Déclaration de M. Jacques Toubon, ministre de la culture et de la francophonie, sur la poursuite des projets Grand Louvre et Tuileries, Paris le 1er octobre 1993.

Prononcé le 1er octobre 1993

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Texte intégral

Comme vous le savez, nous allons bientôt célébrer le Bicentenaire du Musée du Louvre. Cet anniversaire marque un moment important dans l'histoire des musées, celui de la création du premier musée français, posant le principe du libre accès aux collections royales, sauvées de la dispersion révolutionnaire, devenues patrimoine de la nation, enrichies et désormais accessibles à tous le 18 novembre 1793, la galerie du « Muséum central des Arts » est définitivement accessible au public.

Voilà donc une date symbolique dans la constitution de l'État moderne, et dans une conception qui est encore la nôtre de son rôle patrimonial, de sa mission pédagogique. Cette conception légitime encore l'action du ministère dont j'ai la responsabilité, qui est « de rendre accessible au plus grand nombre les œuvres capitales de l'humanité. »

Et quoi de plus naturel que d'offrir au Musée du Louvre pour son bicentenaire, la possibilité de s'étendre dans l'aile Richelieu, libérée par le départ du ministère des Finances, permettant ainsi au Palais du Louvre de devenir entièrement consacré à des activités muséographiques.

Les chiffres sont impressionnants, la nature des travaux d'une immense variété, que ce soit les importantes fouilles archéologiques, le travail de restauration de la Cour Carrée, de la Cour Napoléon, les 3 verrières de l'aile Richelieu. Si à Orsay il fallait transformer une gare en musée, dans l'aile Richelieu, il fallait transformer ce qui était un ministère – et non des moindres – en musée, et ce, en assurant une cohérence à l'ensemble du Palais.

Ce travail, vous pourrez l'apprécier lors des visites de presse du 17 novembre et de l'inauguration les 18 et 19 novembre 1993.

J'ai souhaité que le plus large public soit invité à découvrir l'ensemble de ces espaces les 20 et 21 novembre. La Cour Carrée et la Place du Palais-Royal seront mis en valeur par des illuminations conçues, réalisées et prises en charge par Électricité de France. Le musée sera exceptionnellement – et pour la première fois – ouvert, le samedi 20 novembre, jusqu'à minuit.

Tous les détails sur la réalisation de cette aile Richelieu, tant sur les investissements que sur le contenu proprement muséographique, vous seront communiqués lors des visites et de la réunion de presse qui sera animée par M. Laclotte et M. Lebrat, le 17 novembre.

Mais je voudrais aujourd'hui, vous donner les précisions qui concernent la poursuite du projet Grand Louvre et Tuileries, qui devrait s'achever au début de 1997.

Quelle est la situation aujourd'hui ?

La restauration monumentale du Palais, façades et toitures, est largement entamée.

Au total, plus de 400 ouvriers, artisans et sculpteurs sont déjà intervenus pour nettoyer et restaurer 11 hectares de façades et 7 hectares de toitures, mettant ainsi en valeur ce Palais.

Les éléments historiques mis à jour dans le cadre des fouilles archéologiques ont été restaurés et intégrés dans les espaces ouverts au public, en particulier les soubassements de la forteresse de Philippe Auguste, du mur de Le Vau, ou de l'enceinte de Paris, dite de Charles V.

Cette enceinte fait partie intégrante des nouveaux parcs de stationnement (près de 800 places créées sous les jardins du Carrousel), ainsi que de la gare routière (80 places) qui seront ouvertes au public dès le 8 octobre 1993.

Cette exigence fonctionnelle qui détermine l'avenir du musée, se réalise enfin, permettant au Musée du Louvre de disposer pour ses visiteurs de commodités de stationnement, et permettant, de surcroît, de libérer en surface du Palais des stationnements de voitures et des cars de tourisme.

La place du Palais Royal sera elle aussi dégagée de l'emprise des automobiles. La ville de Paris a accepté le principe qui se traduira dans les faits dès les jours prochains. Elle a confié à IM PEI l'étude d'un aménagement définitif conforme à la qualité exceptionnelle de cet ensemble urbain.

Améliorer l'environnement, protéger le Palais de la pollution des voitures et des cars, ouvrir le Palais sur la ville en créant, notamment, un axe de circulation piétonnière de la Pyramide au jardin du Palais-Royal en traversant la place du Palais-Royal grâce à la Ville de Paris et à la bonne volonté du Conseil d'État, tout ceci exigera de tous les partenaires, que ce soit de l'État, de la Ville, mais également du secteur privé du tourisme, des efforts et une certaine discipline. Je suis convaincu que le Palais du Louvre et ses richesses accumulées depuis plus de 200 années, méritent cet acharnement à le rendre plus beau et plus accessible.

L'ouverture des espaces sous la Pyramide avait apporté près de 40 % de visiteurs supplémentaires, l'ouverture de l'Aile Richelieu et tout le complexe souterrain, avec la liaison directe au réseau de la RATP et ses parkings, devrait amener encore de nouveaux visiteurs dont, je l'espère, une forte proportion de Parisiens.

C'est donc un site profondément transformé et rénové qui va être présenté au public.

Mais, bien entendu, cette opération n'est pas achevée. Elle se poursuivra entre 1994 et 1997. Dans le Palais lui-même, les espaces de la Cour Carrée, de l'aile Denon et de l'aile de Flore, seront confiés à de jeunes architectes pour des réaménagements et des présentations nouvelles. Partout les installations techniques et de sécurité seront mises à niveau. La rénovation de l'Union des Arts Décoratifs commencera également dès cette année. La restauration des façades se poursuivra le long des jardins du Carrousel, du côté de la Seine, dans les cours Lefuel et Visconti.

Mais le Grand Louvre, pour être proche de son histoire, se devait également de s'intéresser au Domaine du Louvre et des Tuileries. J'ai tenu à ce que les projets des Tuileries et du Carrousel, qui étaient en cours d'études, soient conformément à la loi, examinés par la Commission Supérieure des Monuments Historiques et la Commission des Sites. Elles ont fait des observations qui seront prises en compte par l'Établissement Public du Grand Louvre, maître d'ouvrage de ces opérations.

Les interventions concernant la restauration de la statuaire, en très mauvais état, mais également le reboisement du jardin, pour assurer la survie du « Grand Couvert », seront effectués avec toutes les exigences et les précautions requises. De même la qualité de l'architecture des différentes constructions des concessions des jardins sera examinée de façon toute particulière.

Enfin, je souhaite que ce jardin retrouve véritablement sa vocation. Les défilés de mode seront désormais installés – et très bien installés – de l'avis même de la Fédération Française de la Couture, dans ces nouvelles salles conçues pour cet usage.

Cette galerie, véritable lien entre les équipements périphériques et le Musée du Louvre, devra, outre ses quatre grandes salles, offrir essentiellement des espaces de vente de biens culturels (livres, disques) des lieux de détentes (restauration) complémentaires de la visite au Louvre.

Un Comité d'Éthique veille et veillera désormais à la qualité de l'offre et au respect d'une certaine image que l'on pourrait appeler « qualité Louvre ».

Les travaux réalisés par l'Établissement Public du Grand Louvre depuis 1983, sont maintenant engagés depuis 10 années sur un Domaine de plus de 40 hectares, allant de Saint-Germain l'Auxerrois à la Place de la Concorde.

Ce projet considérable a pris tout son sens par l'exceptionnelle qualité de l'intervention de IM PEI qui a su, à la fois respecter ce Palais chargé de 7 siècles d'histoire de France, et apporter la modernité nécessaire aux besoins des conservateurs et du public. Je tenais donc à lui rendre hommage, la fois pour la simplicité et la grandeur de son œuvre.

Cet ensemble unissant, entre le Palais Royal et les berges de la Seine, les musées du Louvre, d'Orsay, de la Monnaie, de la Légion d'Honneur et de l'Orangerie, la Galerie du Jeu de Paume, constitue un espace d'histoire et de culture sans comparaison au monde.