Texte intégral
La réduction de la durée du travail est au centre d'une série de débats passionnés où s'entrecroisent des analyses sincères induites par l'inquiétude profonde des salariés, des générosités utopistes, des résurgences de l'idéologie de la croissance zéro qui le disputent à des théories mécanistes et à des arrière-pensées politiciennes.
Pour nous, cette réduction est une tendance historique lourde de nos civilisations et il faut l'encourager et s'en féliciter. Au cours du temps, elle a revêtu des formes diverses. On travaille moins d'heures par jour, moins de jours par semaine, moins de semaines par an et moins d'années dans toute une vie. Le temps de travail représente aujourd'hui moins de 10 % de la durée moyenne de vie.
Mais l'essentiel de ces progrès a été accompli dans des périodes de croissance qui ont masqué le fait qu'il s'agit toujours d'un arbitrage entre mode de vie et niveau de vie. Toute réduction de la durée du travail se paie donc en diminution – relative en cas de croissance économique, absolue s'il y a stagnation ou récession – du pouvoir d'achat.
Là est la donnée incontournable qui doit conditionner un débat sérieux, où les réalités de la production dans l'entreprise, les structures de l'emploi et des qualifications, les contraintes des missions de l'encadrement et bien d'autres facteurs sont analysés et pris en compte dans le cadre d'une négociation contractuelle.
Résistons à l'irrationnel, à la pression affective, au chantage salaire contre-emploi ! Refusons ces débats où l'on s'envoie à la tête les millions d'emplois prétendument créés du jour au lendemain sans le moindre souci du risque suscité par les fausses espérances ainsi données !
Non, ce n'est pas en cédant aux illusions et aux démagogies sommaires, ni en remettant en cause le statut de l'encadrement, voire en niant son rôle, ni en démantelant une formation professionnelle continue laborieusement construite par les partenaires sociaux, ni en dessaisissant ceux-ci du régime d'assurance chômage qu'apparaîtront des solutions réalistes !
Être responsable c'est aussi rester dans le champ du possible. C'est tout le sens et la portée de nos propres propositions pour l'emploi dont la mise en œuvre exige de réelles négociations sociales dans les branches et les entreprises.
Dans la bourrasque, gardons notre cap.