Texte intégral
Q. : Vous venez de forcer la main des labos ROUSSEL-UCLAF…
C. E. : En effet, ils ont été convaincus à la suite de l'échange très ému de cette situation puisque toutes les procédures avaient été respectées et l'autorisation de mise sur le marché avait été accordée, dans des conditions précises et réglementées de distribution de ce produit. Et je considère qu'à partir du moment où ce produit était mis à la disposition des femmes, je dirais presque moralement, il devenait propriété des femmes et plus simplement la propriété du labo ROUSSEL-UCLAF.
Q. : On savait qu'il y avait des pressions internationales à la direction de ce labo… vous étiez au courant, vous n'avez rien pu faire pour empêcher cette décision ?
C. E. : Cette décision qui a été annoncée par le labo ROUSSEL-UCLAF mardi soir ou mercredi matin, l'a été sans aucune consultation du ministère de la santé. J'ai appris cette décision au moment où elle était prise, je crois qu'elle a été prise en fin de semaine dernière, mais rendue publique seulement en milieu de cette semaine. Naturellement le ministère n'a jamais été consulté, […]
C. E. : Depuis mercredi, j'ai en effet consulté y compris pour voir quels étaient les moyens de pression juridiques que je pouvais utiliser. Je me suis entretenu avec les laboratoires ROUSSEL-UCLAF depuis 48 h., j'ai essayé de trouver une solution et ce matin j'ai obtenu qu'on puisse revenir…
Q. : Vous avez reçu M. Pierre JOLY… vous lui avez dit : c'est insensé d'aller à l'encontre de la loi ?
C.E. : M. JOLY m'a fait part de pressions morales et personnelles portées sur les cadres et leurs familles. Pressions sur lesquelles je n'ai pas à porter une appréciation en ce qui concerne les cadres du groupe ROUSSEL-UCLAF. Je pense qu'il y a eu des pressions très lourdes et qui sont scandaleuses. J'ai par contre à porter une appréciation sur ceux qui agissent de cette manière, totalement inadmissible, qui d'ailleurs le font de manière anonyme, lettres anonymes etc… menaces diverses sur les épouses et les enfants des cadres… j'ai donc décidé après m'en être entretenu avec M. JOLY ce matin de prendre, moi, ministre en charge de la santé publique dans ce pays, de prendre mes responsabilités.
Q. : Vous pouvez désigner les gens qui ont fait pression ?
C.E. : Toujours difficile de désigner des gens qui agissent de manière anonyme.
Q. : Oui mais vous le savez…
C.E. : Il semble que ce soit effectivement des mouvements intégristes qui se sont déjà manifestés à d'autres moments notamment en 75 au moment de la loi VEIL, car c'est le même débat qui se retrouve posé, alors qu'aujourd'hui la loi existe, l'IVG existe, elle n'est pas banale et il ne s'agit pas de développer le recours à l'IVG, il s'agit par contre de respecter la loi.
Q. : Ce procédé offre toutes les garanties ?
C.E. : Toutes les garanties à condition qu'il soit utilisé dans des conditions assez strictes et j'avais donné un accord dans des conditions assez strictes, c'est-à-dire qu'il soit distribué dans des centres agréés pour pratiquer l'IVG, comme le prévoit la loi de 75, la distribution de cette antihormone se fera de la même manière que pour les stupéfiants afin qu'il n'y ait pas de dérapage ou de marché noir et l'absorption se fera en présence du médecin et toutes les garanties ont été prises pour qu'il n'y ait pas de dérapage.
Q. : Vous n'avez pas l'impression en prenant ce type de décision de réchauffer un peu la guerre entre les intégristes et les tolérants ?
C.E. : Je ne réchauffe pas la guerre, j'assume ma responsabilité de ministre de la santé publique.