Texte intégral
19 août 1993
France 3
E. Lucet : Vous êtes plutôt du côté de M. Blondel ou plutôt du côté de N. Notta ?
L. Viannet : Je ne suis surtout pas du côté du plan du gouvernement. Il faut voir les choses en face : sous prétexte de l'emploi, ce dispositif gouvernemental donne un coup d'accélérateur à l'allégement des charges pour les entreprises. Il présente l'allégement des coûts salariaux comme une des raisons de l'embauche. Or cela a déjà été fait : il y a déjà eu de nombreux allégements pour les entreprises, et cela n'a pas créé un emploi de plus. Le chômage continue d'augmenter. La deuxième grande piste, la flexibilité, est un coup mortel à la législation sociale de ce pays. Il ne faut pas plaisanter : l'annualisation de la durée du travail, c'est la possibilité pour un employeur avoir des semaines longues, des semaines courtes, de faire faire des heures supplémentaires gratuites. C'est cela qu'on est en train de mettre en route.
E. Lucet : Cette flexibilité a déjà été appliquée dans diverses entreprises, et les salariés en semblent tout à fait satisfaits.
L. Viannet : Jamais à ce niveau-là. Jamais avec des mesures permettant à un employeur d'avoir ses salariés à sa merci.
E. Lucet : Y-a-t-il dans ce plan une mesure qui trouve grâce à vos yeux ?
L. Viannet : Ce qui est le plus important, c'est de voir dans quelle direction va ce plan. L'ensemble de ce plan va dans la direction de la liquidation des garanties sociales, essentielles pour les salariés. Pour cette raison, nous disons que, contrairement à ce qu'affirme le gouvernement, cela ne débouchera pas sur la création d'un seul emploi. Mais cela va permettre la multiplication d'emplois à temps partiel, de petites boulots, de flexibilité... Tout ce que nous avons déjà connu, qui contribue à la détérioration économique du pays.
E. Lucet : M. Giraud vous invite à venir le 6 septembre discuter avec lui. Vous allez y aller ?
L. Viannet : Bien sûr ! Mais je ne vais pas pour autant utiliser des mots piégés. Nous sommes opposés. Nous allons y aller et nous irons partout où il sera nécessaire de faire entendre la voix des salariés. Nous irons partout où il sera possible de faire avancer des positions communes avec les syndicats pour faire reculer les mesures les plus nocives. Partout où il y aura la possibilité de s'exprimer pour faire comprendre que ce plan va à l'encontre des objectifs que fixe le gouvernement.
E. Lucet : Depuis deux jours on entend du côté de FO, de la CFDT, de la CGT, des vœux de rencontre entre syndicats. N'agitez-vous pas un chiffon rouge face au gouvernement? Vous allez vraiment vous rencontrer ?
L. Viannet : Je ne me fais pas d'illusions. S'il suffisait de déclarations pour amener le gouvernement à modifier son plan, il y aurait longtemps qu'il aurait déjà retiré ses dossiers. Il faut être sérieux. Il y a vraiment besoin – parce que la situation est sérieuse, parce que les dangers contenus dans ce dispositif sont graves – de créer les conditions d'une riposte d'ensemble du monde du travail. Pour cela, il y a vraiment besoin de faire progresser l'unité d'action. Nous proposons que tous les syndicats s'y mettent. Évidemment nous ne sommes pas d'accord sur tout. Mais le fait de ne pas être d'accord de manière globale n'empêche pas de se mettre d'accord sur certains points.
E. Lucet : Votre réaction.
L. Viannet : Nous sommes en présence d'un dispositif qui met en route un processus de destruction de la législation sociale, de tout ce qui a constitué jusqu'à aujourd'hui des garanties pour les salariés, dans des proportions inquiétantes. Je frémis quand j'entends J. Domange regretter qu'on n'ait pas touché au SMIC. Si on ramenait le SMIC au niveau du SMIG, cela le ramènerait au niveau du RMI. Est-ce cela qu'on veut ?
E. Lucet : Mais on n'y a pas touché !
L. Viannet : Mais il faut prendre en compte le fait qu'à partir du moment où on ouvre les vannes pour le développement du temps partiel pour que dans toutes les branches et entreprises le nombre de smicards soit ramené à temps partiel, il explosera ! Nous avons déjà des centaines de milliers de salariés qui sont payés en dessous du SMIC. Il ne faut pas se cacher derrière les mots. Nous sommes en présence d'un dispositif très grave.
E. Lucet : Qu'allez-vous faire ?
L. Viannet : Nous avons proposé de façon quasi-solennelle au cours d'une conférence de presse que tous les syndicats organisent, travaillent, à la création de conditions pour un processus de riposte d'ensemble du monde du travail. C'est à ce niveau que se situent les enjeux. Si on fait l'addition des trois domaines essentiels sur lesquels le gouvernement axe son plan, 1) l'allègement des charges à un niveau incroyable... qui va payer la différence ? Alors qu'on nous a bâti une campagne sur le trou de la Sécurité sociale, sur l'impossibilité de l'UNEDIC d'assurer des conditions de couverture du chômage, 2) l'explosion du temps partiel telle qu'elle est prévue dans le plan du gouvernement va conduire à donner plus de souplesse au patronat et aux employeurs pour utiliser les salariés à leur guise. Ce n'est pas juste: il y aura des heures supplémentaires gratuites. Le texte prévoit même des dispositions qui vont élargir le contingent d'heures supplémentaires que les employeurs vont pouvoir utiliser. Résultat : cela va conduire à plus ou moins d'emplois ? Cela va conduire à moins d'emplois. C'est pourquoi nous sommes aussi sévères avec la façon dont on présente le plan qui est inacceptable.
E. Lucet : Le gouvernement prévoit de garder une moyenne hebdomadaire de 39 heures.
L. Viannet : Et alors ? En même temps, il préconise l'annualisation de la durée du travail. Cela donne toutes les possibilités pour les employeurs de mettre les salariés à leur merci.
E. Lucet : Que pensez-vous de l'assouplissement qui est donné sur le travail du dimanche ?
L. Viannet : Ce n'est pas un assouplissement ! Ce texte conduit au recul de la réglementation à un niveau encore jamais connu. Virgin a été une formidable opération lancée pour ouvrir le chemin à ces textes qui élargissent le champ de la déréglementation.
E. Lucet : Avez-vous des contacts avec d'autres syndicats pour des actions communes ?
L. Viannet : Nous avons des contacts. Nous allons tout faire pour avoir des discussions et des rencontres. Le 6, il y aura une réunion avec le Premier ministre. Tous les syndicats seront autour de la table. Les syndicats seraient capables d'être autour de la même table que le patronat et le gouvernement et ne pourraient pas le faire entre eux ? On a une situation qu'il faut dépasser au plus vite.
23 août 1993
France 2
D. Duiguou : Vous condamnez le plan du gouvernement sur l'emploi ?
L. Viannet : L'ensemble des dispositions qui sont contenues dans ce projet gouvernemental aboutirait à une véritable liquidation de l'ensemble de la législation sociale, et porterait un coup terrible aux garanties qui restent encore des repères collectifs pour les salariés. L'ensemble est particulièrement grave. On a, dans ce pays, plus de 4,5 millions de salariés privés d'emploi. On a plus de trois millions de chômeurs inscrits à l'ANPE. Le problème du chômage est actuellement la préoccupation numéro un des Français. Or, ce plan se sert du prétexte de l'emploi pour mettre en avant un certain nombre de dispositions qui vont se traduire par des possibilités beaucoup plus grandes pour les employeurs d'utiliser à leur guise les salariés : de faire faire des heures supplémentaires gratuites, de faire de leurs employés des hommes et des femmes corvéables à merci. Ça va se retourner contre l'emploi. Je n'ai entendu aucun patron dire "avec ces mesures-là, on va pouvoir embaucher". Pour une raison très simple : un employeur embauche quand il a du travail à donner à un salarié. Par contre, le risque, à partir du moment où on ouvre les vannes du développement du travail à temps partiel, où on va permettre à un employeur d'employer des gens à temps partiel en exonérant complètement des charges, c'est de voir des employeurs – comme ils l'ont fait avec les contrats à durée déterminée – licencier des salariés qui sont à temps complet. Les employeurs bénéficient de toutes les garanties pour employer les gens à temps partiel en bénéficiant des exonérations de charges.
D. Duiguou : Est-ce que le chômage ne justifie pas un certain nombre de mesures exceptionnelles ?
L. Viannet : Je suis pour des mesures exceptionnelles mais à une double condition : qu'elles soient vraiment centrées sur l'objectif de création d'emplois et qu'on frappe bien à la cause du mal. Vendredi dernier, une dépêche de l'AFP est tombée, annonçant des résultats extraordinaires dans toutes les bourses du monde. Il y a ceux qui amassent de l'argent et ceux qui payent les frais de la crise. Ça ne peut plus durer.
D. Duiguou : Est-ce que l'aménagement du temps de travail ne correspond pas à une évolution de la société acceptée par les salariés. Ne défendez-vous pas des positions conservatrices ?
L. Viannet : La première chose à faire c'est de demander l'opinion des salariés. Maintenant, les emplois à temps partiels ne sont plus subis mais choisis par les salariés qui sont affectés dans ces emplois. La seconde constatation c'est que toutes les modifications intervenues non seulement ne créent pas d'emplois supplémentaires, mais tout ce qui contribue aujourd'hui à affaiblir un peu plus le pouvoir d'achat, à diminuer le pouvoir de consommation va se traduire à nouveau par une augmentation du chômage. Tous les allégements de charge qui sont aujourd'hui décidés par le gouvernement vont se traduire par des difficultés considérables de financement de la protection sociale et de l'UNEDIC.
D. Duiguou : Qu'allez-vous faire ?
L. Viannet : Lancer premièrement une grande campagne d'information et de sensibilisation des salariés. Le risque existe que les salariés ne mesurent pas la gravité des conséquences et la portée du plan gouvernemental. Nous sommes décidés à travailler de toutes nos forces à rassembler l'ensemble des forces syndicales et à créer les conditions d'une riposte unitaire de toutes les organisations syndicales.
25 août 1993
RMC
P. Lapousterle : Vous avez été reçu hier par M. Giraud. Avez-vous pu rapprocher vos points de vue ?
L. Viannet : Pas le moins du monde. Je n'ai entendu de sa part aucun argument susceptible de nous conduire à modifier notre position et aucun argument susceptible d'affaiblir l'accusation que nous portons contre ce texte. Non seulement ce texte conduit tout droit à la destruction de la législation sociale et des droits du travail, mais à terme il va se retourner contre l'emploi dans la mesure où il donne aux employeurs des possibilités extraordinaires de mettre les salariés à leurs bottes, de les utiliser comme bon leur semble, c'est-à-dire d'augmenter la productivité et l'intensification du travail dans ce pays. Et ça, ça ne va pas dans le sens des créations d'emplois.
P. Lapousterle : Qu'est-ce qui vous a répondu M. Giraud alors ?
L. Viannet : M. Giraud il dit : faut faire confiance aux employeurs. Mais enfin, le passé plaide pour le présent. Des allégements de charges, le patronat en a eues. Des possibilités avec la flexibilité, avec les contrats à durée déterminée, avec la suppression de l'autorisation administrative de licenciement, le patronat en a eues. Et qu'est-ce que ça a donné ? L'augmentation du chômage dans ce pays parce que tout ça, ça intervient sur un fond de baisse du pouvoir d'achat. Ça intervient sur un fond de dégradation de la situation des salariés. Mais, pour que l'économie redémarre, pour que l'emploi redémarre, il faut donner du souffle à ce pays, et en particulier du pouvoir d'achat.
P. Lapousterle : Du souffle et de l'argent.
L. Viannet : Il faut que les gens puissent acheter.
P. Lapousterle : Est-ce qu'il n'y a rien de bon dans cette loi ?
L. Viannet : Quand on juge un dispositif d'ensemble, évidemment on porte l'accent sur ce vers quoi cet ensemble conduit. Et ce vers quoi cet ensemble conduit, c'est précisément ce que je viens de dire. Alors après, on peut regarder en détail et nous ne désespérons pas de parvenir à faire modifier les aspects les plus nocifs de ce dispositif. Ça ne changera pas notre jugement sur l'ensemble.
P. Lapousterle : Mais le chômage augmente en France depuis des années et des années sans que personne n'ait pu trouver une solution. Alors l'idée du gouvernement, c'était d'assouplir les règles pour que, si la reprise venait un jour les patrons soient en mesure d'embaucher plus facilement. Est-ce qu'il n'est pas bon de réfléchir à des assouplissements de législation qui puissent permettre la reprise de l'emploi quand la reprise économique commence ? Est-ce que ce n'est pas une bonne direction comme ça se passe aux États-Unis ou en Allemagne ?
L. Viannet : Je ne suis pas sûr que la comparaison avec la situation avec les États-Unis soit particulièrement encourageante pour nous. Deuxièmement, c'est toujours bon de réfléchir. Je considère, précisément, qu'une réflexion saine aurait dû conduire à tirer les enseignements des conséquences des mesures qui avaient déjà été prises. Le gouvernement n'invente pas de pistes nouvelles, il pousse plus loin des pistes qui ont déjà été explorées et dont on a vu les résultats. Il faut quand même le dire très nettement. Donner la possibilité aux employeurs d'utiliser toute une série d'éléments pour faire travailler les gens comme bon leur semble, inciter à la baisse des salaires et du pouvoir d'achat, c'est enfoncer encore plus le pays dans la crise. C'est créer des conditions pour l'augmentation du chômage, et c'est mettre en cause tout le système de protection sociale ou de protection des chômeurs.
P. Lapousterle : On a l'impression que les gens qui vous écoutent, qui sont tous salariés, comprennent la position du gouvernement, approuvent M. Balladur et ne partagent pas toujours votre opinion.
L. Viannet : Mais, c'est quoi l'impression qui vous permet de dire ça ?
P. Lapousterle : Les sondages, le fait que les députés aient été élus....
L. Viannet : Je vous ferais simplement remarquer qu'il y a eu quand même des précédents dans ce pays où des mouvements sociaux très importants se sont produits alors que l'Assemblée nationale qui avait été élu semblait refléter un appui populaire profond à la politique suivie par le gouvernement. On est à un moment où il y a des doutes, des interrogations, des inquiétudes, mais il y a en même temps l'idée que ça suffit de frapper toujours sur les mêmes. Quand vous voyez tomber des dépêches qui montrent des résultats florissants de la bourse, des résultats florissant des grandes entreprises et, quand en même temps on continue de taper sur les salariés, à un moment donné ça suffit !
P. Lapousterle : Qu'est-ce qui va se passer alors ?
L. Viannet : Je n'ai pas l'habitude d'écrire l'histoire avant qu'elle ne se déroule. La situation est si sérieuse que toutes les organisations syndicales sont face à une responsabilité forte comme peut-être on ne l'a pas connue depuis des années et des années. À partir de là, il y a de données nouvelles qui vont jouer pour modifier le comportement des uns et des autres. En tout cas, c'est dans ce sens-là que nous voulons travailler.
P. Lapousterle : Vous avez l'impression que les autres syndicats...
L. Viannet : J'écoute ce qu'ils disent. Je lis ce qu'ils écrivent. Et je mesure bien qu'il y a quand même des points de convergence réels.
P. Lapousterle : C'est imaginable que vous fassiez à la rentrée une journée commune ?
L. Viannet : Ce n'est pas seulement imaginable, c'est souhaitable, et pas seulement une, mais plusieurs.
P. Lapousterle : Vous avez l'impression que les syndicats sont actuellement en mesure de vouloir et de savoir-faire une journée commune ?
L. Viannet : Vous savez, je crois que la première condition pour apporter une réponse à votre question, c'est d'essayer et de travailler à réussir un tel objectif.
P. Lapousterle : Vous allez voir M. Balladur le 6 septembre avec les autres syndicats. Vous que vous pourrez le faire fléchir sur quelques points, que ce texte pourrait être amendé ?
L. Viannet : Moi, je pense très sérieusement que les points sur lesquels toutes les organisations syndicales uniront leurs efforts pour dire : non, ça ne peut pas passer, seront des points pour lesquels le gouvernement sera obligé de reculer. Et si nous parvenions à ce que ce soit sur l'ensemble du texte que les syndicats disent non ça ne doit pas passer, je pense qu'on marquerait effectivement le 6 septembre une avancée considérable sur le rôle et le poids du syndicalisme dans ce pays.
P. Lapousterle : Chaque rentrée vous dites : ça ne se passera pas comme ça ! Vous pensez que cette année 93 sera une année d'un autre tonneau ?
L. Viannet : On est dans une situation qui n'a pas de précédent : du point de vue économique, du point de vue de la casse de l'industrie, de la casse de l'emploi, de la dégradation des conditions de travail et des conditions d'emploi et de salaire des salariés. Et ça va se traduire.
P. Lapousterle : Vous n'avez pas l'impression que M. Balladur fait ce qu'il peut ?
L. Viannet : Tout dépend de quel côté on se place. Par rapport à ce qu'est l'objectif du patronat, il fait beaucoup. Mais par rapport aux salariés...
P. Lapousterle : Vous auriez une loi quinquennale pour l'emploi à faire, vous auriez rédigé ça autrement, et vous seriez sûr d'avoir des résultats ?
L. Viannet : Dès l'instant où les bases de ce plan ont vérifié dans le passé que ça ne marchait pas, eh bien non seulement ça ne va pas marcher, mais ça va aggraver la situation. Ça, c'est une certitude.
P. Lapousterle : On parle dans les banques de revenir sur le principe des deux jours consécutifs de congé ?
L. Viannet : C'est le dispositif du plan quinquennal puisqu'il parle de revenir sur des textes de loi qui existent depuis des décennies et qui vont permettre au patronat d'utiliser les salariés comme bon leur semble. D'ailleurs le patronat des banques n'attend même pas que le texte soit publié pour exiger la mise en route tout de suite. C'est vous dire !
P. Lapousterle : Sur le port de Marseille. M. Vigouroux a parlé d'une prise en otage de la ville par une oligarchie syndicale. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
L. Viannet : Ce que je constate, c'est qu'on est en présence d'une série d'opérations de casse dans cette région de Marseille. En ce moment même, les salariés de La Ciotat à qui on avait promis, en signant une convention, qu'ils percevraient leur rémunération pour les mois de juin, de juillet et de août sont obligés de se battre pour exiger le respect d'une convention. Et quant au conflit des dockers, j'ai déjà eu l'occasion de le dire et je le répète aujourd'hui, que le patronat qui a cogné pour avoir cette loi veut aujourd'hui le beurre et l'argent du beurre. La preuve, c'est que le patronat de Marseille ne veut pas respecter la loi, veut aller plus loin que la loi le lui permet.
P. Lapousterle : Est-ce que 1 000 dockers peuvent menacer de fermer le port ?
L. Viannet : 1 000 dockers qui se battent pour défendre leurs conditions d'existence, leur emploi, portent quand même moins de responsabilité que le gouvernement qui vient de décider la possibilité de mettre notre flotte sous pavillon de complaisance, que les dirigeants de la compagnie maritime qui se servent d'une position de monopole pour faire pression sur les dockers et les marins. Je crois que la situation à Marseille, à La Ciotat, confirme le besoin, de créer les conditions d'une vaste riposte d'ensemble des salariés de ce pays.