Articles de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national et de M. Bruno Mégret, délégué général du Front national, dans "La Lettre de Jean-Marie Le Pen" de septembre 1993, sur le rôle du Conseil constitutionnel et de "l'établissement politico-médiatique", intitulés "Menaces sur les libertés" et "À quoi sert encore le Parlement ?".

Prononcé le 1er septembre 1993

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Média : La lettre de Jean-Marie Le Pen

Texte intégral

Septembre 1993
La Lettre de Jean-Marie Le Pen

Orientation

Police de la pensée et conseil constitutionnel

Menaces sur les libertés

L'été qui vient de s'écouler, nous a donné matière à de nouvelles inquiétudes. La décision du Conseil Constitutionnel de rejeter des dispositions gouvernementales déjà bien légères démontre qu'une fois de plus, certaines personnalités plus ou moins médiatiques, certaines autorités morales sans légitimité populaire, se permettent impunément d'orienter l'évolution de notre société, dans un sens toujours plus funeste pour notre nation.

Au cours de l'Université d'été de notre Mouvement, nous avons réfléchi sur le concept de Civilisation. L'une des conditions importantes pour l'épanouissement de la culture d'un peuple c'est la possibilité qui est donnée à celui-ci de donner libre cours à son génie propre. En effet, peuple et civilisation sont indissolublement liés et la Civilisation va donc de pair avec tout ce qui valorise les traits les plus bénéfiques du peuple.

Le goût de la liberté

Or parmi les qualités propres au peuple français et plus globalement aux peuples européens il y a notamment le sens de la responsabilité et le goût de la liberté.

Or l'une et l'autre de ces qualités sont entravées dans leur épanouissement par les actions de la classe politique qui, de ce fait là encore, joue donc contre la Civilisation.

Le sens de la responsabilité, c'est aussi le goût de l'excellence, de l'émulation, de la compétition, toutes qualités qui ont permis à nos ancêtres, au cours des siècles, d'entreprendre, se donner le meilleur d'eux-mêmes, de se dépasser pour découvrir, bâtir, conquérir.

Et bien toutes des pulsions naturelles de notre peuple, comment ne pas voir qu'elles sont actuellement bridées, réfrénées par l'esprit bureaucratique et collectiviste qui a animé l'établissement depuis des décennies.

Sous couvert d'égalité ou de sécurité, on a socialisé notre pays au point de castrer notre peuple et d'organiser la promotion de la médiocrité.

Il en va ainsi pour la liberté. Cette liberté individuelle, qui permet aux hommes européens de développer une personnalité propre et d'exister en tant que tels dans nos sociétés, est l'une des grandes caractéristiques qui différencie notre Civilisation de la plupart des civilisations orientales où domine le collectif et où l'affirmation des individualités au sein du corps social est moins reconnue, comme l'a souligné Malraux dans sa Tentation de l'Occident.

Et bien cette liberté aujourd'hui est concrètement mise en cause. Et je crois qu'on peut même dire que le système mis en place par l'établissement est de nature totalitaire, et donc contraire à l'essence de notre civilisation. Certes il ne s'agit pas d'un système qui pratique la contrainte par le fer et le sang. Il est beaucoup plus subtil mais il n'en n'est que plus habile dans la mise en place du joug.

Joug subtil

Sur le plan de la pensée, avez-vous remarqué combien de nos jours elle devient "moutonnière" dès qu'elle passe par les canaux obligatoires de l'établissement politico-médiatique ? À chaque grand événement, sur chaque grand sujet, il y a une pensée officielle et seule celle-ci peut s'exprimer. Les pensées déviantes devant subir l'opprobre et les procès en diabolisation...

Ainsi sur l'immigration, il n'y a qu'une façon de penser. Dans l'affaire de la guerre du Golfe, il n'y avait qu'une façon de voir le conflit, et ne parlons pas d'autres sujets plus brûlants ou plus tabous. Disons simplement que pour la première fois dans l'histoire de notre droit, on en est venu à définir par une loi la vérité historique et à prévoir des peines pénales contre ceux qui la contestent publiquement.

N'est-ce-pas le signe patent du totalitarisme ou de l'obscurantisme si contraire à l'esprit européen ? Si contraire aux principes mêmes de notre Civilisation ?

Sur le plan politique aussi, la liberté est bafouée. Nous l'avons souvent dénoncé. Rappelons simplement que la majorité qui gouverne notre pays ne représente que le tiers de la population ! Rappelons aussi que les lois votées par le Parlement, c'est-à-dire officiellement par les représentants du peuple, sont instance qui porte le nom de Conseil désormais régulièrement censurées par une forme masquée de tribunal idéologique ou, pour constitutionnel mais qui n'est en fait qu'une reprendre l'expression de Jean-Marie Le Pen, un conseil de pages, au service du prince. Le Conseil constitutionnel, nous venons d'en avoir la démonstration, bien que composé de juges nommés, n'hésite pas à imposer ses vues aux assemblées élues, en fonction de l'interprétation qu'il donne de la Constitution. Or celle-ci fait référence dans son préambule à la déclaration des droits de l'homme, ce qui permet au Conseil constitutionnel de se croire autorisé à juger des lois au regard de l'idéologie des droits de l'homme. Comme dans les régimes totalitaires ce qui est jugé légitime ce n'est donc plus ce qui est voulu par la majorité du peuple, c'est d'abord ce qui est jugé conforme à l'idéologie officielle.

Une idéologie officielle

Ajoutons à cela une nouvelle pratique totalitaire toute récente. C'est celle que j'appellerai l'auto-opposition. C'est celle que pratiquent par exemple MM. Séguin ou de Villiers. Elle consiste à déplacer le lieu du débat.

Au lieu qu'il se déroule entre les partis politiques, il se tient à l'intérieur du parti au pouvoir ! Certains naturellement n'ont pas manqué de saluer cette pratique comme étant l'expression du pluralisme. Elle est en réalité une technique visant à dessaisir le citoyen de ses prérogatives essentielles. En effet dans un système démocratique normal, les partis s'engagent, prennent parti, c'est leur raison d'être, et le citoyen tranche, à travers son vote, entre les différentes options, incarnées chacune, par un Mouvement. Avec les méthodes pratiquées par le RPR et l'UDF, l'électeur vote mais les options ne sont prises qu'après le vote à l'intérieur du parti au pouvoir, par débat interne entre ses différents membres. L'électeur est donc roulé et la démocratie bafouée ! Car, c'est exactement comme cela que fonctionnent les systèmes totalitaires. Les débats n'ont pas lieu au sein du peuple mais dans les arcanes du parti unique au pouvoir.

Et bien l'UPF aujourd'hui, comme hier le PS, fonctionne de cette façon avec son opposition labellisée : on croit rêver.

On pourrait multiplier encore les exemples de pratiques totalitaires.

En pratiquant la massification de la pensée et la canalisation des options politiques du peuple, l'établissement s'en prend à la liberté et tourne le dos au génie propre de notre Civilisation. Là encore il fait œuvre de barbarie et là encore il nous appartient de le faire comprendre à nos compatriotes, avant qu'il ne soit trop tard.

Bruno Mégret, député européen, délégué général du FN


À quoi sert encore le parlement ?

Comment bénéficier d'une majorité écrasante à l'Assemblée nationale et s'en servir si mal ? Cet exercice de style, auquel se livre chaque jour le gouvernement, n'est pas sans conséquences sur la crédibilité de la Représentation nationale.

Qu'on se souvienne de l'amendement Marsaud : un texte, débattu et voté, jeté aux oubliettes suite aux interventions de Simone Veil et de Pierre Méhaignerie, sanctionnant l'abandon par le Parlement de son pouvoir d'amendement. Le débat actuel concernant la censure des lois sur l'immigration par le Conseil constitutionnel pose le même problème : au cours des six premiers mois de la seconde cohabitation, le Parlement s'est vu amputer d'une bonne partie de ses pouvoirs, déjà considérablement réduits par la Constitution et la pratique de la Ve République. Soumis aux interprétations idéologiques de "sages" de tous ordres, qui ne tirent leur légitimité d'aucune élection, il est en passe de devenir une institution secondaire. Loin de nous la volonté de soutenir les "lois Pasqua" qui, faut-il le rappeler, ne satis- font que partiellement trois de nos propositions sur vingt-six en matière d'immigration, mais bien de constater que nos gouvernants se préoccupent de moins en moins de la volonté du peuple.

En outre, depuis qu'un mode de scrutin injuste a privé une large part de l'électorat de toute représentation parlementaire, l'Assemblée nationale n'est déjà plus le reflet du pays réel. Cette illégitimité n'a pas échappé aux politiciens qui tiennent, pour l'instant, les rênes du pouvoir. En privant l'Assemblée nationale de son pouvoir d'amendement, en acceptant les censures et les interprétations du Conseil constitutionnel, en appelant l'arbitrage du Conseil d'État, le gouvernement et le Président de la République s'accordent pour vider peu à peu la Représentation nationale de sa substance.

Rendre la parole au peuple

Il suffit aujourd'hui de voir à quel point le ministre du travail multiplie les précautions et les concertations à propos de son plan pour l'emploi pourtant vierge de toute mesure de nature à combattre efficacement le chômage – avant de le soumettre aux assemblées, pour être convaincu que le gouvernement cherche à la fois l'option "zéro amendement" et la satisfaction des sages.

La préoccupation est la même en matière d'éducation : surtout ne pas porter le débat sur la réforme de la loi Falloux à la Chambre avant qu'une commission chargée d'enterrer la question n'ait établi le plus large consensus.

François Mitterrand n'est pas Louis XIV – I'Opéra-Bastille n'est pas Versailles ! – Édouard Balladur n'est pas Colbert, mais ils ont, comme leurs illustres prédécesseurs, trouvé le moyen de réduire le Parlement à une simple chambre d'enregistrement.

Il est urgent de rendre la parole au peuple. Une seule voie pour cela : le referendum. Une question claire doit être posée aux Français : souhaitent-ils, pour endiguer la dissolution de l'identité nationale et régler le problème du chômage, inverser le flux de l'immigration ?

C'est de l'avis du peuple souverain, et non pas de celui des groupes de pression qui encombrent les allées du pouvoir, qu'il faudra tenir compte pour appliquer, enfin, une autre politique. C'est ce que nous ne manquerons pas de faire dès que nous sera confiée la charge du redressement national.

Jean-Marie Le Pen