Texte intégral
Parce que le temps presse, même si le débat ne fait que commencer, j'irai droit au but. Et, sans plus tarder, je voudrais remercier M. Chamard, député (RPR) de la Vienne. Non pas pour son amendement, rejeté il y a un mois par l'Assemblée nationale, mais pour sa très grande franchise. Franchise sans laquelle un débat déjà très compliqué, déjà très embrouillé, risquait de verser dans une confusion dangereuse. Je veux, bien entendu, parler du débat sur l'utilisation de la réduction du temps de travail comme moyen miracle de créer massivement des emplois.
Que nous dit, en effet, M. Chamard ? Il se confie dans Sud-Ouest du 31 octobre : « Je me suis laissé convaincre, dit-il, que la seule contrepartie acceptable à une réduction des salaires, c'est un peu de liberté supplémentaire. » Il n'est plus question de ces fameux emplois créés, qui risqueraient fort, dans la réalité quotidienne des gains de productivité, d'être les cousins germains de ceux qui devaient naître de la suppression de l'autorisation administrative de licenciement. Il s'agit, crûment, de baisse de salaire généralisée, c'est à-dire de déflation salariale !
Que la droite ait toujours pensé que la cause première du chômage est le coût de la main-d'œuvre ; qu'elle en ait, avec constance, tiré la conclusion que le chômage se combat par la déflation salariale, voilà qui n'a rien pour surprendre. Qu'elle s'essaie, de manière plus moderniste, à travestir une vieille théorie poussiéreuse – qui veut que le marché du travail étant un marché comme un autre, si l'on baisse le coût du produit on augmente la demande, sous les apparences d'un supplément de liberté – est bien dans sa méthodologie. Mais que des hommes de gauche, fussent-ils éminents, se laissent aller à confondre le partage du chômage entre salariés avec la lutte pour l'emploi, voilà qui est inquiétant et ne saurait durer!
Certes, la lutte contre le chômage, j'en suis convaincu, passe par une redistribution des richesses produites, si l'on veut pouvoir financer un emploi ou une activité pour tous, mais de là à confondre la redistribution de la richesse produite avec la diminution des revenus salariaux, il y a un raccourci qui confine à l'aveuglement. Merci, donc, à M. Chamard d'aider à ouvrir les yeux ! Merci, de même, à M. Monory de répéter combien le SMIC est responsable du chômage !
C'est vrai, le débat est difficile, mais il est incontournable et fondamental. Il ne doit pas se dérouler dans une confusion qui, a posteriori, n'apparaîtrait que comme le paravent d'une effroyable régression sociale sur le chemin d'une course poursuite, perdue d'avance, avec les pays à bas salaires. D'où l'urgence d'en débattre. Au fond et avec sérieux. C'est la raison pour laquelle le Parti socialiste doit, sans tarder, s'engager dans l'organisation d'une convention nationale sur un sujet dont dépend, en grande partie, son avenir.