Texte intégral
Le Journal du Dimanche : Comment expliquez-vous l'ampleur et la passion du débat qui vient de s'instaurer sur les « 32 heures » ?
Michel Giraud : En effet, on ne parle plus que de ça ! Il s'agit là d'un phénomène de société moderne, dans un contexte de communication rapide. Une proposition originale, non conformiste, focalise tout un débat alors que, pour la première fois, un gouvernement propose, après une longue concertation, une véritable réflexion de société sur le travail, l'emploi et la formation professionnelle.
Cette réflexion se traduit par un projet de loi de 52 articles qui traitent à fond de la protection et de la création d'emplois, de l'organisation de la vie de travail, de la formation des jeunes, de leur accès au monde du travail. Le débat sur les « 32 heures » n'est qu'un élément de la question de l'annualisation – réduction du temps de travail qui, elle, est intégrée à la loi quinquennale. Cette focalisation révèle une inquiétude fondamentale sur l'avenir. Je comprends qu'elle existe. D'une certaine façon, je la partage, et c'est la raison pour laquelle le gouvernement s'attache à proposer des solutions et des réponses globales dans la loi en cours de discussion.
Le Journal du Dimanche : Souhaitez-vous vraiment que le Sénat adopte, demain, cet amendement Fourcade-Larcher sur les 32 heures ?
Michel Giraud : Sincèrement oui. Je l'ai dit et je le dirai à nouveau quand le texte viendra en discussion. Je souhaite vraiment cette expérimentation, car c'est bien d'expérimentation qu'il s'agit. Soyons clair : je ne crois pas qu'en imposant la réduction du temps de travail on puisse créer des emplois. Cela dit, si cette réduction est négociée entre les partenaires sociaux, si certaines conditions sont remplies qui garantissent que l'argent public ne sera pas dilapidé, si, bien entendu, la réduction permet de créer des emplois complémentaires, on peut expérimenter. Je dirais même qu'on doit expérimenter car, en matière d'emploi, il ne faut négliger aucune initiative. A condition, j'insiste, qu'il y ait bien un accord au sein de l'entreprise ou de la branche.
Le Journal du Dimanche : Très concrètement, que sont les « 32 heures » ou les « 4 jour » » dans l'esprit du gouvernement ?
Michel Giraud : Évacuons d'emblée trois chimères. Les 32 heures seraient payées 39 heures, cela est exclu. L'affirmer serait un mensonge. J'ajoute, et c'est la conception de l'organisation du travail dans la loi quinquennale, que c'est sur l'année et non plus sur la semaine ou le mois qu'il faut désormais organiser le temps de travail. Il y a une révolution du temps de travail ne créera pas automatiquement des emplois ; il faut des garanties. Ces garanties, elles sont précisées dans l'amendement du Sénat, et l'expérimentation peut donc être sereinement décidée.
Le Journal du Dimanche : Cette révolution culturelle que vous appelez de vos vœux ne cache-t-elle pas une remise en cause des acquis sociaux comme le craignent certains syndicats ?
Michel Giraud : Si ce n'est pas une révolution culturelle, il est vrai que la loi quinquennale réformera profondément les conditions d'accès des jeunes au travail, leur formation professionnelle, l'organisation du travail dans les entreprises. Non seulement aucun des « acquis sociaux » n'est remis en cause, mais encore c'est sur les partenaires sociaux eux-mêmes – syndicats et employeurs – que repose la mise en œuvre effective des mesures proposées par le projet de loi. Si je passe les deux tiers de mon temps en concertations, c'est parce que je suis convaincu que l'adaptation à la nouvelle société qui se dessine passe par la négociation et non pas par la contrainte. Mais que les syndicats se rassurent, que les défenseurs des acquis sociaux dorment en paix, cette adaptation est parfaitement compatible avec la pérennité du code du travail ! Si l'on ne doit pas bousculer les règles essentielles de l'organisation du travail, il serait lourd de conséquence en revanche de ne pas chercher à adapter les règles du jeu.
Le Journal du Dimanche : Quelles règles êtes-vous prêt à adapter avec l'amendement sénatorial sur la semaine de 4 jours ?
Michel Giraud : Le projet de loi prévoit déjà la possibilité, après une négociation dans l'entreprise dans la branche, d'une réduction du temps de travail. À condition que les temps de travail soient organisés dans le cadre annuel. L'amendement sénatorial prévoit un cas particulier de cette règle générale lorsque la réduction du temps de travail est d'au moins 15 % et que, parallèlement, l'entreprise s'engage à une embauche supplémentaire de 10 % de son effectif. Alors l'État, et non l'Unedic comme certains le craignaient, pourra, pour partie, compenser la diminution du temps de travail. Ce dispositif expérimental sera contrôlé pendant trois ans, de manière à apprécier son efficacité. Nous verrons alors si l'on obtient les résultats escomptés. L'expérimentation aura alors confirmé ou infirmé l'idée selon laquelle un partage du travail peut créer des emplois.