Texte intégral
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Monsieur le Député,
Monsieur le Délégué Général pour l'Armement,
Mesdames, Messieurs,
Je ne chercherai pas à dissimuler la grande joie qui m'habite en venant partager avec vous le 25e anniversaire de l'implantation ici, à Toulouse, de ce haut lieu de la formation supérieure que constitue l'ensemble de l'École Nationale Supérieure de l'Aéronautique et de l'Espace, mieux connue sous le nom de "SUP AERO" et du Centre d'Études et de Recherche de Toulouse.
Je vois un sens à notre rencontre : celui d'un triple hommage rendu tout à la fois à la réussite d'une décision courageuse de décentralisation, au dynamisme d'une région qui a choisi l'espace comme avenir, et à l'excellence de l'enseignement supérieur, ici dispensé.
La décentralisation, tout d'abord. À l'heure où, comme vous le savez, le Gouvernement a donné une impulsion nouvelle à cette légitime ambition d'un développement harmonieux et équilibré de nos activités nationales, j'éprouve une grande satisfaction à fêter le succès de cette implantation, ici à Toulouse. La leçon est simple : nous ne devons pas avoir peur de ce qui fut hier une audace et qui devient aujourd'hui une nécessité.
Sans la volonté de la puissance publique, sans la belle obstination des élus cette ville et cette région ne seraient pas devenues ce que l'on considère aujourd'hui comme le pôle naturel d'une excellence aéronautique et spatiale. Ce pôle ne serait pas devenu ce qu'il est sans la présence de l'outil exceptionnel de formation et de recherche que constituent l'ENSAE et le CERT.
Cette réussite montre combien le dynamisme régional et la volonté des hommes peuvent contribuer à attirer et enrichir nos centres de formation. Elle montre également combien l'État peut et doit, par des décisions courageuses, dépasser l'esprit jacobin qui peut être, s'il est mal compris, préjudiciable à l'épanouissement harmonieux de notre nation, et à la qualité de notre développement.
La région Midi-Pyrénées, terre d'accueil de ce complexe de formation et de recherche, recueille, à travers cette réussite, les fruits de son dynamisme et de sa clairvoyance. Elle a su fixer toutes les composantes des activités aérospatiales, parmi lesquelles celles de la formation et de la recherche, et se trouve ainsi en Europe au cœur même du futur.
Je ne saurais trop rappeler combien elle dispose, désormais, d'une place de premier plan en Europe et dans le monde, dans ce secteur de haute technologie qui illustre et honore la plus belle aventure de l'homme : celle de l'esprit, tellement liée à celle de l'espace.
L'ENSAE, dans ce contexte, jouit d'une notoriété nationale et internationale de même nature. Loin d'être affectée par sa décentralisation, l'école n'a cessé de progresser, de s'ouvrir et de s'enrichir. Elle a désormais un niveau d'excellence et de rayonnement qui n'est pas étranger à la place éminente qui est celle de la France dans ce domaine.
J'ai pu mesurer, à travers toutes les présentations de cette célébration, le chemin parcouru depuis 25 ans.
Cet ensemble a magnifiquement œuvré pour la formation et la recherche. Il a tissé des liens étroits avec le tissu industriel local, avec les autres centres de recherche étatiques.
Surtout, l'École s'est ouverte à des coopérations internationales. Je me réjouis tout particulièrement de l'intensité des relations entretenues avec des institutions européennes comparables. Comment ne pas approuver ces initiatives, grâce auxquelles des étudiants et des ingénieurs européens apprennent, autour de projets, à travailler ensemble et à imaginer ensemble ? Une culture scientifique européenne se crée ici. Elle est faite pour l'Europe qui a besoin des ingénieurs français pour conserver sa place et affronter les défis de l'avenir.
Quel sera cet avenir dont nous sommes d'ores et déjà comptables ?
Nul ne peut ignorer la crise que traversent l'aéronautique et le spatial chez tous nos partenaires européens. Nous devons y répondre par la détermination, le courage et l'ambition.
La détermination, d'abord. Face aux incertitudes, nous avons pris le parti de tracer une voie et de nous y tenir. Le Livre Blanc, en cours d'élaboration, marque la volonté de maintenir un effort réfléchi et résolu dans le domaine de la défense. Il traduit aussi le souci de la continuité de nos efforts, de l'ouverture de notre réflexion, de l'adaptation de nos concepts de défense. La loi de programmation militaire qui en découlera devra dégager des perspectives claires, permettant aux industriels de disposer du temps nécessaire pour adapter leur outil. C'est un objectif de lucidité et de détermination que nous poursuivons à travers l'un et l'autre de ces deux documents.
Le secteur aéronautique et spatial national saura y répondre, comme il l'a toujours fait. Il restera productif et compétitif car les atouts dont il dispose aujourd'hui, conjugués à la prise en compte d'objectifs clairs et crédibles, constituent un avantage déterminant dans le concert international.
C'est donc un message d'espoir que je souhaite aujourd'hui vous faire partager. Mais cet espoir est indissociable d'une volonté d'adaptation permanente à un environnement difficile et concurrentiel probablement plus difficile et concurrentiel qu'il ne l'a jamais été.
L'ENSAE et le CERT n'échappent pas à cette exigence. Dans ce contexte général de réflexion sur notre outil de défense, il faut s'interroger sur l'évolution optimale de cet ensemble.
Le courage nous est – comme d'habitude – nécessaire. Là comme ailleurs.
La fantastique mutation technique et technologique qui caractérise notre fin de siècle suppose un exceptionnel effort d'accompagnement dans les domaines qui nous rassemblent. Effort qui touche à la fois la gestion de l'intelligence, la souplesse des structures, l'esprit de compétition, l'exigence de qualité.
Dans le domaine de la recherche, une vaste réflexion à l'échelle nationale doit être conduite, dans cette perspective.
Il s'agit, en effet, de mieux utiliser le foisonnement de compétence, de mieux coupler la recherche à l'enseignement, de mieux ouvrir notre recherche sur l'Europe.
Il s'agit également, à l'instar du statut actuel du CERT, d'offrir – à terme – à chaque centre de recherche la souplesse nécessaire pour s'adapter à un environnement international où priment en même temps la coopération et la compétitivité. Nos centres de recherche nationaux disposent d'un potentiel unique en Europe. Une politique ambitieuse peut faire de la France le cœur de la compétence européenne dans bien des domaines, qui seront décisifs dans l'avenir, si nous croyons à un continent maître de son destin.
Dans ce cadre général, il faut que l'ENSAE et le CERT gardent ces liens privilégiés qui ont présidé à leur rapprochement. Sans méconnaître ses propres spécificités, la recherche doit, pour être attractive, rester accessible aux étudiants. Concilier un très haut niveau de compétence et des activités d'initiation constitue un défi. Il doit être relevé, car la qualité de notre recherche passe par celle de son recrutement. Ce défi a été relevé, jusqu'à présent, ici à Toulouse : il doit rester une exigence permanente.
Les conditions de la construction de l'avenir à l'intérieur de cet ensemble unique de formation et de recherche, vont être réunies.
Dès le 1er janvier 1994, l'ENSAE va être dotée, au même titre que les autres écoles d'ingénieurs placées sous la tutelle du Ministère de la Défense, d'un statut d'établissement public administratif. L'objectif est de faciliter le développement des activités de cette école, en lui offrant de multiples possibilités nouvelles.
Tout en préservant sa tradition, et sans nuire aux acquis statutaires de ses personnels, c'est tout un ensemble d'ouvertures qui s'offrent à l'ENSAE pour son avenir partenariat avec l'étranger, souplesse de gestion, responsabilité plus grande, prise en compte de défis nouveaux.
Le Conseil d'Administration de l'École, en liaison avec la tutelle saura, je n'en doute pas, préparer cet avenir. Il conviendra notamment de veiller à ce que cet outil de formation soit constamment modernisé pour l'adapter à l'évolution de ses missions. L'État devra y veiller avec une attention toute particulière.
Je me félicite du fait que le Président de I'ONERA, dont dépend le Centre d'Études et de Recherche de Toulouse, fasse bénéficier ce Conseil de cette forte exigence de la recherche et de l'excellence technologique. Ce changement de statut doit être l'occasion pour votre école d'intensifier encore davantage ses échanges avec le monde extérieur. Il y a là pour vous – et donc pour la France –, une véritable exigence de survie.
Je souhaite vivement que cette ouverture s'opère dans plusieurs directions comme dans plusieurs dimensions.
Celles des autres écoles d'ingénieurs, notamment celles relevant de la tutelle de la Défense, c'est à dire les trois autres Écoles nationales supérieures relevant de la DGA.
La dimension du tissu industriel économique local et régional, tissu auquel vous apportez une exigence de qualité et un rayonnement particulièrement nécessaires.
La dimension de l'Industrie de Défense en général, pour laquelle la formation des hommes est un enjeu décisif.
La dimension enfin des coopérations internationales, notamment en Europe, qui devient le cadre naturel de notre solidarité et de notre sécurité.
Toutes ces synergies doivent permettre d'atteindre l'efficacité nécessaire pour faire de l'ENSAE et du CERT l'un des pôles européens majeurs de formation et de recherche dans les domaines de l'Aéronautique et de l'Espace.
Tels sont les objectifs ambitieux que je voudrais aujourd'hui fixer devant vous. Je suis confiant dans la qualité des hommes qui auront à l'atteindre. Pour ces hommes, pour chacun d'entre vous, je souhaite – pour conclure – vous proposer deux perspectives qui peuvent conforter et structurer vos légitimes ambitions, nos légitimes ambitions.
La première est celle de l'intelligence. Vous connaissez aussi bien que moi la formidable bataille commerciale en cours aujourd'hui dans le monde. Il faut la mener et il faut la gagner. Mais elle ne doit pas cacher la bataille de l'intelligence qui la précède et qui la suit. Qui la précède parce qu'il faut produire avant de vendre. Qui la suit parce qu'il faut sans cesse continuer à chercher. C'est sur le front de l'intelligence que nous devons être présents, c'est à dire celui de la formation et de la recherche. Vous y êtes. Vous devez rester les meilleurs.
La deuxième perspective est celle de l'Europe : elle, vous le savez bien, n'existera pas sans la France. C'est cette dimension européenne qui donnera au talent français, à votre compétence et à votre ingéniosité toute sa mesure.
L'intelligence et l'Europe, Mesdames et Messieurs, existe-t-il plus belle alliance pour des jeunes Français ? C'est à cette double perspective que je fais appel devant vous. Je suis prêt à prendre le pari : elle vous éclairera, elle vous soutiendra, elle vous épanouira.