Texte intégral
P. Lapousterle : Votre impression générale sur l'exercice du président hier ?
B. Pons : Le président de la République voulait être entendu et être sympathique. Il a fait preuve d'une grande courtoisie. Il a distribué une série de bons points à tout le monde. Ça n'était pas habituel. On sentait par moment qu'il se retenait de ne pas donner quelques coups de grilles mais l'exercice était bon et le président de la République paraissait en forme.
P. Lapousterle : Vous pensez que les notes généreuses étaient sincères ?
B. Pons : C'est au président de la République qu'il faut le demander.
P. Lapousterle : Le président avait-il raison d'apporter un soutien aux grévistes d'Air France ?
B. Pons : Ça fait partie de l'image que le président de la République veut se donner en défenseur des acquis sociaux. Il oublie que depuis 1981, les acquis sociaux n'ont cessé de régresser, qu'il y a aujourd'hui cinq millions de personnes qui sont dans la plus grande difficulté, qu'il y a les nouveaux pauvres, les exclus. Aujourd'hui, il a beau jeu de se placer en défenseur des acquis sociaux. Mais il faudrait quand même qu'il regarde la responsabilité qu'il doit assumer devant l'histoire en matière de recul dans ce domaine.
P. Lapousterle : Dans l'affaire d'Air France, le gouvernement n'a-t-il pas commis quelques maladresses dans les négociations ?
B. Pons : Je ne comprends pas très bien ce qui s'est passé dans l'affaire d'Air France. Dès que le conflit a éclaté, le ministre des Transports est monté en première ligne pour nous expliquer que le plan qui avait été mis en place était un bon plan. Il avait même déclaré au mois de septembre qu'il avait durci le plan qui avait été proposé par la direction et donc il s'est placé en première ligne comme défenseur de ce plan en disant qu'il était irrévocable. Il parlait de la défense du pavillon d'Air France. Alors, je n'ai pas très bien compris cette négociation qui a été faite au ministère des Transports sans que le PDG ne soit impliqué dans l'affaire. Le gouvernement a assumé, dès le début, la responsabilité de ce conflit en étant très ferme jeudi et vendredi dernier. Et puis, en faisant volte-face dimanche. Il y a là une responsabilité du gouvernement. Le ministre doit venir devant l'Assemblée nationale cet après-midi. Nous ne manquerons pas de lui poser un certain nombre de questions.
P. Lapousterle : Fallait-il reculer ?
B. Pons : Je crois qu'il le fallait dans la mesure où la situation se dégradait à cette vitesse et surtout il apparaissait que le dialogue social dans l'entreprise n'avait pas été à la hauteur. La direction des relations humaines dans l'entreprise doit assumer une large responsabilité. Avoir fait porter l'essentiel – semble-t-il – de l'effort à ceux qui sont le moins rémunérer, vouloir supprimer les indemnités kilométriques à ceux qui travaillent la nuit ou le week-end et qui n'ont que leurs véhicules personnels pour se rendre sur leurs lieux de travail, c'est de nature à mettre le feu aux poudres et à révolter les salariés de l'entreprise. Il y a eu des erreurs qui ont été commises. Il faut savoir pourquoi ces erreurs ont été commises, il faut savoir s'il y a eu véritablement un déficit de dialogue social dans l'entreprise. Il faut que le nouveau PDG se mette tout de suite au travail parce qu'on lui donne deux ou trois mois pour essayer de renouer le dialogue avec l'ensemble des personnels et de proposer un certain nombre de mesures de nature à sauver l'entreprise.
P. Lapousterle : M. Mitterrand a dit qu'il n'y aurait pas de reprise des essais nucléaires tant qu'il serait président de la République.
B. Pons : C'est le passage dans son intervention qui m'a le plus interpellé. Il a rappelé la décision qu'il avait prise en avril 1992 et qui a été ensuite suivie par les Américains, les Britanniques et les Russes. Il a dit que le tir chinois avait été un évènement et à partir de là, on s'est interrogé. Il dit que nous avons les moyens de notre défense pour le moment. Il a dit à un moment donné que ses experts lui disent que les Américains sont au stade de la simulation et qu'ils peuvent faire des progrès en la matière et nous laisser sur place. Il dit "on me dit que la France n'est pas dans cette situation et qu'il faudrait encore procéder à un certain nombre de tirs". Ce sont les experts qui l'ont dit unanimement dans leur rapport. Ils ont indiqué que la France n'était pas encore en mesure de passer au stade de la simulation et qu'il fallait procéder à une dizaine ou une vingtaine de tirs souterrains. J'ai été interpellé par le président de la République et nous n'allons pas manquer de demander au gouvernement de nous préciser les choses. Est-ce que la France a la capacité, comme l'a dit le président de la République, de faire du laboratoire très vite ou est-ce qu'elle est obligée de passer par des expérimentations supplémentaires ?
P. Lapousterle : M. Mitterrand a dit qu'une éventuelle privatisation d'Aérospatiale lui serait insupportable.
B. Pons : C'est un avis qui lui est personnel mais je ne crois pas que le gouvernement ait envisagé de privatiser l'Aérospatiale.
P. Lapousterle : La cohabitation c'est une bonne chose ?
B. Pons : C'est une bonne chose. Le président a indiqué hier que la première cohabitation n'avait pas été aussi caricaturale qu'on l'avait présentée. Il a bien dit qu'entre 1986 et 1988, la cohabitation avait fonctionné. Aujourd'hui, fort de l'expérience de la première cohabitation, la deuxième semble bien fonctionner. On a bien vu hier que le président de la République n'a pas pu donner de mauvaises notes au gouvernement. S'il en avait eu la possibilité, il n'y aurait pas manqué.
P. Lapousterle : Autour du GATT, il y a des voix discordantes dans la majorité ?
B. Pons : Dans la majorité, il n'y a pas de voix discordantes.
P. Lapousterle : On a entendu certains députés RPR assez favorables à l'accord.
B. Pons : Une exception par rapport à 258 députés, ça n'est pas très important.