Texte intégral
Monsieur le vice-président,
Messieurs les présidents et directeurs généraux,
Mesdames, Messieurs,
J'ai le grand honneur d'ouvrir aujourd'hui les travaux de votre colloque consacré à « Médicament et Information Grand Public ». C'est l'occasion pour moi de vous rencontrer, vous les professionnels de l'information sur le médicament, vous les responsables de la communication et du marketing, vous les annonceurs et les publicitaires.
Je souhaiterais tout d'abord envisager avec vous les bases du problème de la communication sur le médicament.
Le médicament est un bien de production très particulier. C'est en effet le produit d'une industrie qui, comme pour toute autre production, a investi de l'argent dans la recherche et la mise au point de ce produit et qui doit retrouver en fin de compte un profit lui permettant de continuer à exister et à produire. Mais ce bien de production est très particulier pour les raisons suivantes :
1. Il s'agit d'un médicament qui soulage la souffrance des hommes, voire prolonge la vie, il est donc porteur d'une forte charge émotionnelle sous-tendue par l'espoir d'une amélioration de l'état des patients.
2. Les investissements de recherche et développement de ce médicament sont très importants.
3. Ce développement est risqué car à tout moment le médicament peut être remis en question du fait de la survenue d'événements indésirables ou toxiques.
4. Le médicament sera prescrit par des professionnels, les médecins, qui ne sont pas les consommateurs du produit.
5. La collectivité prend en charge, au titre de la solidarité, une grande partie des dépenses liées à l'achat et à la consommation de ces médicaments.
6. Le prix de vente du produit n'est pas libre, mais est fixé par l'administration.
7. L'information enfin et la publicité ne sont pas libres car seuls les messages en rapport avec les indications thérapeutiques validées sont autorisés à condition qu'ils concourent au bon usage du médicament selon les normes ou les références médicales admises par la communauté scientifique médicale et pharmaceutique.
Il apparaît ainsi qu'à un bout de la lorgnette, le médicament est un produit industriel comme les autres avec ses nécessaires critères de rentabilité et qu'à l'autre bout de la lorgnette on s'aperçoit qu'il s'agit en fait d'un élément hautement intégré dans un système de relations sociales complexes impliquant l'industrie pharmaceutique, les professionnels de santé, les annonceurs, l'État et ses commissions, et finalement le consommateur-payeur (malade de surcroît !).
Quelle complexité, je vous l'accorde !
Mais comment faire autrement dans une société industrielle comme la nôtre, fortement organisée et interdépendante, assurant grâce à la sécurité sociale une solidarité entre ses membres, solidarité qui permet aux bien portants d'aider les malades et qui assure l'accès de tous aux soins médicaux.
Cette complexité ne doit cependant pas nous faire oublier les principes éthiques qui doivent guider notre réflexion sur les problèmes de la communication sur le médicament. Considérons tout d'abord, l'information des professionnels de santé !
Il s'agit d'informer les prescripteurs sur les caractéristiques des médicaments, c'est à dire leurs propriétés thérapeutiques, leurs conditions d'emploi, les précautions à prendre, les indications thérapeutiques qui ont été validées et qui doivent être les seules reconnues et utilisées, enfin les contre-indications à la prescription.
En un mot, il faut que le prescripteur ait suffisamment d'informations pour pouvoir évaluer, au moment où il prescrit le médicament face à un malade et à un problème pathologique précis, le rapport bénéfice/risque du médicament. Quel risque je prends de prescrire ce médicament par rapport au risque attendu de la maladie et du bénéfice attendu du traitement ?
Cette évaluation permanente du rapport bénéfice/risque d'un traitement, le prescripteur ne peut la faire que s'il dispose d'informations pertinentes, honnêtes, objectives et complètes sur le ou les médicaments qu'il souhaite prescrire dans une situation précise.
Information pertinente, cela veut dire qu'elle est authentique, qu'elle a été validée par le milieu scientifique, et qu'elle est adaptée à l'usage qu'en fait le médecin !
Information honnête et objective, cela signifie qu'elle correspond réellement aux caractéristiques validées du médicament et qu'aucune distorsion ou déformation de l'information n'introduira de biais dans le choix final du prescripteur lorsqu'il aura à choisir parmi plusieurs possibilités thérapeutiques.
Je pense tout d'abord que le public doit pouvoir trouver une information exacte, honnête, objective et complète lorsqu'il la cherche. Car de toutes façons, il la trouvera s'il le veut ! Donc autant préparer à l'usage du public, dans un langage compréhensible, une information correcte sur les médicaments, qu'ils soient délivrables seulement sur ordonnance ou pas !
Ce premier objectif correspond donc à l'existence de livres ou de dictionnaires, rédigés sous contrôle médical et pharmaceutique, qui synthétisent cette information et la présente de façon complète et honnête à destination du grand public.
Faut-il aller plus loin ? Faut-il favoriser la publicité pour tel ou tel médicament auprès du grand public ?
Oui, s'il s'agit des médicaments peu dangereux utilisés pour soigner les petits problèmes de la vie quotidienne, c'est à dire des médicaments d'auto-médicament pour lesquels la commission de contrôle de la publicité aura examiné a priori la teneur du message publicitaire et aura donné son feu vert préalable.
Non, s'il s'agit des médicaments utilisés sur prescription médicale, donc dans des indications précises et après que le médecin prescripteur ait tenu compte dans son choix du rapport bénéfice-risque dont nous parlions tout à l'heure.
À partir du moment où l'opération extrêmement complexe de l'analyse du rapport bénéfice-risque doit être réalisée par un prescripteur spécialement formé à cet effet, il n'est pas possible de concevoir que le grand public reçoive une information sur des médicaments, information dont il ne serait pas capable d'évaluer l'authenticité et l'objectivité. Ce n'est pas au grand public de choisir les médicaments de la prescription de son médecin !
En revanche, le public, sachant qu'il existe souvent plusieurs traitements possibles d'une maladie, est parfaitement en droit de demander une information auprès des médecins et pharmaciens professionnels de santé.
Ce droit à l'information, inscrit dans la déontologie, n'est limité que par le secret médical dont il n'est pas question ce matin ! Ce que je veux dire est que l'information, si elle est demandée, peut être complète y compris sur la comparaison des coûts des traitements. Mais ce sera toujours au médecin ou au pharmacien de la donner avec les commentaires appropriés ! J'imagine mal dans les rues de nos villes ou dans les magazines grand-public des panneaux publicitaires vantant les mérites (et le faible prix !) de telle spécialité pharmaceutique.
En conclusion, Mesdames et Messieurs, il est évident que vos travaux aujourd'hui vont porter sur un problème important et nous en lirons avec beaucoup d'intérêt les conclusions.
L'information du public sur les maladies et les traitements est délicate et doit toujours être abordée avec des professionnels de santé, ou en tout cas réalisée sous leur contrôle. Nous devons nous garder des informations excessives, génératrices d'angoisse, comme des informations maladroites, ou inexactes, sources de confusion et de frustration. Il s'agit du respect de la personne humaine à laquelle nous nous adressons.
Je vous remercie.