Interviews de M. Michel Barnier, ministre de l'environnement, à RTL le 29 septembre et à France-Inter le 21 décembre 1993, sur la contribution de l'environnement à l'emploi, l'opération "1000 défis pour ma planète", le choix de Sydney pour les JO de l'an 2000 et les prises de position de M. Léotard et de Mme Veil pour une candidature de M. Balladur à l'élection présidentielle de 1995.

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Média : RTL - France Inter

Texte intégral

RTL  : mercredi 29 septembre 1993

P. Caloni : À un moment où on parle d'emploi, parler d'environnement, n'est-ce pas un peu gadget ?

M. Barnier : Quand on parle chômage, il faut parler d'environnement. Il faut dire que l'environnement fait plus d'emplois. Les besoins sont considérables pour lutter contre le bruit, la pollution. Nous avons des besoins gigantesques de stations de traitements, d'incinération. J'observe que depuis cinq ans, les seules entreprises en France qui ont créé beaucoup d'emplois sont dans ce secteur. Il y a beaucoup d'accidents chaque été. On les déplore. La Savoie a été dramatiquement touchée dans la vallée de la Maurienne. Les besoins sont aussi énormes dans la Méditerranée, en Palestine, à l'Est. Pour nos entreprises, c'est un grand défi. Plus d'environnement, c'est plus d'emplois. Il y a dans ce domaine un des chemins pour que la France retrouve la croissance.

P. Caloni : Comment fait-on pour créer des emplois ?

M. Barnier : Il y a plusieurs méthodes : il faut soutenir et reconnaître la place des entreprises qui travaillent dans ce domaine. Il faudrait allouer différemment les ressources publiques, faire un peu moins d'autoroutes et davantage de stations d'épuration ou de traitement des déchets. Il faut conforter ce secteur. Les raisons pour la France d'être offensive, on les trouve dans le secteur des déchets et de l'énergie. Il faut renforcer les travaux publics dans ce domaine. Le Premier ministre a décidé pour la première fois qu'il y aurait un volet pour l'environnement dans le plan de relance. Tout le monde en a été étonné. Nous avons expliqué que faire de l'enfouissement de lignes électriques ou téléphoniques – Dieu sait s'il y a des problèmes de ce côté et qu'on a massacré notre pays avec ces fils ! –, faire du traitement de l'eau, ce sont des travaux publics, de l'emploi et de l'environnement. Les collectivités locales pourront, si on les encourage, ce que nous allons faire, créer beaucoup d'emplois dans la gestion et la surveillance de la nature.

P. Caloni : La semaine prochaine, vous présenterez en Conseil des ministres l'opération « 1 000 défis pour ma planète ». De quoi s'agit-il ?

M. Barnier : Il s'agit de cette priorité qu'est l'éducation à l'environnement. À quoi cela sert-il de faire des lois et des décrets si à la base les jeunes et les adultes ne sont pas eux-mêmes responsables de leur environnement ? Quand on pollue, on pollue les autres et soi-même. Des dizaines de milliers de jeunes travailleront concrètement. Il y aura 1 000 projets sélectionnés. Ils travailleront avec des parrains pendant une année. Nous les réunirons lors d'une grande fête pour leur faire rencontrer des gens qui s'occupent d'environnement.

P. Caloni : R. Monory veut « raser les banlieues ».

M. Barnier : L'écologie urbaine est un secteur qui intéresse S. Veil et moi-même. Faut-il raser toutes les banlieues ? Certaines... Il faut recréer l'âme des villes et des villages, des mairies et des places. Le grand défi, c'est d'arrêter de grossir la région parisienne. C'est sans doute cela que veut dire R. Monory. Les banlieues n'ont pas d'âme parce qu'elles ont été trop vite construites et trop concentrées. Cela prend beaucoup d'années. Raison de plus pour s'appuyer sur l'âme des villages et des bourgs qui existent déjà et ne pas créer des villes artificielles et conforter les villes-moyennes et chefs-lieux qui existent partout en France.

P. Caloni : On connaîtra aujourd'hui le site du futur Grand Stade.

M. Barnier : Le Premier ministre arrêtera son choix après avoir écouté beaucoup de gens. Nous, ministres, serons réunis cet après-midi.

P. Caloni : Et vous en faites partie ? C'est une nouveauté ?

M. Barnier : On le voit apparaître dans des endroits où on n'avait pas l'habitude de le voir. Regardez l'exemple de Sydney !

P. Caloni : L'écologie y a joué un grand rôle ?

M. Barnier : Un rôle stratégique. Je ne crois pas qu'on puisse organiser aujourd'hui une Coupe du monde ou des JO sans penser à l'environnement. Il faudrait faire faire un progrès à l'environnement. Les Australiens ont pris comme stratégie la protection de l'environnement pour leur candidature. Je souhaite que la France fasse un stade exemplaire pour la Coupe du monde de 1998. Ce sera peut-être le premier élément d'une future candidature pour notre pays, pourquoi pas aux JO d'été au-delà de l'an 2000.

P. Caloni : Vous aviez eu ce souci pour Albertville ?

M. Barnier : Nous avions commencé. Ceux qui suivent vont encore faire mieux. Au départ, nous voulions prévenir plutôt que réparer des dégâts. C'est tellement vrai qu'il y aura maintenant des études d'impact pour l'environnement pour tous les sites candidats. Les Australiens sont allés plus loin encore.


France Inter : mardi 21 décembre 1993

A. Ardisson : À propos d'E. Balladur : Chirac-Balladur et les prises de positions de S. Veil et de F. Léotard, ça vous a choqué ou cela vous paraît dans l'ordre naturel des choses ?

M. Barnier : Chacun s'exprime comme il l'entend, selon ses propres convictions et selon son tempérament. J'ai entendu E. Balladur nous demander à plusieurs reprises de travailler dans nos ministères, de faire de la politique, d'être solidaires dans le gouvernement, de ne pas nous engager trop tôt dans la campagne présidentielle, voire dans la campagne européenne, de travailler chacun dans notre ministère. Il reste 17 mois d'ici les élections présidentielles et ces 17 mois sont nécessaires pour que le gouvernement réussisse tout entier, solidairement derrière E. Balladur. C'est ce à quoi je m'attache dans mon ministère.

A. Ardisson : Ça n'est pas faire la politique de l'autruche que de se dire qu'il n'y a pas de problèmes ?

M. Barnier : Non, il y a des problèmes, la France a des problèmes de chômage. C'est la première priorité du gouvernement, tenir le franc aussi, construire l'Europe, réduire les inégalités. Voilà des problèmes auxquels le gouvernement s'attache. Je suis dans ce gouvernement, solidaire, pour faire ce travail.