parce que subjective, des éléments objectifs susceptibles de confondre les coupables.
L'informatique est un autre domaine de la technologie, qui renforce les capacités d'action, d'intervention, de présence et de prévention. L'informatique n'a pas seulement pour effet de faciliter le rassemblement et l'exploitation de la documentation: judiciaire relative aux faits, aux auteurs, aux modes opératoires, aux personnes ou aux véhicules recherchés. Elle est au cœur de l'organisation du service de nuit qui repose, depuis deux ans, sur la centralisation des appels du public et de la gestion des interventions par le centre opérationnel du groupement.
L'informatique permet aussi de réaliser des gains de productivité, en allégeant les tâches non directement liées aux activités opérationnelles. Ainsi, la mise en place dans les brigades de logiciels adaptés a-t-elle entraîné en l'espace d'un an une diminution du temps consacré à la rédaction des procédures alors que celles-ci augmentaient en volume. Le temps économisé a pu être utilisé à des tâches de sécurité publique.
Couplée aux télécommunications, l'informatique compense la dispersion des brigades sur l'ensemble du territoire. Elle rend possible la mobilisation de toutes les unités, notamment face aux formes nouvelles de la délinquance itinérante. Cette capacité de transmission rapide des informations et d'accès aux bases de données est d'autant plus indispensable, que la mobilité des personnes et des biens s'accroît au sein d'un espace qui va lui-même s'élargir comme s'élargit hélas l'espace international de la délinquance.
Les quelques exemples que je viens de citer montrent bien que la technologie utilisée au service de la sécurité des citoyens constitue un enjeu contemporain majeur pour la Gendarmerie et un défi considérable pour ses personnels. Il s'agit, pour eux, de maîtriser l'emploi des nouveaux équipements, sans pour autant abandonner le style traditionnel de leur action qui repose avant tout sur le contact humain avec la population. Aucun ordinateur ne remplacera jamais le visage d'un homme, sa main tendue pour sauver, son regard pour comprendre, sa voix pour informer, son courage pour agir.
C'est donc avec sa tradition à elle que la Gendarmerie nationale va réceptionner le nouveau réseau RUBIS. Réseau que nous inaugurons aujourd'hui, entouré de très nombreuses autorités françaises et étrangères que je salue, et remercie.
Vous mesurez, mesdames et messieurs, les progrès considérables qu'apporte ce nouveau système de télécommunications. Aussi bien sur le plan de la technique pure, que du point de vue de l'emploi opérationnel.
Comme la démonstration l'a souligné, la Gendarmerie nationale dispose désormais avec RUBIS d'un matériel en avance sur son temps. En avance aussi sur ceux qui défient la justice et la loi. Pour la première fois, elle entre en possession d'une technologie qui n'a pas d'égal sur le marché. Tous ceux qui ont contribué à cette réalisation doivent être ici félicités et remerciés. Ils sont sans aucun doute animés aujourd'hui d'une fierté que chacun comprend, et que pour la France, nous devons partager.
La performance de ce produit riche en innovations est à mettre au compte d'une parfaite coopération entre trois partenaires : Matra-Communication, et je salue ici Jacques Payer et Jean-Luc Lagardère, le maître d'œuvre industriel, la délégation générale pour l'armement et la Gendarmerie nationale. Cette action tripartite, qui met en correspondance par l'intermédiaire d'un organisme étatique les besoins d'un état-major et les capacités de recherche, de développement puis de fabrication d'une entreprise, est le fruit d'une organisation originale, propre à la France.
Notre pays en effet dispose d'une structure composée d'ingénieurs militaires, capables de réaliser la relation intelligente entre le service demandeur et l'industriel. Sans doute doit-on à cette architecture le succès de nombreux programmes d'armement destinés à l'équipement des forces armées françaises et de nombreuses armées du monde. RUBIS, programme majeur de la décennie pour la Gendarmerie, est de ceux-là.
Si sa réalisation est due aussi aux capacités de conception des cadres de la Gendarmerie qui l'ont voulu et accompagné, RUBIS ne doit pas demeurer le privilège de cette institution.
Je me réjouis de constater que la Police nationale française a retenu cette technologie de pointe pour constituer son réseau ACROPOL. Cette décision va dans le sens d'une meilleure interopérabilité entre deux services qui, chacun avec sa spécificité propre, contribuent à la sécurité publique sur notre territoire.
La transposition de certains éléments de RUBIS par la Société nationale des chemins de fer français montre que les possibilités d'emploi sont multiples et peuvent s'adapter à d'autres exigences de sécurité. D'autres services ou administrations rejoindront demain, je n'en doute pas, la liste des bénéficiaires.
Mais RUBIS ne doit pas rester cantonné à l'hexagone. La généralité de Catalogne, dont je salue les représentants, prouve par son choix que ce réseau peut aussi répondre aux attentes des forces de sécurité de nombreux pays d'Europe et du monde. L'exportation du système RUBIS, assortie de licences ou de transferts de technologies, entre dans nos intentions. Il s'agit dès lors, pour nous, d'ouvrir les voies d'une coopération, en particulier à l'échelle de l'Europe.
Vous le savez, la sécurité intérieure et la sécurité extérieure de chacun de nos États requièrent des matériels de plus en plus coûteux, notamment dans la phase de recherche et de développement.
Ce problème est particulièrement sensible s'agissant des armements. Déjà des coopérations utiles ont été engagées dans le domaine de l'aviation, des missiles, des hélicoptères. Sans doute, chaque Nation doit-elle conserver une infrastructure industrielle qui garantisse son indépendance. Mais cette infrastructure ne sera viable à moyen terme que si elle s'inscrit dans un ensemble plus vaste, faute de quoi certaines puissances domineront demain un marché captif, et nous serions mis nous-mêmes sous une tutelle que nous ne pouvons pas accepter.
L'Europe des armements est, à bien des égards, à construire. La France l'appelle de ses vœux. RUBIS peut être l'un des facteurs de rapprochement qui, au-delà des possibilités de communication transfrontalière entre les services de sécurité, peut servir la cause d'une industrie européenne exigeante et forte, capable de fédérer les intelligences.
Voilà, mesdames et messieurs, le sens de notre rencontre d'aujourd'hui. Si nous devions la résumer ce serait par quelques mots simples :
Mettre l'outil au service de l'homme pour que l'homme soit au service du droit.
Donner à l'État son efficacité pour que ceux qui le servent continuent à connaître la simple et tranquille dignité de a compétence.
Apporter la démonstration, que je crois toujours nécessaire, d'une intelligence qui sait protéger et servir, d'une autorité qui sait s'adapter et s'ouvrir, et d'une présence enfin qui se saura d'autant plus légitime qu'elle aura reçu les moyens de se diffuser et de se transmettre.